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Qu’est ce que la violence conjugale
Partout à travers le monde, des millions d’enfants et de jeunes sont exposés à la violence conjugale (VC) impliquant un ou plusieurs de leurs parents ou gardiens. La violence conjugale est une forme de violence familiale, désignant tout comportement d’un partenaire intime ou d’un ex-partenaire qui entraîne des préjudices physiques, sexuels ou psychologiques, et comprend l’agression physique, la maltraitance psychologique et les comportements contrôlants et coercitifs. Elle peut survenir dans n’importe quelle relation, quel que soit le genre ou l’orientation sexuelle, bien que les femmes, les personnes transgenres et les personnes non binaires courent de plus grands risques de subir la violence conjugale.
Mais quel impact sur le développement de l’enfant ?
L’exposition de l’enfant à la violence
L’exposition à la violence conjugale fait référence au fait pour un enfant d’être exposé directement ou indirectement à des scènes de violence répétées (Sudermann & Jaffe, 1999). Selon Lessard et Paradis (2003), l’exposition à la violence conjugale peut prendre diverses formes.
- L’enfant peut être exposé à la violence dès la période prénatale. En effet, la violence débute bien souvent lors de la grossesse. Ainsi, le fœtus peut être d’une part, affecté par l’état psychologique de la mère qui se dégrade à cause des violences vécues et, d’autre part, par la violence physique, par exemple si la mère est bousculée ou reçoit un coup dans le ventre.
- Dès son plus jeune âge, l’enfant peut être témoin oculaire de la violence exercée envers sa mère, lorsque les scènes de violences se déroulent directement devant lui. Il peut alors intervenir pour protéger sa mère et par exemple s’interposer verbalement ou physiquement pour interrompre la violence. Lors de ces interventions, certains enfants sont eux-mêmes agressés par leur père, soit de façon accidentelle parce qu’un coup destiné à la mère a touché l’enfant, soit de façon volontaire parce que le père ne supporte pas que l’enfant prenne la défense de sa mère.
- L’enfant peut aussi ne pas être présent dans la pièce où ont lieu les scènes de violences, mais être le témoin auditif des paroles ou des gestes violents. Enfin, il peut subir indirectement les conséquences de la violence sans avoir vu ou entendu la scène de violence, par exemple lors de la visite de policiers, réunion familiale ou lorsqu’il constate que sa mère est blessée, pleure, raconte ce qui est arrivé ou veut quitter la maison (Bourassa & Turcotte, 1998).
Notons que : Tous les enfants ne sont pas affectés de la même manière et avec la même intensité par la violence conjugale à laquelle ils sont exposés, mais les difficultés d’adaptation observées sont comparables à celles d’autres formes de maltraitance. On note ainsi:
• Des problèmes de santé physique et mentale, des problèmes d’ordre cognitif (problèmes de concentration) ou académique (retard ou échec scolaire) et des problèmes sur le plan du fonctionnement social
• Les difficultés peuvent s’exprimer différemment selon l’âge de l’enfant, celles les plus souvent rapportées étant l’anxiété, la dépression, les troubles de conduite et l’état de stress post-traumatique.
* Une fois devenus adultes, les enfants exposés à la violence conjugale sont plus à risque de vivre des relations intimes violentes (Rinfret-Raynor et Cantin, 1994).
Certains facteurs accentuent les difficultés de l’enfant exposé à la violence conjugale, notamment la présence d’autres formes de maltraitance envers l’enfant (tels les abus physiques ou la négligence) et certaines caractéristiques du parent (problèmes de santé mentale, consommation de drogues ou d’alcool).
En revanche, des facteurs de protection peuvent diminuer l’intensité des effets de la violence conjugale. C’est le cas en particulier du sentiment de compétence et de l’estime de soi de l’enfant, de même que de la richesse de son réseau social ( amis.es ; grand-parents etc)
Le poids du silence
La plupart des enfants gardent secrètes les scènes dramatiques qu’ils observent chez eux. D’ailleurs, la violence n’est souvent jamais évoquée au sein de la famille, même si tous les membres la subissent directement ou indirectement. Suite à un épisode de violence, chacun des deux parents agit en général comme si de rien n’était, laissant souvent l’enfant en état de choc ou de stress, sans aucune explication. Ce dernier n’ose alors plus revenir sur les actes et scènes qu’il a pu voir ou entendre et vit avec ces images et souvenirs, sans pouvoir en parler, exprimer ses émotions ou encore être rassuré. Dans ce contexte, tous ces évènements ne seront pas sans conséquences sur son développement. En effet, diverses recherches scientifiques principalement nord-américaines associées aux observations réalisées par les professionnels de terrain mettent en exergue les effets néfastes de la violence sur l’enfant (Savard & Zaouche Gaudron, 2009).
La violence conjugale fait partie de la réalité de nombreuses familles.
Il convient de noter qu’un certain nombre d’études révèlent qu’environ 30 % des enfants font preuve de résilience à court et à moyen terme, ce qui signifie qu’ils s’adaptent avec succès face à une adversité importante.3 Les différences dans l’adaptation des enfants peuvent s’expliquer en partie par la présence ou l’absence d’autres difficultés dans la vie des enfants, ainsi que par les forces et les ressources des enfants, des parents et de la famille.
Quelques chiffres au Cameroun
Voici le pourcentage de femmes qui ont déclaré avoir subi des violences physiques ou sexuelles selon qu’elles ont essayé d’obtenir de l’aide, et répartition de celles qui ont essayé d’obtenir de l’aide en fonction du type de personne auprès été sollicitée et selon l’auteur des violences conjugales, Selon EDSC-III 2004.
Les résultats montrent qu’au Cameroun, 39 % des femmes ont été confrontées à des actes de violence physique de la part de leur mari/partenaire, 14 % ont subi des actes de violence sexuelle et dans plus d’un quart des cas (28 %), il s’est agi de violence émotionnelle. Environ une femme sur deux (49 %) a subi des actes de violence, que cette violence soit physique, émotionnelle ou sexuelle. Dans 7 % des cas, les femmes ont subi les trois types de violence. Du point de vue des caractéristiques socio-démographiques, il convient de souligner que les femmes qui ont le plus fréquemment subi des actes de violence, qu’elle qu’en soit la forme, sont les femmes de Yaoundé/Douala (57 %), les plus instruites (54 %) et celles qui travaillent pour de l’argent (55 %). À Yaoundé/Douala, plus d’un tiers des femmes ont subi des actes de violence émotionnelle (36 %) ; près d’une femme sur deux (48 %) ont été confrontées à des actes de violence physique et pour 22 % d’entre elles, il s’est agi de violence sexuelle. Notons enfin que dans 4 % des cas, il s’est agi de violence physique grave.
20 ans après, ces chiffres sont nettement en hausses.
Êtes vous victime de violences conjugales ou familiales au Cameroun ?
Se rendre au premier poste de police afin de déposer une plainte ou Contactez un spécialiste de la santé mentale ou juridique.
Vous pouvez également contacter:
l’Association de Lutte contre la violence faite aux femmes (ALVF). Pour les hommes se rapprocher du Cercle de Recherche sur les Droits et Devoirs de l’a personne humaine (CRED )
« RIEN NE JUSTIFIE LA VIOLENCE, LE SEUL COUPABLE EST L’´AUTEUR »
Dr MBALLE Serge Christel, psychologue et psychothérapeute
PSYCHOLOGUE A DOUALA