En 1686, paraît le manuel de méditation théiste (croyante) de Jeanne-Marie Guyon. Un chef-d’œuvre, aujourd'hui confidentiel, pourtant essentiel aux yeux de personnalités aussi diverses que le grand méditant Fabrice Midal, l'écrivaine Christiane Singer et, à l’époque... le conseiller des rois, François de Fénelon : « Moyen court et très facile de faire oraison. »
Jeanne-Marie Guyon fait la synthèse d’une tradition ancienne, le christianisme intérieur (méditatif), et d'auteurs comme Jean de Saint-Samson, Catherine de Gênes, François de Sales, Thérèse d'Avila,... Des mystiques contemporains, comme Thomas Keating, parlent de Christianisme intérieur.
L'approche de Jeanne-Marie Guyon est simple et accessible. Sa prose sensorielle et poétique transmet, avec une simplicité inégalée, l'expérience de la présence intérieure de Dieu·e. L'autrice rend palpable notre nature originelle profonde : l'intimité infiniment tendre avec l'ami⸱e invisible.
Les 139 méditations du cœur proposées ici sont librement inspirées du manuel de Jeanne-Marie Guyon
Le numéro de chaque méditation correspond à la page concernée du manuel accessible aujourd'hui aux éditions Hachette Livre BNF ou Gallica. J'ai voulu lui donner sa portée universelle : dédié à toutes et tous, comme le voulait son autrice, sans nécessité d'adhérer à une culture religieuse déterminée. La mystique, cette spiritualité buissonnière, dépasse et relie par leurs centres les belles traditions du monde. Elle est inter-religieuse et unifiante.
Le texte est mis à la première personne : Dieu⸱e s’adresse à chacun·e dans son cœur, dans son intérieur. L’inspiration de Jeanne-Marie Guyon est initiatrice et formatrice d'une relation libre et personnelle à l’être divin, naturellement masculin et féminin.
L'écriture inclusive est utilisée ici quand elle est fluide à la lecture.
De liberté, il en est justement question quant au traitement du texte original. Il fait ici l’objet d’une métamorphose et d’une hybridation d'expériences. Et d'une simplification. Le Moyen court est lui-même une synthèse d'enseignements reçus et aussi d'intuitions de Jeanne-Marie Guyon. Mes propositions actualisent et poursuivent son travail avec la même liberté.
La méditation théiste, croyante, est la relation de cœur à cœur avec l'ami⸱e invisible
Chaque méditation permet un temps calme pour se laisser toucher et inspirer. Elle peut accompagner notre journées pour ancrer dans la paix toutes nos activités. Entretenir, à chaque moment du jour, une certaine disponibilité intérieure permet de trouver un chemin de vérité et donc de croissance continue.
La présence, l'un·e à l'autre, donne une paix immédiatement et partout accessible. Elle agrémente chaque occupation et réconcilie avec l'immense variété des situations et des émotions du quotidien, agréables ou non. Et cette paix rend libre.
La relation affective à Dieu⸱e s'offre à toutes et tous, tout le temps, partout.
Dans le passé, les conditions pour avoir accès à cette relation directe étaient multiples : connaissances spécifiques, accompagnement serré, appartenances strictes, etc. Les barrières à l’entrée étaient nombreuses ! Par souci de protéger les territoires et ressources ecclésiastiques ? J'ai la conviction (documentée) que cette tradition méditative est activement et méthodiquement enterrée par le clergé catholique, en continu, depuis le 18e siècle. (Soutenu par le rationalisme et la mentalisation de l'époque.)
Jeanne-Marie Guyon insiste pourtant longuement : ce trésor est caché aux puissants, aux savants, et révélé aux simples et fragiles, aux petits. Donne-t-elle des avertissements, exprime-t-elle des précautions à prendre ? Aucun, si ce n’est en proposant une pratique méditative se vivant lors d’un temps de lecture, toujours terminé par un petit silence respectueux, puis de façon infuse dans le métier : dans le travail et les responsabilités quotidiennes.
La méditation du cœur n’isole donc pas du monde. Au contraire, elle engage et ancre dans la vie ordinaire qu'elle respecte, honore et magnifie de sa lumière intérieure. Rien de perché ! Mère de cinq enfants, l'autrice partage un sens des réalités poussé. La méditation du cœur se vit au cœur des activités du quotidien.
Fondée sur un solide bon sens, elle n’en détourne pas, bien au contraire. Elle les irrigue de sa joie. La méditation du cœur est l’eau vive dans le jardin de nos engagements ordinaires. Son principe ordonnateur est aussi discret que puissant.
Notre époque, son niveau assez généralisé d'éducation, d'autonomie intellectuelle et affective, nous permet d'accéder enfin une relation directe à Dieu⸱e
La mystique peut se démocratiser, sa lumière se banaliser sans se perdre. Le niveau scientifique monte et les questions de santé psychologique sont bien mieux traitées et travaillées qu'avant. Les équilibres de vie sont globalement compris et respectés par la plus grand nombre.
D'autant plus que l'expérience intérieure de la présence de Dieu·e, cette familiarité vécue dans les détails de nos intentions et de nos relations, favorisent notre équilibre émotionnel et relationnel.
Le Dieu vivant ne nous sort pas de la vie, il nous enracine dans la vie intime... humaine, corporelle, émotionnelle et relationnelle, telle qu’elle se donne à toutes et tous, tous les jours, partout. Cette simplicité, cette discrétion, sont les meilleurs des gardes-fous aux excès de sentimentalité ou d’exaltation et à toutes les radicalités religieuses et dogmatiques.
Car il n’y a pas de science mystique, pas d’experts, pas de maîtres, juste quelques rencontres fraternelles, et la joie immense et libératrice de l’esprit d’enfance, tissé de fragilité, de spontanéité, d’insouciance et d’émerveillement.
Tolérer un certain manque de repères, de plan, intrinsèque à la condition d'être humain est la condition de la disponibilité véritable, pour des moment de silence intérieur.
Présent au cœur de nos cœurs, Dieu nous éveille à la conscience depuis la nuit des temps
C'est lui le grand secret de la civilisation, son ferment. Ce compagnon discret n’est pas tout-puissant, pas créateur du ciel et de la terre. Il est juste inspirateur du meilleur en l’être humain. Mystérieusement, il est dans l'interdépendance avec nous.
L'ami⸱e invisible n'a pas créé la maladie, la souffrance et l'inconscience... La vie est ainsi, en grande partie absurde. En revanche, notre relation à Dieu⸱e peut nous aider à traverser les épreuves et en tirer des enseignements : transformer le poison en élixir. Seul notre consentement à sa présence est requis.
Nous sommes toujours, et tragiquement, libres. Cette relation fondamentale génère des moments de paix infiniment ressourçants et des coïncidences passionnantes. La vie avec Dieu·e est profondément transformatrice.
La condition d'être humain, d'une exigence radicale, devient enthousiasmante. Sa tendresse nous donne le courage de plonger dans la grande aventure de la vie. Elle seule nous permet de faire complètement face à l'incertitude de l'existence.
Le Dieu vivant est complice et compagnon d'aventure. Son amitié est impatiente de se donner, de nous soulager et guider dans une vie d'initiative fertile et abondante.
Faut-il encore lui en laisser l'occasion, en faisant silence, en se mettant en repos, et lui laisser l'espace intérieur pour agir en nous, ordonner nos vies à sa vie, ordonner nos vies au courage d'être.
Il est plus que temps de simplifier, dédramatiser et faciliter la relation personnelle à Dieu⸱e. La méditation théiste fait un retour à l’essentiel, un retour au meilleur : l'expérience intérieure de la présence de Dieu⸱e.
La méditation du cœur est un progrès souhaitable, une évolution naturelle vers une vie spirituelle fondée sur l'essentiel : notre filiation réelle. Notre vraie nature.
Mystérieusement, ma vie et Ta vie sont intimement liées.
Nos libertés se répondent dans le désir mutuel de vivre ensemble chaque heure du jour, reçue comme une pluie d’été.
Initiée en 2017, la traduction libre du Moyen court est amélioré régulièrement.