En 1895, à Lyon, Alfred Baudière rachète une boutique de cuirs et peaux au cœur de la Presqu'île. Il ne sait pas encore qu'il vient de fonder quelque chose qui traverserait deux guerres mondiales, un siècle de mutations économiques, la disparition progressive de presque tous les crépins de France — et qu'un matin de 2025, son arrière-petit-fils poserait les mains sur le même comptoir, dans le même espace, avec la même odeur de cuir dans les narines.
À l'époque, les frères Lumière tournaient leurs premiers films à Lyon. La soie régnait sur la Presqu'île. Et dans une rue discrète du 2ème arrondissement, une aventure familiale commençait, sans que personne ne le sache encore.
ALFRED, GEORGES, JACQUES, JACQUES
Quatre prénoms. Quatre générations. Un seul lieu.
Alfred d'abord, qui a tout commencé. Georges ensuite, qui a maintenu le cap dans des années pas toujours simples. Puis Jacques — le père — qui a repris la boutique en 2003 et l'a portée pendant plus de vingt ans avec la discrétion et l'exigence de ceux qui aiment vraiment ce qu'ils font. Sous sa direction, Le Crépin de Lyon est devenu une adresse connue bien au-delà de Lyon — des artisans, des décorateurs, des cordonniers, des particuliers en quête de matières rares venaient de toute la région, parfois de plus loin encore.
Et puis il y a Jacques — le fils. Ancien formateur, revenu à ses racines avec un regard neuf et une conviction profonde : ce patrimoine ne doit pas disparaître.
UNE TRANSMISSION, UNE PROMESSE
C'est ensemble, côte à côte, que père et fils ont préparé cette passation pendant les derniers mois de 2025. Jacques père transmettait les gestes, les fournisseurs, les habitudes de la maison, les petits secrets d'un métier qui s'apprend autant par les mains que par les livres. Jacques fils écoutait, observait, apprenait.
Jacques Baudière père est décédé le 4 janvier 2026, à l'âge de 81 ans. Il n'aura pas vu le nouveau chapitre s'écrire — mais il en aura posé chaque pierre.
La boutique continue. C'est ce qu'il aurait voulu. C'est ce que son fils a promis.
MAISON BAUDIÈRE, AUJOURD'HUI
Le nom a changé. L'âme, non.
Maison Baudière, c'est la continuation naturelle du Crépin de Lyon — avec le même amour des belles matières, le même souci du conseil, la même conviction que le cuir et les peaux naturelles méritent d'être choisis, entretenus, transmis à leur tour.
Ses boiseries centenaires, ses centaines de petits tiroirs, ses peaux suspendues du sol au plafond, ses étagères chargées de produits introuvables ailleurs — tout ici raconte une histoire que peu de boutiques en France peuvent encore se permettre de raconter.
Au 15 rue Tupin, dans le cœur de Lyon, une maison tient bon. Depuis 1895.