RAMOUX (Gilles-Joseph-Evrard ), ecclésiastique respectable, né à Liège le 21 janvier 1750. Doué d'un esprit précoce, il entra fort jeune (en 1761), au collège que les jésuites possédaient à Liège. Il s'y distingua par la rapidité de ses succès et par la bonté de son caractère, et remporta constamment les premiers prix. Après ces études préliminaires, il répondit à sa vocation pour l'état ecclésiastique, en suivant, avec le plus grand fruit, les leçons de philosophie et de théologie au séminaire de Liège, où il obtint une bourse au concours. Lorsque la société fameuse dans le sein de laquelle M. Ramoux avait puisé sa première instruction eut été supprimée par le pape Clément XIV, Velbruck, prince-évêque de Liège, qui sentoit tout le prix de bonnes études, s'empressa d'établir un grand collège, destiné à remplacer celui qui avait été jusqu'alors dirigé par les jésuites. Ce prince, juge éclairé du vrai mérite, qu'il recherchait avec ardeur, n'hésita pas à confier à M. Ramoux, bien jeune encore, la place de principal et de professeur de rhétorique. Ce dernier justifia, par son zèle et par ses talens, le choix flatteur du prince-évêque. Il fit fleurir le collège; les esprits les plus prévenus durent reconnaître que les études n'avaient rien perdu de leur force et de leur éclat, en passant dans des mains étrangères à la congrégation puissante qui, pendant deux siècles, les avait dirigées dans presque tous les états catholiques. L'habile professeur s'attacha à former des élèves instruits sans pédanterie, religieux sans fanatisme, dévoués également au prince et à la patrie. Peu de temps après, au commencement de 1779, quelques bons citoyens, qui ne pouvaient rester étrangers au mouvement général de civilisation imprimé alors à toute l'Europe, formèrent le projet de fonder à Liège une Société d'émulation, dans le but de répandre le goût des lettres et des sciences, de populariser les connaissances utiles, de découvrir et d'encourager les jeunes talens. Le prince Velbruck, qui accueillait avec enthousiasme toutes les idées généreuses et patriotiques, applaudit à cette heureuse création, et pour entourer cette institution naissante de considération et de force, il s'en déclara le protecteur. La Société fut installée solennellement le 2 juin 1779, et le 18 juillet de la même année, M. Ramoux prononça, dans une séance publique, un discours pour l'inauguration du buste du prince protecteur. Il n'a pas cessé, depuis cette époque, d'être inscrit sur le tableau des membres résidans de cette association utile, et de s'intéresser vivement à ses travaux et à ses succès. Quelques années plus tard, en 1784, M. Ramoux, qui avait parcouru avec distinction la carrière de l'enseignement, la quitta, pour accepter la cure de Glons, qui lui fut offerte avec des instances si honorables, qu'il ne put la refuser. Dans ces nouvelles fonctions, il déploya un zèle, une activité et une intelligence peu communes. Il ne se contenta pas de donner les secours spirituels à ses paroissiens: il se montra aussi administrateur habile, et magistrat de paix et de concorde. Il tourna d'abord ses regards vers la salubrité publique et l'industrie. Il détermina les paysans à assainir leurs habitations, et il s'occupa à extirper la mendicité, cette lèpre terrible, qui disparaîtra bientôt de notre royaume par les soins infatiguables d'un jeune prince ami de l'humanité. Il propagea, sur les rives du Jaer, les bienfaits de la vaccine, et la défendit contre ses nombreux ennemis Il ouvrit une nouvelle source de travail et de prospérité, en montrant aux habitans de Glons et des villages voisins les avantages qu'ils pourraient retirer de la fabrication plus soignée des chapeaux de paille. Ceux-ci dociles à la voix de leur pasteur, dont ils appréciaient la sollicitude paternelle, se sont rendus en peu de temps habiles dans la confection de ces tissus élégans, qui rivalisent déjà avec ceux d'Italie. M. Ramoux parvint aussi, par son influence morale et par la sagesse de ses conseils, à rétablir l'union entre ses paroissiens divisés d'intérêts. Il les détourna de la funeste manie des procès, plus commune encore dans les campagnes que dans les villes : grâce à ses soins, il n'exista plus à Glons un seul débat judiciaire, un an après l'arrivée de ce digne apôtre de l'évangile. Orné de toutes les vertus, plein de charité, animé d'un zèle pur , il s'attachait à gagner les cœurs par la douceur et par les bienfaits, et à les ramener par la persuasion. M. le baron Desmousseaux, alors préfet du département de l'Ourte, l'avait surnommé avec raison le législateur du Jaer. M. Ramoux se contenta toujours de ce titre patriarcal, et n'en ambitionna jamais de plus relevé. Malgré les orages de cette terrible révolution qui avait déplacé les hommes et les choses, il n'abandonna point le troupeau dont la garde lui était confiée. Lorsque le calme fut rétabli, il résista aux prières de M. Desmousseau et de M. l'évêque Zaepfell, qui lui offrirent successivement les cures primaires de St.-Jacques et de St.- Barthélemi à Liège ; il leur répondit: "J'ai épousé la cure de Glons, lorsqu elle était riche , et je la garderai pauvre." II continua ainsi à faire le bonheur de ses ouailles, qu'il jura de ne jamais quitter. Pour occuper ses loisirs, il se chargea de l'éducation de quelques jeunes gens, et se livra avec succès à son goût pour l'étude de la botanique. Il aimait aussi à composer des pièces fugitives de poésie latine et française, et des prônes où se montre toute la beauté de son âme. M. Ramoux, son neveu, bourgmestre actuel de la commune de Jemeppe, nous donne l'espoir de faire paraître un choix de ces diverses productions, fruits d'une plume facile et élégante: il n'est aucun doute qu'il sera accueilli favorablement. Enfin M. Ramoux, ce digne et vertueux pasteur, mort à Glons le 8 janvier 1826, sans douleur, sans peine d'esprit ni de corps, âgé de 76 ans. Il nous a quittés pour une vie meilleure, pour la vie destinée au sage dont "Rien ne trouble la fin; c'est le soir d'un beau jour." Les regrets universels, les larmes sincères de tous les habitans du canton de Glons, et surtout celles que versent encore journellement sur sa tombe les personnes qui ont eu le bonheur de le connaître, sont un témoignage frappant et sensible de l'amour et du respect qu'on avait pour sa personne.
Source: Mathieu Guillaume Delvenne: Biographie du royaume des Pays-Bas, ancienne et moderne, Bruxelles, 1829.