Dans le Pays de l’Eau, les guerres faisaient rage depuis plus d’une décennie. Une longue période sans la moindre once de paix, qui mena certains villages à la dévastation et causa la mort de dizaines de milliers de villageois. Grâce à leur Hyôton de lave, le clan Terumi anéantissait tout sur son passage, réveillant des volcans sous la croûte terrestre. Seuls les shinobis du clan Hôzuki pouvaient leur tenir tête, grâce à leur parfaite maîtrise du Suiton.
Au fil des conflits, les alliances entre shinobis se firent de plus en plus vastes, et les affrontements, de plus en plus meurtriers. Puis éclata la dernière grande guerre : le clan Yuki, Hôzuki et Kaguya affrontèrent le clan Kami, Terumi et Hoshigaki. Elle ne dura que dix jours, mais en ces dix jours, les différents clans furent presque entièrement décimés. Aucun ne prit véritablement l’avantage sur l’autre. Ils laissèrent seulement derrière eux un cratère immense, large de plusieurs kilomètres.
Après ce carnage, la centaine de shinobis survivants se rassemblèrent, contemplant ce que leur combat, et tous les précédents leur avaient apporté : mort et destruction. La chef du clan Terumi créa une immense flaque de lave qui recouvrit le trou laissé par la bataille. Les Hôzuki, quant à eux, transformèrent cette lave en pierre grâce à leur Suiton. C’est à ce moment-là que les chefs des différents clans mirent un terme aux hostilités et repartirent chacun de leur côté, avec les membres restants de leur clan.
D’un coup, le Pays de l’Eau retrouva un semblant de calme. Quelques conflits éclatèrent encore au fil des dix années suivantes, mais sans shinobis de renom, ces guerres furent plus lentes, moins meurtrières.
Pendant ce temps, dans le Pays de la Foudre, le clan Chinoike échafauda un plan destiné à leur assurer richesse et influence sur plusieurs générations. Ils choisirent la plus belle kunoichi du clan et entraînèrent son dōjutsu, le Ketsuryûgan, afin qu’elle puisse charmer le Daimyô du Pays de la Foudre à l’aide de puissants genjutsu.
Le Daimyô, avant de croiser son regard, avait déjà promis sa main à une autre. Mais il lui tourna le dos dès qu’il plongea les yeux dans ceux de la jeune Chinoike, tombant éperdument amoureux d’elle sur-le-champ. Le mariage eut lieu à peine quelques jours plus tard… et le Daimyô mourut durant la nuit de noces.
Avant que le clan Chinoike ne puisse récupérer l’héritage et mener son plan à terme, la famille du Daimyô comprit la supercherie. Elle engagea alors un puissant clan aux pupilles rouges du Pays du Feu pour traquer les membres du clan Chinoike. Ces derniers furent contraints de fuir jour après jour, se rapprochant de plus en plus de la frontière du Pays de l’Eau.
Même à quelques kilomètres de la frontière du Pays de la Pluie, leurs poursuivants étaient toujours là. Toujours aussi nombreux, alors que les membres du clan Chinoike tombaient les uns après les autres. Peu importait ce qu’il se passait dans le Pays de l’Eau : pour les Chinoike, le seul espoir de survie résidait dans le franchissement de cette frontière et surtout, dans l’obtention d’alliés.
Le vacarme de cette traque finit par éveiller l’attention d’un clan vivant à proximité : les Hôzuki. Voyant les Chinoike poursuivis, ils y virent une opportunité. Une heure, peut-être moins, les séparait de l’arrivée de leurs ennemis. Ce bref répit devait suffire à tenter de négocier une alliance.
Le chef du clan Hôzuki déclara au chef du clan Chinoike :
— Nous n’aidons pas les ninjas étrangers… et encore moins gratuitement.
Le chef du clan Chinoike répondit :
— Si c’est l’argent que vous cherchez, nous avons des millions de ryôs. Nous pouvons vous les offrir si vous nous aidez.
— Nous n’aidons pas les ninjas d’un autre pays.
— Je vous en prie, nous avons besoin de votre aide.
— Ce n’est pas mon problème.
— Ça pourrait le devenir très vite. Aujourd’hui, c’est nous… demain, ce sera peut-être vous.
— Dans le Pays de l’Eau, ils n’ont aucune chance face aux miens.
— Alors massacrez-les.
— Ce serait plus simple… si vous étiez du Pays de l’Eau.
Après un instant de silence, le chef du clan Chinoike proposa que son clan devienne natif du Pays de l’Eau. Un accord fut scellé contre une forte somme de ryôs et plusieurs secrets.
Le piège fut tendu sur un lac. Les Chinoike servirent d’appât, tandis que les Hôzuki se dissimulaient dans l’eau. Lorsque les poursuivants posèrent le pied sur la surface du lac, les Hôzuki surgirent et les submergèrent. Le combat fut bref. Les survivants prirent la fuite. La victoire était totale.
10 années plus tard, des missives furent envoyées aux clans du Pays de l’Eau : Hôzuki, Hoshigaki, Terumi, Kami, Yuki, Kaguya et Chinoike furent conviés à une réunion. Une rumeur circulait : le Pays du Feu aurait fondé un village de shinobis.
Très vite, l’idée d’un village rival émergea. Certains refusèrent, notamment les Hoshigaki et les Kaguya. D’autres restèrent. Les Hôzuki, Terumi, Kami, Yuki et Chinoike posèrent les bases d’une alliance.
Le futur village serait bâti sur une vaste plaine bordée d’une rivière embrumée. Les Terumi et les Hôzuki unirent leurs pouvoirs pour ériger des structures solides. Les autres clans apportèrent ressources, nourriture et main-d’œuvre.
Les semaines passèrent. Les commerces ouvrirent. L’académie s’éleva. Le palais du futur Mizukage fut peint. Un village naissait.
Restait à choisir un dirigeant.
Les chefs de clans débattirent longuement. Certains voulaient désigner le plus puissant des shinobis présents. D'autres souhaitaient qu'un chef de clan prenne la tête du village afin de garantir les intérêts des grandes familles fondatrices.
Après plusieurs semaines de négociations, un compromis fut finalement trouvé : le premier Mizukage ne serait issu d'aucun clan majeur du Pays de l'Eau. Il s'agirait d'un homme reconnu pour sa neutralité, capable d'arbitrer les rivalités sans favoriser l'une des familles fondatrices.
La décision fut acceptée publiquement, mais elle provoqua la colère d'une partie du clan Terumi.
Les Terumi considéraient avoir largement mérité cette position. Leur puissance militaire avait façonné le Pays de l'Eau durant les guerres claniques, et sans leur maîtrise du Yôton, jamais les fondations du village n'auraient pu être érigées aussi rapidement. Beaucoup parmi eux estimaient qu'un village dirigé par un homme sans clan était un signe de faiblesse.
Durant plusieurs mois, les tensions montèrent discrètement.
Puis les Terumi passèrent à l'action.
Profitant d'une absence prolongée d'une partie des forces de Kiri, ils tentèrent de prendre le contrôle du palais du Mizukage et d'éliminer les dirigeants qui s'opposaient à eux. Leur objectif était simple : placer l'un des leurs à la tête du village et imposer leur domination sur les autres clans.
Mais le coup d'État échoua.
Prévenus à temps, le Mizukage et les chefs des clans Hôzuki, Yuki, Kami et Chinoike unirent leurs forces contre les insurgés. Les affrontements furent violents et ravagèrent plusieurs quartiers encore récents du village.
Finalement, les Terumi furent vaincus et contraints de fuir Kiri.
À l'issue du conflit, une décision sans précédent fut prise : le clan Terumi serait banni du village et privé de toute autorité politique sur le Pays de l'Eau. Les survivants furent dispersés à travers l'archipel, tandis que leurs biens et leurs terres furent confisqués par le gouvernement du Mizukage.
Depuis les hauteurs du palais, le Mizukage observait les ruines encore fumantes des quartiers touchés par les combats. Kiri venait de survivre à sa première guerre civile.
Le calme revint progressivement, mais chacun savait désormais qu'au cœur de la brume du Pays de l'Eau, les ambitions des clans pouvaient être aussi dangereuses que les ennemis venus de l'extérieur.
Kiri poursuivit lentement son développement, consolidant ses fondations et étendant son influence... tandis qu'au loin, les survivants du clan Terumi n'avaient pas oublié l'humiliation de leur exil.