Il faut d'abord lire ci dessous pour bien comprendre notre démarche...
En septembre 2007, un groupe de passionnés de bunkerarchéologie contacte un membre de l’ASFHPP (Association de Sauvegarde du Fort de l’Heurt et du Patrimoine Portelois) pour lui faire part d’un souvenir d’adolescent, mais encore très précis. Christian, l’expert du Portel, explique que vers les fin des années 50, on pouvait encore pénétrer facilement dans de nombreux blockhaus de la plage et qu’à cette époque, il existait encore un canon en place dans un de ceux ci…. Si sa mémoire est bonne, les issues du blockhaus auraient été fermées et sécurisées avec le fameux canon à l’intérieur. Christian donne une foule d’informations techniques notamment le modèle exact de la casemate : une R631 pour les puristes, c’est important car cela nous permet d’en retrouver les plans. Ces informations nous confirment que Christian est très pointu sur le sujet et ne raconte pas des «on dit ». L’idée est de pénétrer dans la casemate pour vérifier si le canon est toujours présent…
Mais pour cela, il faut bien sûr des autorisations ! Un rendez vous est pris en Novembre en Mairie avec M. Le Maire du Portel. Celui-ci est de suite d’accord sur l’idée de remettre à jour une partie du patrimoine portelois. Un deuxième rendez vous sur la plage est cette fois ci programmé avec M. le Maire et le responsable des services techniques de la ville M. Lelièvre. Tout le monde est d’accord, avant d’engager des travaux de désensablement, il faut s’assurer que le canon est toujours présent. Une opération avec pelles est alors décidée. Comme la casemate se trouve sur la plage, une autorisation aux affaires maritimes est nécessaire pour y accéder; les services techniques l’obtiennent.
Le jour de la première recherche est fixé au 5 Janvier 2008. Ce matin là, nous sommes 6 à 7 membres de l’ASFHPP dont 1 femme (eh oui, c’est le soutien obligatoire des guerriers !). L’objectif est de desensabler à la pelle, la face avant où se trouve la sortie du fût du canon pour s’assurer qu’il est toujours présent, et dans l’affirmative, pénétrer dans la casemate par un trou hexagonal appelé « tobrouck » qui se trouve sur le toit, qui permet l’observation des environs par les guetteurs. Ce « tobrouck » est obturé par une épaisseur de béton. Christian après un métré efficace, localise celui-ci avec exactitude et une équipe commence à casser le béton avec marteaux et burins pendant que l’autre équipe dessable. Ca y est, nous y sommes, il reste quelques pelles à extraire pour apercevoir la plaque d’où doit sortir le canon. Christian, tout excité, finit d’enlever à la main les dernières poignées de sable. On l’entends dire : « C’EST BON, IL EST ENCORE LA ! » La première étape est franchie, nous sommes tous un peu euphoriques. Le trou dans le tobrouck est maintenant assez grand pour pouvoir y pénétrer, mais il y a encore beaucoup de sable à extraire. De nombreux seaux sont enlevés et l’excitation donne de la force…Un passage est maintenant visible mais très encombré par de grosses pierres, ce n’est pas ce qui va arrêter nos spécialistes de la bunker-archéologie…Tête la première, c’est une équipe de trois personnes qui va pénétrer les entrailles de cette construction endormie et solitaire depuis plus de 40 ans…Un long moment de silence qui parait des heures et on entend le premier qui revient, il a le sourire jusqu’aux oreilles. Il est là, il l’a vu, ce vestige de la seconde guerre mondiale…Il est entier quasiment. Dans le blockhaus, il y a encore des portes, des interrupteurs, des graffitis allemands, le monte charge, un fût de canon de rechange ! Et bien sur le fameux canon ! (Un skoda 4.7cm - Canon tchécoslovaque)
Nous sommes alors tous fous de joie d’avoir découvert cette pièce d’artillerie et c’est avec un appétit d’ogre que nous dévorons enfin les sandwichs préparés par Sylvie…Maintenant il est temps de tout refermer avec soin car on ne sait encore que faire de cette découverte. Il faut tout remettre en place et surtout ne pas ébruiter la découverte car il existe des passionnés qui n’hésiteraient pas à faire des centaines de kilomètres (Hollande, Tchécoslovaquie, Allemagne) pour venir piller la casemate. De nombreux forums Internet nous prouvent l’attrait de nombreux collectionneurs pour ce type de matériel. Une fois le site remis dans son état d’origine, après une bonne dizaine d’heures de dur labeur, nous repartons vers nos foyers, heureux de notre découverte. Si on peut faire un très lointain parallèle avec le plaisir qu’éprouvent les égyptologues en découvrant une salle dans une pyramide qui n’a jamais été visitée, nous ressentons tous alors un peu de ce plaisir…
Rendez vous est pris avec M. Le Maire du Portel pour lui exposer notre découverte et lui proposer de continuer notre travail…
A la vue des photos de l’intérieur du blockhaus, M. Le Maire est d’abord heureux de constater que nous possédons encore quelques vestiges non connus de la seconde guerre sur notre territoire. Il nous explique ensuite qu’il aimerait mettre en valeur dans le futur une partie de ce patrimoine militaire que nous ont laissés les allemands. Il faut rappeler que de nombreux portelois ont été contraints de travailler avec les allemands pour les édifier. Des témoignages peuvent encore l’attester. Mais n’ayant pas de projet immédiat, l’opération de récupération du matériel du blockhaus est reportée. L’été 2008 se passe, le secret est bien gardé. Toutefois, certaines personnes se doutent qu’il y s’est passé quelque chose dans cette zone. Difficile de travailler sur la plage au Portel sans être vu, et sans alimenter les conversations…
Coïncidence de l’histoire, le 30 décembre 2008, une découverte est effectuée sur la plage de CAMIERS : un char d'assaut léger français, de type Hotchkiss H35 sans sa tourelle est mis à jour par la marée. Cette nouvelle fait couler beaucoup d’encre dans les journaux et nous imaginons déjà ce que cela sera lorsqu’on mettra à jour notre découverte…
En Janvier 2009, l’équipe d’origine se remet en marche.
Cette fois, il faut aller jusqu’au bout. Après contact avec M. le Maire, celui-ci donne son feu vert pour la récupération. Il faut alors prévoir le dégagement de la porte d’entrée de la casemate pour accéder plus facilement et pour sortir le matériel. Rendez vous sur site et pris avec M. Lelièvre, responsable des services techniques de la ville, Christian, José et Patrick établissent l’outillage nécessaire, la logistique, et le type d’engin nécessaire pour desensabler la casemate le jour de l’intervention
Les dates sont définies, ce seront les 25, 26 et 27 Mars 2009 que l’intervention aura lieu.
Mercredi, une grue dégage l’entrée, et jeudi vendredi, les membres de l’ASHFPP démontent tout ce qui peut présenter un intérêt, inventorient et le personnel communal se charge de tout ranger en lieu sûr.