Table des matières
13:22:59 Loi NOME, en particulier tarif de revente d'une part de sa production imposé en 2012 à EDF (ARENH) de 42€/MWh, selon H. Proglio «inférieur au coût de revient».
Le coût total d'EDF n'était déjà pas tolérable donc l'ouverture à la concurrence jugée nécessaire. Depuis longtemps trop d'électricité était produite et aucun concurrent ne voulait construire de nouvelle centrale peu carbonée, c'est pourquoi cette loi, abrogée fin 2025, les laissait disposer d'une part de la production du parc EDF existant, comme détaillé ci-après sans grever EDF.
Le tarif évoqué (42€/MWh), établi en 2012, est un cadeau (de plus) à EDF:
Le coût de production complet du MWh était en 2010 de 22€ (cf. rapport de la Cour des comptes «Les coûts de la filière électronucléaire», page 81). Le parc de production existant étant réputé amorti, les 20€ d'écart paient prolongation de sa durée d'exploitation (Grand Carénage) et renouvellement/extension donc le nouveau nucléaire (série d'EPR).
En 4:12:32 H. Proglio rappelle que vers 2013, durant négociations relatives au réacteur Hinkley Point C, le prix de marché au Royaume-Uni était de 40£, étayant l'adéquation d'un coût de production en France à cette époque, avec larges marges, de 42€.
Selon EDF le prix spot moyen du MWh en 2014 était en base de 34,6€ et en pointe de 43,8€ (page 6).
En 2015 et selon EDF même le prix de gros sur le marché était de 38€/MWh.
La Société française d'énergie nucléaire publia en 2017 que le coût de production (intégrant le Grand Carénage) du MWh nucléaire en France était de 33€.
Le rapport de la Cour des comptes intitulé «L’ORGANISATION DES MARCHÉS DE L’ÉLECTRICITÉ» (2022) pose (page 114) qu'entre 2011 et 2021 « les revenus du parc nucléaire historique ont bien couverts ses coûts complets, les dépassant même de l'ordre de 1,75 Md€». La cour précise qu'EDF aurait pu gagner davantage sans l'ARENH, toutefois prétendre que cela creusa son déficit est faux et des contre-arguments connus ne sont pas étayés.
Donc vendre 42€/MWh n'était pas ruineux.
L'ARENH n'est pas, comme parfois clamé, un instrument arbitrairement défini par l'Union Européenne mais le produit de la Commission Champsaur (2009).
L'objectif poursuivi (ouverture à la concurrence) découlait de constats exposant légèreté de gouvernances passées donc mal exposés au public.
Les épisodes de cette odyssée sont connus, et bien analysés.
La loi NOME contraignait EDF à vendre sa production à l'avance sur le marché à terme mais ce n'est pas malédiction décrite car, au moment de livrer, l'entreprise ne perd que si sa production est plus faible que prévu et que le prix de l'électricité qu'elle doit alors acheter (afin d'honorer ses engagement) est supérieur au prix convenu.
Moody's détaille: "In accordance with its hedging policy, the group had sold forward substantially all of its anticipated 2022 output at a Moody's-estimated price of close to €55 per megawatt hour (MWh). For the year 2022, it has to now buy up to around 60 TWh of electricity at prevailing market prices to meet its obligations, and sell a total of 20 TWh in 2022 at €46.2/MWh and the rest of the power at hedged prices".
VF établie par Google Translate: Conformément à sa politique de couverture, le groupe avait vendu à terme la quasi-totalité de sa production prévue pour 2022 à un prix estimé par Moody's proche de 55 € par mégawattheure (MWh). Pour l'année 2022, il doit désormais acheter jusqu'à environ 60 TWh d'électricité aux prix du marché en vigueur pour honorer ses obligations, et vendre un total de 20 TWh en 2022 à 46,2 €/MWh, le reste étant vendu aux prix couverts.
Avec le déploiement de renouvelables le prix de vente spot de l'électricité, qui tend le plus clair du temps vers son coût de production, est de plus en plus souvent inférieur au coût de production nucléaire. Lorsque c'est le cas EDF peut diminuer la production de ses réacteurs et acheter de l'électricité renouvelable, donc réduire ainsi le coût total du nucléaire grâce aux renouvelables. À court terme c'est financièrement salvateur mais accélère l'inéluctable ruine.
Le risque induit pour EDF est nul car lorsqu'elle perd sur le marché à terme de l'argent public la renfloue systématiquement. Ceci vaut même pour le bouclier énergétique, comme rappelé par la Cour des comptes (page 184) et par les comptes mêmes d'EDF (CSPE versées, par exemple en 2023).
Certains donnent ces versements pour des indemnités, effet d'une contrainte de vente sur le marché à terme pesant sur EDF. Toutefois en 2026 elle n'y est plus contrainte et s'engage toujours par des contrats à terme, donc mise sur des renflouements ou juge que ses tarifs seront de moins en moins compétitifs et qu'il est préférable de vendre aussi vite et cher que possible.
Ce n'est que l'une des sources de profit discutables.
Produire de l'électricité dans une centrale à gaz est un ultime recours, consenti lorsque à défaut de le faire il faudrait produire avec du charbon, car laisser la consommation rester supérieure à la production est exclu puisque cela mènerait au mieux à des délestages (coupures de courant) et au pis à l'effondrement du réseau
C'est pourquoi des unités de production très souples (appelées backup) donnent partout, même en France, de petits coups de pouce afin de:
lisser les continuelles menues variations de la consommation (donc assurer le «suivi de charge»),
produire durant les pointes de consommation dépassant les capacités des moyens de production peu carbonés disponibles.
Ce backup est surtout assuré par du «thermique classique», en particulier des turbines à gaz, selon l'approche du «coût marginal».
3:23:35 Selon H. Proglio «on n'utilise pas» le gaz.
C'est faux, des centrales à flamme dites «thermique classique» (à présent surtout du gaz) épaulent en France le nucléaire depuis son avènement.
3:24:30 «affaiblissement historique des opérateurs allemands, quasi en ruine».
Il néglige qu'EDF, très favorisée et régulièrement renflouée par l'État, connaît le même sort.
3:26:46 «parti antinucléaire».
Le projet Superphénix de réacteur nucléaire de «génération 4» visant à industrialiser la surgénération (afin de considérablement réduire la dépendance à l'uranium) commença en 1974, flanquant le Plan Messmer, sur des acquis antérieurs obtenus en laboratoire (réacteurs expérimentaux RAPSODIE et Phénix).
... en 1964 on annonçait au public français l'exploitation industrielle de la surgénération dès 1985 (1:17)
L'historien des sciences et des techniques (CNRS/EHESS) J.-B. Fressoz rappelle que, dix ans auparavant, les experts du nucléaire jugeaient la surgénération nécessaire, y compris en France.
Le réacteur Superphénix, livré en 1983, a été réglé durant 2 ans puis connecté au réseau et a dès 1986 brièvement développé sa puissance maximale.
Las, durant les 10 années qui suivirent il n'a pu atteindre le stade industriel («fiable», objectif fixé par la Commission PEON). 53 mois d'activité n'y ont pas suffit, et un coût total de 60 milliards de francs (hors «lourdes charges de recherche et développement» payées par le CEA et EDF, selon la Cour des comptes), qui rendent difficile de prétendre que temps ou moyens manquèrent.
Des procédures administratives (le rapport de l'Assemblée Nationale fait état de la «lenteur anormale» avec laquelle les autorités de sûreté furent informées des incidents) arrêtèrent le réacteur durant au total 54 mois (tout restait en place et les études continuaient).
Ces recours furent déposés car le réacteur était dangereux (page 32 du Panorama des filières de réacteurs de quatrième génération (GEN IV) de l'IRSN) et exploité de façon parfois discutable (pages 25-26). Certains furent jugés recevables. Prétendre qu'aucun ne l'était nie la capacité de la Justice à rejeter un recours abusif ou infondé.
Le même rapport rappelle la «mauvaise inspectabilité de Superphénix», à laquelle la durée des arrêts, souvent imputée à de l'hostilité ou à l'arbitraire, devait beaucoup: Un délai de 6 mois a ainsi été nécessaire pour imaginer une procédure de détection et de réparation de la fuite d’argon survenue fin 1994, alors que la réparation elle-même a pris quelques minutes.
En 1972 le coût prévu de sa seule construction était d'au plus 3 milliards de francs, puis en 1994 la Cour des comptes, en déduisant le prix de vente de l'électricité produite, montrera qu'elle en coûta 34,4 milliards.
Au fil des années il avait connu plusieurs redémarrages, à chaque fois suivis d'un incident ou de sous-production.
La Cour a établi que le coût de 5 ans d'exploitation (entre 1995 et 2000) serait de 7 milliards de francs, et tout nouvel incident l'aurait augmenté.
En 2012 l'investissement relatif à Superphénix était évalué par le CEA à 12 milliards d'euros (page 386).
D'aucuns donnent le projet Superphénix pour couronné de succès mais aucun expert ni son exploitant n'affirma cela, en 1997 ils clamaient leur confiance quant à leur capacité à atteindre l'exploitation industrielle à une échéance non précisée. Cet échec était à l'époque connu, même des grands médias.
Superphénix n'a pu atteindre son objectif à cause de défis d'ordre technique dont H. Curien résuma la cause première dans le rapport pertinent de l'Assemblée Nationale: « le passage de Phénix à Superphénix correspond à une multiplication par cinq, ce qui est beaucoup – quels que soient les engins – : le facteur d’échelle ne jouant pas uniformément, on peut avoir des surprises», ainsi que par R. Sené.
En 1997 son arrêt n'impacta pas le parc de réacteurs existant et était défendable car son facteur de charge en 1996 était de 0,32 donc très inférieur au minimum viable pour un réacteur industriel.
Son taux de disponibilité était élevé mais néglige les arrêts prévus (en prévoir suffisamment l'améliore), et ne traduit qu'un état («l'exploitant juge le réacteur prêt à produire») donc un potentiel, plutôt que la production industrielle attendue.
Après l'arrêt dédommagement des industriels (allemand et italien) associés au projet n'a pas été coûteux ou risqué car fait par fourniture d'électricité, que nous surproduisions déjà.
Un autre coûteux projet portant sur la fusion nucléaire (ITER) naissait alors. Nos ressources ne sont pas infinies donc il faut arbitrer, ici interrompre un Superphénix ne livrant pas, afin de le reprendre si le contexte semble propice.
Son successeur nommé «ASTRID» lancé 12 ans après, qui devait concevoir et bâtir un réacteur pour 5 milliards d'€, dépensa plus de 700 millions d'€ en seules études (dont seulement 100 payés par EDF) avant d'être mis en pause, donc «cela fonctionne mais il faut tout reconcevoir...».
Des professionnels participant au projet se jugèrent désavoués, ont cru leurs efforts gâchés, leurs carrières menacées... À tort, car même l'opinion conçoit à raison qu'«à l'impossible, nul n'est tenu», et que «la critique est facile...». Cette perspective alimente une critique de l'arrêt fondée sur de l'obstination donnée pour de la constance, assise sur un investissement consenti formant fait accompli étayé par le mirage des coûts irrécupérables (des distorsions communes dans ce contexte).
Selon H. Proglio l'abandon de Superphénix «remettait en cause la logique du système nucléaire français». Il n'explique pas pourquoi. Peut-être s'en tient-il à la nécessité de ce que la Génération IV promet, qui présidait durant les années 1950 à l'électronucléaire alors naissant. En ce cas les implications de ce constat sont déterminantes car la surgénération industrielle n'est toujours pas maîtrisée où que ce soit, donc l'avenir de l'électronucléaire compromis.
Comme ci-devant rappelé Superphénix n'avait pas atteint son objectif.
Juger nécessaire de continuer le projet Superphénix impliquait de considérer que tout ce que réclame la filière du nucléaire doit lui être inconditionnellement accordé. En juin 1997 L. Jospin a rappelé qu'il est nécessaire d'arbitrer pour «que les fonctions de contrôle ne soient pas confondues avec celles qui relèvent de l'exploitation», et que l'industrie nucléaire ne doit pas «poursuivre des projets dont le coût est excessif et la réussite très aléatoire : c'est pourquoi le surgénérateur qu'on appelle Superphénix sera abandonné. »
Tous les signataires de l'accord de coalition entre le parti socialiste et Les Verts (qui forma la «Gauche Plurielle») voulaient arrêter Superphénix. Affirmer que cet arrêt était seulement motivé par cet accord ne tient pas compte de son échec ni des actions des concernés: L. Jospin joua d'un calcul électoraliste ménageant l'un de ses objectifs (arrêt de Superphénix dont il n'espérait plus rien). Il restait résolument pro-nucléaire car a maintenu tout ce qui importe à la filière sur les autres pans (usine de retraitement nucléaire de la Hague, parc de réacteurs, projet EPR, budget de R&D...), au grand dam des Verts.
Même durant la coalition L. Jospin resta explicitement favorable au projet EPR (il déclara en 1998 «La priorité est désormais l’EPR»), et compte-tenu de l'échec du chantier de l'EPR tête de série (lancé en 2004) il est difficile de lui reprocher d'avoir refusé de le lancer dès 2019 parce qu'il le jugeait immature.
Aujourd'hui, 29 ans après l'arrêt de Superphénix, les autres nations qui tentèrent d'industrialiser la surgénération, auparavant et par la suite, échouèrent elles aussi.
D'énormes investissements consentis durant des décennies ne livrèrent pas.
La Russie est de loin la plus avancée. Pour autant son réacteur «BN-800»; démarré en 2014, est si peu enthousiasmant qu'elle n'en déploie aucun. Son successeur prévu, nommé «BN-1200M», est reporté à 2035...
... cela ne révèle pas abandon de la surgénération car cette nation explore activement une autre architecture nommée «BREST» (caloporteur plomb plutôt que sodium dans le cas de la plupart des autres, BN et Superphénix compris), avec un petit réacteur de démonstration (300MW) dont le chantier commença en 2021, en un «retour à la case départ».
Par ailleurs certaines nations pourraient apparemment poursuivre cette voie sans nécessairement croire au succès de l'industrialisation car un surgénérateur est un excellent moyen d'obtenir du plutonium de qualité militaire. C'est vraisemblablement l'objectif réel du réacteur de démonstration pertinent (appelé «CFR») démarré fin 2024 en Chine, dont le prédécesseur peina durant 15 ans.
En résumé les réacteurs surgénérateurs existants ne sont pas industriels et se trouvent en Chine et en Russie. Ces 2 nations, de loin leaders en matière de nombre de chantiers de réacteurs nucléaires en cours, ne déploient aucun modèle surgénérateur.
En mars 2026 le gouvernement français annonça un nouveau programme de fermeture du cycle du combustible, qu'il faudra payer...
En 2019, lors de l'arrêt d'ASTRID, officiellement la surgénération industrielle n'était plus poursuivie en France parce que l'uranium ne coûte pas cher, ce qui est un piètre alibi car, si c'était le cas, pourquoi avoir cherché à grands frais durant des décennies, et dans diverses nations le faire encore (en France des experts demandent de relancer des projets), alors que le cours de l'uranium n'a jamais (hors courte bulle autour de 2007) été une menace?
Tenter d'industrialiser la surgénération est justifié car l'obtenir réduirait considérablement dépendance à l'uranium comme embarras causés par les déchets, au point que même des nations disposant d'uranium s'activent: la Russie est la plus avancée, or elle dispose de gisements via son vassal le Kazakhstan.
Toutefois aucune quête très coûteuse ne saurait perdurer sans progrès significatif.
H. Proglio prétend ensuite que les «morts de Fukushima n'ont jamais existé».
Les autorités japonaises imputent à la catastrophe nucléaire d'ores et déjà (hors effets à long terme) 2202 victimes causés par le pan de l'évacuation déclenché par l'accident nucléaire.
3:27:31 Campagne présidentielle 2012: «fermeture annoncée de 28 réacteurs», «50% max d'électricité électronucléaire».
La limite apparemment («max 50% d'électricité d'origine nucléaire») adoptée en 2015 était, est et restera sans effet car (en 2018) son échéance a été repoussée à 2035 (ce qui la désactivait), puis elle a été abrogée début 2023.
D'autre part même avant son abrogation elle ne menaçait pas le nucléaire car, outre que la repousser de nouveau ou abroger restait possible, environ 65% de l'énergie finale consommée en France est produite grâce à des combustibles fossiles auxquels il convient (dérèglement climatique oblige) de renoncer, et dans les grandes masses seule de l'électrification d'usages le permettra. Il faudra donc produire davantage d'électricité (probablement au moins 2 fois plus, peut-être jusqu'à 3x), ce qui offre à la filière une marge colossale pour étoffer d'autant le parc de réacteurs et remplacer ceux qui, trop âgés, seront déclarés inaptes au service, tout en respectant cette loi. C'est vraisemblablement pourquoi l'énorme programme « Grand Carénage» de prolongation des réacteurs démarra (il bat son plein en 2026).
Le signal envoyé à la filière par des actions (plutôt que par des mots destinés à obtenir les suffrages de ceux qui percevaient l'obsolescence du nucléaire) était clair. E. Macron adopta cette manoeuvre.
Cette limite n'était que l'une de ces promesses (visant à drainer des électeurs naïfs) n'engageant que ceux qui les croient.
3:28:16 Décroissance électrique, manque de nucléaire.
3:59:35 Échec du chantier de l'EPR tête de série: «la filière nucléaire française n'a plus construit de réacteur depuis 20 ans».
Dans la veine de la grande campagne pro-nucléaire en cours H. Proglio accuse élus/écolos d'avoir endommagé la filière, mais ne produit pas d'acte d'accusation digne de ce nom: quel acte (ou inaction) causa quel dommage, qui l'a commis, quand, avec quels effets...?
Citer des déclarations hostiles au nucléaire d'élus ou d'écologistes suffit semble-t-il à former une accusation, comme s'ils étaient autant de sorciers vaudou dont de simples intentions formulées abattent l'une des filières les mieux protégées et dotées par l'État.
La réalité est fort différente car dès 1986 même EDF jugeait le parc nucléaire trop étoffé: «Nous aurons de deux à quatre réacteurs nucléaires de trop en 1990», ce que le rapport Rouvillois-Guillaume-Pellat de 1989 confirma.
La principale cause en est connue: après le contre-choc pétrolier les prix des hydrocarbures avaient beaucoup et durablement diminué, concurrençant l'électricité dont la consommation augmenta de moins en moins vite. Les incitations aux économies d'énergie, à l'efficacité ainsi que la grande panne de 1978 pesèrent vraisemblablement aussi.
Pour autant on a construit des réacteurs jusqu'à la fin des années 1990. Trois d'entre eux furent mis en chantier après 1985, quatre furent construits dans les années 1990, et la France exporta de plus en plus d'électricité.
Les deux plus récents réacteurs (Civaux-1 et 2) précédant l'EPR ont été respectivement livrés en 1997 et 1999 puis restèrent inactifs car étaient inutiles et ne furent mis en production qu'en 2002.
En 1998 M. Mandil, Directeur Général de l’énergie soulignait qu'il y avait alors en France un excédent de capacité de production en base d'environ 5 à 6 gigawatts, c'est-à-dire de l'ordre de quatre gros réacteurs nucléaires.
Cela causait d'énormes surplus d'électricité et la France était alors le plus gros exportateur en Europe.
Puis, comme prévu, la consommation d'électricité en France se stabilisa au début des années 2000.
Ce contexte perdura car en 2003 François Roussely (alors président d'EDF) déclara: «Il est évident que nous avons tout intérêt, sur le plan financier et sur le plan industriel, à étaler le plus possible, la construction du parc futur ((...)) Le renouvellement commencera par le recours à la génération 3+, vers 2020, puis à la génération 4, après 2035, si celle-ci a tenu ses promesses et se révèle opérationnelle». (Note: ce réacteur de génération 3+ est l'EPR).
Malgré ce sur-dimensionnement durable et amplifié aucun soutien d'élu n'a été jugé excessif:
la spécialité de la filière est l’îlot nucléaire, mis en place dans une centrale en fin de chantier, et le reste (génie civil, métallurgie, électricité...) est surtout confié à des sous-traitants relevant d'autres branches de l'industrie donc ces compétences n'ont pas à être maintenues par la filière du nucléaire.
Si la filière juge devoir construire en permanence au moins un réacteur afin de maintenir ses compétences il lui appartient, plutôt qu'à écolos ou élus, de trouver des débouchés à l'export. Des élus s'impliquèrent pour cela car la filière livra un réacteur (Civaux-2) en 1999 puis, avec le soutien du gouvernement, resta active alors même que l'EPR était en cours de conception:
elle tenta dès 2000 de vendre un EPR à la Finlande qui le commanda en 2003 (chantier démarré en 2005 devenu un coûteux échec)
dès 1999 la filière voulait lancer le chantier d'un EPR tête de série en France (rapport Folz, page 5). Il a été commandé en 2004 (Flamanville-3) puis son chantier commença en 2006 et a été un échec (pour bonne part à cause de cette immaturité) donc la série prévue n'a été lancée qu'en 2024. À qui la faute, sinon à la filière? Comment croire que lancer ce projet dès 1999, comme le demandait EDF, n'aurait pas causé davantage encore d'écarts ahurissants, fort coûteux?
deux EPRs furent vendus à la Chine (2007), malgré les déboires du chantier en Finlande
deux autres furent vendus au Royaume-Uni (2012), malgré les déboires des chantiers en cours, toujours avec le nécessaire soutien du gouvernement, et leurs chantiers démarrèrent. Eux aussi peinent (retards, surcoûts)
le parc de réacteurs est resté en place (l'arrêt de Fessenheim est d'impact mineur et le fait d'EDF) donc les compétences correspondantes perdurèrent
le Grand Carénage visant à le prolonger (budget: 55 à 95 milliards d'€...) a été planifié (2008) puis commença (2014)
les budgets R&D furent maintenus (H. Proglio évoque, lui, une «baisse des efforts de recherche»)
Où sont les «années sans soutien ou projet de réacteur» qui auraient endommagé la filière?
Comment croire sain de vendre un projet de construction de réacteur, y compris à l'export, sans maintenir les compétences correspondantes, dont une bonne part est de surcroît nécessaire à la maintenance du parc exploité?
Qui doit maintenir ces compétences, sinon la filière (plutôt qu'écologistes ou élus)?
Ces écarts n'ont rien de neuf car le coût total réel du déploiement du nucléaire pèse encore sur la nation.
L'argument selon lequel la France devait, en 2004, commander non pas un mais plusieurs EPR est inepte car le concept même de «tête de série» consiste à lancer un premier chantier, puis s'il progresse bien un second, puis un autre... afin de réduire coûts et retards causés par une erreur en ne la commettant que sur un site.
Ce sain mode de gestion adopté durant le Plan Messmer est reflétée par sa frise chronologique.
Tous les chantiers EPR connurent d'emblée des difficultés qui, en théorie, interdisent d'en lancer un autre «dans la foulée». Ce qui fut pourtant fait (après la Finlande: France, Royaume-Uni, Chine), donc non seulement la filière n'a pas été maintenue inactive mais elle a été artificiellement soutenue, aux frais du contribuable, et à présent elle geint. Ces larmes de crocodile forment des «accusations» désignant des boucs émissaires en lui épargnant l'examen de ses errements.
À présent E. Macron en commande 6 avant même de savoir ce qu'il achète
La stratégie de surcapacité de production n'est pas en cause car était et reste pertinente (si coûts et délais des déploiements sont réalistes, ce qui n'est plus le cas du nucléaire). Son adoption effective interdit la complainte «la filière a été trahie».
Le culte de l'homme providentiel, puissant en France, rend vraisemblable l'ectoplasme de complotistes néfastes dépeint.
En France la faible production du parc nucléaire est la principale cause de la crise de 2021-2022 difficile à imputer à des groupes étrangers à la filière (tels qu'élus, écologistes, Allemagne...).
Sa cause première est la sous-production du parc nucléaire en France causée par:
corrosion sous contrainte
Contraignant fin 2021 à réparer de nombreux réacteurs, qui restèrent pour cela arrêtés durant des mois
échec du chantier de l'EPR tête de série en France
Bien mener son chantier aurait permis d'en lancer un autre dès 2010, et à la cadence du Plan Messmer 4 à 7 EPR auraient produit en 2022
indisponibilités de réacteurs découlant de visites décennales ou de travaux du Grand Carénage, prévues de longue date
Peu de moyens de compenser existaient car des centrales thermiques classiques furent réformées avant la crise, réduisant les marges. C'était justifié par le souci de décarboner et de ne pas maintenir d'installation lourde jugée désormais inutile.
Par conséquent EDF devait acheter de l'électricité afin de compenser cette sous-production.
Au plan financier c'était désastreux car la guerre menée par la Russie en Ukraine avait considérablement enchéri le gaz (naturel, méthane...) donc l'électricité dont le cours est fixé selon le coût de production marginal (celui de la dernière centrale appelée pour satisfaire la demande), qui est le plus souvent une centrale à gaz.
Pis: EDF vend sa production à l'avance. C'est parfois très rentable, lorsqu'elle vend à prix élevé puis peut fournir à coût de production faible, et elle encaisse alors des milliards (certains félicitent alors EDF). C'est parfois atrocement coûteux, et en ce cas contribuables et taxés français la sauvent.
Durant cette crise les renouvelables réduisirent le prix de l'électricité en Europe (de 3% en 2021, 8% en 2022 et 15% en 2023). Environ 100 milliards d'€ furent ainsi économisés selon l'Agence internationale de l'énergie. L'Allemagne honnie a elle aussi fourni beaucoup d'électricité à la France.
La centrale de Fessenheim développait 2,8% de la puissance du parc nucléaire français, donc la maintenir active n'aurait pas été déterminant.
Dès 2012 EDF négociait sa fermeture, prévue pour au plus tard 2017, puis l'approche de S. Royal (attendre démarrage de l'EPR, échéance qu'EDF maîtrise) l'emporta.
En 2018 EDF a obtenu une dérogation grâce à laquelle l'exploitation de la centrale continua (alors qu'elle devait en théorie disposer de groupes électrogènes de secours dits «DUS» pour «diesel d'ultime secours»), puis fin 2018 l'échéance de la limitation de la part d'énergie nucléaire a été repoussée à 2035 donc ne condamnait plus Fessenheim. EDF pouvait alors lancer les travaux DUS (2 ans, donc compatibles avec la visite décennale prévue) mais avait dès 2016 décidé de ne pas le faire.
L'histoire détaillée de cette fermeture est éclairante.
Selon certains D. Voynet aurait en 2000 «menti pour saborder le nucléaire français ».
En réalité, comme décrit par CheckNews, il s'agissait pour l'Union Européenne de déterminer si classer l'énergie nucléaire en tant que source verte donc renouvelable (au bénéfice de pays en voie de développement) était réaliste. Cela n'a nullement pesé sur le nucléaire en France, d'autant que cette union ne peut influer sur la politique énergétique d'une nation membre.
Cette accusation ne précise pas l'effet néfaste de D. Voynet sur le nucléaire français, et pour cause: il n'en existe pas. Si lui reprocher sa désobéissance est possible, faire d'elle le bourreau du nucléaire en France est risible.
Une autre accusation tient au fait qu'elle était chef du parti Les Verts, accusé d'avoir causé l'arrêt donné pour abusif de Superphénix, et ne tient pas davantage.
Contrairement à ce qui est parfois affirmé C. Lepage n'a pas déterminé le contenu du décret déterminant le mode d'exploitation de Superphénix établi en 1994 car ne fut nommée ministre (de l'environnement) qu'en 1995.
Elle n'a pas davantage bloqué ce projet qui redémarra comme prévu en septembre 1995 (après réparations consécutives à un incident), et quitta le ministère en 1997.
L'arrêt de Superphénix découle d'un constat lourd d'implications pour le nucléaire.
3:46:51 EDF a financé le programme nucléaire.
4:00:36 Selon H. Proglio «il se construit 10 réacteurs chaque année en Chine».
4:33:47 A. Merkel aurait «lâché le nucléaire» afin de former coalition avec le parti les Verts conservateurs.
Cette coalition n'a jamais existé: A. Merkel forma coalition avec le FDP durant 4 ans, et 12 ans avec le SPD (social-démocrate) qui lui-même (non «vert» et avant son alliance avec un parti écologiste en 1998) avait résolu de sortir du nucléaire dès Tchernobyl (1986) afin d'endiguer la forte progression du parti Vert. Bien entendu ce ne sera qu'une promesse et aucune mesure effective contre le nucléaire ne sera prise: production nucléaire stable de 1989 à 2006, participation au projet EPR maintenue, puis fin 2010 son gouvernement prolongea le nucléaire.
C'est la catastrophe nucléaire de Fukushima qui, l'année suivante, cassa net cet élan en faisant basculer l'opinion, de sorte que tous les gouvernements durent ensuite arrêter au plus vite les réacteurs.
En Italie durant un référendum tenu en 2011 (après Fukushima) 94% des électeurs refusèrent construction de nouvelles centrales nucléaires. En France aucune consultation ne sera organisée, puis la loi de 2015 sera un leurre ménageant la filière.
Arrêter du nucléaire en activité ralentit la décarbonation, c'est indéniable, toutefois aucune décision n'est prise en fonction d'un seul critère donc les défauts pèsent (risque: d'accident/attentat/acte de désespéré ou guerrier, prolifération, lié aux déchets, ainsi que dépendance au combustible, difficulté lors du démantèlement, effet NIMBY...).
Il n'y a pas de solution, il n'y a que des arbitrages (T. Sowell).
La rapide sortie du nucléaire de l'Allemagne est imputable non à une arbitraire et impopulaire décision d'écologistes mais à l'accident majeur survenu à Fukushima conduisant au refus de l'opinion publique allemande de s'exposer au risque d'accident majeur, et au fait qu'aucun gouvernement n'a pu/voulu jouer de l'autoritarisme donc la contraindre.
Voici le nombre de réacteurs nucléaires arrêtés en Allemagne depuis Fukushima par chaque parti politique au pouvoir (dénombrés par Hanno Klausmeier):
14 réacteurs: CDU / CSU (centre droit, démocrates-chrétiens)
11 réacteurs: FDP (libéraux de droite)
9 réacteurs: SPD (démocrates-sociaux, parti le plus ancien, démodé, une certaine proximité avec les syndicats)
3 réacteurs: Les Verts (gauche, des positions écologistes)
Le tort de l'Allemagne n'est pas de s'affranchir du nucléaire mais de le faire trop vite ou sans compensation (au pis de la sobriété). Les EnR réduisent les dégâts car l'électricité qu'elles produisent ne l'est pas en brûlant du combustible fossile.
Attribuer les embarras de l'Allemagne à son adoption des renouvelables est absurde, et c'est l'une des thèses-clé de la propagande visant à la condamner injustement.
H. Proglio prête de sombres desseins à l'Allemagne à l'endroit de la France et souligne des effets fâcheux pour nous de l'Union Européenne.
C'est défendable à de nombreux titres, surtout faute de savoir distinguer Realpolitik et seule volonté de nuire, mais difficile à étayer dans le cas du nucléaire.
Accuser l'Allemagne d'être cause de la fermeture de la centrale de Fessenheim est infondé.
Lui attribuer les échecs des récents chantiers de réacteurs par on ne sait quel sabotage du projet EPR est plus absurde encore. Ce projet, visant une fusion de nos réacteurs et des modèles allemands («Konvoi»), était durant son lancement (fin des années 1980) réaliste sur le plan industriel comme commercial. Cela devait faire de concurrents s'inter-épuisant (d'une part la Compagnie générale d'électricité donc Alcatel-Alsthom, qui possédait 44% de Framatome, et d'autre part Siemens) des partenaires unis face à des nations non membres de l'UE vendant du nucléaire (Russie, USA, Corée du Sud...).
Ce genre de stratégie de collaboration n'est pas nouveau car nos premiers réacteurs du Plan Messmer (lancé en 1974) sont des modèles américains (Westinghouse), aux plans par la suite peu à peu modifiés par des ingénieurs français dans le cadre d'une coopération (NTCA). D'autres coopérations entre nations européennes fonctionnèrent (astronautique, aéronautique, armement...)
Dès Tchernobyl (1986) l'opinion publique en Allemagne penchait de plus en plus pour l'arrêt du nucléaire. Un sursaut, par exemple grâce à un EPR couronné de succès était alors possible et au pis, en cas d'arrêt du nucléaire en Allemagne, offrait perspective de marchés à l'export donc sauvait une part de la filière allemande.
Elle y renonça en 1998, avant même l'étape de la conception détaillée (rapport Folz, pages 5, 6 et 21), car un nouveau gouvernement ne voulait pas construire de réacteur. Cela laissa champ libre à la filière française, 5 ans avant commande du premier client (Finlande), pour achever/corriger la conception ou, au pis, déterminer le délai pour cela nécessaire puis planifier.
En 2008 les dérapages du chantier en Finlande fragilisèrent ce projet commun (Siemens fournissait le turbo-alternateur). Toutefois jusqu'à Fukushima (2011) rien n'était scellé et fin 2010 le gouvernement d'A. Merkel prolongea le nucléaire en Allemagne.
En 2011 l'accident survenu à Fukushima, couplé à l'essor des renouvelables industrielles capables de remplacer le nucléaire, tua en Allemagne ce dernier. Siemens douta vraisemblablement de l'avenir du nucléaire et y renonça complètement en revendant ses parts à Areva (1 mois après la catastrophe).
De la propagande, en France, tente de faire accroire que l'Union Européenne (ou l'Allemagne) menace le nucléaire français existant ou futur.
Il n'en est rien car aucune d'elles ne le peut.
Il s'agit en réalité de financement, plus précisément de l'espoir de voir l'UE financer une part du nucléaire français.
L'Allemagne est le plus gros bailleur de fonds de l'UE donc serait le dindon de la farce.
Elle refusa longtemps de payer ainsi pour du nucléaire déployé dans une nation voisine qui l'expose à du risque dont elle ne veut plus chez elle. De surcroît financer ainsi rend plus difficile de contraindre à assurer comme il se doit un parc nucléaire.
L'Allemagne refusait d'inclure le nucléaire dans la liste dite «taxonomie verte» car vert implique renouvelable, ce que le nucléaire n'est pas puisque l'uranium ne se renouvelle pas à l'échelle des temps humaine. Cette liste est entrée en vigueur en 2021 donc son effet sur le financement du nucléaire en France est nul puisque à ce moment le chantier de l'EPR tête de série peinait encore donc aucun nouveau projet de réacteur n'était pertinent. Le nucléaire est inclus dans cette liste depuis 2022, après échange de douteux procédés (je vote en faveur de ta proposition, tu votes en faveur de la mienne), elle n'a donc jamais entravé la filière en France.
L'enquête de l'UE déclenchée en mars 2026 portant sur le financement français du nucléaire relève du souci, adopté par les nations membres, d'éviter les délires financiers des États (ici par lesquels de l'argent public distord la concurrence), quel qu'en soit l'objet. Ce n'est pas propre au nucléaire et pourrait nous épargner de laisser l'Histoire bégayer. Elle ne touche pas (encore?) les renouvelables dont le mode de financement est conforme. On peut en disputer les modalités mais guère l'intention.
D'autre part le prétendu travail de sape décisif mené par l'Allemagne se résume, comme rappelé par Bertaga, à «quelques articles dans Alter Eco et 2 livres confidentiels sur l'approvisionnement en uranium et les déchets nucléaires». Aucun effet patent sur le nucléaire français n'en est exhibé, et les faits montrent qu'il a toujours été soutenu.