L'analyse urbaine pour décentrer le regard sur Montréal
27-28 octobre 2027
Université de Montréal,
Campus MIL
Montréal | étude urbaines | gouvernance | environnement | matérialité | culture | représentations | comparaison
Résumés attendus avant le 20 novembre 2026
Nous invitons les collègues à soumettre des propositions de communication pour un colloque qui vise à décentrer et à renouveler les études sur Montréal à travers une perspective comparative, interdisciplinaire et diachronique.
Montréal occupe une place singulière dans les imaginaires urbains contemporains. Métropole francophone et bilingue en Amérique du Nord, île tournant le dos à ses cours d'eau, ville interculturelle, administration dysfonctionnelle et corrompue, agglomération festive et violente, laboratoire de politiques urbaines et centre important de production culturelle : elle est souvent décrite à travers le registre de l'exception. Cette singularité présumée, véhiculée par les récits médiatiques, les discours politiques mais aussi certaines représentations scientifiques et culturelles, a largement contribué à structurer les manières dont la ville a été étudiée, racontée et représentée.
Pourtant, Montréal est aussi une ville façonnée par des processus historiques, sociaux, économiques, politiques et environnementaux communs aux grandes villes du Nord global, voire du monde entier. Son développement a été marqué par la colonisation, l'industrialisation, la désindustrialisation, les migrations, les réformes municipales, les transformations du capitalisme urbain, la mondialisation, la gentrification, la périurbanisation, le décloisonnement des identités hétéronormatives et raciales et les mutations environnementales. À cet égard, Montréal constitue à la fois un terrain singulier et le réceptacle de phénomènes plus vastes.
Ce colloque propose de contraster deux approches différentes d'étudier Montréal. La première, la Montréalogie, insiste sur les spécificités montréalaises, quitte à considérer cette ville comme un objet d'étude autonome détaché de cadres analytiques plus larges. Elle s'inspire de la Marseillologie, qui identifiait le même phénomène pour la cité phocéenne [1]. Cette première approche s'inscrit aussi dans la lignée d'un numéro spécial d'Anthropologica sur la « Montréalologie », qui mettait en exergue la spécificité montréalaise à travers des études de cas portant notamment sur la langue et la religion [2]. La seconde approche, que nous proposons de nommer le Montréalisme, pose un regard plus décentré, situé et comparatif sur Montréal. Sans nier ses spécificités historiques et géographiques, le Montréalisme vise à replacer Montréal dans l'histoire et la géographie des villes, des régions métropolitaines et des sociétés urbaines plus largement. En tension entre ces deux approches, ce colloque se demande : que pouvons-nous apprendre des villes à partir de Montréal, et que révèle Montréal des transformations urbaines contemporaines à plus vaste échelle?
Notre objectif est de réunir des chercheur·e·s, étudiant·e·s, professionnel·le·s, artistes, militant·e·s et autres personnes afin de réfléchir collectivement aux multiples façons dont Montréal se construit, se gouverne, se transforme et se raconte à travers le temps et l'espace. En partant de différentes études de cas, les propositions attendues situeront Montréal par rapport à des tendances urbaines planétaires et seront attentives à différencier la singularité et la banalité de la métropole québécoise. Les propositions comparatives, qui permettent de discerner certaines particularités montréalaises en regard d'autres expériences urbaines, sont particulièrement bienvenues.
À travers ce colloque, nous souhaitons ouvrir un dialogue entre les différentes disciplines qui s'intéressent à l'urbain afin de mieux comprendre ce qui fait la spécificité de Montréal, tout en la replaçant dans des processus qui dépassent son seul contexte local. Plus largement, nous appelons à réfléchir à ce que l'étude de Montréal peut apporter aux débats contemporains sur les villes et, inversement, à ce que les grandes questions de l'histoire, de la géographie et de la théorie urbaines permettent de révéler sur Montréal. Cette activité scientifique sera ainsi l'occasion de rassembler et de mettre en dialogue des approches analytiques et méthodologiques contrastées et parfois isolées, afin de construire une recherche plurielle, comparative, critique et située.
Nous accueillons des contributions provenant notamment de l'histoire urbaine, de la géographie urbaine, de la science politique, de la sociologie, de l'économie, de l'aménagement, de l'anthropologie, des études environnementales, des études culturelles et artistiques et des études autochtones.
[1] Voir par exemple le colloque intitulé Marseille, ville ordinaire ? Réalités urbaines et récits contre-hégémoniques, tenu en mai 2026 au Musée d'histoire de la Ville de Marseille. Voir aussi l'ouvrage suivant : Maisetti, Nicolas, et Cesare Mattina, éd. Maudire la ville : Socio-histoire comparée des dénonciations de la corruption urbaine. Presses universitaires du Septentrion, 2021.
[2] Voir le numéro spécial d'Anthropologica paru en 2013 sur la Montréalologie, notamment l'introduction de Martha Radice et la conclusion de Pierre Filion.
1. Gouvernance et économie politique de la ville
Dans une perspective décentrée et comparative, cet axe invite à réfléchir aux formes contemporaines de gouvernance de Montréal ainsi qu'aux rapports de pouvoir qui participent aux transformations urbaines. Les propositions pourront examiner le rôle des administrations publiques, des acteurs privés et communautaires, les dynamiques de métropolisation, les politiques urbaines, les enjeux de logement, de mobilité ou d'inégalités, ainsi que les différentes économies politiques qui façonnent la ville.
2. Production urbaine, matérialité et environnement
Cet axe s'intéresse aux processus de fabrication et d'entretien de la ville, à ses formes matérielles et à ses dimensions environnementales. Il accueille des contributions portant sur l'environnement bâti, les infrastructures, les paysages urbains, les projets d'aménagement, le transport, l'industrie, les transformations des quartiers, les transitions écologiques et les relations entre sociétés urbaines et milieux de vie. Une attention particulière sera portée aux pratiques, aux temporalités, aux matérialités et aux acteurs qui participent à la production concrète de l'espace montréalais.
3. Culture, identité et représentations
L'urbanité montréalaise se vit à travers la vie quotidienne, le langage et les représentations. Cet axe est sensible aux manières dont la langue, le vécu et les imaginaires façonnent la vie urbaine montréalaise. Les propositions peuvent s'intéresser à la langue, à l'expérience autochtone et migratoire et aux identités urbaines fluctuantes, intersectionnelles et conflictuelles. Elles peuvent se pencher sur les manières dont les livres, les films, les médias et les pratiques artistiques représentent et façonnent une image montréalaise tantôt montréalogue et tantôt montréaliste.
Les personnes intéressées sont invitées à soumettre un résumé de 300 mots et une notice biographique de 150 mots avant le 20 novembre 2026 aux adresses courriel suivantes : mcaron@athabascau.ca et clarence.hatton-proulx@umontreal.ca.
Les langues de travail de cette conférence sont l'anglais et le français.
Ce colloque se déroulera sur place uniquement. Nous n'accepterons pas les présentations à distance.
En fonction de l'enveloppe budgétaire disponible, un soutien financier pourra être accordé pour couvrir les frais de déplacement et d'hébergement, en priorisant les personnes étudiantes.
Nous explorons plusieurs formats et manières de valoriser les communications et les discussions qui sortiront de ce colloque. Précisions à venir.
Comité organisateur
Matthieu Caron, Université d'Athabasca
Clarence Hatton-Proulx, Université de Montréal
Comité scientifique
Gérard Beaudet (UdeM)
Harold Bérubé (USherbrooke)
Sandra Breux (INRS)
Guillaume Éthier (UQAM)
Annick Germain (INRS)
Magda Fahrni (UQAM)
Steven High (Concordia)
Violaine Jolivet (EHESS)
Nicolas Kenny (SFU)
Nathan McClintock (INRS)
Frédéric Mercure Jolette (USherbrooke)
Sean Mills (UofT)
Chloé Reiser (ENS Lyon)
Amanda Ricci (York)
Leslie Touré Kapo (INRS)
Ipek Türeli (McGill)
Olivier Vallerand (UdeM)
Sophie L. Van Neste (INRS)