En 1942, le raid sur Dieppe met en évidence le fait qu'il serait pratiquement impossible, aux forces d'Overlord, de s'emparer d'un port intact dès les premières heures suivant le débarquement. Les plages prévues pour le débarquement n'offrant aucun port susceptible d'assurer le ravitaillement des forces alliées, à l'exception de ceux de Cherbourg et du Havre, trop éloignés, Lord Mountbatten apporte cette réponse boutade: "Ce port, nous l'emporterons dans nos bagages".
Le nom de la personne à l'origine de l'idée du port Mulberry est contesté: on trouve Hugh Lorys Hughes, ingénieur gallois qui soumis les plans initiaux de l'idée au War Office britannique, mais aussi le professeur John Desmond Bernal et le vice-amiral John Hughes-Hallet. Churchill s'y intéressa et le concept des ports Mulberries commença à prendre forme lorsque Hughes-Hallet fut nommé chef de l'état-major naval de l'opération Overlord. Lors de la conférence Quadrant à Québec, en août 1943, le projet est présenté par le war Office. Les différents chefs alliés valident le projet.
En 1943, un essai de trois conceptions différentes de port artificiel fut lancé et testé en réel dans le Solway Firth en Ecosse. Le choix final se fit lors d'une tempête au cours de laquelle le "Swiss Roll" fut emporté, les "Hippos" furent happés par la mer, par contre les voies flottantes de Beckett (nom de code Whale) ne subirent pas de dégâts. Elles furent donc retenues.
La solution britannique n'était pas la seule. L'Amiral John Leslie Hall, Jr., US Navy commandant de la force amphibie d'Omaha Beach, ne croyait pas qu'un port artificiel pourrait survivre aux actions de la mer.
Lors d'une discussion avec l'amiral Cunningham, de la Royal Navy, Hall a déclaré:
"Je pense que c'est le plus grand gaspillage de main-d'œuvre et d'équipement que j'ai jamais vu. Je peux décharger un millier de LST à la fois sur les plages ouvertes... La puissance de la mer avec ses tempêtes détruira 150 tonnes de blocs de béton. Quelle est l'utilité de les construire juste pour qu'elles soient détruites et encombrent les plages?"
Malgré les contraintes techniques, les retards et les multiples correctifs apportés aux éléments déjà construits ou en cours de fabrication, les Mulberries seront prêtes pour le jour J.
Fin 1943, 300 sociétés (plus de 40 000 personnes), se voient confier la construction de 212 caissons en béton armé (poids 1672à 6044 tonnes), des 23 plateformes de déchargement articulées et de 15 km de chaussée flottante destinés aux Mulberries A et B de Saint Laurent sur Mer et d'Arromanches.
Le 4 juin 1944, par l'opération Corncob, les éléments des Mulberries sont mis à l'eau puis tractés par des remorqueurs jusqu'au milieu de la Manche. Au soir du Jour J, les premiers "Goosberries", faisant office de brise-lames, sont coulés face aux plages du débarquement. Arrivés en vue des côtes françaises au matin du 6 juin 1944, les premiers caissons Phoenix équipés de défense anti-aériennes sont positionnés puis immergés, à marée haute, aux premières heures du 7 juin 1944. La mise en place des block-ships et du Mulberry B est achevée dans la journée du 13 juin 1944.
Le début de la construction du port artificiel a débuté le 7 juin mais le 19 juin, une tempête se leva et provoquera des dégâts considérables sur Mulberry A.
Les bombardons perforent phénix et navires, les brise-lames sont échoués, quai et passerelles sont inutilisables, la moitié des caissons phœnix détruits… près de 800 embarcations de tous types s'enchevêtrent sur la plage, mêlées à diverses épaves (jetées, navires..) 27 phœnix sur 35 sont détruits. Il fut donc décidé d'arrêter la construction et d'abandonner le port américain, en tant que tel. Les éléments encore en état furent utilisés pour réparer et améliorer le port britannique, qui fut rebaptisé Port Winston.
Seul le Mulberry B reste opérationnel après la tempêtes de mi-juin, les Américains vont battre des records de déchargement de marchandises, de munitions, de véhicules et d'hommes sur les plages d'Utah et d'Omaha. Dès le 23 juin, le débarquement reprend en accès direct des LST sur la plage.