Part de la superficie protégée par une protection foncière et/ou réglementaire des communes de France métropolitaine. (source des données : INPN)
Cette carte illustre la part de la surface communale protégée par des dispositifs réglementaires (arrêtés de protection, réserves naturelles...) et fonciers (conservatoire du littoral, conservatoires d'espaces naturels) en France métropolitaine (à l'exception des espaces naturels sensibles (ENS).
Les zones les plus couvertes par ces protections se trouvent principalement dans les régions montagneuses, sur le littoral et autour des cours d’eau. En général, ces mesures ne concernent qu’une partie inférieure à 20 % du territoire communal. Cependant, dans les régions montagneuses, ces zones protégées sont parfois plus étendues. Cela s'explique probablement par les difficultés à aménager des territoires en altitude, soumis à de forts dénivelés, qui favorisent le maintien d’espaces naturels préservés.
Communes à forts enjeux de biodiversité : Les protégées et les "oubliées"
🟩🟥 Protégées ou négligées ?
🔰 Le point de départ de ma thèse s’inspire d’un constat des chercheurs de l'UAR Patrinat : une part importante du territoire de France métropolitaine présente de forts enjeux de biodiversité sans pour autant bénéficier de mesures de protection.
Dès lors, une question s’est posée : cette absence de protection peut-elle s’expliquer par des raisons économiques ? 💵
🎓 La première étape de mon travail a donc consisté à identifier ces zones "oubliées". Cette carte montre les 20 % des communes françaises les plus irremplaçables, selon un indicateur écologique combinant rareté, richesse biologique et sensibilité des espèces.
🟩 Les communes protégées par des dispositifs réglementaires, fonciers ou Natura 2000 en 2021 sont colorées en vert.
🟥 Celles qui, malgré leur forte valeur écologique, ne bénéficient pas de ces protections sont en rouge.
Cette carte permet d'observer une forte concentration de rouge en Île-de-France, mais aussi dans d'autres zones soumises à une pression foncière ou agricole élevée. 🧺
📜 Dans la première partie de ma thèse, j’ai cherché à comprendre ce qui distingue économiquement et démographiquement les communes protégées des non protégées. Ce travail, mené sous la supervision de Matthieu Leprince et Olivier Thébaud, a donné lieu à un premier article : https://lnkd.in/evgTJpjD 📜
🪴 Nous constatons que les communes non protégées sont plus riches fiscalement, plus industrialisées, et disposent de plus de terres arables. Elles hébergent aussi moins de zones humides et plus d’espèces sur listes rouges ou endémiques. Cela montre que l’irremplaçabilité ne suffit pas à comprendre le réseau des aires protégées en France et que nous devons intégrer d'autres dimensions. En tenant compte de ces autres dimensions, nous trouvons toujours un lien significatif entre absence de protection et pressions économiques. 📉
🌻 Quelle probabilité d'être protégée ?
📆 La semaine dernière, j'ai publié une carte montrant les différences de statut de protection parmi les 20 % de communes françaises les plus irremplaçables.
J'y montrais que les communes non protégées abritent souvent plus d'enjeux économiques que celles qui le sont. J'expliquais également que l'indice d'irremplaçabilité seul ne suffit pas pour comprendre la répartition des aires protégées en France, et que d'autres indicateurs écologiques et paysagers jouent un rôle important. 🗝️
❓ Mais comment prendre en compte plusieurs indicateurs à la fois ?
La solution que j'ai retenue dans ma thèse est le calcul d'un score de propension. 💡
ℹ️ L'idée est d'estimer un modèle logistique qui explique la probabilité qu'une commune soit protégée par une protection réglementaire, foncière ou Natura 2000 en fonction de plusieurs variables :
🦉 la richesse en espèces à statut,
🌱 l'irremplaçabilité,
💧 la part de zones humides,
🏔️ la part de "nature nue",
🌳 la part de forêt,
🌊 et la présence d’un littoral.
Une fois ce modèle estimé, on peut, pour chaque commune, calculer son score de propension : autrement dit, la probabilité qu'elle soit protégée, au vu de ses caractéristiques écologiques et paysagères. 📊
🗺️ La carte ci-dessous représente ce score pour l'ensemble des communes de France métropolitaine. On observe que les zones littorales, les massifs montagneux, les Landes et la Gironde ressortent nettement, ce qui correspond à des zones effectivement plus souvent protégées. 🪺
📈 Ce score m'a permis ensuite de comparer les communes protégées et non protégées ayant des profils écologiques similaires. C'est une des clés d'analyse de mon premier article (coécrit avec Matthieu et Olivier Thébaud).
Nous y montrons qu'à enjeux écologiques comparables, les communes protégées sont significativement plus pauvres fiscalement que les non protégées. 📉
⁉️ Cela soulève une question centrale :
Est-ce le résultat d'un effet de sélection (les protections sont placées là où les enjeux économiques sont faibles), ou le résultat d'un effet causal (les protections limitent le développement économique) ❓
🔜 C'est précisément l'objet du dernier chapitre de ma thèse, que je suis en train de rédiger. 🎓
⚠️ Le score de propension ne dit pas si un territoire doit être protégé, mais quelle est la probabilité qu'il le soit, selon les régularités observées dans les données et les variables du modèle logistique.
⁉️ Comment les pressions économiques influencent-elles la probabilité d'être protégée ?
🎓 Étant donné que mes deux dernières publications ont suscité de nombreuses réactions, des discussions intéressantes et m'ont permis d’obtenir de précieuses suggestions, je continue à vous partager les réflexions et résultats issus de ma thèse, que je termine actuellement à l'UMR AMURE. 🎓
🗺️ La semaine dernière, je publiais une carte montrant, pour chaque commune, la probabilité qu'elle soit protégée au regard d'un certain nombre de caractéristiques écologiques et paysagères. Mais comment cette probabilité évolue-t-elle si on ajoute des variables économiques et socio-démographiques, susceptibles de représenter des pressions sur la biodiversité et sa conservation ? 💶
🌍 Cette carte montre, pour chaque commune, la différence entre :
sa probabilité d'être protégée selon un modèle ne prenant en compte que les variables écologiques et paysagères 🪻 ,
et cette même probabilité une fois intégrées une vingtaine de variables économiques et socio-démographiques (part de territoire industriel, agricole, pression touristique, etc.) 🏭
🔴 Plus une commune est rouge foncé, plus les pressions jouent contre la probabilité qu'une protection soit mise en place. 🔵 Inversement,
plus elle est bleu foncé, plus cela signifie que le modèle intégrant les pressions économiques est plus favorable à une protection que le modèle écologique seul. 🌳
💡 La lecture de cette carte met en avant deux constats :
⬆️ Les pressions économiques au nord de la France semblent importantes et freinent visiblement l'expansion du réseau d'aires protégées.
🌆 Comme on pouvait s'y attendre, les grandes villes et leurs banlieues concentrent des pressions fortes. Mais le fait qu'elles apparaissent en rouge foncé indique aussi qu'elles abritent des enjeux écologiques significatifs. Cela suggère que les politiques de protection délaissent peut-être trop la biodiversité en ville. 🪺
🌿 Si vous êtes en ville, n'oubliez donc pas d’installer des abris pour les hérissons 🦔 qui parcourent vos jardins et de laisser des coupelles d'eau à disposition des oiseaux 🐦 et insectes 🪲 qui en ont bien besoin en cette période caniculaire !
⚠️ Les modèles utilisés ici prédisent la probabilité d'être protégée en fonction de la distribution actuelle des aires protégées. Ils ne disent pas ce qui devrait être protégé dans l'idéal, mais ce qui a influencé effectivement la mise en place des protections.