Bien qu'il soit absolument impossible de dater la naissance du village, quelques découvertes archéologiques effectuées essentiellement au XIXe et au XXe siècles permettent d'affirmer que ses environs ont été occupés depuis des temps fort anciens.
Une présence humaine qui paraît remonter au moins au Néolithique est affirmée par Alexandre Bazin qui avait constaté la mise à jour de silex taillés près de La Chenée et d'autres, polis, au Plessier. (1)
Toutefois, la découverte la plus importante fut celle d'une sépulture entre Le Plessier et Les Brodards, au cours de l'hiver 1881. Elle fut faite par un terrassier qui, en creusant pour extraire un bloc de grès gênant les labours, tomba, à une cinquantaine de centimètres sous la surface du sol, sur un dallage de plaques de calcaire recouvrant une couche compacte d'ossements humains. Le docteur Lorimy, de Coulommiers, se rendit sur les lieux et constata que ceux qui se trouvaient au-dessus étaient noirâtres et très attaqués par l’humidité et les sels présents dans la terre végétale, tandis que les plus profonds étaient blancs et crayeux. Plusieurs crânes entiers trouvés par le terrassier avaient déjà été détruits avant l'arrivée du médecin et celui qu’il exhuma lui-même tomba en poussière au contact de l’air. La fosse était bordée sur un côté de deux dalles de grès alignées, dont l’une mesurait 1m20 sur 1m50 et l’autre 1m10 sur 1m50, et ayant une vingtaine de centimètres d’épaisseur. On trouva aussi dans cette sépulture un fragment de hache polie, un retouchoir, un beau couteau de silex et des tessons de poterie grossière et mal cuite. L'entassement désordonné des os décrit par Lorimy fit penser à l'archéologue Gustave Dumoutier qu’il s’agissait de la sépulture collective de plusieurs corps jetés à la hâte les uns sur les autres, peut-être après un combat. (2)
Avant la conquête romaine, la vallée était située au confins de la Gaule Celtique et de la Gaule Belgique (dont le Petit-Morin a pu constituer la frontière naturelle), au centre des domaines de quatre grandes peuplades : les Tricases au sud-est (région de Troyes), les Meldi au sud et à l'ouest (région de Meaux), les Suessones au nord (Soissons) et les Remi au nord-est (Reims).
L'arrivée des Romains coïncida probablement avec l'invasion de la Gaule Belgique - qui comprenait les territoires des Meldi, des Remi et des Suessones - par Jules César, qui se termina en l'an 53. Les cinq siècles de coexistence gallo-romaine qui suivirent ont laissé des traces tangibles : outre les grandes cités qui entouraient la région (Melodunum-Melun, Meldi-Meaux, Durocorturum-Reims, Novodunum-Soissons), les chartes anciennes et les fouilles ont permis de localiser des villes de moindre importance à Morains-le-Petit, à Châteaubleau, à Chailly-en-Brie (Calagum), à Doue et à Coulommiers (Columbarium), mais aussi un oppidum près de La Ferté-sous-Jouarre et un castrum à Jouarre. Ces sites étaient reliés par un réseau routier qui comprenait des voies principales et des voies secondaires - parfois aménagées sur d'anciens chemins gaulois - telles que la voie Julienne de Sens à Soissons (qui passait notamment à Amillis, à Pontmoulin, au Theil à Coulommiers, à Jouarre et à Meaux), la route de Châlons à Meaux qui coupait la précédente à Chailly-en-Brie, une autre venant de Rebais qui rejoignait la première à Aulnoy et une route reliant Doue à Fay-le-Bac. Certes, nul ne peut affirmer qu'une communauté d'habitants exista à Sablonnières dans l'Antiquité. Toutefois, une présence gallo-romaine est quasi certaine, comme l'a montré Bazin à partir de trois éléments matériels. Premièrement, des restes de constructions (notamment des morceaux de tuiles à rebord et des imbrex) encore présents vers 1873 sur un tertre situé au Plessier et qui pouvaient provenir d'une villa romaine (3). Deuxièmement, environ à 300 mètres à l'ouest, l'existence d'une levée plantée d'arbres très anciens, perpendiculaire au Petit-Morin et qui, d'une hauteur de 1 à 1,5 mètres pour une largeur de 7 à 10 mètres et présentant un blocage en grosses pierres en-dessous de la couche de terre, était vraisemblablement le vestige d'une chaussée romaine (4). Troisièmement, la découverte de monnaies romaines de la basse époque lors de la construction du chemin vicinal reliant le bourg au hameau de La Noue (5). La découverte, au XXe siècle, d'un sol en mosaïque lors de travaux dans une maison de la route de la Noue indiquerait une présence gallo-romaine plus proche du bourg.
En outre, l'étymologie de plusieurs toponymes locaux semble attester une présence romaine : le nom « Plessier » dériverait du latin plessiacum désignant un clos ou une construction protégée par des haies façonnées avec des branches tressées ; « Coupigny », anciennement Compigny, serait issu du latin compigniacus ou cuppiniacus qui désignait le domaine d'un propriétaire peut-être nommé Cuppinius et « Champ-Ouie » pourrait désigner un campus viæ indiquant la proximité d'une route.
Sans que l'on puisse l'affirmer, on peut légitimement penser que la région a subi des incursions lors des invasions des peuplades barbares venues de l'est à partir de 250 et qui, on le sait, contribuèrent à la mutation des villages existants comme à la création de nouveaux. Peut-être certains de ces envahisseurs s'aventurèrent-ils dans notre vallée pour s'y installer près de la rivière.
Sous la domination franque, Salvonarias supra Moram (textuellement « Sablonnières-sur-Morin ») est un lieu identifié, dont le premier propriétaire connu ne fut autre que le roi Clovis I, qui en fit donation à Rémi, évêque de Reims, lequel le légua à l'église de Soissons. Le testament de saint Rémi est précisément le premier document faisant état de Sablonnières, sans que l'on sache pour autant si un village ou des habitations isolées y existaient.
Sur ce point, l'histoire du village à l'époque mérovingienne qui suivit est tout aussi obscure. Pourtant, vers la fin des années 1990, lors de l'ouverture de la route d'accès aux Gîtes de La Chenée, on trouva une ancienne sépulture en décapant le sol.
D'après les dires d'un habitant du Vautron qui participa à la découverte, il s'agissait d'un squelette placé en chien de fusil (6), dont les pieds étaient orientés vers l'est et la face vers le nord. Dépourvu de sarcophage, le corps avait été simplement recouvert d'une grosse pierre qui se trouve encore à proximité, sur le talus.
Lorsque les ossements furent déblayés, on trouva les vestiges d'une boucle en bronze moulé très caractéristique des VIe et VIIe siècles, ainsi que les restes désagrégés d'un objet pointu en fer.
Cette sépulture témoigne ainsi de l'usage de l'inhumation habillée, qui était pratiquée à cette époque mais pas de manière systématique. D'autres ossements ont été vus dans le pré situé en surplomb de la route, dépassant de la terre après de fortes pluies ; toutefois, seules des fouilles méthodiques permettraient, à condition de les retrouver, d'en connaître l'origine.
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(1) Notice historique sur Sablonnières-en-Brie, Melun, Legrand, 1898, p. 6 ; reprint Paris, Res Universis, 1992 et Hachette, 2013, p. 6.(2) Les stations de l’homme préhistorique sur les plateaux du Grand-Morin, Paris, Boban, 1882, p. 85-86. La découverte a été signalée par Bazin (Op. et loc. cit.) et dans la presse locale (L’Éclaireur de l’arrondissement de Coulommiers, 4 novembre 1882, p. 3). Une description sommaire a été donnée plus récemment par Gérard Bailloud (Le néolithique dans le bassin parisien, 2e supplément à Gallia Préhistoire, Paris, Ed. Du CNRS, 1974, p. 303). La sépulture est référencée comme sépulture en fosse détruite, qui plus est un des rares vestiges mégalithique du nord du département, par Alain Bénard (Les mégalithes de Seine-et-Marne, Conseil Général, coll. Mémoires archéologique, n° 2-2008, Musée préhistoire Ile-de-France, 2009).(3) La villa en question ayant pu être occupée par un officier chargé de surveiller le passage du Morin (Op. cit., p. 7). (4) Op. et loc. cit.(5) Op. cit., p. 9 : il s'agissait de pièces à l'effigie des empereurs Hadrien (117-138), Antonin le Pieux (138-161), Marc-Aurèle (161-180), Verus (161-169), Commode (180-192), des impératrices Annia Lucilla (164-168), Crispina (177-188), Faustine l'Ancienne (138-140) et Faustine la Jeune (161-175).(6) L'inhumation des corps en position fœtale était déjà pratiquée au Néolothique et restait en usage chez les Gaulois et les Celtes. Le Romains imposèrent la crémation et ce n'est qu'à partir du IIIe siècle que l'inhumation reprit le dessus. A leur tour, les Gallo-Romains ensevelirent leurs morts en position fœtale. Au cours du Ve siècle, les pieds furent mis à l'est et la tête à l'ouest. Après Clovis, les corps furent enterrés les bras le long du corps, les jambes légèrement écartées.