La Civiltà Cattolica
Jean-Paul Sartre traite les conflits politiques influençant les événements dans Le Diable et le Bon Dieu, Les Mains Sales, et La P… Respectueuse comme des conflits essentiellement internes. Tout au long de ces trois pièces, Sartre souligne de multiples forces qui contrôlent ses personnages principaux. Les forces en question illuminent les convictions de ses personnages ; convictions de nature religieuse, ou plutôt intellectuelle, ou encore des convictions sur la supériorité de certaines races.
Le Diable et le Bon Dieu est une pièce inspirée par la guerre des paysans en Allemagne au XVIe siècle. Les personnages parlent beaucoup de Dieu, mais le concept de Dieu reste toujours ambigu. La supplication que Goetz lui adresse tout au long de la pièce ne semble être que des paroles vides. Goetz arrive à la fin tellement désespéré qu’il perd toute foi. La relation des personnages avec cette puissance qu'est Dieu est traitée dans le contexte de la manipulation politique. La question que Sartre pose est plutôt : comment la relation entre l’homme et la religion influence-t-elle l'interprétation de celui-ci sur son propre pouvoir par rapport à la société ?
Nasti est l’un des combattants qui défient l’idée de l’Église comme une institution sacrée. Il est déterminé à mener un combat contre l’Église. Selon lui, celle-ci vend ses services aux riches et ne protège pas les pauvres. Nasti est fermement décidé à rejoindre la communauté des hommes. La faute de l’Église est qu’elle n’est pas dérangée quand les pauvres sont tués. Quand Nasti tue un évêque, il dit que Dieu lui en avait donné l’ordre parce que l’évêque affamait les pauvres. D’après Nasti, il faut tuer pour mériter le ciel.
En revanche, selon Heinrich, pour choisir entre Worms et l’Église, il faut peser la vie d’un prêtre par rapport à celle d’un habitant de Worms. C’est une question de hiérarchie qui le pousse à accepter le massacre des habitants de Worms pour sauver les prêtres. Il est convaincu que l’homme est incapable de faire le bien à cause des aléas de la vie. Il affirme qu'il n'est pas possible, dans la vie, d’aimer ni de rendre la justice parce que la haine empêche l’amour d’exister. Il faut donc accepter, selon lui, que le monde soit basé sur l’iniquité.
Goetz est le personnage principal, fils d’une paysanne et d'un noble. Pour Goetz, l’intérêt personnel de l’homme n’est pas la seule motivation de ses actions. Selon lui, en tant que soldat, il faut tuer pour jouer son rôle. Il est impossible d’être quelqu’un d’autre. Il est convaincu qu’il est condamné à perpétuer le mal. Alors, il demande à Heinrich de lui donner les clés de Worms et annonce son intention de faire le mal.
Selon Goetz, Dieu est responsable du mal créé par les autres et la violence continuera si Dieu ne les arrête pas. Il est convaincu que Dieu est responsable des victimes du mal. Il dit qu’il faut remercier Dieu pour les femmes violées, les enfants empalés, et les hommes guillotinés. Lorsque Goetz fait le mal, il se sent complice du complot de Dieu.
Pendant un dialogue entre Heinrich et Goetz, la discussion autour de la possibilité de faire le bien dans le monde devient prioritaire. Goetz prend la décision de vivre de façon vertueuse pour défier le complot de Dieu. Le contrôle de Dieu influence toutes les actions de l’homme, ajoute Goetz. Il affirme que c’est Dieu qui décide s’il va réussir à faire le bien.
Selon Nasti, toute action vient de la conscience : tout ce qu’il faut pour faire le bien, c’est d'en prendre la décision. En réalité, Nasti désapprouve la manière dont l’homme cite Dieu, qui reste toujours muet. Dieu, en fait, n’a rien dit. Le commentaire de Nasti évoque la détermination de Goetz à consacrer plus d’efforts à faire le bien. Goetz trouve que pour faire le bien, il faut aimer les autres ; or, le problème est que l’amour n’existe pas. Selon Goetz, certaines conditions empêchent l’amour d’exister : l’inégalité de statut, la servitude et la souffrance. Il commence alors à planifier l’établissement d’un « Royaume du Soleil » où il créera des conditions favorables à l’amour.
Le personnage de Tetzel, représentant de l’Église, arrive dans le village et commence à vendre des indulgences aux paysans. Il est interrompu par Goetz qui voit comment celui-ci manipule les paysans pour gagner de l'argent. Tetzel appelle les paysans « des poulets », mais ceux-ci ne semblent pas en être offensés. Il continue à les manipuler en disant : « Moi, je suis l’Église » et leur explique qu’il n’y a aucun amour en dehors de l’Église. Goetz est frustré de voir que le charme de Tetzel amenuise sa propre influence. Il est enragé d’avoir perdu tout contrôle sur le cœur des paysans. On voit la tension entre Tetzel et Goetz : les deux veulent dominer les masses, l’un par l’amour, l’autre par les mensonges de l’Église, mais ils partagent le même désir de pouvoir.
Enfin, Goetz se rend compte que même s’il essaie de faire le bien, il reste détesté de tous. Il résout alors de regagner son pouvoir dans la scène avec Catherine mourante. Il se coupe le poignet pour donner « le sang de Dieu » à Catherine. Les paysans le regardent et obéissent à son ordre quand il leur demande de s’agenouiller. À la fin de la scène, Hilda s’approche de Goetz et lui demande de ne pas faire de mal aux paysans, mais celui-ci est trop préoccupé par son pouvoir et ne répond pas. Son commentaire révélateur est : « Finalement, ils sont à moi. »
Tout au long des actes suivants, nous voyons le contrôle absolu de Goetz sur les paysans, leurs pensées, leurs connaissances et même leur perception du monde extérieur. Hilda continue de jouer le rôle de « l’opposition ». Elle prend la parole au nom des pauvres et essaie de leur dire que Goetz n’est qu’un imposteur. Elle les appelle « des moutons », ce qui justifie la conception des masses comme irrationnelles. Goetz a transformé les paysans en êtres pacifiques obsédés par la non-violence, une philosophie qui provoquera leur mort lorsqu'ils refuseront de se défendre contre les envahisseurs.
Goetz est conscient de sa manipulation. Il dit qu’il a réussi à les abuser avec la puissance du bien. Selon lui, ils ne sont que des martyrs rendus inutiles par la déception.
Les Mains Sales traite le thème de la politique de manière plus satirique. Hugo, le personnage principal, est beaucoup moins pragmatique que les autres membres du parti communiste. Quand le parti veut profiter de nouvelles alliances, Hugo reste attaché à l’idéologie d'origine. Il adopte une position sans concession, ce qui, selon le parti, affaiblit son loyalisme. À la fin, le parti le déclare « non récupérable » et décide qu’il doit être assassiné.
Le parti entre dans le jeu politique et abandonne l’idéologie marxiste. Hugo, néanmoins, est incapable d'abandonner ses principes. Dès qu’il vénère des idées au lieu du pouvoir, il est exclu. Le portrait psychologique de Hugo le dépeint comme un homme faible, influencé par ses émotions. Jessica, sa femme, se moque sans cesse de lui, disant qu’il ne sera jamais capable d'accomplir une mission. Elle le considère comme un « petit agneau » élevé par l’aristocratie.
Hoederer, le membre du parti que Hugo doit assassiner, le décrit également comme faible. La scène des photos d'enfance révèle que la motivation centrale de Hugo est de se séparer de son passé aristocratique. Pour Hoederer, les assassinats font partie de la vie politique. Hugo, lui, souffre de cette « maladie de la jeunesse ».
Lors des négociations avec le Prince et Karsky, Hugo interrompt brusquement la séance par besoin de reconnaissance. Plus tard, Hoederer explique que pour obtenir le pouvoir, tout est permis. Il affirme qu'il faut avoir les « mains sales » pour gouverner, et que les intellectuels qui refusent de se salir les mains ne sont pas prêts à agir.
Hugo finit par assassiner Hoederer par jalousie lorsqu'il le trouve embrassant Jessica. Des années plus tard, le parti lui offre de le réintégrer s’il oublie son crime. Hugo refuse, préférant l’honneur d’être « non récupérable » et d’avoir, lui aussi, les mains sales.
Cette pièce examine la politique d'un point de vue interpersonnel à travers Fred et Lizzie. Fred, fils de sénateur, profite de son statut pour dominer Lizzie, une prostituée. Dans le Sud des États-Unis marqué par le racisme, Fred utilise sa puissance sociale pour subordonner Lizzie.
Pour sauver son cousin Thomas, Fred a besoin du faux témoignage de Lizzie. Il est froid et arrogant avec elle, lui rappelant sans cesse qu'elle est « en dessous » de lui. Il lui dit : « Une fille comme toi ne peut pas tirer sur un homme comme moi. » Son statut renforce sa masculinité et son pouvoir de contrôle.
Le sénateur, par son éloquence, manipule Lizzie pour qu'elle signe le faux témoignage, arguant qu'il est déraisonnable de défendre un « nègre inutile » au détriment d'un homme blanc et puissant. Le commentaire le plus frappant est celui de Fred : quand Lizzie demande ce que le Noir a fait de mal, il répond que le Noir a toujours tort.
Sartre, en tant qu’existentialiste, présente les motivations politiques en rapport avec la perception de soi. L’existentialisme se manifeste chez Goetz, Hugo et Fred comme une protestation contre l’esprit de la société.