Passages obligés pour les ennemis venant de l'Est, la Champagne et la Brie subirent à nouveau la présence des troupes allemandes en 1870 et en 1871.
Après que la France eut déclaré la guerre à la Prusse et essuyé plusieurs défaites qui conduisirent à la capitulation de Napoléon III à Sedan le 1er septembre 1870, les Prussiens envahirent l’est de la France. Le 10, le maire réunissait le conseil municipal en urgence pour que soit décidée la conduite à tenir lorsque des troupes ennemies arriveraient et feraient des réquisitions. A l'unanimité, le conseil autorisa le maire à acheter et à fournir ce que les troupes prussiennes exigeraient. Les Prussiens passèrent la Marne en moins d’un mois et leur avancée fut rapide. Dès le 12 septembre, 1 800 soldats ennemis et 400 chevaux arrivèrent à Sablonnières. Il fallut leur livrer 6 vaches, 2 porcs, 3 moutons, 20 quintaux de farine, 10 hectolitres de vin, du foin et du fourrage. Le 15 à midi, le 46e Régiment d'infanterie prussienne arrivait à Sablonnières et à Hondevilliers. Toute la région était tenue par la 10e division du Ve Korps dont l'état major s'était établi à Viels-Maisons. (1)
Dès lors, la commune fut obligée à maintes reprises de loger et nourrir des troupes prussiennes qui réquisitionnèrent par exemple 87 moutons le 25 septembre, puis 157 autres moutons et 5 vaches en octobre. Du 12 septembre au 8 décembre 1870, le logement dut ainsi être fourni à 104 officiers, 4 669 soldats, 4 574 chevaux et 100 bœufs.
La commune dut aussi participer financièrement au titre de deux contributions extraordinaires imposées par les autorités prussiennes. La première, dite « contribution du million » avait été mise par le quartier général de la division wurtembergeoise à la charge du département comme indemnité préalable pour les pertes causées aux intérêts privés allemands par des vaisseaux de guerre et l'expulsion des Allemands du sol français. Elle était répartie par arrondissements (celui de Coulommiers devait 152 724 francs) puis par communes : la participation de Sablonnières s'élevait à 1 833 francs et devait être payée le 19 octobre 1870. Il fut expressément indiqué que si les autorités municipales refusaient leur coopération pour la perception de cette somme, tous les moyens de force seraient employés par le 1er Régiment de cavalerie wurtembergeoise pour en assurer la levée. Le 18 octobre, le maire informait de cette demande les membres du conseil municipal et les habitants les plus imposés, qui offrirent d'avancer les fonds en raison de l'insuffisance des ressources de la commune. Après révision de la répartition, la somme exigée de Sablonnières fut réduite à 1 319 francs. 850,60 francs furent réglés le 19 octobre et le reliquat le 4 novembre.
Au début de l'année suivante, le préfet prussien de Melun réclama une nouvelle contribution pour subvenir aux besoins de l'armée pendant l'armistice. La « contribution de l'armistice » s'élevait à 660 000 francs pour le département, dont 1 077 francs mis à la charge de la commune de Sablonnières (2), mais seulement 838,35 francs furent payés à Coulommiers le 19 février.
L'armistice signé le 18 janvier 1871 ne mit pas un terme aux vexations. Du 15 mars au 6 juin 1871, la commune logea 6 150 Bavarois et autant de chevaux de la batterie Hossmann, dans un enclos au Pré du Moutier (propriété d'Ambroise Mazure). 44 officiers, 1 469 hommes et 54 chevaux furent encore logés du 13 au 18 septembre suivant.
Bien que les communes ne fussent censées devoir assurer que le logement et le chauffage des troupes, à charge d'être remboursées par l'Etat (3), l'armée prussienne continua de prélever des vivres, mais aussi des fonds : 2 926 francs, une fois encore avancés par des habitants, furent remis à la mairie le 19 février à des soldats prussiens à titre d'impôt de guerre.
Le poids des contributions et des réquisitions fut très lourd pour les habitants qui les subirent. Les chiffres relevés sur les états conservés dans les archives sont éloquents :
La commune connût trente-cinq arrivées de troupes. Elle vit passer 5 412 hommes (dont 144 officiers) avec 4 990 chevaux et séjourner sur son territoire 12 000 hommes (dont 480 officiers) et autant de chevaux.
Au début de l'année suivante, le préfet prussien de Melun réclama une nouvelle contribution pour subvenir aux besoins de l'armée pendant l'armistice. La « contribution de l'armistice » s'élevait à 660 000 francs pour le département, dont 1 077 francs mis à la charge de la commune de Sablonnières (2), mais seulement 838,35 francs furent payés à Coulommiers le 19 février.
L'armistice signé le 18 janvier 1871 ne mit pas un terme aux vexations. Du 15 mars au 6 juin 1871, la commune logea 6 150 Bavarois et autant de chevaux de la batterie Hossmann, dans un enclos au Pré du Moutier (propriété d'Ambroise Mazure). 44 officiers, 1 469 hommes et 54 chevaux furent encore logés du 13 au 18 septembre suivant.
Bien que les communes ne fussent censées devoir assurer que le logement et le chauffage des troupes, à charge d'être remboursées par l'Etat (3), l'armée prussienne continua de prélever des vivres, mais aussi des fonds : 2 926 francs, une fois encore avancés par des habitants, furent remis à la mairie le 19 février à des soldats prussiens à titre d'impôt de guerre.
Le poids des contributions et des réquisitions fut très lourd pour les habitants qui les subirent. Les chiffres relevés sur les états conservés dans les archives sont éloquents :
La commune connût trente-cinq arrivées de troupes. Elle vit passer 5 412 hommes (dont 144 officiers) avec 4 990 chevaux et séjourner sur son territoire 12 000 hommes (dont 480 officiers) et autant de chevaux.
Un compte établi par la municipalité le 23 avril 1871 récapitule les diverses réquisitions en les évaluant : 1 750 francs payés le 18 octobre 1870, 1 080,92 francs payés grâce à la souscription des habitants du 17 février 1871, 2 926 francs payés le surlendemain, 487 francs de souscription du 12 février 1871, 11 vaches soit 2 030 francs, 2 porcs soit 160 francs, 145 moutons soit 4 933 francs, 5 chevaux avec harnais soit 970 francs, 978 francs de farine, 123 francs de vin, 1 647,70 francs de foin et fourrage, 925,10 francs d'avoine et 642,60 francs de fournitures diverses soit, au total, 18 653,22 francs.
Un autre compte totalise 212 quintaux de foin, 54 quintaux de paille, 78 quintaux d'avoine, 25 quintaux de farine, 620 litres de vin, 120 kilogrammes de viande, 11 vaches, 240 moutons, 2 porcs, 120 lapins et volailles, du bois et du charbon, ainsi que divers objets de consommation estimés à 455 francs. 286 journées de voiture avec cheval et conducteur furent également fournis. Ces réquisitions étaient évaluées au total à 24 836 francs. (4)
Les cantonnements successifs de troupes occasionnèrent en outre de nombreux dégâts dans les locaux ou terrains occupés : vitres brisées et dégradations dans l’école des garçons, détériorations dans les habitations privées et les fermes, pillages de maisons et de commerces, arbres cassés, prés défoncés par les chevaux, les voitures et les canons qui y stationnèrent et y manœuvrèrent... Au cours de l'exercice des réquisitions de transports, 7 chevaux (deux seulement d'après justificatifs) et 2 voitures furent aussi perdus.
Enfin, au titre des contributions de guerre, 6 084 francs furent versés à l'ennemi. La commune fut aussi obligée de s'abonner au journal officiel prussien qui contenait les décrets applicables dans les territoires occupés, pour un coût de 12 francs.
Toutes ces réquisitions et ces contributions forcées furent ruineuses pour les habitants et pour l'économie locale. Du reste, la fabrique de verres de lunette et les tuileries restèrent fermées pendant six mois.
La guerre finie, la municipalité et les habitants durent attendre l'indemnisation de leurs préjudices, certains devant se battre car les réquisitions n'avaient pas toujours fait l'objet de reçus. Pour un montant de dommages reconnu de 33 951,11 francs, la commune reçut en application de la loi du 6 septembre 1871, une indemnité de 7 438,96 francs devant être répartie entre les contributeurs. Le 11 octobre 1872, le ministre des Finances accorda 2 238,40 francs. 1 767,50 francs furent encore reçus en 1874 pour dédommager 170 habitants ayant logé des troupes après le 2 mars 1871.
Les habitants de Sablonnières se remirent de ces vexations sans imaginer le retour des Prussiens qui allait se produire quarante-quatre ans plus tard. Entre temps, les troupes qu'ils virent passer furent des unités françaises en manœuvres, dont certains séjournèrent dans la commune. Ainsi, par exemple, l’état-major et trois escadrons du 8e Régiment de Dragons devaient y loger le 17 septembre 1890 en revenant à Meaux depuis le camp de Châlons (5) ; dans la nuit du 21 au 22 septembre 1911 ce furent des Hussards qui séjournèrent lors de leur retour à Meaux. (6)
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(1) La Guerre de 1870-71, L'investissement de Paris, II, Librairie militaire Chapelot et Cie, 1909, p. 173.(2) Lettre du préfet du 8 février 1871.(3) Par lettre du 15 mars 1871, le préfet informa le maire qu'en application d'une convention signée à Ferrières, les troupes allemandes devaient se procurer elles-mêmes, sans réquisition, les vivres et fourrages nécessaires. Une note confidentielle du procureur de la République de Coulommiers le rappela également aux maires le 17 mars 1871 et les invita à répertorier les exigences vexatoires qui pourraient se produire.(4) En octobre 1870 et en février 1871, quelques habitants souscrivirent volontairement pour payer les réquisitions à hauteur de 6 398 francs.(5) Journal de Seine-et-Marne, 14 sept. 15890, p. 3.(6) Journal de Seine-et-Marne, 22 sept. 1911, p. 1.