Il arrive que certains dossiers cessent presque immédiatement d’être de simples affaires judiciaires pour devenir des faits sociaux durables. Ils continuent d’agir longtemps après que les procédures ont pris fin, non pas dans les tribunaux, mais dans la mémoire collective, dans les institutions culturelles, dans la distribution tacite des rôles et des légitimités.
Il arrive un moment où la peine a tout dit. Le droit a parlé, les procédures se sont refermées, les mots ont été prononcés, les verdicts rendus. L’État de droit, dans ce qu’il a de plus rigoureux et de plus nécessaire, a accompli sa tâche. Il a tranché, encadré, limité. Puis il s’est retiré, comme il se doit. Mais la société, elle, ne se retire jamais. Elle continue de vivre avec ce qui reste, avec ce qui déborde, avec ce qui ne se laisse pas enfermer dans une décision
Le mythe d’Orphée et d’Eurydice ne parle pas d’amour au sens naïf. Il parle de la condition humaine confrontée à une limite infranchissable, et de la tentation permanente de croire que le génie, la raison ou la règle pourraient nous en affranchir. Orphée ne descend pas aux enfers par bravade, mais parce qu’il refuse l’irréversibilité. Il ne supporte pas l’idée que ce qui a été perdu le soit définitivement. À cet égard, il est déjà profondément moderne.
Toute tentative de renouvellement politique se heurte tôt ou tard à une question simple et redoutable : peut-on changer sans se retourner ? Peut-on avancer vers un avenir promis sans éprouver le besoin de vérifier ce que l’on laisse derrière soi ?