Un jour, j’ai interviewé une pianiste russe ans une chapelle. On était seulement toutes les deux. Au début, elle n'osait pas parler, elle pensait n'avoir rien à dire. J'ai continué de poser des questions, et après, je n'en ai plus eu besoin. Le grand drame, c'était qu'à ce moment là, je travaillais pour faire des capsules de trois minutes alors que tout ce qu’elle disait méritait d’être entendu. A un moment, elle s'est penchée contre son piano et m'a dit :
“Pour moi c'est important que les gens soient le plus proche possible, même à une distance de trois mètres, c'est déjà loin, car moi, comme musicienne, il y a toujours que quelques centimètres entre moi et le piano. Je voudrais positionner les gens au plus près pour qu’ils aient accès aux détails, aux petites nuances qui se perdent."
À ce moment précis, je me suis aperçue jusqu'où pouvait aller la parole, les gestes, le regard. A quel point quelqu'un pouvait m'émouvoir par sa passion.
J'ai compris que j'avais envie de filmer la parole, sans prévoir où elle me surprendra.
Au début de mes échanges avec Bernard, je ne savais pas qu’il avait réalisé des films. C’est un jour où il venait chez moi qu’il m’a amené certains de ses films SUPER 8 qu’il avait numérisé.
Quand j’ai découvert le film “Traversée” où apparaît sa femme, j’ai été très émue. J’ai demandé à Bernard si je pouvais le remonter, il était enfin temps de sortir ces films de leurs boites. J’ai senti que c’était nouveau pour lui qu’on s’intéresse à ses films, qu’il ne comprenait pas bien pourquoi, mais qu’il était ravi que ça se produise. Bien sur, après, j’ai cherché à comprendre pourquoi il ne filmait plus. Il m’a dit qu’il avait précisément en tête ce qu’il filmerait. De fil en aiguille, il a investi dans une caméra numérique. En ce moment, il fait le film sur Nicole.
Ma rencontre avec lui à préciser de quelle façon je voulais filmer. Filmer ce qu’il y a devant moi.
Une histoire du cinéma, je rencontre quelqu’un où se projette l’objet de mon désir cinématographique et par ma démarche, je réactive le désir de réalisation de Bernard.
L’activation et l’affirmation pour moi du cinéma que j’ai envie de réaliser à travers les paroles de Bernard. Ce film, comme un film initiatique.
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