LE DERNIER BUS
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LE DERNIER BUS
Pochainement : Le dernier bus
Le dernier bus
Camille, 12 ans, disparaît à l’arrêt du bus de son village.
Son frère Max, sa petite sœur Lila et les habitants vont vite découvrir que ce village où chacun cache des secrets n’est pas ce qu’il semble être.
Entre tunnels oubliés, carnets anciens et voyageurs mystérieux, chaque révélation rapproche du danger et du passé… et seul le courage pourra sauver les enfants et lever le voile sur des secrets enfouis depuis des générations.
Thèmes : disparition • enquête • secrets de village • fratrie • courage • mystère • tunnels • héritage du passé • danger • solidarité • vérité enfouie
Extrait le dernier bus
06:30 — La porte qui claque.
Le bruit de la porte du départ de mon père avait laissé une trace dans la maison. Un vide si rapide que même un courant d’air ne pouvait égaler. Pas un bruit fort. Juste ce “clac” sec de six heures du matin, quand une personne se précipite pour partir, quand on part tôt, quand on part sans réveiller. Un bruit qui dit : la journée est lancée. À six heures trente, tout était redevenu silencieux. Je descendis en chaussettes, mon sac sur une épaule. Dans la cuisine, il restait l’odeur du café que mon père avait dû avaler à la va vite, mais plus rien de chaud. Sa tasse rincée sur l’évier, une des quatre chaises qui ornée la table haute de la cuisine était repoussée, la lumière malgré les premières lueurs qui avaient du mal à pénétrer dans la cuisine était éteinte. Je précédais de quelques minutes mon père chaque matin pour me lever et m’installer quelques instants devant l’écran de télévision afin de me réveiller et de m’absorber de la vie de tous les jours. Ma mère quant à elle dormait encore, elle se lèverait un peu plus tard profitant de son lit seule où elle s’étalait. Lila aussi, à toujours eue du mal à se lever tôt, que ce soit pendant la période scolaire à celle des vacances, elle restait égale à elle-même. D’un autre côté s’était égal, car toutes les deux partiraient qu’à huit heures trente. J’étais consciente qu’entre six heures trente et sept heures, il y avait un vide comme un trou dans la maison. Un moment où personne ne me calculé vraiment. Comme à son habitude, ma mère avait laissé un mot sur le réfrigérateur pour de quelconque consignes, il était écrit : Je dépose Lila à 8h30. Tu pars à l’heure. Tu m’appelles si problème.
Je fixai le «si problème”. Comme si c’était une habitude qu’il y est un ou des problèmes. Je chassais cette idée de ma tête aussi vite qu’elle était rentrée. Je glissais mon téléphone dans ma poche extérieure de mon manteau, là où ma main le trouverait vite. C’était une manie chez moi. Puis, je pris la petite lampe clip que je trimballais partout pour me rassurer. Un peu comme un fétiche, non pour faire peur, mais pour être visible. Parce que le trajet qui menait à mon arrêt de bus, ainsi que la route, ce matin, était déjà claire dans le ciel… mais pas assez claire pour le passage des voitures. Dehors, l’air était froid et humide. Le genre de froid qui s’accroche aux cheveux. Je refermais la porte doucement. Je restai une seconde sur le pas, à écouter. Mais je n’entendais rien. Pas même le sifflement des oiseaux qui eux aussi dormaient encore cachés je ne sais où, certainement bien cachés hors de vue des prédateurs. À moins qu’ils ne soient en retard. La route devant mon portail était dépourvue de trottoir, il y avait juste un semblant de bordure d’herbe tassée, et cette impression que tout le monde roule comme s’il n’y avait personne, comme si la route n’appartenait qu’à eux. Je marchais le long de la route en longeant les murs. C’était devenu une règle de conduite comme quand on me dit “attache ta ceinture”. Un camion passa, assez près pour m’aspirer un peu de chaleur. Je sentis mon cœur s’accélérer, puis lentement se calmer. L’arrêt de bus était là, juste après la courbe, à côté d’une ligne de haies. Un panneau indiquait l’arrêt de bus, il n’était presque pas visible depuis les maisons, il n’y avait aucune visibilité depuis les fenêtres voisine, ni même celle d’en face qui avaient des volets quasiment toujours fermés, pas d’angle direct, comme si on avait construit le village sans penser aux enfants qui forcément prendraient le bus scolaire. J’arrivai et me plaçai sur le côté, et comme il n’y avait pas de quoi s’assoir, je restai debout accoudée contre la structure en bois, assez près du panneau pour que le chauffeur de bus puisse me voir d’assez loin. Je regardai l’heure, il était : 07 :07. Encore trois minutes d’attente. J’entendis une voiture ralentir. Puis une autre. Je ne paniquai pas, j’observai, comme d’habitude. C’était ma façon d’être “grande” : de ne pas me raconter des films, mais ne pas faire comme si tout était normal non plus. Soudain, j’entendis un bruit de pas provenant du chemin. Ce qui n’était pas ordinaire, car j’étais la seule dans le village à prendre ce bus. Je sentis mon ventre se tordre, mon corps se crisper, et un large frisson me parcouru jusqu’à la racine de mes longs cheveux blond. Avant même de tourner la tête, un homme sortit de l’ombre provenant du chemin. Il n’avait pas l’air étrange, il portait un manteau sombre, il avait une démarche normale, et le genre de visage qu’on oublie si on ne fait pas attention. Il s’arrêta à distance.
— Salut, dit-il. Tu attends le bus ? Je répondis, tout naturellement : — Oui. — Il est souvent en retard, ici. Tu vas au collège ? Je ne répondis pas à la question. Je posais juste ma main sur mon téléphone, dans ma poche comme pour me rassurer. Je lui répondis avec certitude : — Non il va arriver. L’homme sourit un peu. — Tu es seule ? Tes parents ne t’accompagnent pas ? … Je sentis la question se glisser comme si une main étrangère cherchait à m’accompagner. Je fixais la route, suppliant dans ma tête ce bus que n’arrivait pas. Tout en lui répondant : — Mon père est parti travailler. Ma mère partira plus tard. Je regrettais aussi vite de lui avoir donné cette information. C’était ça, le danger : pas les mots “méchants”, mais les petites questions qui prennent des morceaux de toi. Je me repris. — Le bus arrive. L’homme fit un pas, puis s’arrêta. — Si tu veux, je peux te déposer. Je passe par là. Ça t’éviterait d’attendre dans le froid. J’inspirais tout en pensant à Lila encore au lit. À ma mère qui dirait “fais attention”. À mon père qui lui était déjà loin. Je sortis la phrase la plus utile qu’on puisse apprendre à un enfant : — Non merci. L’homme eut un petit rire narquois. — Tu as peur de tout, toi. Je le regardais enfin. Juste pour lui faire voir que je n’avais pas peur de lui… et je lui répondis : — Non. J’ai juste appris. Je reculais d’un pas, me rapprochant du panneau, tout en sortant mon téléphone, et en le tenant bien visible, sans filmer, sans provoquer, juste… visible. Le bus apparut enfin au bout de la route. J’étais rassuré. Ses phares jaunes étaient comme une preuve : quelqu’un va te voir. L’homme recula légèrement, comme si la lumière le dérangeait. — Bonne journée, dit-il, puis il s’éloigna sur le chemin. Je m’empressais de monter dans le bus, et pris place côté allée, en évitant de me coller à la vitre. Je posais mon sac sur mes genoux comme un bouclier idiot. Le chauffeur referma les portes. Et là seulement, je sentis que ses mains tremblaient, elles étaient moitent. Je me rendis compte que la peur m’avait envahi tout entière sans réellement m’en rendre compte. Je pensais que : Je pourrais ne rien dire. Comme d’habitude. Je me repris et envoyais un message sur le téléphone personnel de ma mère. Pas pour me plaindre. Pas pour raconter une de ses histoires longues. Juste les faits. “Maman, ce matin à l’arrêt, un homme sur le chemin m’a proposé de me déposer. J’ai dit non. Ça m’a mise mal à l’aise. On peut en parler ce soir ?” J’hésitais pendant une seconde avant de l’envoyer, puis j’appuyais sur envoyer tout en regardant la route défiler sous le bruit des pneus du bus, qui tapotait et tapotait sur la chaussée. Je n’étais pas pour autant rassurée. Je me sentais juste un peu moins seule.