Résumé de KOUANG TCHEOU WAN:
Roman historique épistolaire au format poche de 340 pages.
Une touche d’humour et de tendresse, une histoire d’amour, une aventure humaine.
1899, Pierre Lecabillec issu d’une famille bretonne modeste part faire des études à Brest qu’il doit interrompre suite à la disparition en mer de son père. Pour subvenir aux besoins de sa famille il s’engage dans la Marine qui l’envoie en pleine guerre des Boxers au Kouang Tchéou Wan, un territoire français en Chine. Il rencontre là-bas la belle Audrey-Anne, fille d’un riche et sans scrupules homme d’affaire.
Extrait:
Fort-Bayard, le 17 septembre 1900
Lénaïg,
Me voici encore une fois déplacé. Je suis un pion sur plateau d’échecs. J’ai l’impression d’être le spectateur de ma vie, je suis baladé au gré des impératifs ou des évènements dont je ne suis jamais l’acteur.
Le commandant m’a trouvé un toit chez une famille française. Quel toit ! Et quelle famille ! Je dormais dans une maison bâtie en matériaux légers située au plus creux de la cité, le sol de ma chambre était en terre battue. Je suis maintenant hébergé dans une superbe maison blanche au style colonial, ce qui se fait de mieux de nos jours, surplombant le port et dominant son quartier de colons privilégiés. Je dispose d’une chambre sans que l’on ait eu besoin de déloger qui que ce soit, un lit sous moustiquaire des plus confortables aux draps immaculés et du personnel s’assure que j’ai suffisamment d’eau pour effectuer ma toilette. Mes repas sont servis à table par des employés locaux qui savent cuisiner à la française, ou plutôt qui font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont. Je dépose mes vêtements à ma porte qui me reviennent blanchis, si je laisse les chaussures elles reviennent cirées, je crois que si je restais nu devant ma porte je reviendrais dans ma chambre récuré de la tête aux pieds ! C’est déroutant, cet excès de confort me met assez peu à l’aise, jamais je n’ai connu cela.
La famille, c’est particulier. Tu vois les propriétaires des plus grandes conserveries de Douarnenez ? Leurs belles maisons, leurs belles tenues, leurs grandes manières ? Et bien c’est comparable. Une famille composée de père, mère, un fils et une fille. La famille Delevalle. Monsieur fait fortune dans l’industrie locale, l’import-export ou divers investissements, je n’ai pas tout saisi, je n’ose pas demander. Le temps répondra à mes interrogations. Madame profite oisivement de tout ce luxe, prend le thé avec d’autres dames oisives en discutant de problèmes futiles ou se plaignant du petit personnel. Le fils, Enguerrand Delevalle, a deux ans de moins que moi et se destine à suivre le chemin tracé par son père. Bien qu’il soit né dans des draps de soie ce ne sera pas si facile pour lui car il a l’énergie d’une moule de bouchot, du peu que je l’ai vu il a la capacité de s’éteindre, le regard vide, bras ballants, plusieurs longues minutes, y compris à table. Hypnotiser les petits pois ne l’aidera probablement pas à devenir l’héritier combatif espéré par son autorité paternelle. La fille qui a mon âge s’appelle Audrey-Anne Delevalle. Comment te la décrire ? Je ne trouve pas les mots tant elle a tout pour elle. Elle est belle, de cette beauté qui perturbe l’esprit de celui qui la regarde, elle porte gracieusement de superbes robes adaptées au climat local, en extérieur un chapeau délicatement posé sur ses cheveux longs impeccablement coiffés révèle la forme de son visage angélique, souligne la clarté de son regard vif et perçant. Ce regard profond trahit une sincérité d’âme dont seules les personnes disposants d’un esprit brillant parviennent à transmettre ce sentiment. Elle parle peu, elle sent merveilleusement bon, quand elle rentre dans une pièce le temps s’arrête. Que peut bien faire une telle personne perdue dans un endroit comme celui-là ? Sa place est ailleurs, partout, mais pas ici. Ça reste pour moi un enchantement de la côtoyer, même si je n’ai pas encore eu la chance de pouvoir échanger avec elle.
J’ai avant-hier soir diné pour la première fois à la table de cette singulière famille. Avant cela accueilli à la porte par un sympathique serviteur chinois nommé Xuan qui portait une tenue bien plus propre que la mienne. Xuan est un personnage souriant qui pratique l’art du service comme un devoir, il comprend très bien le français, probablement critère de sélection indispensable pour intégrer cette grande famille, et il a un air franc dissimulant mal le fait qu’il n’a pas seulement les qualités du simple exécutant mais que son esprit perspicace dépasse largement les limites imposées par son emploi actuel. Je me disperse, je reviens au dîner. Servi à heure fixe, il m’a été clairement énoncé par la maîtresse de maison qu’elle respectait mes impératifs militaires mais qu’en cas de défaut de ponctualité je serais prié de me joindre au repas des domestiques. Message reçu fort et clair. La maison a sa salle à manger décorée de bois exotiques au centre de laquelle se trouve une longue table ovale et une douzaine de chaises, eux qui ne mangent qu’à quatre ne doivent pas se sentir à l’étroit. Nappe blanche sans faux plis, couvert dressé, porcelaine de Limoges, il aurait été trop facile ici de se procurer de la vaisselle de Chine bien entendu. Verres en cristal, vins français, pain du jour. J’ai hésité à demander quel ministre nous attendions mais je doute qu’ils goutent à ce genre d’humour. Ont-ils de l’humour ? Je n’ai pas eu l’occasion de le noter, Xuan lui dégage cet air jovial qui donne l’impression à son interlocuteur qu’il va sortir une blague bien amenée à chacune de ses courtes phrases, il se retient bien évidemment, il y perdrait sa place, mais visiblement n’en pense pas moins. J’ai été servi à table, à l’assiette, j’ai dû restreindre mon appétit d’ogre pour ne pas passer pour un glouton malpoli ou ne pas avoir l’air de celui qui travaille en extérieur, ils ne comprendraient pas. Je sens que je vais aller de temps en temps fureter en cuisine glaner quelques restes. Nous avons peu parlé, une sorte de gêne réciproque retenant nos interrogations respectives. Monsieur avait l’air préoccupé, Madame bien plus soucieuse de la présentation du repas que du contenu de l’assiette, le fiston concentré sur une cuisse de dinde comme s’il voulait la faire entrer en lévitation, la fille gracieuse, silencieuse et délicieuse, délicate comme ces personnes qui jamais ne font couler une goutte de soupe de leur cuillère, qui jamais ne se tâchent lors d’un repas. Drôle d’ambiance, je pouvais auparavant me promener dans la maison en maillot de corps, boire ma soupe au bol, manger mes cuisses de poulet à la main, ici c’est tout autre, je porte mon uniforme comme si un Amiral venait chaque jour procéder à une inspection de tenue, je mange comme si le contact direct avec la nourriture allait me foudroyer sur place. Savent-ils seulement que je vide les entrailles de poisson à la main ? Xuan a bien vu mon air abasourdi que j’ai pourtant parfaitement dissimulé, il riait intérieurement.
Je ne parviens pas à savoir ce qui les a décidé à m’accueillir, bonté spontanée ou bien service rendu intéressé ? Est-ce que ma présence les dérange ? J’espère en tous cas prendre un peu d’aisance, de légèreté.
J’attends ta prochaine lettre avec impatience, je veux transporter mon esprit de l’autre côté du monde, respirer.
Je vous embrasse toutes les trois,
Pierre
Qu'est-ce que c'est le Kouang Tchéou Wan ?
Réponse ici:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Kouang-Tch%C3%A9ou-Wan
Où acheter le livre?
Dans toute librairie ou sur internet sur le site de Thebookedition en suivant ce lien:
https://www.thebookedition.com/fr/kouang-tcheou-wan-p-432188.html#summary
Numéro ISBN: 9791098680106
Et la suite?
Surprise! À paraitre avant Noël 2026.
Un indice: Zokak El Blat
Bonne lecture! 😉
Un mot sur l'auteur:
Né en 1981, une carrière professionnelle essentiellement consacrée au service public en mer (sauvetage, assistance, surveillance), 20 années de Marine Nationale et depuis embarqué comme chef de quart sur un navire de l’État. Kouang Tchéou Wan est un premier roman, inspiré par l'histoire maritime, une suite est déjà en route. La mer n'est jamais loin!