EN MÉMOIRE D'AMIRECHE HAKIM, NOTRE « EL HADJ »
Par son ami de voisinage, de jeunesse et de sport, Abdelhakim Aït Kaki
Mon cœur avait besoin d'écrire ces mots pour un être d'exception. Je partage avec vous cet hommage intime à la mémoire de mon ami de toujours, de jeunesse et de sport : Amireche Hakim « El Hadj ». Un grand homme, un grand frère de vie, une âme d'ailleurs qui restera à jamais gravée dans nos mémoires à Constantine. Bonne lecture à tous.
SECTION 1 : Origines, ancrage local, quartier de Sidi Mabrouk et nature de notre lien
Moi, Abdelhakim Aït Kaki, je prends aujourd'hui la parole pour honorer fidèlement et solennellement la mémoire de mon ami de toujours, le regretté Amireche Hakim. Dans le milieu des sportifs et pour toute notre ville, il était affectueusement et respectueusement connu sous son pseudonyme « El Hadj ».
Hakim était un enfant de Sidi Mabrouk Inférieur, faisant de lui un digne représentant et un enfant béni de ce quartier emblématique, populaire et historique de Constantine. C'est dans les rues, les espaces et l'atmosphère unique de ce quartier qu'il a grandi, s'est imprégné des valeurs de la ville des ponts suspendus et a forgé ses premiers liens indéfectibles avec le monde du sport.J'atteste personnellement et intimement de ses qualités exceptionnelles que j'ai pu constater au quotidien chez ce valeureux personnage. Ce qui caractérisait avant tout El Hadj, bien au-delà de ses futures compétences techniques d'athlète, c'était sa popularité hors norme et profondément accentuée, voire très accentuée, au sein de la société constantinoise. Homme de cœur, accessible, juste et profondément humain, il bénéficiait d'un capital sympathie unique et d'une estime unanime à travers toute la ville :
Un ami fidèle : Estimé, adoré et chéri par l'ensemble de ses amitiés d'enfance, de quartier et de voisinage à Sidi Mabrouk Inférieur.
L'idole des sportifs : Respecté par toute la communauté sportive globale de la ville de Constantine pour sa droiture et son intégrité.
L'icône des volleyeurs : Admiré et chéri tout particulièrement par les volleyeurs et la grande famille du volley-ball constantinois, qui voyaient en lui un modèle de fraternité.Dans cette ferveur collective, notre relation à tous les deux était à part, d'une immense bonté. Notre lien n'était pas un lien de sang ou de famille, mais une amitié de voisinage, de sport et de jeunesse pure et indéfectible. Jamais il ne m'a traité autrement que comme son propre petit frère de quartier. Par sa bienveillance naturelle, sa posture protectrice et son écoute, il a toujours su me faire ressentir et me faire sentir qu'il était mon aîné. Un grand frère de vie, un repère solide sur lequel on pouvait aveuglément et à tout moment compter.
SECTION 2 : Cursus scolaire, formation en chimie, parcours professionnel à Skikda et dimension métaphysique de son âme
Étant plus jeune que lui, je n'ai pas partagé ses bancs d'école, mais je me fais aujourd'hui le relais fidèle de ses anciens camarades de classe qui racontent avec émotion ses années d'études au niveau du célèbre Lycée des Pères Blancs (l'actuel Lycée Tarik Ibn Ziad). Au sein de cet établissement prestigieux de Constantine, toute sa génération de classe est restée particulièrement et profondément marquée à cette étape-là par sa bonhomie naturelle. Ses pairs décrivent un camarade jovial, simple, chaleureux et d'une gentillesse communicative, dont le sourire laissait une impression durable sur tous les élèves et enseignants qui le côtoyaient. Après son parcours au lycée, il a suivi avec succès une formation supérieure dans le domaine technique de la chimie. Armé de ce solide bagage académique et de ses compétences scientifiques, il est parti exercer son métier au sein du prestigieux complexe pétrochimique de Jeanne d'Arc à Skikda. C'est au cœur de cette grande structure industrielle qu'il a bâti et accompli toute sa carrière professionnelle de cadre technique, y travaillant avec dévouement, rigueur et intégrité jusqu'à son décès et son retour vers le Créateur.
Sur le plan athlétique et physique, ses anciens camarades et moi-même pouvons attester qu'Amireche Hakim ne passait jamais inaperçu. Jamais. Il possédait un très fort gabarit, un physique impressionnant, puissant et taillé pour le sport de haut niveau. Par rapport au reste de ses amis et de l'ensemble de sa génération, il était extrêmement imposant par sa robustesse.
Mais ce qui frappait le plus profondément ceux qui le croisaient, c'est que cette carrure colossale et cette force physique étaient entièrement au service d'une humanité rare. Il s'imposait tout autant sur le terrain et dans la vie par sa stature de géant que par sa gentillesse profonde et sa sympathie naturelle. Je tiens à préciser avec force que ces descriptions ne sont en rien des flatteries posthumes ou de vains compliments, mais bien le sentiment général, authentique et partagé par absolument tous ceux qui l'ont connu, côtoyé et aimé au quotidien dans le quartier, dans son milieu professionnel et dans le sport. Moi, Abdelhakim Aït Kaki, j'ai eu l'honneur, le grand plaisir et la chance inestimable de passer de longues vacances avec lui, à plusieurs reprises. Ces vacances mémorables, c'est lui qui prenait toujours l'initiative de nous inviter chaleureusement chez lui, dans sa demeure à Skikda où il s'était installé pour sa carrière. Nous partagions ces longs moments de pure camaraderie et de fraternité estivale en compagnie de nos fidèles amis Zeghdoudi Mourad et Debbeche Hichem. En évoquant le nom de notre cher compagnon, je lève mes mains et je prie chaleureusement : Que Dieu préserve Debbeche Hichem et lui offre une guérison prompte, totale, prête et pour toujours. Amen.
Durant ces séjours à Skikda, Hakim nous offrait une hospitalité incroyable, veillant personnellement et à chaque instant au confort, au bonheur et au bien-être de chacun de nous. C'est dans cette intimité amicale et partagée que j'ai eu l'admiration de découvrir en profondeur ses qualités humaines. Il démontrait à toutes épreuves sa douceur, sa disponibilité totale et sa profonde gentillesse.
À ses côtés, nous ressentions tous qu'El Hadj avait une certaine âme qu'on ressentait qu'elle n'est pas commune. Il se dégageait de lui une force invisible, une aura singulière qui faisait partie de la métaphysique de quelque chose qui n'appartient pas à cet environnement, à cette vie terrestre. Il donnait l'impression de marcher parmi nous tout en cherchant un idéal ailleurs, imperceptible pour le commun des mortels. On sentait de manière indéniable qu'il nous dépassait par quelque chose de profondément spirituel et qui appartient à un autre monde. C’était un être habité par une transcendance et une noblesse pures. Et je le répète, je l'affirme haut et fort : ce sentiment était réel, réel, réel.
SECTION 3 : Le grand volleyeur de Constantine et l'impact psychologique sur les parquets
Revenons maintenant à sa carrière de volley-ball. Hakim a été un très bon volleyeur, un athlète d'exception durant les années 1970 et le début des années 1980. Partout où il est passé, dans chaque club qu'il a honoré de sa présence, il a laissé derrière lui une image idyllique, immaculée et lumineuse, celle du parfait gentleman-athlète. Son parcours exceptionnel l'a mené à défendre successivement les couleurs des plus grandes institutions et des temples du volley-ball de la ville des ponts :
Le MOC Constantine (Mouloudia de Constantine) : Le club mythique où son talent, sa grinta et sa technique ont fait vibrer les supporters.
Le CAC Constantine : Le bastion historique où il a apporté sa science du jeu et sa puissance.
Le CSC Constantine (Club Sportif Constantinois) : Le grand club sous le maillot duquel il a disputé les derbys les plus électriques et passionnés de l'Est algérien.
Le NADIC Constantine : Sans oublier bien sûr son bref mais marquant passage au Nadic Constantine, un moment fort qui reste gravé comme un grand moment de fraternité sportive.Sur le terrain, Amireche Hakim ne se contentait pas de jouer ; il régnait. Son jeu et sa présence reposaient sur des atouts hors norme qui dictaient le sort des matches :
Un sang-froid à toute épreuve : Plus le match était sous haute tension, plus sa sérénité grandissait, stabilisant ses coéquipiers.
Une force et une puissance dévastatrices : Ses attaques et ses contres au filet étaient redoutables, portés par son très fort gabarit.
Une présence athlétique impressionnante : Il imposait son rythme et son jeu de manière implacable. Sa simple présence sur le terrain, sa stature et l'aura qui se dégageait de lui impressionnaient fortement l'adversaire, réduisant la confiance de ses rivaux par sa seule prestance naturelle avant même le premier coup de sifflet.
SECTION 4 : L'arbitre d'exception – La consécration au sifflet fédéral et international
Après avoir raccroché son maillot au début des années 1980, la transition vers l'arbitrage en Algérie s'est faite tout naturellement. Hakim a mis son charisme au service du respect des lois du jeu et est devenu un grand arbitre fédéral et international.
Le sifflet à la main : Sur le terrain, il n'avait pas besoin de hausser le ton ou de s'imposer par la force. Sifflet à la main, il dirigeait les débats de main de maître, avec une assurance tranquille et une maîtrise parfaite des règlements de la fédération et des instances internationales.
Le respect imposé : Par son passé d'ancien grand joueur et sa droiture légendaire, il imposait un respect immédiat, total et absolu à toutes les équipes, à tous les staffs et à l'ensemble des joueurs présents sur le parquet. Personne ne contestait ses décisions.Il était l'incarnation de la vigueur et de la force tranquille dont les volleyeurs et les volleyeuses avaient cruellement besoin pour évoluer sereinement sur le terrain. Face à un directeur de jeu d'une telle envergure, les athlètes se sentaient protégés et en totale sécurité. Ils pouvaient se consacrer exclusivement au jeu et donner le meilleur d'eux-mêmes, sans avoir à se soucier ou à se fier à la justesse de ses décisions arbitrales, car ils avaient une confiance totale, aveugle et absolue en leur arbitre. Il était, pour nous tous et pour le public algérien, l'arbitre préféré de sa génération.
SECTION 5 : Mon ultime visite à l'hôpital et son départ dans la dignité absolue
Le dernier chapitre de sa vie terrestre a été marqué par la cruauté et l'injustice d'une terrible maladie.
(ce que nous percevons comme une épreuve demeure au-delà de notre compréhension inscrit dans la justice et la sagesse du créateur.)
Ce colosse au cœur d'or a vu la souffrance s'abattre sur lui de manière violente. Fidèle à sa droiture et à sa noblesse d'âme, Hakim a combattu la maladie pendant très longtemps, avec un courage héroïque, une patience infinie et une foi inébranlable. Il a lutté dignement, pied à pied contre le mal, pendant de longs mois, jusqu'à ne plus en pouvoir physiquement, ses forces s'étant totalement épuisées.
Ce n'est pas qu'il a baissé les mains ou renoncé au combat, mais la souffrance physique était devenue tellement terrible, aiguë et indicible pour lui qu'il a fait le choix de la pudeur et de la discrétion absolue. Ne voulant imposer le poids de son agonie à personne et refusant de dégrader son image de force tranquille, il a choisi de se retirer dans l'ombre, au point de se cacher pour aller mourir dans la dignité la plus totale.
Moi, Abdelhakim Aït Kaki, je suis allé le voir à l'hôpital lors de ses moments les plus difficiles. C'est là, à son chevet, que j'ai personnellement constaté la violence de cette épreuve et de cette souffrance qui le brisait, mais j'y ai surtout constaté sa grandeur d'âme monumentale et sa volonté farouche de rester maître de sa dignité face à la mort. C'est mon témoignage d'ami, de voisin et de compagnon de route qui atteste aujourd'hui de la noblesse absolue de ses derniers instants.Je ne t'oublierai jamais, Hakim. Ton nom et ton souvenir de grand frère de vie resteront à jamais gravés dans mon cœur et dans la mémoire collective de Constantine.
Paix à ton âme éternelle, El Hadj. Que Dieu le Tout-Puissant t'accorde Sa sainte miséricorde, pardonne tes péchés et t'accueille dans Son vaste et éternel paradis. Amen.
SECTION 6 : Salutations et pensées pieuses pour ses proches
En conclusion, j'adresse mes sentiments de profonde affection et de compassion à tous ceux qui portent fidèlement la mémoire de Amireche Hakim « El Hadj ».
Je dédie une pensée particulièrement émue à son epouse, cette digne enseignante à la retraite qui a partagé sa vie. Face au vide laissé par son départ, je prie le Tout-Puissant de lui accorder la force et le réconfort. Que Dieu lui compense magnifiquement, ici-bas et dans la vie éternelle, tout ce qu’elle a perdu avec sa disparition. Que la paix divine enveloppe son foyer pour toujours.
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