Intéressant à la fois la Religion, la culture familiale et la salubrité publique, l'inhumation des défunts a toujours été, à Sablonnières comme ailleurs, au centre des préoccupations des habitants et de leurs représentants. La gestion du cimetière paroissial puis communal est donc une question indissociable de l'histoire du village, qu'il convient d'aborder avec d'autant plus d'intérêt que Sablonnières à possédé pas moins de cinq cimetières.
Dans la tradition chrétienne qui était celle des villageois jusqu'au XVIIIe siècle, l'église et ses abords étaient le lieu naturel de sépulture des défunts. Quelques uns, distingués par leur condition, par leur fortune ou par une piété hors du commun, eurent le privilège d'être inhumés à l'intérieur même de l'église, soit sous le chœur, soit sous les chapelles latérales (1). Les autres étaient enterrés dans le cimetière de la paroisse qui se situait contre l'édifice, à l'est, dans l'espace situé aujourd'hui entre le chevet, le mur de l'école et la route de la Vallée : plusieurs actes des années 1680 mentionnent le « grand cimetière de Sablonnières » et quelques uns précisent que des inhumations avaient lieu « près les piliers de l'église » ou au pied de la grand croix. Comme on peut l'observer sur le plan terrier de 1776, qui constitue son unique représentation, le cimetière était entouré de murs et une croix monumentale se dressait effectivement en son centre. (2)
Ce cimetière fut utilisé jusqu'aux années 1770 et les piliers du portail d'entrée existaient encore dans les années 1830. Toutefois, en raison de la forte humidité du sol, due à la présence de sources et à son exposition aux crues du Petit-Morin (3), un autre cimetière paroissial avait été ouvert à l'est du village.
Situé comme son nom l'indique en surplomb du bourg, ce cimetière s'étendait sur à peu près 600 mètres carrés, le long de la rue d'Hondevilliers, sur la droite en montant, avant d'arriver au chemin de Villeneuve (anciennement rue de Villeneuve à Orly). Il est mentionné sous cette appellation dans des actes de sépulture de 1734, 1736 et 1747 et l'on peut distinguer, sur le Plan terrier de 1776, les croix figurant les tombes, une croix monumentale plus importante et la mention d'appartenance « église » :
Assez rapidement, cet emplacement s'avéra inadapté en raison, cette fois, de la nature pierreuse du sol. Il fut donc délaissé à son tour, à une date qui demeure inconnue (4), au profit d'un site légèrement plus éloigné. Le terrain fur cédé par la commune vers 1822 et le produit de la vente fut utilisé pour financer les travaux de construction d'une école dans le presbytère.
L'emplacement retenu pour établir le nouveau cimetière était un terrain de 11 ares et 42 centiares situé plus au nord, le long de la route d'Orly (à l'emplacement de l'actuelle aire de jeux), comme le montre le cadastre napoléonien :
Seul signalé sur le plan de 1846, ce cimetière fut lui aussi rapidement jugé incommode. Le 22 mars 1857, en effet, le commissaire de police de Rebais le visita en présence du maire et du fossoyeur Rousselet. Il constata que le terrain était entouré de petits murs d'environ 1 mètre 50 de hauteur, qu'il se trouvait à une distance de 50 à 60 mètres des habitations et que, situé au fond de la vallée, il recevait naturellement les eaux pluviales des terrains supérieurs, de sorte que le sol était tellement humide qu'il était impossible d'y creuser une fosse sans être gêné par l'eau qui, en hiver, se trouvait à moins d'un mètre de profondeur. D'ailleurs, les fossoyeurs s'étaient déjà plaints des éboulements qui se produisaient lorsqu'ils creusaient et de l'eau qui remplissait rapidement les fosses, les obligeant à les vider jusqu'à l'arrivée des corps. Une fois la bière descendue, l'un d'eux devait appuyer dessus pour la maintenir au fond pendant qu'un autre la recouvrait de terre. La présence d'eau ralentissait aussi la décomposition des cadavres avec pour conséquences des odeurs infectes et l'impossibilité d'inhumer d'autres corps au même endroit dans les délais prévus par les textes. Le commissaire releva en outre que de grosses pierres affleurant à la surface du sol empêchaient de creuser les fosses à la profondeur réglementaire. En conséquence, une grande partie du terrain ne pouvait pas être utilisée et les tombes existantes se trouvaient donc trop proches les unes des autres, au point que les bras des croix se touchaient. Compte tenu de la population et du nombre annuel de décès, ce cimetière était devenu insuffisant. Pour toutes ces raisons, le fonctionnaire conclut qu'il y avait lieu d'en faire prononcer l'interdiction et la translation dans un terrain plus convenable. (5)
La municipalité envisagea alors de vendre le terrain, tout en laissant aux familles un délai d'un an pour transférer les corps dans un nouveau cimetière qu'il conviendrait d'établir à un autre emplacement. Le 7 juin 1858, le sous-préfet de Coulommiers chargea Marie-Victoire Gutel, propriétaire à Sablonnières, de procéder à l'estimation du cimetière en vue de sa vente. Le 20 novembre 1859, Gutel se rendit sur les lieux et les décrivit comme « un quadrilatère irrégulier, clos de murs en mauvais état et tombant de vétusté, fermé d'une porte en chêne à deux battants donnant sur le chemin de Sablonnières à Orly ». Il estima le terrain à 550 francs.
Pour préserver ce lieu où des personnes chères étaient ensevelies, le maire Honoré-Eugène Barbier et son épouse Louise-Madeleine Saint-Mars offrirent de l'acheter au prix de 600 francs et de le donner immédiatement à la fabrique, à charge pour celle-ci de le conserver pendant au moins 50 ans sans pouvoir le cultiver, de permettre aux familles des défunts de se rendre sur leurs tombes et de les y inhumer tous deux gratuitement, proposant en outre de faire rétablir à leurs frais les murs de clôture. Le 11 novembre 1859, le maire informa le sous-préfet de Coulommiers qu'il souhaitait que cette vente ait lieu dans l'intérêt des familles et de celui de la commune qui pourrait en remployer le produit à l'achat d'un nouvel emplacement. Le 16 novembre, le sous-préfet répondit que les conditions de cette aliénation lui paraissaient acceptables. Le 29 mars 1860, le préfet autorisa enfin la cession. La donation, seconde étape de l'opération, eut lieu le 24 mai suivant. Toutefois, le 9 novembre, le sous-préfet rappela au maire que plusieurs conditions imposées par les donateurs étaient illégales : la législation ne leur permettait pas d'obliger la fabrique à conserver le bien et s'opposait à leur inhumation dans un terrain qui n'aurait plus le caractère de cimetière communal et qui ne leur appartiendrait plus. Les époux Barbier durent probablement modifier les termes de leur donation, qui fut finalement autorisée par décret impérial du 2 mars 1861.
Le vieux cimetière fut ainsi épargné. Il a ensuite survécu aux lois séparatistes du début du XXe siècle puisque les croix de tombes, probablement abandonnées, étaient encore visibles au début des années 1940. Devenu propriété du bureau de bienfaisance de la commune en 1905 lors de la disparition des fabriques, il procura à cet cet organisme social de petits revenus annuels sous forme de dons (6) ou par la vente des herbes qui y poussaient. En 1927, on y planta des pommiers. En 1964, la commune y construisit un garage préfabriqué à usage du bureau de poste.
Le terrain d'implantation d'un nouveau cimetière fut trouvé au lieu-dit Le Bas des Chaillots, au nord-ouest de La Chenée, où deux parcelles contiguës furent proposées, l'une par Antoine Patoureau, ancien boulanger à Rebais, l'autre par Louis Perrotin boucher à Sablonnières. Lors de l'enquête de commodo et incommodo qui dura du 5 au 19 avril 1858, trois habitants de La Chenée s'opposèrent au projet en faisant valoir que le nouvel emplacement était trop proche de leurs habitations. Toutefois, le commissaire chargé de l'enquête exprima un avis favorable en relevant que l'emplacement choisi était suffisamment éloigné du hameau (7) et la commune put acquérir le terrain la même année (8). La première inhumation qui y eut lieu fut celle de Jean-Louis Camus, le 25 octobre 1860. A cette date, le cimetière était dépourvu de croix et de clôture (9). Nommé dans un premier temps cimetière des Chaillots, il prit le nom, après l'arrivée du rail, de cimetière de la gare en raison de sa proximité avec la station de chemin de fer. Il totalisait alors une surface de 2 173 mètres carrés, soit 1 835 mètres carrés hors murs et allées, permettant d’inhumer 917 corps.
Des allées en terre permettaient d'y circuler et une croix en grès se dressait au centre. Sa capacité étant jugée suffisante, la municipalité donna satisfaction à plusieurs familles le 19 novembre 1863 en autorisant des concessions perpétuelles, trentenaires (qui pouvaient être indéfiniment renouvelées) et provisoires (accordées pour quinze années au plus et non renouvelables).
A cette occasion, un règlement fut rédigé et les premières concessions furent accordées la même année.
Au début des années 1930, le cimetière était devenu trop exigu et la municipalité accepta le principe de l'acquisition d'un terrain pour en établir un nouveau (10). Dans un premier temps, on envisagea de créer un nouveau cimetière au Jariel, dans une pièce de terre dépendant de la ferme. Le propriétaire opposa toutefois son refus et le projet fut abandonné au profit d'une extension de cimetière de la gare. Après une étude géologique, l’agrandissement fut réalisé au sud-est, sur des parcelles spécialement acquises à cet effet. En 1933 ou en 1934, l'entourage de cette extension fut réalisé (11). Quelques années plus tard, la croix centrale en grès fut retirée au motif qu'elle gênait la circulation intérieure (12) et les allées furent goudronnées (1938).
Un nouveau règlement fut établi en 1938, confirmé en 1939 (13) et remplacé le 10 juin 1946.
Cette deuxième portion du cimetière de La Chenée a été couramment désignée sous le nom de « nouveau cimetière » jusqu'aux années 1970. De nombreux caveaux y ont été établis à partir de son ouverture. En 1951, la municipalité y fit construire un caveau provisoire destiné à être loué temporairement aux familles, selon un tarif fixé le 28 mars de l’année suivante. (14)
Pour autant, l'ancien cimetière n'avait pas disparu. Certes, la municipalité voulait le supprimer et avait décidé, en 1930, de défricher le terrain tout en respectant les tombes qui s'y trouvaient encore et de le louer en trois parties comme jardins (15) ; toutefois, le sous-préfet rappela qu’il fallait soit attendre l’expiration des concessions, soit obtenir l’accord de leurs titulaires, soit, en cas de décès de ces derniers sans successeur, demander la désaffection de l’ancien cimetière et la translation des corps dans le nouveau. Dans l'attente, le mur d'enceinte fut remplacé en 1931 par une clôture en grillage (16), mais il fut interdit d'y établir des monuments funéraires : « Dans l’ancien cimetière, aucun travail de caractère durable ne devra être entrepris sur les fosses communes. Seuls des entourages ou croix, posés à titre provisoire et non scellés seront tolérés pendant un délai de dix ans au maximum » (17). En 1962, ce cimetière était entièrement désaffecté et il fut envisagé d'y construire un garage préfabriqué. (18)
Les tombes les plus anciennes se trouvent donc aujourd'hui au cimetière de La Chenée qui est toujours utilisé puisque des concessions y étaient encore accordées en 1983.
En 1966, la municipalité constata de nouveau l'insuffisance du cimetière communal et envisagea d’en aménager un autre.
Les réflexions sur l'aménagement d'un nouveau cimetière furent officiellement entamées le 30 novembre 1967 et la municipalité décida le 2 février 1968 d'agrandir le cimetière existant ou d'en créer un nouveau sur un autre site. La deuxième voie fut privilégiée mais le projet mit plusieurs années à se concrétiser. D'abord, il fallait choisir un emplacement et cinq terrains étaient proposés : un aux Avônes, un au Clapier, un au-dessus des Gavards, un autre tenant aussi à la route de la Noue et un autre aux Pavés, le long de l'ancien chemin de Sablonnières à Hondevilliers. Le 2 août de la même année, le choix se porta sur le premier de ces terrains. Ensuite, se posa la question de la superficie : dans un premier temps, il fut question d’un peu plus de 8 700 mètres carrés, puis on se ravisa, estimant que 3 000 mètres carrés seraient suffisants (19). Dès lors, la commune fit effectuer une étude géologique et élaborer un projet par un architecte de La Ferté-sous-Jouarre. Ayant obtenu l’autorisation préfectorale nécessaire (20), la municipalité donna son accord pour l'acquisition du terrain concerné (21). Après une âpre discussion du prix, elle tomba d'accord avec le propriétaire en 1969 (22) et régla les premières modalités de financement (23). Le terrain put être borné la même année et la vente fut conclue le 10 mars 1970.
Une fois le projet d'aménagement approuvé par le conseil municipal (24), les emprunts nécessaires furent contractés et les marchés adjugés. Les travaux commencèrent enfin début 1972 et durèrent toute l'année.
Depuis son ouverture, quelques caveaux ont été construits dans le cimetière. En 2008, un colombarium et un jardin du souvenir ont été aménagés.
Depuis plusieurs décennies, les inhumations sont effectuées par les compagnies de pompes funèbres. Autrefois, la commune employait des fossoyeurs qui officiaient selon un tarif fixé par le conseil municipal. Par exemple, selon le tarif arrêté en 1912 prévoyait : 10 francs pour une fosse ordinaire ; 20 francs pour une fosse à deux corps et 10 francs pour une exhumation. Celui de 1955 : 3700 francs pour une fosse à 2 mètres ; 4500 francs pour une fosse à 2 mètres 50 ; 5300 francs pour une fosse à 3 mètres ; une majoration de 1300 francs sur terrain neuf ; 1000 francs pour une exhumation. Dans le caveau provisoire, la descente d’un corps était tarifée à 500 francs et sa remontée à 1000 francs.
La commune disposait aussi de son propre corbillard à bras en bois vernis en noir, avec frange, tenture et pitons porte-couronnes. En 1938, la municipalité avait décidé de le garer dans la sacristie, où il serait masqué des regards par un rideau (25). En 1966, alors qu'il n'était plus utilisé pour le service funèbre, le curé demanda son enlèvement et la municipalité décida de vendre ou de le brûler : la deuxième solution fut retenue (26). En remplacement, un « char rural » fut acquis au prix de 1680 francs. Ce type de corbillard présentait l'avantage de pouvoir être attelé à une automobile, voire d'être poussé manuellement.