Les moulins de Nancray au fil des siècles
Situation des lieux
Les moulins de Nancray au fil des siècles
Situation des lieux
Source: Géoportail IGN. Pour accéder au Vieux Moulin, je vous conseille d'entrer dans le bois de Faule par l'ancien chemin (En venant de la rue du Bois de Faule, précisément), de poursuivre (environ 200 m) pour rejoindre Le Vaizot . Ne tenez pas compte des étangs sur votre droite, ils sont artificiels et récents. Arrivé(e) à la fin du chemin carrossable, vous êtes à l'emplacement de l'ancien moulin. Soit vous contournez par la pâture à gauche, soit vous entrez dans le bosquet sur 10m environ vous retrouvez le Vaizot et le petit pont à 2 arches enjambant le ruisseau qui est un vestige du chemin de ce moulin. En rejoignant la route (visible sur le plan), on est guidé par un chemin plat puis montant que l'on devine travaillé et emprunté par l'homme, quelques jolies pierres en sont les témoins. Cf. illustration avec fléchage.
Le parcours que je vous propose est visible dans le plan ci-dessous après le paragraphe sur l'origine du Vieux Moulin.
L'origine du Vieux Moulin
Etude de documents:
A/ Joseph Talbert (nommé ainsi) Conseiller au Parlement acquiert les Terres de Nancray en 1704.
Un document (1751) précise que Joseph Dessirier est propriétaire du Vieux Moulin et de quelques terres. C'est un acte fiscal qui correspond à la mise en place de l'impôt appelé vingtième. En 1749, une loi met en place l'ancêtre de l'impôt sur les revenus. Personne n'en est exempté, Chacun doit contribuer chaque année au Trésor à hauteur de 5% de ses revenus. Il y avait aussi quelques droits à payer au Seigneur.
B/ Denis Talbert de Nancray (nommé ainsi) arrière-petit-fils de Joseph, causera bien des tourments à Jean-Pierre Dessirier (Fils de Joseph) le meunier avant la Révolution (document ci-dessous).
Extrait de plainte adressée aux Députés de l’Assemblée Nationale
« Jean-Pierre Dessirier, citoyen honnête et tranquille, possédait dans sa famille, par lui et ses auteurs, depuis près de 3 siècles, un moulin situé sur une portion de communal, à un demi-quart de lieue des vestiges d’un ancien moulin qui avait appartenu au fief de Nancray. Cet héritage précieux était une concession primitive des habitants, et payait cens au domaine du Roi. Il composait toute la fortune de la famille Dessirier.
Tout à coup le sieur Talbert convoite ce moulin ; il se persuade qu’il est celui du fief : il ne se donne pas la peine de faire des recherches, et toujours fidèle à ses principes despotiques, il envoie le 17 mai 1786, ses domestiques accompagnés d’huissiers, recors et cavaliers de maréchaussée, avec plein pouvoir d’expulser les propriétaires légitimes.
L’exécution fut conforme au désir du sieur Talbert ; en un moment tous les meubles de l’infortuné Dessirier furent jetés sur le carreau ; les portes furent enfoncées ; les meilleurs effets brisés ou perdus ; les enfants et leur grand-mère chassés de leurs foyers et réduits à implorer la pitié des âmes charitables ; en un mot, pour complément de tant de barbarie, le père de cette malheureuse famille fut traîné dans une prison où il est resté cinq mois.
Vainement la courageuse épouse du sieur Dessirier abandonne son mari et ses enfants, vole à Paris, y reste cinq années, frappe à toutes les portes, importune les bureaux, le ministère, l’administration des domaines ; vainement son défenseur au conseil, le sieur Cournot, homme juste, partageant ses malheurs et son énergie, lui prête sa plume et son ministère pour lui faire ouvrir les avenues du trône, tout devint inutile contre l’opulence et le crédit du sieur Talbert… »
Note:Le texte original est respecté dans sa totalité, ponctuation comprise. Seul le mot « recors » est à définir : personne qui accompagne un huissier.
Ce document n’est pas daté. Parmi les signataires, Antoine Guyernaud se qualifie de « maire » et d’autres d' « officiers municipaux ». On parle d’Assemblée Nationale au début de la plainte qui fait état de nombreux méfaits commis par les Talbert. On peut estimer que c’est un document de 1791. (…Les démarches de l’épouse ont duré 5 années…)
Notes prises aux AD du Doubs 1975 et copies de documents présents au Presbytère de Nancray avant versement aux AD du Doubs (Epoque Abbés Maire et Tatu). Cette plainte dans son intégralité, est téléchargeable sur le site de la BNF (Je peux vous la passer...).
Département du Doubs – Archives Départementales – Cote 7S75.
L'origine du Moulin Neuf
Le Moulin Neuf daterait du XVIIe ou tout début du XVIIIe. C’est une propriété de la Famille d’Angirey (Branche de la famille Baulard appelée Baulard d'Angirey ou uniquement d'Angirey (à Nancray)). Je n’ai trouvé qu’un seul document sur l’origine de cette famille. C’est une famille originaire de Salins, on la retrouve plus tard à Dole, à Gray… Il y a certainement un lien avec le village d’Angirey (70). Si la famille Baulard est titrée, la branche d’Angirey ne l’est pas. Il est important aussi de préciser que les familles Talbert et d’Angirey ne résident pas à Nancray avant la Révolution, elles ont des propriétés uniquement. Aucun acte d’état-civil ne les mentionne. Nous les retrouverons alliées après 1815 avec des résidents à Nancray. Cf. page consacrée au château.
Ce moulin est le berceau de la famille Robert. Le plus ancien membre qu'il est possible de retrouver est: Jean-Antoine (Début XVIIIe).
Le décès de Jean-Antoine en 1781 au Moulin Neuf (lire Vaire au lieu de Verre (Ecriture ancienne de Vaire)), Jean-Antoine est né à Vaire.
Département du Doubs – Archives Départementales – Etat Civil consultable en ligne.
Le lien entre les deux moulins
Les 2 moulins ayant une histoire familiale commune, afin de comprendre les documents qui vont être présentés dans cette page et faire l’histoire de chacun des 2 lieux, nous allons suivre les généalogies descendantes de Jean-Antoine, le premier meunier du Moulin Neuf au début du XVIIIe et pour le Vieux Moulin, celle de Joseph Dessirier.
Je ne citerai que les membres de la famille conducteurs des généalogies.
Pour simplifier la lecture de la page, le codage que je vais employer est g1 pour génération1 - g2 pour génération2 etc. :
g1: Jean-Antoine Robert né en 1697(environ) à Vaire et décédé en 1781 à Nancray.
g2: sera la génération suivante (les enfants, leurs cousins…)... etc.
En ce qui concerne le Vieux Moulin, Joseph Dessirier sera g1.
Note: Lucine a une jumelle Célestine qui épouse Sébastien Fontain. Ils auront un fils et feront leur vie à Paris. Elle décède le 6 décembre 1888.
Le Vieux Moulin en 1850
Les documents suivants ont été produits lors d’un conflit aux environs de 1850 entre Antoine Robert le meunier du Vieux Moulin et les riverains du moulin. Les champs sont parfois inondés ou insuffisamment irrigués . M. Robert sera tenu d’exécuter des travaux pour réguler l’eau, il les fera. Ce moulin est sur le parcours du Vaizot.
Description et fonctionnement
Afin de décrire l'activité de ce moulin, un document du 14 septembre 1852. (Pardon pour la qualité de l'image; Aux Archives Départementales, il faut manipuler ces précieux documents avec soin et je ne peux que les photographier. Ces documents sont un peu bombés avec le temps et le réglage de la mise au point est difficile.)
Département du Doubs – Archives Départementales Cotes 7S75 ou Sp 1224 (Les 2 dossiers sont identiques. )
Le plan du Vieux Moulin 1850
Département du Doubs – Archives Départementales Cotes 7S75 ou Sp 1224 (Les 2 dossiers sont identiques. )
Plan d'ensemble (Juste pour prendre des repères.)
Zoom sur le plan n.1
Le moulin (façade sud). Nous le verrons en photo plus loin.
L'intérieur du moulin, la partie "mécanique".
Détails des vannes.
Plan de son environnement
Du moulin vers le village en remontant le cours d'eau. Pour les personnes qui découvrent, le Vaizot prend sa source au « Bas de Roche » et se perd aux « Bas des prés » aux environs de la maisonnette de M. Hubert Serment. Il alimente la Source d'Arcier.
Département du Doubs – Archives Départementales Cotes 7S75 ou Sp 1224 (Les 2 dossiers sont identiques. )
Je situerais la fin du chemin actuel au-dessus et à la fin du mot -pétitionnaire- visible sur le plan ci-dessous à droite.
Département du Doubs – Archives Départementales Cotes 7S75 ou Sp 1224 (Les 2 dossiers sont identiques. )
La source en haut à gauche existe toujours, elle alimente les étangs. Elle est à l'entrée de la forêt quand on vient de la rue du Bois de Faule.
Attention, le parcours du ruisseau a été redessiné dans les années 1970.
Département du Doubs – Archives Départementales Cotes 7S75 ou Sp 1224 (Les 2 dossiers sont identiques. )
Après quelques méandres, on arrive à la rue du Pont.
Injonctions à Antoine Robert (été 1854)
Conclusion favorable
Département du Doubs – Archives Départementales Cotes 7S75 ou Sp 1224 (Les 2 dossiers sont identiques. )
Le Moulin Neuf en 1864
En 1864, il y a eu un conflit entre Mme D’Angirey (propriétaire du Moulin Neuf) et une possédante en amont du moulin. Le motif est que ces terrains sont parfois inondés du fait de la retenue d’eau que provoque le moulin. Ce contentieux n’eut pas de suites. L’intérêt pour nous, est que des plans et des écrits ont été produits et nous permettent d’observer le Moulin Neuf et son fonctionnement. Dans ces documents, il est précisé que le Moulin Neuf est souvent arrêté à cause du manque d'eau.
En ce concerne le Moulin Neuf, ce bien est à la Famille d'Angirey bien avant l'acquisition du fief de Nancray par la famille Talbert. Pourtant la procédure évoquée ci-dessous concerne bien Mme Talbert d'Angirey. Son mari est toujours en vie, il lui survivra d'ailleurs. Il y a eu certainement quelque acte notarial, qui relève de la vie privée. Mme Clémentine Gurnaud (demi-sœur du Général Dessirier) opposante dans cette affaire, est célibataire. Ce, dans un souci de précision.
Rappel de l'arbre généalogique n.1
Le plan de 1864
Département du Doubs – Archives Départementales Cotes 7S75 ou Sp 1224 (Les 2 dossiers sont identiques. )
Nous allons analyser ce plan au moyen d'une photo aérienne actuelle orientée comme lui. Je vous demande seulement de mémoriser qu'il y a 2 ponts (sur la gauche). (Geoportail)
Détails du "pont abandonné"
Le pont abandonné (compléments)
La photo aérienne IGN ci-dessous date de 1951. Elle nous montre la situation des chemins d'exploitation de l'époque et justifie la présence de ce pont. Le remembrement a été fait en 1969, de nouveaux chemins ont été créés en fonction de la nouvelle répartition des parcelles. Cette photo montre aussi la dispersion des propriétés et la nécessité de tout réorganiser. Je n'ai pas légendé le passage du ruisseau du Moulin Neuf pour une meilleure lisibilité. On le devine.
Les 2 étangs actuels derrière le Moulin Neuf sont récents (1975), ils sont alimentés par une source (en fait une sortie d'eau) vers la route dans la parcelle 223.
Descriptif des vannes motrices devant le moulin. Département du Doubs – Archives Départementales Cotes 7S75 ou Sp 1224 .
Description du Moulin et de son fonctionnement
Conclusion de ce conflit de voisinage. Département du Doubs – Archives Départementales Cotes 7S75 ou Sp 1224 (Les 2 dossiers sont identiques. )
Vers les temps modernes - Le Vieux Moulin
Au Vieux Moulin, le ruisseau n’est jamais à sec. J’ai souvent posé la question et personne ne se souvient d’avoir vu le Vaizot sans eau. De plus, sur son parcours, une source vient l’alimenter. Sur le Recensement de 1851 (document ci-dessous), l’effectif est de 3 domestiques en plus de la famille. Lucine Robert décède très jeune en 1862. Mariée en 1857 au meunier de Vauchamps, elle est dans le registre des décès de Nancray. Jusqu'à son mariage, elle est active au Vieux Moulin.
Les familles du Vieux Moulin dans la 2nde moitié du XIXe
La Famille Pochet est originaire de Saint-Juan
Amboise Pochet qui décède à Nancray en 1865 est qualifié de meunier sur l'Acte de décès. Ses fils Aristide et Jules (présent en 1869) seront les meuniers suivants. Les enfants naîtront au Vieux Moulin. En ce qui concerne la famille d'Aristide (Plus de trace de Jules...), Alexis et Louis se dirigeront vers d'autres activités au village dès le début du XXe siècle, la meunerie est déjà l'affaire de grosses entreprises. Les élus de Nancray durant les années 1890 considéraient cet endroit comme un quartier à part entière du village, j'ai relevé des délibérations concernant l'entretien du chemin allant au moulin, le curage du ruisseau et même des travaux au petit pont à 2 arches qui est toujours là. Sur la matrice cadastrale de 1926, le Vieux Moulin est toujours une propriété de la famille Pochet, il y est précisé qu'en 1922, le bâtiment est en démolition.
Recensement de 1851 - Ne pas tenir compte du n.7.
Département du Doubs – Archives Départementales – Recensement 1851 (Doct en ligne)
Au Vieux Moulin en 1906. Louis Pochet rentier? (Sans profession, je suppose.) Par contre Alexis est forgeron. Son activité de constructeur de machines agricoles allait commencer. La facture présente dans la page "agriculture" est datée de 1908 (visible sur l'original). En 1911, Louis est fromager, il est installé au Château (voir page fromagerie). Son fils Marcel est né, Lucienne (Lanchy) naîtra en 1913 au Château aussi (Elle aimait le dire...). Alexis est installé à Place (lieu précis, je ne sais pas, mais il est noté vers chez Elisée Gurnaud (le petit magasin en retrait toujours visible)) et Marie a épousé en février 1909 Armand Robert. En 1921, Louis est restaurateur (actuel Restaurant du Plateau), Alexis exerce son métier de constructeur dans la 2ème maison en descendant du même côté et Marie et Armand vivent dans leur ferme (Maison de M. Languebien). Le Vieux Moulin est inhabité.
Département du Doubs – Archives Départementales – Recensement 1906 (Doct en ligne)
Le Vieux Moulin
Le pont du Vieux Moulin (photo actuelle)
Vers les temps modernes - Le Moulin Neuf
Les générations suivantes du Moulin Neuf
L'arbre généalogique ci-dessus nous montre la suite de descendance de Jean-Antoine Robert (Moulin Neuf). Comme nous le pressentions, L'activité de meunerie va s'estomper et disparaître à la fin XIXe siècle (Déjà dans le recensement de 1851, Les enfants d'Antoine Bourdier sont cultivateurs, on ne trouve pas de meunier lié au Moulin Neuf.). Cet endroit, tout en gardant son nom, va devenir un lieu d'élevage de bovins et de chevaux. Adolphe Robert en fera l'acquisition vers la fin du XIXe. Dans le recensement de 1851, Antoine et Pierrette Bourdier (née Robert) puis leurs descendants y résident, Maximin dit Sacerdoce possède une ferme au village (actuelle maison de M. Jean Languebien y compris la partie de la famille Villot). Léopold continuera l'exploitation de la ferme du village. La ferme du village était déjà la possession de Maximin le Jeune (Matrice du Cadastre Napoléon).
Documents complémentaires
J'ai fait l'acquisition de documents sur la famille Talbert. Sans en révéler le contenu, je peux montrer ce paragraphe qui fait état d'une partie des possessions de cette famille au décès de Philippine en 1874. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il y a deux entités, le moulin et la ferme. D'ailleurs, on le voit nettement sur la photo qui suit. Bien sûr, à cette époque un ferme contenait l'appartement.
"Le Moulin" avant 1914
C'est Adolphe Robert qui fera l'acquisition dans un premier temps de la ferme puis du moulin ensuite. J'ai relevé un article de presse de 1889 où il met en vente deux paires de meules à moulin. Les générations suivantes, notamment Delphin et Jules ensemble, vont continuer l'exploitation de la ferme, la partie du moulin devenant une habitation jusqu'à Gilbert Robert puis Jacques Chouffe inclus, dans les années 1970. A cette époque, il construira sa maison d'habitation à côté et le Moulin Neuf restera inhabité. Gilbert ayant construit la nouvelle ferme des Chênes.
Le bâtiment de la ferme sera victime d'un incendie en 1914. Celui-ci sera reconstruit après la 1ère Guerre. La ferme moderne est à nouveau victime d'un incendie très violent début novembre 1981 dans lequel 10 vaches ont péri. Jacques construira une nouvelle ferme encore présente aujourd'hui et diversifiera son activité avec le battage du grain et les travaux publics surtout avec son fils Philippe.
Notes: Francis a acheté la Ferme de la Ramée après la Grande Guerre ( Cf. Page consacrée aux maisons) et les 2 autres fils sont morts jeunes: Paul est décédé le jour de Noël 1906 à 29 ans d'une congestion et Son Frère Paul Louis (Je ne sais pas son prénom usuel) est décédé durant son service militaire à Belfort d'une méningite en 1896 à l'âge de 22 ans. Les détails sont sur Généanet.
Le Moulin 1980 à l'époque de Jacques Chouffe
Annexe
Au début du XXe siècle, l'étang était l'objet d'études sur les espèces menées par l'Association des Pêcheurs à la Ligne de Besançon.
Article de presse de 1909 et photo actuelle
Photo actuelle de 2025
Une demeure qui ne laisse pas indifférent.
Comme dans toutes les pages de ce site, toutes les personnes des moulins citées sont dans le lien global Généanet avec des informations ( Actes de l'Etat-Civil, profession(s), lieu(x) de vie etc.).
Page complémentaire: Retrouver les moulins