Chaque année, des milliers de familles adoptent des poules pondeuses issues de l’industrie pour leur éviter l'abattoir. Cela part d'une bonne intention mais c'est contre productif sur plusieurs point de vue (notamment écologique et économique). En voulant épargner ces poules de l'abattoir, on finance directement le système productiviste tout en sacrifiant dans l'indifférence générale nos races locales françaises.
Il est grand temps de passer du sauvetage individuel à la préservation de races.
Pour un éleveur industriel, une poule est un outil de production amorti en quelques mois.
Coût d'achat (Poulette de 18 semaines) : L'éleveur les achète "prêtes à pondre" environ 15€ chacune (prix dégressif selon le volume).
Coût de revient en fin de cycle : Après environ 14 mois de ponte intensive, la poule a généré environ 25€ de frais à l'éleveur (alimentation, antibiotiques et autres "médicaments", amortissement du matériel d'élevage, salaires des ouvriers agricoles, etc.). À ce stade, elle ne vaut plus rien d'un point de vue comptable car sa productivité est proche de zéro.
Côté ponte, la poule rapporte environ 53€ pendant ses 18 mois de travail acharné. Cela permet donc à l'éleveur de gagner environ 28€ par poule tous les 14 mois.
Pour renouveler son cheptel de poules, il faut qu'il se débarrasse de ses "vieilles" poules (on rappelle qu'une poule domestique peut vivre entre 5 et 10 ans en fonction des prédateurs). L'option traditionnelle a longtemps été d'envoyer les poules à l'abattoir mais récemment une alternative a vu le jour pour qu'une fois de plus l'industrie puisse profiter des bonnes âmes.
Une poule de réforme envoyée à l'abattoir rapporte à l'éleveur entre 5 et 15 centimes d'euros. Elle finit souvent en soupe, en nourriture pour animaux ou en bouillons cubes car sa chair est jugée trop dure.
A l'opposé, si un particulier (ou une association intermédiaire) rachète ces poules, le prix tourne autour de 5€.
Elle répresente donc un gain pour l'éleveur car en vendant à des particuliers, l'éleveur gagne 100 fois plus qu'en les envoyant à l'abattoir. C'est un complément de revenu significatif qui, paradoxalement, aide à financer le renouvellement de son prochain lot industriel.
Loin d'enrayer le système, on offre aux éleveurs industriels une prime de sortie qui finance directement l'achat du prochain lot de poulettes industrielles.
Pendant que nous nous concentrons sur les millions de poules rousses industrielles (identiques et interchangeables), les races qui font l'histoire de nos terroirs disparaissent. Sur les 47 races françaises, 45 sont menacées.
Graphique des effectifs : L'armée industrielle face aux dernières survivantes
Chiffres basés sur les inventaires des conservatoires et associations de races.
Lecture Logarithmique :Chaque palier vertical est 10 fois plus grand que le précédent. On voit que les Adoptées ont déjà croisé et dépassé les Menacées tout en restant dérisoires face aux Industrielles.
Biodiversité : Il suffirait que quelques pourcents des Français possédant un jardin achètent un coq et deux poules de race locale pour que toutes les races ci-dessus sortent du statut "menacée" en une seule année.
La rentabilité à long terme : La poule industrielle est programmée génétiquement pour pondre 300 œufs par an et mourir d'épuisement à 2 ans. Une poule de race locale (Gâtinaise, Marans, Noire du Berry) est rustique : elle pondra régulièrement pendant 5 à 8 ans.
Soutenir les passionnés : En achetant une poule de race (25-35 €), vous rémunérez le travail de sélection d'un éleveur conservateur plutôt que de subventionner une fin de cycle industrielle.
En résumé : Ne soyez plus le dernier maillon de la chaîne industrielle. La prochaine fois que vous voudrez des œufs dans votre jardin, n'adoptez pas une victime du système : adoptez une ambassadrice de notre patrimoine. Sauver une poule rousse est un pansement. Élever une race locale est une solution durable.