Comme celle de nombreux saints, la vie d'Hubert est relatée par plusieurs textes contemporains et postérieurs, auxquels il convient d'accorder plus ou moins de crédit selon leur valeur historique. (1)
Sur l'origine d'Hugbertus et sur sa condition avant d'entrer en religion, on sait peu de choses d'un point de vue historique, sinon qu'il naquit vers 660. Si certains l'ont présenté comme fils de Bertrand duc d’Aquitaine, arrière-petit-fils de Clovis, apparenté à la mère de Charles Martel et comme marié vers 682 à une fille du comte Dagobert de Louvain qui mourut en mettant leur fils Floribert au monde, il ne s'agit que de suppositions ou d'interprétations. D'après le texte du chanoine Nicolas, repris par les auteurs postérieurs, Hubert aurait effectivement été originaire d'Aquitaine, Neveu du duc Boggis et lui-même comte du palais (dignitaire chargé de la sécurité) avant de partir en Austrasie afin de pour fuir le despotisme du maire du palais de Neustrie, Ebroin. Or ces éléments datant d'une époque où il était de coutume de rechercher aux saints des origines illustres ne se trouvent aucunement dans les premières biographies du saint et paraissent avoir été inventées de toutes pièces : s'il n'est pas improbable qu'il eut été marié, aucun lien avec l'Aquitaine n'est historiquement établi, l'identité de son prétendu beau-père ne tient pas d'un point de vue historique (aucun comte de Louvain n'existait à cette époque) et le fils dont il est question était plus certainement son filleul.
La conversion d'Hubert est elle aussi entourée d'une fable selon laquelle, alors qu'il était parti chasser dans la forêt, le jeune homme eut la vision d'un grand cerf blanc portant une croix lumineuse entre ses bois et, alors qu'il poursuivait l'animal, fut exhorté par une voix céleste à aller trouver l'évêque Lambert à Maastricht pour faire pénitence et se convertir. Or, la première mention du cerf crucifère ne remonte qu'au XVe siècle. On la trouve en effet racontée dans les quatrième et cinquième vies et de plus en des termes divergents : selon le premier de ces textes, la scène se déroule en Aquitaine un jour de fête religieuse et l'apparition miraculeuse est le motif du départ d'Hubert pour l'Austrasie ; le second situe l'action dans le diocèse de Liège (2) un vendredi-saint et fait état de la conversion immédiate du chasseur après un long dialogue avec une voix céleste. C'est cette version qui a été répandue par les écrits de Happart mais, en réalité, la vénération du saint par les chasseurs, attestée au XIe siècle voire même au siècle précédent, n'est pas due à cette légende. La raison la plus vraisemblable doit en être recherchée dans la localisation de l'abbaye, au cœur de la forêt des Ardennes fréquentée par une population de chasseurs. Ce n'est d'ailleurs qu'au XIe siècle que saint Hubert a été présenté comme étant lui-même un chasseur (peut-être par confusion avec saint Eustache fêté le même jour comme patron des chasseurs), alors que la première biographie lui attribue un goût pour la pêche !
Sa nomination à l'épiscopat a elle aussi été enjolivée. Selon la tradition en effet, c'est lors d'un pèlerinage à Rome qu'Hubert fut sacré par le pape qui aurait vu en songe le martyr de Lambert, évêque de Liège et dont la crosse lui aurait apportée par un ange pour la remettre à Hubert. Outre le caractère fabuleux l'avertissement du souverain pontife, aucune mention d'un voyage à Rome n'est faite dans les premières biographies. Tout porte à croire du reste que la légende résulte d'une confusion avec l'évêque d'Utrecht qui fut effectivement sacré à Rome par le pape Sergius car l'adjectif latin trajectensis désignait indifféremment un individu provenance de Maastricht ou d'Utrecht. On a aussi beaucoup discuté sur la date de la nomination d'Hubert à l'évêché de Liège mais celle de 705 semble pouvoir être retenue.
Quoi qu'il en soit, l'élection à l'épiscopat est en quelque sorte l'acte de naissance historique du personnage dont les actes étaient désormais consignés. On sait notamment qu'en 709, il fit édifier une église à Liège - qui n'était alors qu'un village - pour y transférer le corps de Lambert puis sa résidence. On connaît aussi sa proximité du peuple, ses efforts pour secourir les pauvres et les opprimés, ainsi que son œuvre d'évangélisation de la Campine, du Brabant flamand et des Ardennes d'où il éradiqua le paganisme en détruisant les idoles et en fondant des établissements chrétiens.
Les circonstances de sa mort sont aussi connues : le saint homme mourut le 30 mai 727 dans sa maison de Tervuren, des suites de l'écrasement accidentel de plusieurs doigts de la main gauche par un ouvrier alors qu'il tenait un pieu qu'on enfonçait. Une infection suivie de trois mois de souffrances, de fièvre et d'affaiblissement virent à bout de lui.
Conformément à son souhait, Hubert fut inhumé dans l'église Saint-Pierre de Liège, dans une chapelle de la crypte. Son corps, entouré de bandelettes et de linceuls et transporté dans un cercueil en bois, est revêtu à l'arrivée des habits liturgiques et placé dans un sarcophage de pierre, près de l'autel de saint Aubain. Ici commence l'histoire mouvementée de ses reliques.
Hubert n'occupa en effet sa première sépulture que durant 16 ans au cours desquels plusieurs miracles, dit-on, se produisirent. Suffisamment en tout cas pour le sanctifier en le retirant de la crypte afin de le placer dans l'église. Cette élévation fut célébrée le 3 novembre 743 et on constata a cette occasion l'entière conservation du corps (qui pourrait s'expliquer par une gangrène gazeuse qui a la particularité d'empêcher la putréfaction) avant de le placer dans un autre tombeau, devant le maître-autel. Le procès-verbal qui en fut dressé précisait : « Le corps est intact, et sain ; les vêtements d’une conservation parfaite... la face est d’une pâleur d’ivoire... les cheveux, d’un blanc de neige, sont allongés sur les épaules ; le torse et les membres sont sans rigidité, ni dérangement de position ; le tout est sans corruption... La mitre, la crosse, l’étole, le cornet, le peigne, et une des sandales (qui furent de saint Lambert avant d’être de saint Hubert) … Tout apparaît intact, comme au jour de l’inhumation ». (3)
En 825, pour réactiver l'abbaye d'Andage qui tombait en décadence, l'évêque de Liège demanda qu'il y soit transféré. La translation, autorisée par les autorités religieuses et impériales, fit l'objet d'un important cérémonial le 30 septembre. Le sarcophage transporté à Andage fut ouvert et on constata à nouveau que le corps était intact. Il fut alors disposé dans un tombeau situé entre le maître-autel et l'abside du chœur de l'église abbatiale que l'on appela par la suite Saint-Hubert.
En 883, face à la menace d'une incursion normande, les religieux l'emportèrent dans une de leurs dépendances à Paliseul puis le reconduisirent à Saint-Hubert. Entre 910 et 930, une nouvelle invasion, Hongroise cette fois, amena les religieux à se réfugier provisoirement au château de Jemelle en y emportant le corps. Ramené à Saint-Hubert, il s'y trouvait encore en 1097 lorsque les religieux le conduisent en procession en direction de Mirwart pour protester contre la reconstruction d'un ancien château situé sur leur domaine. Confrontés à l'hostilité de l'évêque qui dirigeait les travaux, ils durent se replier et le mettre à l'abri dans l'église locale avant de regagner Saint-Hubert le lendemain et de replacer le corps dans sa sépulture. Ce n'est qu'au XIIe siècle qu'il fut placé dans une châsse en argent rehaussée d'or et de pierreries exposée sur l'autel Sainte-Croix, à l'entrée du chœur, où il resta jusqu'au XVIe siècle.
En 1525, la châsse et son contenu échappèrent à un incendie qui dévasta la quasi totalité de l'abbaye et nécessita la construction d'une nouvelle église. Puis, le 15 octobre 1568, lorsque les huguenots s'approchèrent de Saint-Hubert après avoir dévasté un autre monastère, le corps toujours placé dans sa châsse fut mis à l'abri, probablement dans une cache à l'intérieur de l'église, avant la fuite des religieux à Mirwart. Les moines regagnèrent Saint-Hubert l'année suivante et, en 1570, vendirent la précieuse châsse pour payer les réparations des dégâts occasionnés par les attaquants. Le corps fut alors placé dans un coffre de plomb soigneusement dissimulé dans l'église. Toutefois, lors d'un léger effondrement qui se produisit en 1616, on le retrouva dans un renfoncement situé entre les deux tours de façade de l'église, à 13 m de hauteur. Le corps fut caché à nouveau. Deux sources historiques qui font l'inventaire du trésor de l'abbaye (4), attestent de sa présence à Saint-Hubert à cette époque.
Le corps était-il toujours entier ? Il est permis d'en douter car, si une bulle du pape Léon X avait affirmé son intégrité en 1515, plusieurs autres églises disaient détenir des ossements de saint Hubert (par exemple, l'abbaye d'Autrey en Lorraine prétendait détenir un doigt du saint). Plus de cent ans plus tard, en 1626, une bulle d'Urbain VII fit défense à l'abbaye de distribuer des reliques de saint Hubert et aux autres établissements d'en recevoir, ce qui semble indiquer une certaine dispersion qui pourrait aussi expliquer que le corps ne fut plus jamais exposé à Saint-Hubert. Pourtant,dès 1627, une dent prétendue de saint Hubert fut donnée par un moine polonais à l'abbaye Saint Pierre ou Notre-Dame de Luxembourg.
Toujours est-il qu'un autre inventaire de 1724 ne le mentionnait plus et d'après un texte de 1743, seuls l'abbé et un religieux savaient où il se trouvait et avaient juré de tenir ce lieu secret. Le dernier abbé, ayant quitté l'abbaye pour l'Allemagne lors de l'arrivée de l'armée de Moselle en 1794, mourut le 16 septembre de la même année sans l'avoir révélé. Avant son départ, il avait déclaré qu'il reviendrait et qu'il lui suffirait d'exposer quelque temps le corps de saint Hubert pour avoir de quoi redonner à l'abbaye tout on éclat. On perd la trace d'un des deux moines qui l'accompagnaient. L'autre gagna le Luxembourg avec l'étole du saint qui avait été emportée et qui fut restituée en 1809 (5). Avant de mourir en 1834, il confia à un de ses parents qu'il ignorait où se trouvait exactement le corps mais que la tradition le situait dans un caveau au nord de l'abbatiale.
Les autres religieux quittèrent l'abbaye quelque temps avant d'y revenir. Ils en furent finalement chassés en 1797 et leurs biens furent confisqués. Depuis ce temps, le mystère des restes corporels de saint Hubert reste entier. Certains ont pensé qu'ils avaient été enlevés à la Révolution mais rien ne permet de l'affirmer (6). Les études les plus sérieuses sur le sujet concluent concluent qu'ils seraient toujours quelque part dans l'église ou en-dessous. (7)
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(1) Pas moins de sept biographies ont été composées entre le VIIIe siècle et le XVIe. La première Vita Huberti a été composée entre 743 et 750 par un de ses serviteurs d'Hubert qui relate mes témoignages de contemporains et ce qu'il a lui-même vécu aux côtés de son maître. La deuxième, rédigée vers 825 par l'évêque d'Orléans Jonas, n'est qu'une réécriture de la précédente augmentée du récit de la translation de 825. La troisième fut écrite vers 1145 par le chanoine Nicolas, prévôt de Saint-Denis. La quatrième et la cinquième, inspirées de récits fabuleux, datent du XVe siècle. La sixième a été l'oeuvre du compilateur liégeois Jean d'Outremeuse à la fin du XIVe siècle, traduite en latin par le moine hubertien Adolphe Happart en 1511. La dernière, due à ce même Adolphe Happart en 1526, est fortement marquée par les légendes nées autour de la vie du saint. Ces biographies ont été rassemblées par l'hagiographe Charles de Smedt dans la série des Acta Sanctorum en 1887. A ces sources s'ajoutent notamment les deux livres des Miracula Sancti Huberti (livres des miracles) composés respectivement au milieu du IXe siècle et au début du XIIe, l'Histoire des évêques de Tongres composée vers 1055 par le chanoine Anselme et le Cantatorium, chronique du XIIe siècle attribuée au moine hubertien Lambert le Jeune.(2) Il existe à Fays-les-Veneurs un leu dit Bois de Saint Hubert où la tradition situe le miracle.(3) Vita sancti Huberti prima, éd. Wilhelm Levison, in Monumenta Germaniæ Historica (Deutsches Institut für Erforschung des Mittelalters), Scriptores Rerum Merovingicarum, tome 6, 1913, p. 494-495. Cité par JEANTIN (Jean-François-Louis), Les Chroniques de saint Hubert, Première et seconde parties, Nancy, imprimerie orientale de Ve Raybois, 1866, p. 142.(4) Le Hierogazophylacium Belgicum d'Arnold de Raisse (Douai, Pinchon, 1628) et le Reliquiae in ecclesia Sancti Huberti asservatae (manuscrit de 1609 conservé à la British Library).(5) Hormis trois petits fragments découpés et dispersés au Luxembourg, dont deux ont été rendus à l'église Saint-Hubert, le troisième restant dans celle de Munshausen. L'étole consiste en un galon de soie blanche de 1 m de long pour 4,2 cm de large, ornée de motifs variés, notamment de swastika et terminée à l'une de ses extrémités de franges constituées de 7 petits glands de soie et d'or (l'autre extrémité les ayant perdues). Son authenticité n'est pas douteuse puisqu'elle peut être datée du VIIIe siècle. Portée par Hubert lors de son inhumation, elle fut mis à part en 825 et fut gardée dans un coffret en or ouvragé offert en 1594 (qui a depuis disparu). Cette relique est connue ses vertus miraculeuses contre la rage. Son pouvoir, mis en œuvre par l'opération dite de la taille qui, accompagnée d'une neuvaine, consiste à pratiquer une légère incision au front du malade et d'y introduire un fragment de ses fils. De nombreuses guérisons ont été constatées depuis le XIe siècle.(6) En 1909, on pensa l'avoir retrouvé dans le château de Heltort à Angermund, près de Düsseldorf, mais il fut montré que les ossements en question n'étaient pas ceux de saint Hubert.(7) Not. COENEN (J.), Saint Hubert le fondateur de Liège, Liège, 1927 ; DUVIVIER DE FORTEMPS (Jean-Luc), A la recherche du corps perdu de saint Hubert, Neufchâteau, Weyrich, 2009.Martinus naquit en Pannonie (Hongrie) en 316 ou en 317, fils d'un tribun romain originaire de Pavie. Malgré la haute fonction militaire de son père, il manifesta dès l'âge de 10 ans la volonté de se convertir au christianisme. En réaction, son père l'obligea cinq ans plus tard à s'enrôler dans l'armée. A l'âge de 18 ans, il était en garnison à Amiens, avec le grade de circitor (militaire chargé de l'inspection des postes de garde). Selon la légende, c'est là qu'un soir d'hiver 338, lors d'une ronde de nuit, il partagea la doublure de son manteau avec un nécessiteux et que le Christ lui apparut la nuit suivante en songe, vêtu de ce même pan de manteau.
En 354, il fut envoyé en campagne contre les Alamans sur le Rhin. Toutefois, il refusa de se battre par conviction religieuse et accepta d'être enchaîné et exposé à l'ennemi qui, étrangement, demande la paix.
Il servit encore deux ans dans les troupes impériales avant de se faire baptiser et de quitter l'armée pour rejoindre Hilaire, évêque de Poitiers, et devenir exorciste (il ne pouvait être prêtre en raison de son passé militaire). Hilaire ayant été exilé, Martin partit en Illyrie pour convertir ses parents, mais fut arrêté, fouetté et expulsé. Il gagna Milan d'où il fut également chassé et se réfugia sur une île déserte proche des côtes de Ligurie où il manqua de mourir empoisonné par des plantes.
Vers 360, Hilaire étant rentré en grâce, Martin retourna à Poitiers et établit un ermitage sur un domaine gallo-romain situé à proximité et que la légende situe à l'emplacement de l'abbaye de Ligugé. Âgé de 44 ans, il fonda ainsi le premier monastère de Gaule où, durant dix ans, il fit œuvre d'évangélisation et se fit reconnaître comme un saint homme.
Le 4 juillet 371, il fut proclamé évêque de Tours contre son gré par les habitants de cette ville. Cependant, il refusa de changer son mode de vie : il continua de porter des habits grossiers, de s'infliger des privations et s'installa dans une cabane située dans un nouveau monastère construit en bois (l'abbaye de Marmoutier fut édifiée plus tard sur le même emplacement) où s'imposaient pauvreté, mortification et prière. De là, l'œuvre évangélisatrice se poursuivit : Martin et ses disciples sillonnaient la Gaule, propageant la foi chrétienne dans les campagnes, détruisant les temples païens pour les remplacer par des églises ou des ermitages. Désormais, la plupart de ses moines étaient issus de l'aristocratie et Martin avait le soutien de l'empereur romain qui avait fait du christianisme la religion officielle. Il mourut à Candes-sur-Loire le 8 novembre 397. Son corps fut ramené à Tours pour y être enterré le 11, qui est devenu le jour de la Saint Martin d'hiver (le 4 juillet, date de sa consécration épiscopale, étant aussi fêté sous le nom de Saint Martin d'été).
Une petite basilique fut construite sur le lieu de sa sépulture. Vers 450, l'édifice fut agrandi et le sarcophage qui contenait les restes de saint Martin fut placé dans un nouveau tombeau. Au VIIe siècle, le corps aurait été placé dans une chasse. Celle-ci fut emportée à Cormery en 853 par des religieux fuyant devant une invasion normande. Trois ans plus tard, lors d'une nouvelle invasion, elle fut déplacée provisoirement à Léré avant de retourner à Marmoutier. En 862, nouvelle invasion et nouveau départ pour Léré où le corps demeura jusqu'en 865 avant d'être conduit à Marsat en Auvergne. Ramené à Tours entre 870 et 872, le corps fut mis à l'abri à Chablis et revint à Tours le 13 décembre 885. Les Normands s'approchèrent à nouveau et la chasse fut transportée au monastère de Saint-Martin de la Bazoche, situé dans les murs de la cité, où elle fut conservée sous un autel. La basilique incendiée en 903 ayant été réparée et fortifiée, les restes du saint rejoignirent son tombeau le 12 mai 919. De nouveau détruite par un incendie en 997, la basilique fut reconstruite et les restes de saint Martin y furent déposés.
En 1323, le roi Charles le Bel fit transférer la tête dans un reliquaire en forme de buste. A cette fin, le tombeau fut ouvert et on y trouva une chasse d'argent contenant une corbeille d'osier renfermant le corps emmailloté.
Vers 1450, la chasse renfermant le corps fut placée dans une nouvelle richement ornée, qui ne fut pas remise dans le tombeau mais exposée sur une estrade. Un inventaire de 1493 mentionne bien cette chasse ainsi que le reliquaire contenant la tête.
En 1562, la basilique fut pillée parles Huguenots et de nombreuses reliques furent brûlées. On retrouva plus tard un grand os du bras et un fragment du crâne que l'on dira avoir été sauvés des flammes. On peut toutefois douter de leur authenticité car le rapport d'ouverture de la châsse daté de 1562 ne mentionnait que deux petits ossements et pour certains, le corps aurait été transporté à Salzbourg (1). Toujours est-il qu'un procès-verbal de 1636 constate leur présence dans la basilique. Ces reliques furent mises ultérieurement dans des reliquaires exposés sur le grand autel les jours de fête. Elles furent identifiées une dernière fois à la veille de la Révolution.
En 1793, le buste reliquaire fut transporté à Paris et on le retrouve plus tard dans le Cantal à Soudeilles. Après que la municipalité l'ait vendu à un collectionneur en 1910, il se trouve aujourd'hui au musée du Louvre. Les restes des ossements, mis à l'abri par des particuliers durant la Terreur, furent authentifiés en 1795 puis en 1803, avant d'être placés dans la cathédrale de Tours sur un autel dédié à saint Martin.
De nombreuses églises en France et à l'étranger ont été dédiées à ce saint. Plusieurs d'entre elles possèdent des reliques, notamment des fragments d'os réputés provenir du corps du saint patron (par exemple à Bazeilles, dans les Ardennes et à Vignely). Certaines de ces reliques ont une histoire singulière : En 1667, le curé de la paroisse de Marcolès, dans le Cantal, découvrit une statue contenant des ossements entourés d'inscriptions gothiques sur parchemin les attribuant à saint Martin. Une partie de ce reliques fut donnée au XIXe siècle aux églises de Tours, Amiens, Cahors et à l'abbaye de Ligugé. Des reliques de saint Martin ont aussi fait parler d'elles tout récemment : en 2013, l'église de Limoux a récupéré une statue-reliquaire du XVe siècle renfermant des fragments d'os, longtemps entreposées dans la sacristie puis transférées à Carcassonne pour y être mises en sécurité dans la cathédrale Saint Michel en raison de la grande valeur de la statue ; le 17 février 2014, un fragment d'os présumé de saint Martin a été retrouvé dans une boîte en plomb scellée, renfermée dans un coffret en bois placé dans le bras de la statue qui coiffe le dôme de la basilique de Tours. Sont-elles toutes authentiques ? Il est permis d'en douter lorsqu'on connaît l'importance du trafic de reliques qui se développa au Moyen Age. En 1897, en Belgique, on trouva dans la cavité de la pierre d'autel de l'église de Villers-sur-Semois en Belgique trois fragments d'os qui furent attribués à saint Martin : des analyses scientifiques pratiquées dans les années 2000 les ont datées de 740 à 370 avant Jésus-Christ et ont révélé qu'il s'agissait d'os de porc ! (http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20130413_00295780)
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(1) COLLIN DE PLANCY, Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses, tome II, Paris, Guien et Cie, 1821, p. 184.