Le monument aux morts
Le monument aux morts
En France, durant la Grande Guerre, très tôt, des élus ou membres d’associations souhaitaient honorer leurs disparus. C’est le cas, par exemple, à Pontarlier dès 1915. Le Préfet du Doubs recevant de nombreuses demandes, adresse une note aux Maires, leur demandant d’attendre la fin des hostilités pour tout projet en rappelant la Loi.
La règle en la matière était l’ordonnance du 10 juillet 1816 de Louis XVIII qui précisait que tout témoignage de reconnaissance publique ne devait être fait sans l’autorisation de sa Majesté.
Une nouvelle loi entre en vigueur le 26 octobre 1919. Celle-ci autorise la création de monuments aux soldats et victimes civiles de cette guerre avec le cas échéant une subvention accordée par l’Etat. Cette loi prévoit aussi un jour de commémoration le 1er ou 2 novembre.
C’est la loi du 24-10-1922 qui fera du 11 novembre le jour de commémoration nationale, jour férié.
Le projet de construction
La décision de construction du monument a été prise dès la séance du Conseil Municipal du 1er novembre 1919 (Maire: M. Césaire Gurnaud, cultivateur à Place -ancienne ferme du 2, rue des Fontaines-). Les élections municipales ont lieu les 30 novembre et 7 décembre de la même année. Le nouveau Conseil avec à sa tête, M. Donat Gurnaud reprend le dossier, celui-ci étant très consensuel.
Archives de la Mairie
Les détails du projet
Département du Doubs – Archives Départementales – Cote 179OP1
Le document ci-dessous est une régularisation administrative faite après la construction.
Département du Doubs – Archives Départementales – Cote 179OP1
Le bas-relief
Il a été sculpté par l’Entreprise Roussel d’après une œuvre originale faite sur plâtre par le sculpteur bisontin Louis Hertig (1880-1958). Quelques-unes de ses œuvres sont au Musée des Beaux-Arts de Besançon. Il a beaucoup travaillé à cette époque pour les communes. On peut citer le médaillon commémoratif des frères Lumière, place Victor-Hugo à Besançon et le Monument de Morteau.
A Bouclans, le bas-relief du monument est aussi d’après l’une de ses œuvres. Il travaillait beaucoup avec les moyens photographiques de l’époque. Cette photo, en fait, la plaque de verre du négatif (13cm x 18cm) est conservée au Musée de Besançon.
Ce négatif est intitulé « Elément du monument aux morts de Nancray : soldat à demi-allongé tenant un drapeau. ». Les œuvres originales sont dispersées, quelques-unes sont au Musée dont sa collection de photos. Sur notre monument, taillé dans de « la pierre dure de Dôle », le bas-relief a été taillé sur une partie en pierre blanche par le marbrier. Il devait y avoir des clauses quant aux droits d’auteur. On retrouve cette sculpture sur d’autres monuments notamment sur celui de Gonsans.
Bibliothèque Municipale de Besançon - cote 2024.0.91
« Mort pour la France »
Malgré la guerre, l’Administration fonctionne très bien, surtout celle de l’Armée. Les journaux de marche des régiments tenus par les officiers, la fiche matricule du soldat (copie du livret militaire conservée par l’Armée), les fichiers des hôpitaux même de campagne…etc, sont des documents qui ont traversé les années et laissent une trace précieuse de chaque soldat.
A l’époque, ils permettaient de dresser l’acte de décès. L’officier qui en avait la charge avait délégation du Ministère de la Guerre pour attribuer la mention de « Mort pour la France ».
En ce qui concerne les nombreux soldats portés disparus. C’est un jugement du tribunal de première instance du lieu de naissance (pour nous Baume-les-Dames) qui valait acte de décès avec cette mention. Il y avait une étude préalable avec les éléments apportés par l’Armée.
Outre le côté honorifique, La veuve avait droit à une pension et les orphelins étaient « Pupille de la Nation ». Tout acte de décès avec ou sans jugement était retranscrit sur le registre des décès de la commune d’origine contrairement à la loi ordinaire qui stipule que cet acte doit être consigné dans le registre de la commune où a eu lieu le décès.
Cas d'un jugement valant acte de décès (Registre de l'Etat-Civil de la Mairie de Nancray), ce n'est qu'une mention, le texte est détaillé sur la page suivante du registre.
Transcription de l'Acte de décès d'Albert Baud (Registre d'Etat-civil de la Mairie de Nancray) (extrait)
L'inauguration a eu lieu le jeudi 4 novembre 1920. C'est très tôt. Voici l'article de la Dépêche Républicaine du 9 novembre relatant cette cérémonie. Vous le constaterez, il y a eu un problème avec les accents circonflexes.
Dans cet article, on relève qu' il y a eu 112 mobilisés dont 33 sont morts sur une population de 465 habitants. Il faut ajouter 3 soldats tués, nés à Nancray, dont les transcriptions ont été faites ailleurs. Ils sont dans la page d'accueil.
Travaux complémentaires
Le monument du devis initial ci-dessus est terminé en 1920. A noter qu'une souscription de 1500 F a contribué à son financement.
Les années suivantes, le Conseil Municipal a décidé la pose d'une grille autant pour le protéger que pour l'esthétique faisant de cet endroit, un lieu singulier. En plus des travaux d'entretien, des travaux de gravure complémentaires ont été nécessaires du fait de la Seconde Guerre. Notre village a eu deux soldats morts lors de cette guerre: Léon Sauce en 1940 et Lucien Duboz en 1945. Il faut préciser qu'il y a eu aussi M. Germain Sudan mort en déportation. M. Clément Picard inhumé à Nancray était de Chemaudin. Pour les anciens du village, c'était le beau-frère de M. Louis Colin. Rappel, le parcours de chaque soldat tué est accessible depuis la page d'accueil.
Le Devis de l'entourage
Département du Doubs – Archives Départementales – Cote 179OP1
Archives de la Mairie
La délibération du Conseil Municipal concernant les gravures suite à la 2e Guerre Mondiale
Archives de la Mairie
Le monument terminé
L'image date des années 1930. Voici le monument comme il a été conçu dans les années 1920 .
Le lieu de respect et de mémoire
Les monuments des Morts pour la France ont toujours été des lieux respectés. C'est le cas dans notre village. Des cérémonies patriotiques, les 11 novembre et 8 mai débutent toujours par un dépôt de gerbe en mémoire des disparus. On s'y fait aussi photographier dans d'autres moments évoquant les services à rendre ou rendus à la Nation.
La personne, qui m'a prêté cette photo pour reproduction dans les années 1990, m'a dit que ce jeune homme était son copain Lucien Duboz. Il sera l'un des soldats morts durant la Seconde Guerre.
Les conscrits d'après-guerre (fin années 1940). Au-delà de l'âge, c'était la fête des futurs appelés au Service Militaire.
Cérémonie (1945) organisée par les Elus en l'honneur des Prisonniers de Guerre de retour au village. Il y a eu 10 prisonniers. (Il faut ajouter M. Cortot récemment nommé instituteur au village.)
La cérémonie du 11 novembre 1959
La cérémonie du 11 novembre 1981 avec la section des pompiers
Celle du 8 mai 1984
Le Centenaire de l'Armistice de 1918
Avec les liens de la page d'accueil, vous pouvez retrouver Les soldats de Nancray morts durant les deux guerres, les fiches sont abondamment documentées. Chaque soldat mobilisé en 1914-1918 a une fiche également.