Puisqu'il existe plusieurs lectures du Coran : il pourrait être légitime, pour chacun d'entre nous, de se poser les questions suivantes :
Quelle est la vrai lecture ?
Quelle était celle du Prophète Muhammad ﷺ ?
Si l'on ne sait pas répondre aux deux premières questions, quelle est alors la meilleure lecture ? Laquelle est-elle la plus fiable ?
Pour répondre à ces questions, il convient d'aborder quelques éléments succints :
Umar Ibn Al Khattab a dit : « J’ai entendu Hicham Ibn Hakim réciter la sourate Al furqane. En l’écoutant, je m’aperçus qu’il prononçait nombre de lettres autrement que me les avaient prononcées le Prophète ﷺ . Je fus sur le point de l’arracher de sa prière, mais je pris patience jusqu’à ce qu’il eut terminé. Alors, je le saisis par ses vêtements et lui dis : «Qui t’a fait réciter cette sourate de la façon dont tu viens de faire ?» C’est le Prophète, me répondit-il. C’est faux ! Repris-je, le Prophète ﷺ me l’a faite réciter d’une autre façon que toi. Alors je l’emmenai chez le Prophète ﷺ et dis : « Je viens d’entendre cet homme réciter la sourate Al furqane avec des prononciations autres que celles que tu m’as apprises. » « Lache-le » répliqua le Prophète ﷺ puis il ajouta : « Récite ô Hicham. » Celui-ci ayant récité de la façon dont je l’avais entendu réciter, le Prophète ﷺ dit : « C’est ainsi que cette sourate a été révélée ». Ensuite, (s’adressant à moi), il dit : « Récite ô Umar. Et je récitais de la même façon dont il m’avait fait réciter. « C’est ainsi, reprit de nouveau le Prophète ﷺ , que le Coran a été révélé ; il a été révélé avec sept ahrouf (modes de récitation). Employez celui qui vous est le plus commode. »(1)
Plusieurs modes de récitation ? Il n'existe pourtant qu'un seul et unique Coran ! Que signifie alors cette affirmation du Prophète ﷺ : « Le Coran a été révélé avec sept lettres (أحرف) ? »
Nabil ALIOUANE nous précise que "ces lettres désignent en fait de légères variations dans le Texte, et on peut dans une certaine mesure, dire que ces lettres désignent différents dialectes. En effet, le Prophète ﷺ a été suscité parmi les Arabes, mais bien qu'ils partagent tous la même langue, il existait des variantes concernant certains mots, expressions ou formes syntaxiques. La révélation du Coran selon la seule lettre (dialecte) de Quraysh aurait rendu l'accès au texte difficile pour certains, ainsi on rapporte que le Messager d'Allah ﷺ rencontra Gabriel et lui dit : « Ô Gabriel ! Tu as été envoyé vers une communauté illettrée qui compte des vieillardes et vieillards, et des jeunes hommes et jeunes filles qui n'ont jamais lu aucun livre. » Il répondit : « Ô Muhammad ! Le Coran a été descendu selon sept lettres. » (2) C'est donc un allègement, une facilité et une miséricorde qu'Allah a accordé à cette communauté en leur permettant de réciter Son Livre selon sept lettres.
Ibn Qutaybah a dit : « Ce fut une facilité accordée par Allah que de commander au Messager ﷺ de réciter à chaque tribu selon son dialecte et ses us... Si on avait ordonné à chacun d'eux de délaisser son dialecte, sachant qu'il y a parmi eux des enfants, des jeunes, des vieillards, cela leur aurait été difficile et possible qu'après un long effort, une accoutumance à la langue, et un délaissement des us. Par Sa miséricorde et Sa bienveillance, Allah a voulu leur accorder une facilité dans les langues et les vocalisations, de la même manière qu'Il leur a accordé des facilités dans la religion.»" (3)
Quant à Muhammad HAMIDULLAH, il précise la chose suivante." Il faut signaler d'abord que ces variantes comportent des distinctions sans véritable différence ! [...] Les langues comportent toujours des subdivisions en dialectes et patois : certaines régions ne comprennent pas entièrement les parlers de certaines autres régions de même langue. Muhammad ﷺ cherchait à rendre la religion chose facile, à la portée des plus humbles. De la, il tolérait des variantes dialectales même pour le texte du Coran, car l'essentiel n'était pas le mot, mais le sens ; pas la récitation, mais l'application et l'assimilation. Il ﷺ disait volontiers : "Gabriel m'a permis jusqu'à sept lectures différentes du Coran". Tout en gardant pour Lui ﷺ et pour ses concitoyens une certaine façon de lire, il autorisait les membres des diverses tribus à remplacer certains mots par leurs équivalents mieux connus chez eux. Lorsque le dialecte mecquois eut le dessus dans la génération suivante, le calife Othmân jugea utile d'ordonner que l'on renonçât dorénavant aux différences autorisées par le Prophète, car, dit Tabari, elles n'étaient pas obligatoires, mais seulement permises" (4).
À la réception de ces différentes informations, d'autres questions s'imposent à nous :
Si le Prophète a enseigné le Coran selon sept ahrouf (modes de récitation), existe-t-il des traces de ces différentes récitations aujourd'hui ?
Ces différentes "lettres" correspondent-elles aux différentes lectures connues aujourd'hui ? Pourtant, nous avons souvent entendu parlé de 10 lectures, 14 lectures... non pas de 7 ?
Nabil ALIOUANE nous explique, notamment en interprétant le hadith de Umar Ibn Al Khattab (1), que "la science des lectures du Coran repose donc sur l'apprentissage direct et la transmission et non sur l'avis personnel et les éventualités laissées par le texte nu, c'est pourquoi tous les imams des différentes lectures du Coran attribuent leurs lectures aux Compagnons, et ces derniers les rapportent toutes du Messager d'Allah ﷺ. Al-Khattâbì a dit : « Les imams de la science des lectures du Coran, du Hijaz, du Shâm et d'Irak attribuent tous la lecture qu'ils ont choisie à un Compagnon qui l'a apprise du Messager d'Allah ﷺ, sans rien excepter du Coran. Ainsi Asim a attribué sa lecture à Ibn Massûd, Ibn Kathîr à Ubayy Ibn Ka'b, Abû 'Amr Ibn Al-Alâ's à Ubayy également, et Abd Allah Ibn Amir, à Uthmân. Tous disent : « Nous l'avons apprise du Messager d'Allah ﷺ. », les chaînes de transmission de ces lectures sont continues, et leurs transmetteurs sont dignes de confiance. » (5)
De plus, de la même manière que nous l'expliquait Muhammad HAMIDULLAH, Nabil ALIOUANE rappelle qu'un tri fut opéré lors du Califat de Uthmân. "Lorsque les divergences entre les gens se multiplièrent concernant la lecture, Uthmân disant même : « On m'a rapporté que certains prétendaient que leur lecture était meilleure qu'une autre, ce qui n'est pas loin de la mécréance. » C'est alors qu'il prit la décision, en accord avec l'ensemble des compagnons, de ne garder qu'une seule lettre du Coran, celle révélée selon le dialecte de Quraysh, afin de préserver la communauté et éviter qu'elle ne se déchire.
Il n'existe donc plus, depuis cette époque, qu'une seule des sept lettres révélées : le Coran que nous connaissons aujourd'hui, nommé « l'exemplaire de Uthmân - al-mushaf al-uthmani (المصحف العثماني). Malgré tout, il est de notoriété commune qu'il existe plusieurs lectures du Coran, c'est donc que cette même lettre (حرف) porte plusieurs lectures (قراءات). Les lectures acceptées sont toutes basées sur des chaînes de transmission continues et nombreuses, et chacune d'elle est attribuée à un compagnon qui l'a apprise directement du Messager d'Allah ﷺ. Toutes ces lectures, au même titre que les différentes lettres, font donc partie intégrante de la révélation, et toutes sont la Parole d'Allah ﷻ. Les lectures les plus connues, et celles qui ont rencontré l'agrément de la communauté, sont au nombre de sept, ce qui a suscité une confusion entre les sept lettres et les sept lectures.
A quoi correspondent alors ces différentes lectures que nous connaissons aujourd'hui ? D'où viennent-elles ?
"il faut comprendre que les Compagnons n'apprenaient pas de la même manière, certains n'apprenaient du Messager d'Allah ﷺ qu'une seule lecture, alors que d'autres en apprenaient plusieurs, ils se sont ensuite propagés sur les terres d'islam, enseignant aux gens leur religion, et en premier lieu le Coran. Ils l'ont enseigné à leurs successeurs (التابعون) dont certains se sont adonnés totalement à la science des lectures du Coran. Après eux, les savants de la science des lectures ont été nombreux, et ils se sont eux-aussi dispersés sur les terres d'islam, formant également d'autres générations de lecteurs. Cette situation a permis la diffusion de nombreuses lectures attribuées à des lecteurs connus pour leur maîtrise. Ainsi, il ne faut pas s'étonner de lire dans les ouvrages consacrés à la science des lectures du Coran qu'on dénombre vingt ou trente lectures, transmises de l'imam auxquelles elles sont attribuées par plus de mille voies de transmissions, puisque le but de ces ouvrages était de rassembler tout ce qui a été rapporté comme lectures attribuées à différents imams. Les lectures connues de nos jours sont au nombre de sept, voire dix, ou quatorze, ce qui n'est qu'une infime partie de ce qui était connu lors des premiers siècles, ceci car les imams étaient très nombreux et ceux qui apprenaient d'eux, plus nombreux encore. Mais aux alentours de l'an trois cent de l'hégire, un fossé s'est creusé, la précision a faibli, et c'est pourquoi certains imams ont commencé à réunir et corriger les lectures.
Si Ibn Mujâhid est le plus célèbre, d'autres avant lui ont rassemblé les lectures des imams connus, ainsi Abû Ubayd Al-Qâsim Ibn Sallâm' écrivit un ouvrage où il mentionna vingt-cinq lecteurs, dont les sept connus de nos jours.
C'est donc le caractère notoire, la pratique et la transmission qui firent que ne soient retenues que les lectures que nous connaissons aujourd'hui. Ibn Mujâhid n'a pas retenu ces sept pour montrer qu'il s'agissait des sept lettres, mais peut-être, comme c'est l'habitude dans la langue arabe, pour montrer leur grand nombre [...] on peut encore supposer que ces lectures étaient les plus authentiques qu'il connaissait, et d'autres explications sont possibles.
Ibn Al-Jazarì a dit : « Le fait d'attribuer les lectures à leurs imams ou leurs transmetteurs signifie que cet imam a choisi cette lecture parmi d'autres et qu'il s'y est attaché jusqu'à devenir célèbre pour cela, et qu'on vienne le trouver pour l'apprendre de lui. C'est pour cette raison que ces lectures leur sont attribuées en dehors des autres lecteurs, cette attribution reposant sur un choix et un attachement, et non une invention, un avis ou une interprétation. » (6)
Vous trouverez ci-après le nom des dix imams auxquels ces lectures sont attribuées, et les deux transmetteurs, directs ou indirects, les plus célèbres pour chacun d'eux :
1. 'Abd Allah Ibn 'Amir Ash-Shâmî (118H) - (principaux rapporteurs : Hishâm & Ibn Dhakwân)
2. 'Abd Allah Ibn Kathir Al-Makki (120H) - (principaux rapporteurs : Al-Bazzi & Qunbul)
3. 'Âsim Al-Kûfi (127H) - (principaux rapporteurs : Shu'bah & Hafs)
4. Abû 'Amr Ibn Al-'Alâ (154H) - (principaux rapporteurs : Ad-Dûrî & As-Sûsî)
5. Hamzah Al-Kûfi (156H) - (principaux rapporteurs : Khalaf & Khallâd)
6. Nâfi' Al-Madanì (169H) - (principaux rapporteurs : Qâlûn & Warsh)
7. Al-Kisà'ì Al-Kûfi (189H) - (principaux rapporteurs : Al-Layth & Hafs)
8. Abû Ja'far Al-Madanî (130H) - (principaux rapporteurs : Isâ Ibn Wardân & Sulaymân Ibn Jammâz)
9. Ya'qûb Al-Basrì (205H) - (principaux rapporteurs : Ruways & Rawh)
10. Khalaf Al-'Âshir (229H) - (principaux rapporteurs : Ishâq & Idrîs)
Sur notre site internet, l'enseignement se concentre sur la lecture de l'imam 'Âsim Al-Kûfi, selon la version rapportée par Hafs.
Si les lectures portent le nom des imams qui y ont excellé et sont devenus célèbres pour cela, les versions portent également le noms des élèves qui les ont rapporté, et il en est de même pour la voie.
Un jour, Hafs dit à son maître ‘Asim : « Maître, Chu’ba ne lit pas certains passages comme tu me l’as enseigné ! » ‘Asim répondit : « Je t’ai enseigné le Coran selon ce que m’a enseigné Abou Abdurrahman As-Sulamiy qui l’apprit lui-même de ‘Ali Ibn Abi Talib tandis que j’ai enseigné à Chu’ba ce que j’ai appris de Zir Ibn Hubaych qui l’apprit lui-même de Abdullah Ibn Mas’ud. » Ce récit montre clairement la différence entre les deux versions selon la lecture de ‘Asim.
Ensuite, après la mort de ‘Asim, ses élèves, dont Hafs, enseignèrent aux gens ce qu’ils apprirent de leur maître. Ce mode de transmission en partant de la version est appelé une voie : طَرِيقٌ
L’imam Ibn Al Jazariy a recensé [...] 52 voies pour la seule version de Hafs. Les différences entre les voies ne portent [évidemment] que sur des points de tajwid et sont généralement très limitées. La voie la plus connue concernant la version de Hafs est celle de l’imam Al Qasim Achatibiy. (7)
Sur notre site internet, c'est cette voie de l’imam Achatibiy qui sera enseignée.
Et Dieu et plus savant...
(1) Al Bukhari (4992) et Mouslim (818)
(2) Sahih At-Tirmidhî (2944)
(3) Le Coran et la traduction du sens des versets, Nabil Aliouane, éditions TAWBAH, 2020
(4) Le Coran, traduction intégrale et notes de Muhammad HAMIDULLAH, professeur à l'Université d'Istanbul, avec la collaboration de Michel LÉTURMY, préface de Louis MASSIGNON, nouvelle édition révisée et complétée, le club français du livre, 1977
(5) Le Coran et la traduction du sens des versets, Nabil Aliouane, éditions TAWBAH, 2020
(6) Le Coran et la traduction du sens des versets, Nabil Aliouane, éditions TAWBAH, 2020
(7) Le résumé utile de la science du Tajwid - المختصر المفيد في علم التجويد - Abdelhamid Boudiaf, 2010