Quel(le) blésois(e) n’a jamais passé une bonne journée au «Lac de Loire» ? Allez ! dénoncez vous ! Piscine, baignade dans le fleuve, bateau à voile ou à moteur, planche à voile, ski nautique, restaurant panoramique… A quatre kilomètres de la ville, dans les années 70, 80 et même 90, c’était un peu notre plage, notre bord de mer, notre port de plaisance. On retourne y faire un tour ?
L’aventure du «Lac de Loire» commence dès 1961 avec un avant-projet ambitieux, TRÈS ambitieux, porté par la jeune «Chambre économique de Blois». Lisez plutôt : Un parc d’attraction, un ensemble résidentiel, un hippodrome, un grand hôtel… A l’époque, le «Journal du Dimanche» titre : «Ce sera à la fois Las Vegas, le Touquet et Deauville !» On voit grand à cette époque, un peu trop grand peut-être...
Les années passent, les financements se font attendre, le projet est revu à la baisse, TRÈS à la baisse… Finalement ce sera la construction d’un camping et d’un barrage pour la mise en place d’activités nautiques sur un terrain de 40 hectares.
Le «Lac de Loire» sera géré par la SOGELAC (Société d’économie mixte dont le capital est détenu par le département). Les travaux débutent en 1965. De 1966 à 1968, construction du barrage à vannes relevables. 1971 construction des bâtiments de la base de loisir et ouverture du camping. (De nouveaux bâtiments seront construits en 1980). Ce camping rencontre un véritable succès qui va s’accroitre au fil des ans : en 1973, 8.700 nuitées sont vendues. En 1979 : 71.000 !!!
Le barrage, d’une longueur de 327 mètres et d’une largeur de 12 mètres est construit en béton armé et est composé de 7 piles. Il a couté 13,77 millions de francs (je vous laisse calculer). Les vannes du barrage étaient remontées du 2ème samedi de juin jusqu’au dernier dimanche d’octobre, permettant, en amont, la création d’un plan d’eau de près de 6km de long garantissant 2 m de profondeur, 200hectares navigables ! Et c’est bien ce magnifique plan d’eau et les activités nautiques associées qui ont fait la réputation et la valeur du «Lac de Loire».
Dans le numéro de juin/juillet 1972 de la revue l'Architecture d'Aujourd'hui, un article sur deux pages nous raconte le travail des architectes Louis De Marien (qui a participé à la construction de la fameuse Tour Montparnasse à Paris) et Titus pour la construction et l'aménagement de la base de loisir du "Lac de Loire" et plus particulièrement de son Club House façon "tour de contrôle", perché à plus de 6 mètres du sol. On y apprend que ce dernier est construit en zone inondable ce qui justifie sans doute cette suspension des services sur une plate-forme. On apprécie bien la belle solidité de la construction et sa très belle originalité. On s'étonne même de l'incroyable solidité de la plate-forme et de la sensation de fragilité de la construction posée dessus comme une cabane de tôles pliées.
Le barrage, qui au fil des années souffre d’un défaut d’entretien, va devenir des plus vétustes. De plus il est considéré par les experts comme le premier obstacle majeur à la remontée des poissons migrateurs. Une passe à poissons existe bien en rive droite, mais elle est non fonctionnelle. Celle de la rive gauche, pourtant prévue, n’a jamais été réalisée. Il faut désormais rendre à la Loire sa vocation de fleuve libre et restaurer la continuité écologique pour le retour des poissons migrateurs.
En 2002, la gestion du site passe entre les mains de la communauté de communes de Blois (devenue Agglopolys).
En 2005, la préfecture ordonne la mise en sécurité immédiate de l’ouvrage. La fin du barrage du Lac de Loire, initiée dans le cadre du «Plan Loire Grandeur Nature» et du classement du Val de Loire au patrimoine mondial de l'Unesco, va marquer l'arrêt définitif d'un certain nombre d'activités de loisirs, notamment la voile et le ski nautique.
En 2009, au début de l’étiage de la Loire, les travaux de déconstruction du barrage commencent. Fin novembre 2009, le barrage était entièrement démantelé.
Tout cela a considérablement modifié l’attractivité du «Lac de Loire» (désormais renommé «Val de Blois») en ayant pour conséquence directe une érosion annuelle de la fréquentation des différents publics.
Agglopolys tente désormais de rebondir et de valoriser le site pour en faire un espace naturel exemplaire entre Blois et Chambord et propose de nouveaux espaces et activités : rénovation du camping, ouverture d’un restaurant-guinguette, d’une entreprise de location de canoë-kayak et une autre de vélos, une piscine gérée en régie, une boutique de produits régionaux…
Et à tout cela s’ajoute, à l’horizon 2023, la création d’un quatrième pont, ou plus exactement d’une passerelle à vélos, qui prendra ses fondations sur les piles de l’ancien barrage dans la mouvance de « La Loire en vélo »… De nouvelles heures se préparent pour ce site unique. On en reparle dans cinquante ans !