La création des zones industrielles ZI et des zones d’activités ZAC avait initialement pour but d’éloigner les fabriques et les usines, avec leurs activités polluantes, de la ville et de l’espace d’habitat en général. Elles sont à ce jour les instruments publics les plus utilisés pour le développement économique des villes et des régions. Les politiques d’aménagement, notamment dans les pays développés, tentent de rendre ces espaces plus humains et écologiques. En effet, d’autres besoins se dessinent lors de la création de ces sites : la sécurité des locaux et des personnes, la proximité du site avec les grands axes de circulation, la circulation fluide et signalétique performante à l’intérieur de la zone, l’accès aux technologies actuelles (réseau haut débit, voire très haut débit…), et bien sûr la prise en charge des contraintes environnementales.
En Algérie, des moyens colossaux ont été consentis par les pouvoirs publics pour créer et requalifier ces espaces en tant que solution de dynamisation du tissu productif, de développement de l'emploi et d’augmentation des recettes fiscales. Cependant, force est de constater que ces efforts n’ont pas eu les effets escomptés puisque la situation du foncier industriel est toujours inextricable. En effet, les promoteurs privés n’arrivent pas à concrétiser leurs projets faute d’accès au foncier industriel ou d’insuffisance de l’offre foncière ; les collectivités locales, quant à elles, souffrent d’un manque à gagner en termes de recettes fiscales et de création d’emploi et, enfin, les pouvoirs centraux peinent, d’une part à trouver des alternatives à la diversification de l’économie nationale et à la relance de la machine productive et s’engouffrent d’autre part, dans les procédures juridiques de récupération du foncier industriel concédé et non exploité.
Ce constat de contre-performance enregistré dans ces espaces invite l’Etat, à leur tête, à repenser sa stratégie et son action à l’égard de ces espaces, censés représenter les futurs écosystèmes des tissus productifs existants ou à créer. Autrement, en plus du réexamen de l’efficacité et de l’efficience des interventions publiques en matière de gestion du foncier industriel, d’aménagement des ZI et des ZAC, il doit aussi œuvrer pour la réconciliation entre les différents intérêts des parties prenantes, à travers la mise en place de mécanismes à même d’assurer une meilleure coordination et une mobilisation de toutes les ressources. En d’autres termes, les enjeux de la gouvernance des ZI et ZAC sont énormes : désormais, il ne suffit pas d'aménager une ZI ou ZAC pour attirer des entreprises. Il est nécessaire de répondre à leurs besoins en termes d'infrastructures et de services de qualité et d’inscrire ces actions dans une perspective de développement local durable.
La recherche d’un ancrage territorial (local) de l’entreprise est un défi auquel sont soumis les gestionnaires de ces espaces, mais aussi les autres parties prenantes (les entreprises, les collectivités locales, les chambres de commerce, les associations, l’université et les centres de recherche...). Encourager des démarches visant la construction d’actions collectives d’une part, décrier et œuvrer à limiter les comportements opportunistes susceptibles d’entraver ces démarches d’autre part, est l’unique voie de sortie de la crise de ce type d’espaces. C’est aussi l’unique preuve d’un engagement de tout un chacun à développer ces espaces communs à la collectivité.
Ce colloque a pour ambition de stimuler et développer la réflexion pour réaliser le diagnostic le plus « exhaustif » et le plus « consensuel » de l’état des ZI et des ZAC en Algérie. Consensuel, d'abord au sein de la communauté scientifique et, ensuite, entre chercheurs et praticiens du domaine. À cet effet, une préférence sera accordée aux études de cas ainsi qu'aux réflexions permettant un rapprochement avec les professionnels du domaine.
À titre indicatif, les questions suivantes peuvent être débattues :
- Existe-t-il réellement une pénurie du foncier industriel ou s’agit-il d’un problème de gestion du potentiel déjà existant ou à créer?
- Comment expliquer l’échec de la proximité géographique entre parties prenantes à favoriser l’émergence d’écosystèmes productifs ?
- Comment les entreprises perçoivent-elles les ZI où elles sont implantées et quelles sont leurs préoccupations en matière d’aménagement, de services et de qualité de l’environnement ? Comment elles s’intègrent aux niveaux des territoires locaux (les espaces urbains) ? Existe-t-il une quelconque forme d’ancrage territorial de ces entreprises ?
- Quels éléments préconisés pour le diagnostic des ZI et ZAC ? Existe-t-il un profil de performance de ZI et ZAC réalisé dans le contexte algérien ?
- Quelles formes de gouvernance à mettre en place afin que ces espaces répondent aux attentes des entreprises ? Quels enseignements peut-on tirer des expériences étrangères en matière de gestion des ZI et des ZAC ?