De son église à son petit patrimoine rural, des traces laissées par l'histoire aux paysages de la vallée de la Meuse, Bannoncourt possède un patrimoine discret mais riche, témoin de plusieurs siècles d'histoire du village.
🏺 Des occupations très anciennes
Le territoire de Bannoncourt est occupé depuis des millénaires. Des découvertes archéologiques ont révélé des traces de présence humaine remontant au Mésolithique et au Néolithique, ainsi que des vestiges de l'époque gallo-romaine.
Parmi les objets découverts sur le territoire figure notamment une pointe de flèche en silex datant du Néolithique. Plus récemment, les opérations archéologiques menées à l'occasion des travaux de la LGV Est ont permis de recenser plusieurs sites à Bannoncourt, parmi lesquels Creusille, Sinforin et La Lombarde.
Plusieurs siècles plus tard, au lieu-dit « La Chapelle », entre Bannoncourt et Woimbey, une importante nécropole mérovingienne des VIe au VIIIe siècles est mise au jour vers 1829, lors de l'ouverture d'une carrière.
Les découvertes se poursuivent au cours du XIXe siècle, notamment entre 1857 et 1875, et révèlent de nombreux sarcophages. L'importance de cet ensemble laisse supposer l'existence, à proximité, d'un édifice religieux du haut Moyen Âge.
🪨 Un remarquable couvercle de sarcophage
En 1869, les fouilles mettent au jour un remarquable couvercle de sarcophage orné de personnages.
Considéré comme perdu depuis le XIXe siècle, il est redécouvert en 1972 dans une propriété privée à Saint-Mihiel. Des photographies conservées dans la documentation scientifique montrent également son remploi dans une maçonnerie.
Source : Université de Lorraine – HISCANT-MA, d'après la Carte archéologique de la Gaule – La Meuse, 2001.Les premières mentions écrites de Bannoncourt remontent au début du IXe siècle. En 815, le village apparaît sous la forme « Banono curtis » dans une charte attribuée à Louis le Pieux.
Le nom évolue ensuite au fil des siècles : on rencontre notamment « Banumcurte » en 895, puis différentes formes médiévales avant l'apparition progressive du nom actuel de Bannoncourt.
En 1106, un privilège du pape Pascal II, confirmant les possessions de l'abbaye de Saint-Mihiel, mentionne « Bannonis curtis cum ecclesia » : Bannoncourt y apparaît donc avec son église. Cette mention atteste l'existence d'un édifice religieux dans le village plusieurs siècles avant l'église Saint-Nicolas actuelle.
🔎 D'où vient le nom « Bannoncourt » ?
Le suffixe -court, très fréquent dans le nord-est de la France, provient du latin curtis, qui désignait un domaine ou une exploitation rurale.
L'interprétation de la première partie du nom est moins certaine. Une étymologie publiée la rapproche de l'ancien francique bano(n), associé à l'idée de commandement ou de juridiction. Au fil des siècles, les nombreuses formes anciennes du nom ont progressivement donné Bannoncourt.
Au cœur du village, l'église Saint-Nicolas constitue l'un des principaux témoins du patrimoine de Bannoncourt. Dédiée à saint Nicolas, patron de la Lorraine, elle demeure aujourd'hui un élément emblématique du paysage du village.
Une église est attestée à Bannoncourt dès 1106, lorsqu'un privilège du pape Pascal II mentionne « Bannonis curtis cum ecclesia », c'est-à-dire Bannoncourt avec son église. L'édifice actuel est cependant beaucoup plus tardif : édifié vers 1515 dans un style gothique flamboyant, il connaît plusieurs transformations au cours des siècles.
D'importants travaux sont entrepris en 1867, avant son agrandissement d'une travée et le remplacement de son ancienne tour par un clocher de style ogival en 1890.
Très endommagée pendant la Première Guerre mondiale, l'église est reconstruite dans les années 1920, comme une grande partie du village.
📜 Quelques dates
vers 1515 — Construction de l'église actuelle
1867 — Importante campagne de restauration
1890 — Agrandissement et construction du clocher actuel
1914-1918 — Église fortement endommagée
Années 1920 — Reconstruction
Intérieur de l'église Saint-Nicolas en ruines le 3 octobre 1918
Sgt S. C. Eikleberry – U.S. National Archives (NARA), 111-SC-26220 – Domaine public.✨ Un patrimoine mobilier préservé
L'église Saint-Nicolas possède également un patrimoine mobilier ancien. En 2018, plusieurs objets de culte ont été confiés au trésor de la cathédrale de Verdun afin d'assurer leur conservation et leur sécurité.
Ce dépôt comprend notamment deux ostensoirs, dont l'un daté vers 1850, deux burettes avec leur plateau, ainsi qu'un calice et sa patène, datant du XIXe siècle. Ces objets avaient été présentés une dernière fois aux fidèles à Bannoncourt avant leur transfert à Verdun.
Leur mise en dépôt a été organisée avec la commune et le Conservateur des antiquités et objets d'art de la Meuse, les conditions de conservation à Bannoncourt n'offrant plus les garanties suffisantes de sécurité et de préservation.
Au-delà de l'église Saint-Nicolas, plusieurs éléments plus discrets témoignent de l'histoire religieuse de Bannoncourt.
Trois croix sont encore présentes sur le territoire communal : la croix du Poteau, située près de la station de captage, la croix du Grand Pont, au croisement de la route de Lacroix-sur-Meuse et du chemin de Dompcevrin, et une troisième croix dans le cimetière.
Elles portent l'inscription latine « O Crux ave, spes unica », que l'on peut traduire par « Salut, ô Croix, unique espérance »
Croix du Grand Pont
Croix du Poteau
Croix du cimetière
Croix souvenir de l'ancien cimetière de Bannoncourt
Photo : Havang(nl) / Wikimedia Commons — CC0Le territoire de Bannoncourt a également accueilli d'autres édifices religieux aujourd'hui disparus. Les sources mentionnent notamment la chapelle Saint-Hillier, dite Sainte-Laie, ainsi que la chapelle Notre-Dame de Lambruselle, à laquelle était associé un ermitage.
Près de l'église Saint-Nicolas, une stèle rappelle également l'emplacement de l'ancien cimetière, qui occupa ce lieu pendant plusieurs siècles.
La Première Guerre mondiale marque profondément l'histoire de Bannoncourt. Situé à proximité du saillant de Saint-Mihiel, le village se trouve directement confronté aux combats et aux bombardements.
En septembre 1914, Bannoncourt est bombardé et ses habitants doivent quitter le village. Au cours du conflit, de nombreux bâtiments sont détruits ou fortement endommagés, parmi lesquels l'église Saint-Nicolas et le pont sur la Meuse.
À la fin de la guerre, les habitants retrouvent un village profondément meurtri. Sa reconstruction s'étend sur plusieurs années et transforme durablement le visage de Bannoncourt.
Au lendemain de la guerre, les habitants retrouvent un village en grande partie détruit. Dans l'attente de la reconstruction, un village provisoire est aménagé, composé de baraquements et comprenant notamment une mairie et une église provisoires.
La reconstruction de Bannoncourt s'étend sur près d'une décennie. Maisons, bâtiments communaux, église et infrastructures sont progressivement relevés, donnant au village une grande partie du visage qu'il conserve aujourd'hui.
Le pont de Bannoncourt
Photo : Marie-Christine Claude / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0Le pont sur la Meuse fait partie des infrastructures détruites pendant la Première Guerre mondiale. Sa reconstruction intervient durant l'entre-deux-guerres.
Les Archives départementales de la Meuse conservent encore aujourd'hui le dossier consacré à sa reconstruction, comprenant notamment plans, devis, rapports d'ingénieurs et correspondances, pour la période 1920-1930.
La présence du chemin de fer donne à Bannoncourt une importance particulière au début de la Première Guerre mondiale. Sa gare et son quai militaire servent de point de débarquement à de nombreux régiments, notamment pour rejoindre le secteur du fort de Troyon.
Dès les premiers jours de la guerre, des unités y arrivent par train avant de gagner les Hauts-de-Meuse. Après la prise de Saint-Mihiel en septembre 1914, la ligne ferroviaire Lérouville–Sedan passe sous contrôle allemand.
À la fin du conflit, Bannoncourt retrouve les troupes alliées. Une photographie conservée aux State Archives of North Carolina, intitulée « Detraining at Bannoncourt, France », offre un témoignage direct du paysage ferroviaire de Bannoncourt à cette période. Issue de la collection du capitaine Albert T. Willis, elle montre notamment les voies ferrées et les destructions visibles à leurs abords.
« Detraining at Bannoncourt, France », 1917-1919
Photographie issue de la collection du capitaine Albert T. Willis. State Archives of North Carolina / Wikimedia Commons – Domaine public.Érigé à la mémoire des habitants de Bannoncourt morts pendant la Première Guerre mondiale, le monument aux morts est inauguré en 1927. Il porte les noms de 19 Bannoncourtois morts au cours du conflit.
Le monument est l'œuvre du peintre et sculpteur italien Duilio Donzelli, installé en Meuse après la Première Guerre mondiale et auteur de nombreux décors et monuments dans le département. À Bannoncourt, il représente deux Poilus, dont l'un soutient un camarade mort, levant les yeux vers une figure allégorique de la Victoire.
Plus qu'un simple monument commémoratif, cette œuvre témoigne ainsi à la fois du souvenir des victimes du conflit et de la reconstruction artistique et mémorielle des villages meusiens après la Grande Guerre.
La Meuse est indissociable de l'histoire et du paysage de Bannoncourt. Le village s'est développé sur sa rive gauche, au cœur d'une vallée façonnée par le fleuve et ses nombreux bras et ruisseaux.
Autour du village s'étendent de vastes prairies traversées par un réseau hydrographique particulièrement riche. Aujourd'hui intégrée au site Natura 2000 « Vallée de la Meuse », cette mosaïque de cours d'eau, noues et prairies constitue notamment un habitat remarquable pour les poissons et les oiseaux.
La Meuse a également fourni pendant plusieurs siècles l'énergie nécessaire au fonctionnement d'un moulin à Bannoncourt.
L'existence de ce moulin est ancienne : il figure déjà sur la carte de Cassini dressée au XVIIIe siècle, où il apparaît à l'est du village, sur un bras de la Meuse. Il bénéficiait d'un droit fondé en titre, c'est-à-dire d'un ancien droit d'utiliser la force motrice de l'eau.
Avec le temps, le moulin cesse son activité et son seuil de prise d'eau tombe en ruine. En 2018, l'État constate que l'ouvrage ne permet plus d'utiliser la force hydraulique de la Meuse et prononce la perte définitive du droit d'eau attaché à l'ancien moulin.
🔎 Le saviez-vous ?
Le souvenir de cette activité subsiste aujourd'hui dans la toponymie du village avec la rue du Moulin, située à proximité de la Meuse.
Bannoncourt et son moulin sur la carte de Cassini, XVIIIe siècle
Carte de Cassini, feuille n° 111 « Toul », vers 1759 — Bibliothèque nationale de France / IGN.La Meuse a longtemps constitué une ressource pour les habitants. Le souvenir de cette relation avec la rivière subsiste jusque dans les armoiries de Bannoncourt : les brochets qui y figurent évoquent la Meuse et rappellent l'ancienne réputation du village pour le commerce du poisson.
Adoptées en 2015, les armoiries de Bannoncourt rassemblent plusieurs éléments faisant référence à l'histoire et à l'identité du village.
🐐 La tête de chèvre évoque le nom de Bannoncourt : le banon désignait autrefois un droit de pâturage après les récoltes.
💍 L'annelet traversé d'une flèche rappelle notamment les liens historiques avec les seigneurs d'Hattonchâtel et la famille de Clermont, dont les armoiries comportaient des annelets percés de flèches.
⛪ La mitre et la croix de Lorraine évoquent saint Nicolas, patron de la Lorraine auquel est dédiée l'église, mais aussi les liens anciens de Bannoncourt avec l'abbaye Saint-Michel de Saint-Mihiel.
🌿 Les rameaux de hêtre rappellent les forêts qui entourent le village, tandis que 🐟 les deux brochets symbolisent la Meuse et l'ancienne réputation de Bannoncourt pour le commerce du poisson.
Enfin, la Croix de guerre 1914-1918, suspendue sous l'écu, rappelle les épreuves subies par la commune pendant la Grande Guerre.
Armoiries créées par Robert André Louis et adoptées par la Commune de Bannoncourt le 16 janvier 2015.