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La dernière et sans doute la plus singulière oeuvre d'Abbas Kiarostami, disparu en juillet 2016. (suite)
Qu'y a-t-il à l'intérieur des images ? Quel pouvoir de fascination exercent-elles, parfois à nos dépens ? Maître artisan dans la composition des plans, orfèvre du cadrage et pourvoyeur de grands espaces, Abbas Kiarostami disparu en juillet 2016, fut un grand manipulateur d'images. 24 Frames, sa dernière œuvre, s'affirme comme le projet sans doute le plus singulier de sa carrière. Le réalisateur du «Goût de la cerise» ou de «Ten» a choisi une vingtaine de photographies de sa collection personnelle qu’il a ensuite animées et mises en scène. En utilisant des outils numériques, de discrets inserts en 3D et des écrans verts, il ressuscite ces fragments du passé pour évoquer les émotions ressenties avant et après le déclenchement de l'obturateur. Se déploie alors un univers étonnant, troublant, entre naturalisme et onirisme, où natures mortes et paysages iraniens s'éveillent avec une exquise délicatesse : un cheval gambade dans la neige, des femmes sont étendues sur une plage, des oiseaux survolent des usines... Un jeu sur le regard, où l'on n'est pas toujours certain de ce que l'on voit, qui dure le temps renouvelé de 24 séquences de quatre minutes en plans (presque) fixes, à la visée contemplative et au pouvoir hypnotique. Autant de passerelles entre le cinéma d'Abbas Kiarostami et ses travaux de photographe, qui composent une méditation sur le temps passé, la transformation des territoires et la fragilité de l’existence. En creux, un portrait subtil du grand réalisateur iranien.