Après que les villageoises eurent, pendant plusieurs siècles, lavé le linge sur les rives du Petit-Morin, sur celles du ru d'Avaleau (en 1881, la commune avait acquis à cette fin une parcelle proche du futur monument aux morts), dans les mares ou au bord des sources, des lavoirs ont été établis pour leur permettre d'effectuer cette tâche dans de meilleures conditions.
Pas moins de huit lavoirs ont existé sur le territoire de la commune. Leur construction a été échelonnée de la fin du XIXe siècle à la fin des années trente. Si le premier lavoir de la commune semble avoir été établi sur le ru d'Avaleau, plusieurs autres ont été édifiés, remaniés ou reconstruits au fil des années.
La décision d'équiper les principales concentrations de population d'un lavoir couvert a été prise par le conseil municipal le 22 août 1897. Les implantations retenues furent le Bourg, Le Vautron, La Noue, Le Rousset et Bois-Frémy. Pour le Bourg, le choix se porta sur un bateau-lavoir tandis que des édifices furent préférés dans les hameaux. Une importante campagne de travaux fut ainsi lancée : les terrains nécessaires furent acquis par la commune (1) et l’adjudication des travaux aux entrepreneurs eut lieu le 8 avril 1900.
En 1929, la municipalité décida d'étendre l'opération aux hameaux qui étaient dépourvus de lavoir (2) : un nouveau lavoir fixe fut établi à Marlande et un deuxième bateau-lavoir fut installé aux Brodards. En 1936, les lavoirs furent équipés de tréteaux pour l'étendage du linge.
D'après le témoignage d'une habitante de la Belle Étoile qui utilisait habituellement le bateau-lavoir dans les années 1900, les villageoises se répartissaient par affinité entre les différents lavoirs de la commune et ne rechignaient pas à parcourir plusieurs kilomètres avec leur brouette de linge pour s'y rejoindre. 3
Situé au bord du ru en contrebas du Pont-Bleu, ce lavoir est certainement le plus ancien de la commune puisque sa construction fut décidée par la municipalité en 1881 (4). En réalité, ce lavoir fut construit par un particulier, Monsieur Delacour, qui aménagea aussi en amont, pour l'alimenter, un petit barrage créant une retenue d'eau (5). Initialement payant, il permettait à quatre blanchisseuses de laver leur linge en même temps, sauf en période de crue où il était inondé.
Ce n'est qu'en 1958 que la commune décida de l'acquérir et de le faire réparer. Après discussions entre la municipalité et sa propriétaire, le prix de la parcelle de 106 mètres carrés et de l’édicule fut convenu à 40 000 francs (6) et l’acte fut signé le 26 novembre chez Maître Michel Sébert, notaire à Rebais. (7)
Les travaux à effectuer « pour ériger un lavoir nécessaire aux habitants de la commune » consistèrent à le reconstruire au même emplacement - en augmentant sa longueur et en remplaçant sa couverture en tuiles à deux pans par une couverture en tôle à pente unique - et à rétablir sur le ru le barrage qui avait été construit par l’ancien propriétaire (8). Un repère indiquant le niveau de retenue d’eau légal fut scellé dans le mur aval et un système de quatre vantelles facilement manœuvrables en tout temps devait permettre de décharger la retenue d'eau en cas de dépassement de niveau.
Le bateau-lavoir fut construit en 1900 par Florentin Batteux, entrepreneur de Villeneuve-sur-Bellot (9) à vingt mètres en amont de la route départementale n° 22 et à quelques mètres du pont du Petit-Morin. Un ponton en bois permettait d'y accéder depuis la berge.
On sait qu’il coula et fut endommagé lors de la crue de 1910 puisqu’il fallut le renflouer, le calfeutrer, le goudronner et le recaler. Quelques années plus tard, son remplacement s’avéra nécessaire et la municipalité décida de le reconstruire tout en réduisant sa longueur de trois mètres (10) : en 1936, il fut entièrement démoli (un particulier offrit 66 francs pour ses débris) et reconstruit au même emplacement par Batteux. Les travaux prirent du retard mais le nouveau bateau-lavoir fut achevé pour le 20 juin, date fixée par la municipalité (11) : ses dimensions intérieures étaient désormais de 9,20 mètres de long pour 3,10 mètres de large et sa couverture était en tôle ondulée avec faîtage en zinc ; il était amarré à chaque extrémité par de fortes chaînes fixées et cadenassées à des pieux.
Par la suite, le nouveau bateau-lavoir fit l'objet de diverses réparations et il fut plusieurs fois nécessaire de le vidanger pour éviter qu'il ne sombre. Ces précautions ne furent pas toujours suffisantes puisque, les 22 et 23 avril 1947, une véritable opération de sauvetage fut conduite par l’entreprise Noiret Frères de La Ferté-sous-Jouarre pour le renflouer, le remettre en place et l'amarrer. Après qu'il eut coulé à nouveau en 1955, la municipalité prit le parti de le vendre avec sa passerelle en 1958. (12)
Ce lavoir a été construit en 1900, le long de la route de la Noue, par l’entrepreneur local Prosper Couteau (13). Il comportait des murs en meulière, un sol pavé avec un seuil en grès, une porte en sapin, une couverture en tuile panne, un poteau de soutènement reposant sur un dé en grès piqué et une planche à laver en sapin du Nord à arêtes arrondies. Il était alimenté en eau par une source ayant à l'époque un débit de soixante litres par minute.
Bien qu’édifié par la commune et ultérieurement entretenu par elle, ce lavoir a été implanté sur une parcelle inclue dans la section de commune des Hacots et, à ce titre, appartenait à la collectivité des habitants des hameaux de La Noue et des Hacots mais devint en 1989, en même temps que les autres biens de la section, assujetti à la gestion communale (voir les développements sur la pâture des Hacots).
Le 27 février 1996, la commission de voirie, constata que la couverture du lavoir était délabrée et constituait un danger. La municipalité, ayant relevé par ailleurs que la charpente était complètement pourrie et que les murs étaient lézardés ou en très mauvais état, informa les habitants de La Noue que de grosses dépenses de remise en état ne se justifiaient puisque le lavoir était inutilisé et que la commission allait proposer au conseil municipal la démolition de la toiture et des murs pour ne conserver que le bassin à ciel ouvert servant d’abreuvoir. Il proposa toutefois aux intéressés d’en débattre en réunion. (14)
La réunion se tint le 13 avril 1996 et, à la quasi unanimité, les habitants de La Noue firent part de leur souhait de conserver cet élément de leur patrimoine et sa restauration fut alors envisagée. Les hommes valides se proposèrent presque tous pour la main d’œuvre et un des habitants Thomas offrit de prêter le matériel nécessaire, la commune de son côté participant à l’achat des matériaux à hauteur de 8 000 francs, assurant un concours technique et, au besoin, le renfort des cantonniers.
Ainsi, grâce à la mobilisation des habitants, le vieux lavoir a été entièrement restauré par une équipe de bénévoles. Il est d'ailleurs le seul de la commune à avoir fait l'objet d'une restauration.
Également achevé en 1900 par Prosper Couteau (15), ce lavoir présentait les mêmes caractéristiques que celui de La Noue.
Établi à l'écart du hameau, à l'angle du chemin de la Bourbière et d'une voie connue depuis sous le nom de chemin du Lavoir, lui aussi était alimenté par une source voisine, d’un débit de 160 litres par minute. Le lavoir et son bassin, qui servait aussi d'abreuvoir pour le bétail (16), existent toujours bien que la source ait été détournée.
L'édification de ce lavoir fut confiée à Gustave Bonnet, maçon à Saint-Cyr-sur-Morin. Il comportait des murs en meulière, un sol pavé avec un seuil en grès, une porte en sapin peint de couleur bois à deux pentures et fermée avec un loquet, une couverture en tuile panne et une planche à laver en sapin du Nord à arêtes arrondies. Lui aussi fut achevé en 1900 (17). Son bassin était alimenté par une source qui le remplit encore aujourd'hui.
L'édifice existe toujours, en contrebas de la route départementale n° 31 bien que quelques tuiles lui fassent défaut. On y accède par un petit chemin dit lui aussi chemin du Lavoir, qui a été déplacé en 1947.
Construit par Couteau selon le même modèle que celui de Bois-Frémy, le lavoir du Rousset fut lui aussi achevé en 1900 (18). Ses eaux, provenant d'une source, rejoignaient le ru d’Avaleau et le Petit-Morin.
Perdu au bout d'une sente (chemin du Lavoir) devenue difficile d'accès, l'édifice tombe lentement en ruine.
Vers 1930, les habitants de Marlande demandèrent la modification du lavoir existant, qui était devenu insalubre et impropre à son utilisation par les laveuses, du fait des nombreuses vaches qui venaient s’y abreuver : son eau était croupie, nauséabonde et provoquait une prolifération de moustiques.
Profitant d’un projet de captation et d’adduction d’eau de source potable dans les écarts de Marlande et du Jariel, la municipalité décida de le reconstruire à neuf (19). Elle choisit pour cela une parcelle appartenant à un particulier à La Vigne aux Chardons, en contrebas du chemin de Maison-Neuve (chemin rural n° 6). La propriétaire du terrain, Madame Legouge, offrit de le vendre à la commune (20) et l'acquisition fut réalisée. Le devis des travaux, établi le 27 mai 1931, fait état d’un abri de 2 mètres de profondeur couvert de tôle ondulée et donnant sur un bassin en ciment armé de 10 mètres carrés.
De ce lavoir achevé en 1932, donc plus récent que les précédents, ne subsistent que les fondations et le bassin, encore visibles au milieu d'une nature qui a repris ses droits.
L'établissement d'un lavoir au Plessier avait été accepté dans son principe en 1921 (21) et les travaux à effectuer furent examinés l'année suivante par l'architecte Simon, de Rebais (22). Toutefois, le projet traîna et n’avait toujours pas abouti au début des années 1930 malgré les réclamations des intéressés (23). La municipalité considérait que la construction n'était pas réalisable faute ressources suffisantes, à une époque où la commune s'était engagée dans des travaux d'adduction d'eau potable et d'électrification des hameaux. (24)
En 1933 seulement, le conseil municipal autorisa le maire à entrer en pourparlers pour l'achat d'un terrain et pour la construction d'un bateau-lavoir (25). L'année suivante, il fut décidé d'installer ce bateau-lavoir aux Brodards, au bord du Petit-Morin et, après avoir rencontré d’importantes difficultés pour trouver le terrain nécessaire pour y accéder (26), les travaux purent être exécutés (27). Comme celui du Morin, ce bateau-lavoir dut parfois être remis en place (28). Déplacé en 1945 (29), il existait encore dans les années 1950 (30) et en 1966, la municipalité constatait que sa passerelle n'était plus utilisable. (31)
Après leur construction, les différents lavoirs ont souvent fait l’objet de réparations telles que reprises de maçonnerie, remplacement de pavés ou de tuiles, réparation des charpentes, remplacement des planches, travaux d’écoulement, etc. (32) ou de curage. Les bateaux-lavoirs nécessitèrent des interventions de nature différente telles que des réparation du plancher ou de la passerelle. Exposés au gel, enclins à se déplacer et à couler, ils firent aussi l’objet d’opérations plus lourdes de remise en place nécessitant des moyens plus importants (celui des Brodards fut replacé en 1941 avec un palan), de remorquage, de déglaçage, d’arrimage voire de renflouage. Des problèmes de pollution vinrent parfois aussi troubler le labeur des laveuses (33). Les différents lavoirs ont été progressivement délaissés au profit de lavoirs particuliers installés dans les maisons et alimentés par le réseau d'eau courante. Certains étaient encore utilisés au début des années 1970 mais la généralisation des lave-linge électriques a conduit à leur abandon.
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(1) Les terrains nécessaires furent acquis par la commune (ventes passées chez Maître Simonet, notaire à Rebais).(2) Délibération du conseil municipal du 9 décembre 1929 (Archives communales).(3) Louise Aimée Groizier (1862-1917) épouse Perrin : https://larbredeviedepascal.com/2022/02/05/une-vie-paysanne-episode-66-la-vie-a-sablonnieres/ (4) Délibération du conseil municipal du 9 juin autorisant le maire à acquérir le terrain nécessaire près de l’embranchement de la D 22 et du chemin de grande communication n° 31 (Archives communales). Un autre lavoir payant appartenant à la famille Debéthune se trouvait non loin de là, dans un champ situé à côté de l'ancien cimetière ; il était alimenté par la source des Aulnettes. (5) Autorisation du 17 juin 1892 (Archives communales).(6) Délibération du conseil municipal du 22 avril, approuvée par le préfet le 29 octobre avec déclaration d’utilité publique (Archives communales).(7) Publié au bureau des hypothèques de Coulommiers le 22 juin 1959, volume 126, numéro 52.(8) Le devis fut approuvé par le conseil municipal le 17 octobre 1958. Le rétablissement du barrage avait été autorisé par arrêté préfectoral du 19 juillet (Archives communales).(9) Procès-verbal de réception des travaux et Décompte des ouvrages exécutés, du 4 novembre 1900 (Archives communales).(10) Délibération du conseil municipal du 8 novembre 1935 (Archives communales).(11) Lors du conseil municipal du 16 juin 1936, le maire fit savoir que l'entrepreneur avait été mis en demeure d'achever les travaux avant cette date (Archives communales).(12) Délibération du conseil municipal du 17 octobre 1958 (Archives communales).(13) Procès-verbal de réception du 4 novembre (Archives communales).(14) Circulaire aux habitants de La Noue du 2 mars 1996 (Archives communales).(15) Procès-verbal de réception du 4 novembre (Archives communales).(16) Délibération du Conseil municipal du 27 juin 1942 évoquant des réparations à l'abreuvoir du Vautron. (17) Réception des travaux le 4 novembre (Archives communales).(18) Réception des travaux le 4 novembre (Archives communales).(19) Délibération du conseil municipal du 15 septembre 1930 (Archives communales).(20) Promesse des 1er et 20 juillet 1930, acceptée le 15 septembre par le conseil municipal qui vota les ressources nécessaires le 28 mai 1931 (Archives communales).(21) Délibération du conseil municipal du 16 juin 1921 (Archives communales).(22) Suivant note d'honoraires (Archives communales).(23) Une lettre écrite au maire par un propriétaire en 1932 évoquait un projet déjà ancien de « lavoir léger » sur le Morin (Archives communales).(24) Délibération du conseil municipal du 19 avril 1932 (Archives communales).(25) Délibération du conseil municipal du 8 septembre 1933 (Archives communales). (26) La commune souhaitant acquérir une parcelle dont le propriétaire refusait la vente, le conseil municipal décida le 19 février 1934 de procéder par voie d'expropriation. Le propriétaire offrit finalement de la vendre pour cent francs et la municipalité accepta le 20 avril (Archives communales).(27) La municipalité confia les travaux à l'entrepreneur Batteux, par délibération du 25 mai 1934 (Archives communales).(28) Facture Couteau de 1941 (Archives communales).(29) Facture Maurice Baudoin du 12 décembre (Archives communales).(30) Le 28 mars 1952, le conseil municipal vota des travaux à y réaliser (Archives communales).(31) Délibération du conseil municipal du 17 septembre 1966 (Archives communales).(32) La commune conserve dans ses archives divers documents relatifs à ces travaux : facture Couteau de 1922 pour la réfection du bassin du lavoir de La Noue ; factures Couteau du 1erjuillet 1927, de 1931 et de novembre 1947 pour le lavoir de La Noue ; factures Couteau de 1929 et 1934 pour celui du Rousset ; factures Couteau de 1931, de septembre 1945 et d’octobre 1947 pour celui du Vautron ; facture Couteau de 1932 pour celui de Bois-Frémy ; factures Rousselet-Hermand de décembre 1943 et Marcel Rousselet du 23 janvier 1945 pour le bateau-lavoir des Brodards ; pour le bateau-lavoir du Petit-Morin, facture de septembre 1922 pour des réparations au fond et à la passerelle, renflouage en 1910, délibération du conseil municipal du 18 septembre 1928 pour des travaux de menuiserie, factures Rousselet-Hermand de décembre 1943, Marcel Rousselet de 1945 et Delambre de 1947 ; facture Bataille du 28 décembre 1964 pour le remplacement de vannes au lavoir du ru d’Avaleau.(33) Par exemple, en 1955, les autorités municipales signalaient au directeur départemental de la Santé la pollution des eaux du lavoir du Rousset, probablement due à l’ensilage de fourrages verts par les fermes de l’Isle ou de Bassevelle (Délibération du conseil municipal du 16 juin 1955 et lettre du 17 juin, Archives communales).