Cette page est consacrée aux témoignages que nous recevons de ceux qui ont franchi le pas.
"J’ai découvert Jalmalv par le biais d’une personne qui avait elle-même intégré le groupe de parole deuil. J’ai donc rejoint par hasard un petit groupe, toujours le même, et ai suivi les séances durant plus d’un an.
J’écoutais puis, petit à petit, j’ai réussi à parler de lui, de moi, mais surtout j’entendais la même douleur, la même souffrance, la même absence qui nous touchaient toutes. Quel « soulagement », quel « réconfort » que de m’apercevoir que je pouvais partager cette situation si particulière et si dissimulée aux yeux des autres. Je n’étais plus la seule à être hors norme.
J’ai surtout rencontré une animatrice pleine de compassion, d’écoute, d’empathie, de douceur, de patience et de compréhension. Elle a été le lien entre nous, cette étrange petite famille de cœur qui se réunissait une fois par mois pour mettre des mots sur l’impensable. Il y a eu un avant et un après, cela a changé ma perception de la mort (parce que je l’ai vécue en direct avec le décès de mon compagnon) et de l’humain qui vit la mort. C’est une étape à laquelle personne n’est préparée, elle fait peur. Mais avec le recul, ce n’est pas la mort qui fait peur, c’est l’après.
J’admire (et le mot est faible) son dévouement, cet accompagnement sans faille pour une cause aussi grave, aussi noble, et je souhaite lui rendre hommage, sincèrement, elle se reconnaitra.
Jalmalv est toujours là, quelque part dans mon cœur, Jalmalv fait partie de mon vécu, de mon parcours de vie. Jalmalv m’a tendu le petit tube de colle qui m’a permis de commencer à recoller les milliers de petits morceaux de moi disséminés je ne sais où…"
Patricia
"Je souhaite commencer mon témoignage avec une phrase que ma mère m’a dit une fois « Le jour où je ne serai plus là, je suis désolée de vous laisser ce chagrin ». J’ai compris ce qu’elle voulait dire le jour où elle est décédée : jamais je n’avais éprouvé une douleur aussi grande de ma vie. Elle est décédée à cause d’une tumeur au pancréas, après dix mois de chimio et de lutte, dix mois de « tempête » qui s’est arrêtée le 13 février 2014. Nous étions très proches ma mère et moi, et sa mort m’a laissé un vide immense et un désespoir tellement grand que je pensais qu’il ne se terminerait jamais. Après sa mort, pendant que la vie quotidienne reprenait son cours, je n’arrivais plus à vivre : j’aurais voulu être seule au monde pour pouvoir rejoindre ma mère. Ni mes proches, ni la psychologue, ni la religion suffisaient pour apaiser ma souffrance (pourtant je suis croyante). Et ce fut un membre de l’Eglise qui me conseilla de contacter Jalmalv : j’avais besoin, à son avis, de pouvoir partager ma douleur. Dès le premier contact téléphonique, Martine m’a transmis sa douceur et sa chaleur humaine et j’ai commencé toute de suite à participer aux rencontres du groupe deuil. J’avoue que la toute première fois, j’étais très préoccupée : parler de mon deuil et des mes émotions avec des inconnus, quelle horreur… Tout s’est bien passé, depuis le début. Le groupe était composé de deux dames, les deux modératrices (?) et par d’autres personnes qui vivaient leur deuil pour la perte d’un être cher (parent, conjoint, enfant). Les rencontres se déroulent une fois par mois pendant deux heures. Chacun parle à tour de rôle, chacun a son espace : on parle si on en a envie, on respecte le silence de chacun, on laisse sortir librement ses émotions, on parle de la personne qui nous a quittés, de ce que l’on a vécu, de notre douleur. On est soi-même et on se sent accepté tel que l’on est.
J’ai passé toutes les étapes du deuil : le chagrin, la colère, la culpabilité, etc. et je sentais que je pouvais parler librement dans une ambiance protégée et discrète. Ca me soulageait de me sentir écoutée et comprise, sans recevoir ni jugement ni conseil. J’ai découvert que les autres personnes, même si dans des contextes différents, avaient vécu les mêmes choses que moi, elles traversaient le même tunnel et elles éprouvaient les mêmes émotions et sentiments. Je ne me sentais plus seule et isolée. Au fait, il arrive un moment pendant le deuil, où on se sent très seul : après les funérailles et les bouleversements des premiers jours, les gens peu à peu disparaissent. C’est un processus normal, par contre c’est à ce moment là qu’on a encore plus besoin de parler de sa propre douleur. On a envie d’en parler toujours et à tout le monde, alors qu’on se rend compte que les amis et les familiers commencent à en avoir un peu marre ou bien ils ne savent pas quoi dire ou quoi faire pour t’aider. Pour moi, le groupe deuil de Jalmalv a accompli cette mission : possibilité de me défouler, écoute, présence, et les mots des modératrices qui ont toujours été exprimés au bon moment avec l’effet de me soulager et de me faire réfléchir d’une façon constructive. Dans le groupe on tisse aussi des liens de solidarité et cela donne du courage. Le soir, je sortais du local « allégée » et plus sereine. Petit à petit j’ai fait mon deuil et j’ai recommencé à vivre. Après chaque rencontre, je sentais que j’évoluais et que je surmontais mes blocages. Finalement, j’ai accepté ce que je ne pouvais pas changer et j’ai appris à gérer la tristesse et la peur de vivre sans la personne aimée.
Après un an, je me suis donc sentie prête à continuer ma route toute seule et j’ai arrêté de participer aux rencontres. Mais je garde toujours en moi le souvenir de cette expérience qui, pour moi, a été profonde et magnifique.
Je remercie INFINIMENT Jalmalv : Martine, Catherine et toute l’équipe de bénévoles pour ce qu’elles ont fait pour moi et pour ce qu’elles continuent à faire pour les autres."
Gea
"Tu es parti il y a 4 ans déjà, déjà 4 ans ?
Oublier la rage qui m'habitait : contre moi qui étais vivante, contre toi qui m'abandonnais, contre toutes ces maladresses bienveillantes "il a fini de souffrir, c'est mieux ainsi" contre tous ces "petits vieux" parce que toi tu n'aurais jamais leur âge... oublier la douleur qui prenait tout l'espace et ne laissait que du vide... aujourd’hui je peux en parler "apaisée", cela fait partie de ma vie, de la vie...
Je cherche de l'aide, j'ai besoin d'aide, je crie silencieusement... et puis un jour, une rencontre : j'attends à la Maison des Associations la reprise d'une conférence et je meuble comme je peux en lisant les affichettes sur les tableaux : « Jalmav espace rencontre deuil". Bien sûr je connais Jalmalv, bien sûr ! non, je ne connais rien... le destin est là rien que pour moi, c'est pour moi cette annonce, pour moi seule.
Le premier contact est téléphonique : je me sens écoutée, acceptée, avec bienveillance... J’attends avec impatience la première rencontre sans a priori, avec juste la pensée que ce groupe de parole a le mérite au moins d'exister. Le deuil ne sera pas nié ni banalisé... Les intervenantes sont accueillantes, respectueuses de chacun, encourageantes sans être intrusives... Le deuil réunit les participants comme une expérience de vie forte... Je sais maintenant que ce lieu me permet de poser "mon sac à dos et de le reprendre ensuite" comme me le disait un ami de randonnée...
A la fin de la séance, une bougie est allumée et nous nous tenons par la main... ce symbole est très fort et très aidant...
Jalmalv, c'est tout simplement de l’humanité..."
Florence
"Bonjour,
Je m’appelle Sophie, je suis la maman de Fanny, décédée d’un type rare de cancer ovarien (Sertoli-Leydig) il y a 2 ans ; elle avait tout juste 24 ans. Fanny a expérimenté de multiples chimios et chirurgies d’une rare violence, durant 4 ans. Et nous sa famille, c’est-à-dire son grand frère et sa soeur ainsi que mon mari, son beau-père, l’avons entourée du mieux que l’on pouvait jusqu’au bout. Nous avons aussi vécu des moments magiques de bonheur et d’amour, de rencontres extraordinaires avec des soignants, durant toutes ces années. Nous savions que le pronostic était incertain, mais malgré tout on ne pensait pas que la maladie serait plus forte. D’une certaine manière, on était préparé et d’une autre pas du tout…
Je suis allée à la recherche de solutions diverses pour me permettre de mieux vivre avec son absence, et d’être forte pour ma famille. Auprès de JALMAV, j’ai trouvé un espace qui m’a permis de partager ma solitude, ma colère, mes angoisses, mais aussi de parler de ma fille. J’y ai croisé d’autres destins compliqués et nos échanges m’ont permis d’avancer, doucement. En partageant notre souffrance, celle-ci devient moins difficile à porter. En partageant nos expériences, nous trouvons des bouts de solutions. Parfois le sourire de l’un nous permet d’envisager un futur possible. En partageant notre sentiment d’extrême solitude, eh bien on se sent moins seul.
Les personnes qui encadrent les réunions, savent trouver la juste distance et les mots qui peuvent apaiser. Dans tous les cas, on se trouve dans un espace où l’on est réellement entendu ; on sait que l’on est réellement compris. Il n’y a pas d’enjeux, ni d’égo. On ne se connait pas et c’est très bien. Et on évolue chacun, au rythme qui nous convient.
En clair, les groupes de parole de JALMAV me semblent essentiels. En tous cas, je remercie vivement cette association…
Sophie