Le jeune homme et la mer
Du Berry au Monde par la Mer et les Océans
Berry-Mappemonde : le livre du projet
Récit autobiographique d'une odyssée inéluctable
Genèse du projet Berry-Mappemonde
Le jeune homme et la mer
Du Berry au Monde par la Mer et les Océans
Berry-Mappemonde : le livre du projet
Récit autobiographique d'une odyssée inéluctable
Genèse du projet Berry-Mappemonde
Il y a des enfants qui naissent au bord de l'eau. Moi, je suis né en région parisienne, et je suis originaire du cœur de la France, dans le Berry, là où, pour un enfant, la mer n'existe que dans les rêves et les atlas, dans le Berry, cette terre d'horizons plats et de cieux immenses, là où les rivières serpentent paresseusement entre les champs de blé et les forêts centenaires.
Pourtant, dès mon plus jeune âge, les océans m'appelaient.
C'était une obsession inexplicable, presque ridicule pour un enfant originaire de l'Indre. Je collectionnais les tortues. Je dévorais les récits de voyages d'Henri de Monfreid. À la bibliothèque municipale de mon village, je monopolisais les livres sur Jacques-Yves Cousteau, sur les grands navigateurs, sur les terres lointaines baignées par trois océans. A l'époque déjà, je connaissais par cœur le nom des îles polynésiennes.
Ma mère et mon père le comprendront bientôt. Elle-même avait fini par s'installer près de La Rochelle, et lui-même à Nerja en Andalousie, comme attirés par cette force invisible qui nous liait tous à l'eau salée.
Dans la rue de l'adresse de gestion de l'association Berry-Mappemonde, trône une statue : celle du Docteur Quoy, médecin, comme moi, naturaliste, explorateur, capitaine de l'Astrolabe. Deux fois circumnavigateur. Le saint-patron de Berry-Mappemonde. Coïncidence ? Non, je ne crois pas.
Ce livre n'est pas un roman de fiction. Ce sont des histoires vraies, certifiées, vécues. Des waypoints de ma vie, des escales qui ont façonné l'homme que je suis devenu et le projet qui me nourrit aujourd'hui : faire le tour du monde à la voile avec Berry-Mappemonde.
De la barque sur l'Indre, dans les douves des châteaux de la Loire, aux tempêtes au large de La Réunion. Des langoustes de Madagascar aux baleines de Polynésie. De la Mer Rouge à l'Océan Indien, du Pacifique à l'Atlantique. Chaque vague a gravé en moi une certitude : un Berrichon comme moi peut parcourir les océans s'il le veut vraiment : Impossible n'est pas Berrichon !
Certains diront que c'est une fuite. Que vouloir quitter sa terre pour naviguer 36 mois autour du monde, c'est renier ses racines. Ils ont tort. Je ne fuis pas le Berry. Je l'emmène avec moi. Je veux montrer au monde entier qu'un territoire enclavé, rural, méconnu, peut rayonner sur tous les océans. Que le Berry et l'Outremer ne sont pas si opposés que ça mais complémentaires.
Ce livre, c'est la genèse. C'est le journal de bord écrit avant l'expédition. C'est l'histoire de comment un gamin qui n'avait jamais vu la mer, s'est retrouvé à plonger dans la Mer Rouge, à pêcher des dorades coryphènes de 12 kilos, à résider en Nouvelle-Calédonie et à La Réunion, à parcourir Mayotte, la Martinique, la Polynésie…
Vous allez lire :
Des récits d'aventures vraies, parfois drôles, souvent émouvantes
Des portraits de mes frères d'armes : Nicolas, David, mes camarades de navigation, ces compagnons de la mer
Des poèmes inspirés de ceux de Rimbaud, Mallarmé, Neruda…
Des énigmes à la manière du Père Fouras
Des recettes terre-mer qui mêlent gastronomie berrichonne et saveurs d'Outremer
Les leçons de philosophies océaniques et les morales que j'ai retenues
Des anecdotes improbables qui prouvent que la vie surpasse toujours la fiction
Ce livre est un calendrier de l'avent maritime. Chaque jour, une nouvelle histoire. Chaque histoire est une preuve que l'impossible n'existe pas.
Nous sommes le 17 octobre 2025 :
J-75 avant le 31 décembre 2025 pour la clôture de l'Année de la Mer
J-631 avant le départ de l'expédition Berry-Mappemonde le 10 juillet 2027
L'aventure commence maintenant.
Embarquez avec moi.
Clément Filisetti
Il faut se jeter à l’eau. Cette phrase, je l'ai entendue des centaines de fois. Dans des livres. Dans des films. Dans la bouche de gens bien-intentionnés qui n'ont jamais sauté dans l’eau d'une falaise en pleine nuit.
Mais ce n'est que le jour où j'ai vraiment compris Le Comte de Monte-Cristo que cette phrase a pris tout son sens.
Vous connaissez l'histoire.
Edmond Dantès, innocent, enfermé dans le Château d'If. Quatorze ans de prison. Quatorze ans à croupir dans une cellule humide pendant que sa vie lui échappe. Quatorze ans à devenir fou. Puis, une nuit, l'opportunité. Le sac mortuaire jeté à la mer, du haut de la falaise, avec, à l'intérieur, non pas un cadavre, mais un homme qui refuse de mourir.
Se jeter à l'eau. Littéralement.
Pas de plan. Pas de certitude de survie. Juste la conviction qu'être libre et mort vaut mieux qu'être prisonnier et vivant.
Je suis du Berry.
Terre enclavée. Pas de mer. Pas d'horizon infini. Juste des champs, des routes qui mènent à d'autres champs, et des vies réglées par les récoltes et la semée, dans des maisons en pierres rassurantes.
Tout le monde me disait : "Reviens ici. Trouve un bon travail. Achète une maison. Fonde une famille. Sois raisonnable."
Être raisonnable.
Ces deux mots me rendaient malade pire que le mal de mer.
Parce que moi, originaire du Berry, je savais qu'une partie de ma vie était ailleurs. Je savais que le Berry, aussi beau soit-il, ne deviendrais pour moi qu'une prison dorée si je n'osais pas en sortir.
Alors j'ai sauté.
Pas littéralement dans l'eau. Mais j'ai quitté le Berry pour Paris puis pour La Réunion. Pour la Nouvelle-Calédonie. Visiter Madagascar. Pour tous ces territoires Outremer où personne ne me connaissait, où j'étais juste un Berrichon un peu perdu qui baragouinait le créole et mangeait des fruits dont il ignorait le nom. Là-bas, jamais personne n’a jamais entendu parler du Berry.
Chaque fois que je partais, on me disait :
"Tu vas regretter." "Tu vas te planter." "Pourquoi tu ne restes pas tranquille ?"
Mais Edmond Dantès non plus n'est pas resté tranquille. Il s'est jeté à l'eau. Il a crevé le sac mortuaire. Il a nagé jusqu'à épuisement. Et il est devenu le Comte de Monte-Cristo.
Moi, je ne suis pas devenu comte. Mais je suis devenu moi-même.
Chaque voyage, chaque escale, chaque plongée, chaque rencontre m'a libéré un peu plus. Libéré de quoi ? Des attentes. Des conventions. De l'idée que ma vie devait ressembler à celle de mes voisins.
Aujourd'hui, Berry-Mappemonde, c'est ma chance, le moment où j'arrache le sac mortuaire et que je dois remonter à la surface.
C'est le moment où je me jette définitivement à l'eau. Pas pour fuir. Pas pour renier ma terre. Mais pour montrer que le Berry aussi peut parcourir les océans. Et rayonner par delà les mers.
Parce que le Berry n'est pas ma prison dorée, c’est une terre découpée par les bouchures qui bordent et délimitent les champs, mais c’est un territoire ouvert et sans barrière.
C'est magnifique. C'est rassurant. C'est chez moi. Mais si je reste enfermé dedans sans jamais en sortir, je vais crever. Lentement. Sûrement. En regrettant chaque vague que je n'aurai pas vue, chaque tempête que je n'aurai pas affrontée, chaque horizon que je n'aurai pas atteint.
Se jeter à l'eau, ce n'est pas abandonner la terre. C'est justement affirmer qu'elle se situe au centre d'un monde plus vaste, et puis, comment y revenir un jour, si aucune route n'est jamais tracée, si aucun chemin n'a jamais été parcouru?
Edmond Dantès est sorti du Château d'If et a découvert le trésor de Monte-Cristo. Moi, je vais sortir du Berry et découvrir les territoires d'Outremer. Et ce trésor-là vaut tous les lingots d'or du monde.
Alors oui, parfois, il faut se (faire) jeter à l'eau pour être libre.
Et non, ça ne veut pas dire qu'on ne reviendra jamais. Ça veut juste dire qu'on refuse de mourir sans avoir essayé.
Le Comte de Monte-Cristo avait un plan de vengeance. Moi, j'ai un plan de connexion.
Connecter le Berry aux océans. Connecter les territoires enclavés aux territoires maritimes. Connecter les gens qui croient que leur vie est tracée d'avance aux gens qui savent que tout est possible.
Berry-Mappemonde, c'est mon Château d'If. Et l'océan, c'est ma liberté. Alors je saute. Et vous?
Nous étions en vacances avec ma petite amie de l'époque, Elena, une charmante interne en pédiatrie de nationalité roumaine qui avait un accent chantant très agréable. Je pouvais l'écouter parler pendant des heures.
Nous avions pris l'avion pour Nosy Be et nous avions rejoint Nosy Komba avec un taxi-boat qui nous avait fait payer deux fois le prix qu'il faisait payer aux locaux. Mais tant pis, la somme était franchement dérisoire, et c'était une sorte de taxe touristique, qui devait servir à la protection de l'espace maritime de la région.
Nous logions dans un bungalow en bois au bord de la mer, dans un resort tenu par un poète ermite français très solitaire.
Nosy Komba est une île très agréable car les voitures y sont interdites. Il n'y a pas de route. Le silence est d'or et le bruit de la mer n'est perturbé par aucune espèce de brouhaha urbain qu'on peut retrouver à Nosy Be ou dans les grandes villes de Madagascar.
Dimitri était notre cuistot favori de l'île.
Un malgache de la capitale qui avait tout quitté pour vivre sur un cette petite île, bien heureusement paumée. Un cuisinier malgache qui porte un prénom à consonance russe. Apparemment, il y a longtemps, un sous-marin russe s'était perdu et les marins avaient fait souche dans la région, totalement abandonnés et oubliés des autorités de Moscou...
Sa gargote sur la plage à Nosy Komba. Sa "cuisine" ? Une cabane en bois sur pilotis, au bord de la plage débarcadère, trois gamelles noircies, un réchaud à gaz qui marchait une fois sur deux, et un talent phénoménal pour transformer trois fois rien en festin des dieux.
Nous nous étions pris d'amitié avec Dimitri et sa femme. J'avais décidé de lui demander s'il était possible de déguster des langoustes sur une petite île, un petit îlot, non loin de l'île de Nosy Komba.
Dimitri avait cette philosophie simple : "La mer donne tout. Il suffit de demander poliment."
Ce jour-là, en nous voyant arriver, Dimitri avait le même plan pour nous : "Vous aimez les langoustes ?"
Évidemment qu'on aimait les langoustes. Même si, à l'époque, je n'en avais jamais vraiment mangé. Trop cher pour un étudiant en médecine originaire du Berry. Trop rare d'en trouver de bonnes à Paris. Pas la mode à La Réunion.
Nous acceptons le deal et Dimitri réfléchit longuement avant de me fournir un tarif. "200 000 Ariary", a-t-il annoncé.
On a fait le calcul mental. Environ 40 euros. Pour un festin de langoustes fraîches, c'était donné. Pour la prestation, ce n'était pas cher du tout.
Lorsque j'ai donné à Dimitri les 200 000 ariary, en billet de la monnaie du pays, la moitié du village s'est précipitée à ses côtés pour savoir comment aider au projet. Dimitri avait distribué les rôles : « Toi, va me chercher le bateau. Toi, va me chercher les rames. Toi, va chercher les langoustes. Toi, va me chercher les légumes au marché. Toi, va prévenir ma femme. Toi, va chercher du bois pour le feu. Et toi, va demander l'autorisation au maire. » Chacun avait pris sa part. J'ai réalisé que 200 000 ariary constituaient en réalité beaucoup d'argent ici. Que c'était un luxe, dans un pays en développement. Que le tourisme pouvait profiter à tous, aux touristes comme aux populations locales.
Il fallait rejoindre le petit îlot en bateau. J'ai choisi de le rejoindre en bateau à rames plutôt qu'en bateau à moteur, car la distance ne me paraissait pas requérir l'emploi d'un moteur thermique gênant, polluant et bruyant. On a pris une pirogue à rame – une embarcation qui ressemble plus à un radeau avec une grande feuille qu'à un vrai bateau.
Avec ma copine à bord, nous avons rejoint ce petit îlot. Je ramais avec difficultés mais le jeu en vaudrait bientôt la chandelle. Le vent giflait nos visages et il faisait très chaud. L'eau était si claire qu'on voyait les poissons nager sous nous. Madagascar, c'était le paradis avant qu'on ait inventé le mot paradis. L'îlot était somptueux.
Le plongeur qui est allé chercher les langoustes, est simplement instantanément parti sur la plage, et je l'ai vu rentrer dans l'eau doucement, les mains nues et sans équipement. Puis, arrivé à 20 mètres du bord de la plage, il a plongé, et ça m'a paru durer tellement longtemps que je me suis mis à essayer de me rappeler combien de temps pouvait tenir le mec du Grand Bleu sous l'eau. Pas avec une bouteille. Non. En apnée, sans masque. Il disparaissait sous l'eau pendant des durées qui me semblaient impossibles, puis resurgissait en brandissant une langouste géante qui se débattait comme un diable. Il est ressorti de l'eau avec trois langoustes énormes, qu'il tenait dans ses mains. J'avais tellement peur qu'elles le blessent, mais lui semblait ne pas tenir compte du danger. Il semblait avoir l'habitude de faire ça pour les touristes. Une. Deux. Trois langoustes. Un chasseur-cueilleur des temps modernes.
Sur la plage, Dimitri nous a aussi ramassé des oursins. Des gros, noirs, hérissés de piquants. Il les a ouverts avec un couteau rouillé, a extrait la chair orange avec ses doigts, et nous a tendu le tout : "Caviar de la mer. Goûtez."
C'était doux, iodé, intense. Je n'avais jamais rien mangé d'aussi brut, d'aussi vrai. Les oursins ne mentent pas. Soit c'est bon, soit c'est infect. Là, c'était sublime.
Puis sont venues les langoustes.
Dimitri nous avait préparé les langoustes ainsi que les oursins et tout un tas de légumes en achard, comme de la citrouille, et bien sûr, le tout pimenté, caractéristique de Madagascar, ainsi qu'un dessert parfumé à l'ylang-ylang. La culture de cette fleur est très répandue dans la région, avec son parfum enivrant très reconnaissable qui embaume tous les chemins depuis l'aéroport de Nosy Be jusqu'à l'embarcadère du bateau pour Nosy Komba.
Dimitri les a grillées sur un feu de bois. Pas de beurre à l'ail. Pas de sauce sophistiquée. Juste du sel, du citron, et le goût pur de l'océan. La chair était ferme, sucrée, presque crémeuse une fois mâchée. On a mangé avec les doigts, assis sur le sable, les pieds dans l'eau, en regardant le soleil décliner.
Le repas était délicieux, nous nous sommes régalés. J'ai décidé d'aller voir Dimitri à la fin du repas pour le remercier. Je me suis rendu compte qu'il mangeait une sorte de mixture à base de riz, de manioc et d'autres choses franchement inconnues, aromatisée à la sauce soja ou à la sauce d'huître, je ne sais pas. Tout ça avait un aspect quelque peu désagréable. Mais la curiosité fut telle que j'ai demandé s'il était possible d'envisager que je puisse goûter ce plat aussi. Alors il m'a tendu une cuillère remplie de cette mixture de consistance gélatineuse, et j'ai mangé une bouchée du plat que mangent tous les gens du coin.
Du riz. Des feuilles de manioc? Du zébu? Simple, pauvre en apparence, mais supposément riche en saveurs pour ceux qui y sont habitués.
Franchement, culturellement, ça ne passe pas. C'est un plat qui est très fort, très prononcé, qui a un goût incertain et très amer, qui est franchement difficile à manger pour un Européen, occidental comme moi. C'est un goût entre le faisandé, le moisi, le fumé, trop salé... Ce fut franchement délicat à avaler, mais je l'ai fait, par politesse.
C'était leur nourriture. Pas la nôtre. Pas celle des touristes.
Et puis Dimitri nous a dit quelque chose d'étrange : "Les gens du coin ne mangent pas de langoustes."
On a cru à une blague. Comment pouvait-on vivre entouré de langoustes et ne pas en manger ? S'en est suivi une discussion passionnante avec Dimitri: mais pourquoi donc les gens du coin ne mangent pas les langoustes ? Sont-elles protégées ? Ai-je fait une erreur ?
Eh bien non. Tout simplement, les habitants de cette zone ne mangent pas les langoustes habituellement car, apparemment et d'après ce que j'ai cru comprendre, certaines légendes disent que ce serait des réincarnations des vilaines personnes. "La croyance c'est que les langoustes sont les méchants ancêtres réincarnés. Il faut les laisser."
Va-t-on savoir si c'est vrai ? Je ne sais pas. Peut-être aussi ai-je mal compris ce que me disait Dimitri? Mais je respecte toutes les croyances des gens des pays que je visite.
Le silence est tombé.
On a tous regardé nos mains pleines de chair de langouste. Soudain, le festin avait un goût différent. Pas mauvais. Juste... complexe. Chargé de sens. Mais c'est surtout que ça paraît étonnant. Il est facile d'en avoir, il est facile d'en attraper, il y en a plein partout au fond de l'eau. Dimitri a souri. "Moi, je suis descendant de russe ! Mes ancêtres sont des sous-mariniers soviétiques ! Pas des langoustes."
On a ri. Mais le malaise restait.
J'ai respecté leur culture. Je ne me suis pas senti l'âme et la légitimité d'un Parmentier maritime. J'ai remercié Dimitri, que les langoustes étaient bien assaisonnées et que c'était très bon, toujours très respectueusement.
Cette journée m'a marqué plus qu'aucune autre.
Non pas pour les langoustes – même si elles étaient exceptionnelles. Mais pour la leçon.
L'océan n'appartient à personne. Mais il a des règles.
Chaque culture, chaque peuple a sa relation à la mer. Pour les Malgaches de Nosy Komba, les langoustes sont sacrées. Pour nous, Français, ce sont des produits de luxe. Qui a raison ? Qui a tort ? Aucune importance.
Ce qui compte, c'est de respecter.
Respecter les croyances. Respecter les ressources. Respecter le fait qu'une langouste n'est pas juste un crustacé à 40 euros lors d'une sortie bateau, mais un être vivant qui a survécu des années au fond de l'océan, qui a échappé aux prédateurs, qui a joué son rôle dans l'écosystème.
Dimitri, le cuistot philosophe, m'a enseigné plus ce jour-là que tous mes cours à la faculté. L'océan donne. Mais il ne pardonne pas à ceux qui prennent sans gratitude.
Aujourd'hui, quand je pense à Berry-Mappemonde, je pense à Dimitri. Je pense aux Malgaches qui refusent de manger les méchants. Je pense à ces îlots perdus où la mer et la culture ne font qu'un.
Connecter le Berry aux territoires d'Outremer, ce n'est pas juste tracer des routes sur une carte. C'est comprendre que chaque vague porte une histoire. Et que ces histoires méritent d'être entendues.
Le Hackathon, les étoiles et l'astrolabe
Je pensais seulement à avoir à ouvrir mon intelligence artificielle en ligne préférée et lui demander dans la fenêtre de dialogue, quel était le chemin le plus court, le plus sûr, le plus rapide pour entreprendre une expédition maritime, un tour du monde en voilier qui partirait symboliquement de Saint-Maur, dans le Berry, et qui passerait par tous les territoires d'Outremer français.
Mais ça ne s'est pas passé comme prévu.
Berry-Mappemonde, c'est à la fois un projet simple et une expédition maritime complexe.
Dans le meilleur des mondes, CASSINI Hackathon permet de créer NAVIGUIDE PRO MAX, une sorte d'agent IA spécialisé dans le routing maritime pour les voiliers de croisière : planifier des routes en tenant compte de plusieurs paramètres, à la fois délivrés par l'analyse des données provenant d'équipements situés sur la terre, sur les bateaux ou par les satellites. Sorte de route planner très très puissant qui permettra de prévoir la meilleure route pour l'expédition Berry-Mappemonde, mais aussi de pouvoir faire évoluer cette aventure en quelques années et la transformer rapidement en un rallye inédit, une course autour du monde à la voile hors du commun, sorte de Tour de la France Outremer mondial en catamarans de série, scruté à la loupe par tous les satellites de géopositionnement et d’observation européens, pour le bonheur d’explorer!
En ouvrant mon IA générative généraliste grand public habituelle, j'ai bien cru que la solution serait simple quand je lui ai posé une question qui me paraissait banale, mais que je soupçonnais être beaucoup plus complexe qu'elle en a l'air à priori:
Comment partir de l'Hexagone et faire le tour du monde à la voile, en passant par tous les territoires d'Outremer de la République française sans exception ?
Car en réalité, le but de tout être humain, c'est de tracer sa route, son chemin avec, on l’espère, un maximum de chances sur le trajet.
Aucune intelligence artificielle n'a été capable de me répondre de façon univoque. En l'espace de quatre ou cinq dialogues, on était passé de la route Ouest en Est en passant par la Méditerranée et le canal de Suez, à la classique route Westbound, passant d'abord par le Cap-Vert pour traverser l'Atlantique jusqu'aux Caraïbes puis un passage par Panama.
J'en ai scruté des segments de route possibles. J'en ai élaboré des méthodes pour faire en sorte d'avoir un raisonnement logique et j'en ai appris des choses au passage : il faut dire que je n’y connais pas grand chose, à la voile, à la météo, aux cartes marines...
Le but, c'est de planifier à l'avance les waypoints et les escales les plus judicieux pour accomplir l'expédition Berry-Mappemonde, en tenant compte des contraintes imposées de ce projet inédit. Mettre des points sur une carte et les relier entre eux. Relier les gens qui y vivent, en les rejoignant en navire propulsé par le vent.
J'aime bien savoir où je devais aller pour être mieux conscient de m'être perdu par la suite. Quel bonheur de dévier de la trajectoire prévue ! Il en faut aussi parfois des prouesses pour revenir sur le droit chemin.
Le discours peut sembler et paraître décousu, et les idées fusent dans tous les sens, mais le but lui est extrêmement simple : un fichier KML à importer dans une app de mapping de base pour visualiser ce fil rouge conducteur, ce fil d'Ariane auquel Berry-Mappemonde et son bateau tentent coûte que coûte, mais avec raison gardée, de se rapprocher, de se raccrocher, de le suivre… Sorte de pont humain tendu entre les territoires.
Osmose entre technologie de pointe et humanité, un simple radeau, beaucoup moins lourd, beaucoup moins sophistiqué que l'ensemble des satellites et des technologies qui sont potentiellement prêts à le guider sur le chemin de son pèlerinage maritime.
Mais ce n'est pas un chemin tout tracé, c'est une route qui manque sur les cartes, qui est passée à la trappe dans l’histoire, qui demande à être à réinventée, à se confronter aux éléments qu'on perçoit en mer, aux données qu'on reçoit du ciel, à l'expérience qu'on a acquise auprès des anciens marins rencontrés dans les ports.
Il faut savoir lire les nuages et déchiffrer le son des trombes de pluie.
J'ai bien l'air beau avec mon projet : et j'ai bien du mal à en faire le pitch : car je ne sais même pas par où recommencer : dois-je me méfier terriblement des vents changeants du golfe de Gascogne ? Dois-je m'éloigner le plus rapidement des orques qui jouent avec les bateaux au large du Portugal ? Où dois-je m'arrêter avant de traverser l'Atlantique et y a-t-il d'autres dangers que je ne connais pas sur la route ? Quel signal est une sirène et quel signal est un phare ?
Et si je me suis perdu, et que je me suis trompé, qui viendra me chercher pour me remettre sur la bonne voie ?
Et comment faire pour avoir la sensation à la fois de naviguer seul et de se sentir toujours accompagné ?
Trêve de philosophie : il me faut une équipe qui navigue dans les données des marées, il me faut un équipage qui sache tenir le cap malgré la météo et donner un sens à tout ça au gré du vent. Le matérialiser. Le créer. Ensemble.
Je l’ai tourné et retourné l'idée de Berry-Mappemonde et de NAVIGUIDE dans ma tête sous la casquette de marin que m'avait offerte mon grand-père.
On ne peut pas dire qu'on va prendre la mer, et qu'on verra bien, si on ne voit pas bien, et qu'on n'a pas bien prévu.
Ce sont les constellations des étoiles qui ont guidé les marins de tout temps.
Depuis La Rochelle et Saint-Pierre-et-Miquelon jusqu'à Mayotte et la Réunion, quelle comète il faut suivre et laquelle est bidon ?
Lesquelles au-dessus de ma tête sont assez fiables, solides et pérennes pour être les gardiens du cap de mon navire ou les éclaireurs des sentiers de la mer ?
Et pourtant la Terre tourne comme nous voulons tourner autour d'elle, nous voulons la regarder danser, vue du ciel ou au niveau de la mer.
La poésie, c'est ma trêve, après avoir travaillé,
et surtout avant de m'y remettre.
Quelque chose me dit que les prochaines nuits je vais rester éveillé.
Trois jours intenses. Pouf, j'ai mon trajet.
Ce parcours n'est pas impossible et je vais le prouver.
Le Docteur Quoy et son Astrolabe en ont bien fait le tour. Pro sientia, bis circum.
Jamais deux sans trois, j’ai déjà dans mon équipe une autre personne.
Galilée et Copernic l'auront bien vu tourner. E pur si muove!
Ainsi, ce si archaïque instrument, astrolabe, mais si ingénieux a pu guider des flottes entières de galions énormes à travers les flots.
Quelle technologie pouvons-nous maintenant propulser dans l'espace et laquelle pouvons-nous embarquer ?
De si puissantes machines pour un si petit voilier.
On peut être archi connecté et pourtant très éloigné.
Il faut concrétiser le lien pour pouvoir avancer.
Savoir prendre le temps d'accompagner
les humains vers d'autres humains.
Les sous-marins ce n'est pas comme les voiliers,
ces derniers, soit-disant,
ne peuvent pas longtemps rester cachés.
Toutes les choses se savent et en vérité,
toutes les choses se voient lorsqu'elles sont remontées.
Alors profitons-en
et laissons-nous porter.
En vérité, le chemin, déjà, je le connais !
Il va de l'île de Ré à l'île Intense puis rejoint l’Île de Beauté.
Je ne peux pas prédire où cette aventure va m'emporter !
C'était censé être une sortie pêche tranquille.
Je venais d'arriver à La Réunion pour mon internat de santé publique. J'avais 28 ans, un diplôme de médecin tout frais, et absolument encore aucune expérience de pêche au gros. Un ami de La Réunion m'a conseillé d'aller voir un pêcheur qui autorise les gens à monter avec lui pour aller au DCP (Dispositif de Concentration de Poissons) faire de la pêche au gros à la traîne sur son bateau de pêcheur professionnel.
Le type était un personnage. Un ancien militaire qui avait fait le Kosovo et qui avait mille histoires à raconter. Son bateau aussi était un personnage. Un rafiot dont on se demandait pourquoi et comment il flottait encore. Une coque cabossée, un moteur qui toussait, des lignes qui sentaient le poisson mort depuis trois générations. Mais ses yeux brillaient quand il parlait de l'océan. Et ça, c'est universel.
En toute confiance, j'ai donné le billet de 50 € promis et je suis monté sur le bateau.
Il m'a appris à refaire les bas de ligne, à fixer les leurres, à appareiller les hameçons. Il m'a appris à pêcher, ce qu'il me semble être la meilleure leçon qu'un homme puisse recevoir.
Puis nous sommes arrivés au DCP vers 5h30 du matin. On a pris le large à l'aube. L'Océan Indien au lever du soleil, c'est un spectacle que personne ne devrait manquer. Le bleu devient rose, puis orange, puis doré. Et soudain, en une seconde, c'est l'explosion de lumière. Le jour déchire la nuit. À La Réunion, le soleil ne se lève pas : il surgit.
Nous avons tenté de pêcher en lançant le leurre rouge et doré au bout d'une canne de traîne dans l'eau. Franchement, j'ai bien cru qu'on allait rentrer bredouille.
"Là, là, là !"
Juste avant le coucher du soleil, le vieux militaire hurlait. Quelque chose avait mordu à l'un des leurres. Ma ligne vibrait comme possédée. J'ai empoigné la canne. Première règle de la pêche au gros : ne jamais sous-estimer la force d'un poisson qui ne veut pas quitter la mer.
La bataille a duré 20 minutes.
Vingt longues minutes où mes bras ont brûlé. Où j'ai cru lâcher dix fois. Où l'ancien militaire gueulait des instructions en serbo-croate (je crois reconnaître la langue grâce à mon beau-père, quand il parle à sa famille au téléphone). Vingt minutes où ce poisson invisible m'a enseigné l'humilité et la patience. J'ai commencé à ramener le poisson, mais c'était difficile. Nous nous sommes relayés — enfin plutôt, il m'a aidé, puis il m'a laissé terminer pour remonter le poisson.
Et puis elle est apparue. Une dorade coryphène.
Pas n'importe laquelle. Une magnifique dorade coryphène de 12,5 kg. Une énorme, rutilante, ses écailles changeant de couleur à chaque reflet du soleil. Bleu électrique, vert émeraude, or, argent. Un arc-en-ciel vivant qui se débattait au bout de ma ligne comme si sa vie en dépendait. Ce qui était le cas. Elle était toute belle, multicolore, comme les couleurs d'arc-en-ciel.
On l'a hissée à bord. 12,5 kilos. Douze kilos et demi de poisson. Impressionnant ! L'ancien militaire n'en revenait pas. Moi non plus. En fait, moi seul était étonné, lui, avait l'habitude…
Et puis, elle m'a regardé. Je sais, je sais. Les poissons ne "regardent" pas. Mais celui-là, si. Ses yeux ronds, immenses, me fixaient avec une intensité dérangeante. Pas de colère. Pas de peur. Juste... une question. "Pourquoi ?"
J'ai dû détourner le regard.
Le plus beau était à venir.
Juste au moment où je la remontais, le coucher de soleil était en train de démarrer. Alors que nous rentrions, le soleil commençait à décliner. Et là, surgissant des profondeurs comme dans un documentaire de la BBC, une baleine. Qui dansait au coucher de soleil, son souffle formant des arcs-en-ciel éphémères dans l'air salé. Une baleine qui met en scène son apparition, faisant jaillir dans les airs de l'eau comme elles font quand elles respirent, quand elles reviennent à la surface. C'était un moment incroyable.
L'ancien militaire a coupé le moteur. On est restés là, en silence, à regarder ces géantes jouer dans la lumière dorée. Le bateau tanguait doucement. La dorade coryphène était morte à mes pieds. Les baleines chantaient au loin. J'ai compris à ce moment-là que l'océan était une maison, la mère de toutes les maisons.
Pas le Berry. Pas l'Indre. Pas les champs de colza. L'océan.
Lorsque nous sommes rentrés sur terre, j'ai passé un peu de temps avec le pêcheur pro. Il m'a raconté le Kosovo et il m'a montré les secrets de son métier, ses congélateurs pleins de poissons. Je me disais qu'il y en avait dix fois trop et que moi, j'étais plutôt penché pour une pêche vivrière. À la fin de la conversation, le pêcheur m'a gentiment laissé la dorade.
Je l'ai mise dans une glacière remplie de glace pilée, puis je suis descendu rejoindre des amis qui avaient projeté de participer au Sakifo, le festival de musique qui a lieu à Saint-Pierre.
Je suis arrivé chez les amis. Il habitait un ancien village de pêcheur au bord de la mer. Puis nous sommes allés rendre visite au voisin. Le voisin de l'amie qui m'a accueillie est un cuisinier très affirmé. Il était très content de trouver la dorade. Tout le monde était très impressionné par ce poisson.
Le soir même, on a mangé la dorade à Saint-Pierre, comme les vrais pêcheurs. J'ai préparé moi-même ma prise. Nous avons fait des darnes, nous avons fait des filets, nous avons tout cuisiné au barbecue. Ce poisson a nourri environ 10 personnes sur les deux jours du Sakifo. Nous avons absolument tout mangé.
Avec les restes, les arêtes, la tête, la queue, le voisin a fait une soupe de poisson. Tout le monde était parti, et, avec mes amis, le voisin et moi-même, nous avons dégusté cette soupe de poisson remplie d'épices de La Réunion. Je n'ai jamais mangé quelque chose d'aussi bon. Chaque cuillère avait le goût de l'aventure, de la bataille, de la victoire. La soupe de poissons était tellement bonne. Le cuisinier avait tellement de talent. Il était savant dans le savoir des mélanges des épices tropicales, des herbes indiennes, des produits, des saveurs, qui s'échangent à La Réunion depuis des centaines d'années.
On peut nourrir beaucoup de gens et pendant longtemps avec un seul poisson.
Mais aussi de la culpabilité.
Cette dorade magnifique ne méritait pas de mourir pour mon ego. Pourtant, dans le cycle de la vie, dans cette chaîne alimentaire maritime, il y avait quelque chose de juste. Les baleines mangent le krill. Les gros poissons mangent les petits. Les humains mangent les gros poissons. Et un jour, si je meurs en mer, je nourrirai les poissons. Cercle fermé.
La dorade coryphène de 12,5 kilos m'a enseigné trois leçons :
L'océan donne, mais il ne doit jamais être pris pour acquis.
Chaque victoire a un prix. Même les belles.
Les plus beaux moments de la vie surviennent quand on coupe le moteur et qu'on écoute.
Aujourd'hui, quand je ferme les yeux, je revois ses écailles multicolores. Je revois les baleines au coucher de soleil. Je revois l'ancien militaire du Kosovo rire aux éclats.
Et je sais que le Berry-Mappemonde n'est pas un projet fou. C'est une nécessité.
Permettez-moi de vous parler de mon saint patron, celui dont la statue se dresse dans la rue de chez ma mère, celui qui m'inspire chaque jour dans ce projet : le Docteur Jean-René Constant Quoy.
Jean-René Constant Quoy est né le 10 novembre 1790 à Maillé, près de Maillezais, et mort le 4 juillet 1869 à Rochefort. Chirurgien de marine, anatomiste, ornithologue, zoologiste français, médecin, naturaliste et explorateur. Un homme qui a tout fait, tout vu, tout vécu.
Ses origines et sa formation
Jean-René Quoy est issu d'une famille de médecins d'origine nivernaise. Pour lui éviter les troubles de la guerre de Vendée, ses parents le confient chez une tante, dans un hameau de la commune de Saint-Jean-de-Liversay, ce village qui deviendra le sien et qui abrite aujourd'hui sa statue.
À l'âge de six ans, il est pensionnaire à Marans, chez un instituteur qui l'emmène aux fêtes républicaines dont il restera très marqué. Une fois la famille réunie à Saint-Jean-de-Liversay en 1799, son père l'initie aux plantes médicinales, lui apprend à doser les médicaments, faire des saignées et des pansements.
Son père le destine à la médecine mais n'est pas assez fortuné pour l'envoyer faire de longues études de médecine civile. Jean-René opte pour l'école de médecine navale de Rochefort où il est admis en novembre 1806. Quel destin que le sien, déjà !
Pendant la fin de l'Empire, alors que la France est envahie, il soutient sa thèse de docteur en médecine à Montpellier, devient franc-maçon, et est nommé chirurgien major sur la flûte Loire qui le mène à La Réunion, dont il revient fin 1815.
Une formation très complète, agrémentée d'une vraie curiosité naturaliste et d'un réel talent pour le dessin. Un homme complet, comme j'aspire à devenir.
Pratiquement pas de vie privée connue. Un caractère sociable et courtois, bon compagnon à bord, assez réservé, voire austère, avec un penchant religieux, mais aussi une belle ouverture d'esprit et un certain humour caustique. Je me reconnais dans cette description, particulièrement dans cet équilibre entre rigueur et ouverture.
La devise de sa vie, de ses deux circumnavigations, celle qui orne sa tombe : "Pro scientia, bis circum" (Pour la science, deux fois autour du monde). Une devise qui résonne en moi comme un appel. Jamais deux sans trois !
Sa première circumnavigation sur L'Uranie (1817-1820) a lieu pendant la Restauration, qui reprend officiellement les explorations maritimes au long cours. Freycinet reçoit le commandement de la corvette de 350 tonneaux. Quoy est désigné comme chirurgien major et zoologiste, aux côtés de Joseph-Paul Gaimard, également zoologues, et du pharmacien Gaudichaud-Beaupré, botaniste.
Malgré le naufrage de l'Uranie, dont les membres de l'expédition reviennent en France sur un autre bâtiment baptisé la Physicienne, les naturalistes fournissent au Muséum de Paris une riche moisson scientifique. Ils rapportent 25 espèces de mammifères dont 4 jusqu'alors inconnues, 313 espèces d'oiseaux, 45 espèces de reptiles, 120 espèces de poissons, ainsi qu'un grand nombre d'insectes et d'invertébrés marins. Quelle récolte extraordinaire ! Ces activités ont néanmoins soulevé chez moi des questions inhérentes au respect de la nature et à la place de la science dans l'humanité.
L'expédition reçoit de vives félicitations. Jean-René Quoy publie plusieurs communications scientifiques et avec Gaimard, une "Notice relative aux mammifères et oiseaux observés dans les îles" (Annales des sciences naturelles, 1826).
À son retour de la première circumnavigation, Jean-René Quoy est promu chirurgien de 1ère classe, nommé professeur d'anatomie, élu membre correspondant de l'Académie de Médecine en avril 1824, et fait chevalier de la Légion d'honneur en mai 1824. Les honneurs pleuvent, mérités sans doute.
Sa seconde circumnavigation sera réalisée sur L'Astrolabe (1826-1829). En 1825, Dumont d'Urville obtient de Charles X l'ordre de repartir pour une circumnavigation sous son propre commandement. Il reprend La Coquille, dont il avait été le second sous les ordres de Duperrey entre 1822 et 1825, et la rebaptise L'Astrolabe. Oui, l'Astrolabe, ce nom qui fait vibrer mon cœur.
Il sollicite Jean-René Quoy qui, de nouveau en tandem avec Gaimard, assurera la mission naturaliste ainsi que les soins médicaux et chirurgicaux de l'équipage.
La corvette Astrolabe appareille de Toulon le 25 avril 1826 avec 13 officiers et 66 hommes. Parmi l'équipage se trouvent Quoy, Gaimard qui débarquera malade à Maurice en novembre 1828, Adolphe Lesson, neveu et héritier de l'illustre René-Primevère Lesson, et Jacquinot.
L'expédition a pour double mission de pousser plus loin dans l'exploration de l'Océanie d'une part, et d'autre part de retrouver le lieu du naufrage de La Pérouse suite à des révélations récentes. Une quête scientifique et une quête mémorielle.
L'itinéraire passe par le Cap Vert, Rio, l'Amérique du Sud, puis l'Australie où l'expédition arrive à Port Jackson en décembre. Elle visite ensuite la Tasmanie, la Nouvelle-Zélande, Tonga, Fidji, la Nouvelle-Guinée, avant de retourner à Hobart. Un périple qui fait rêver.
L'expédition est de retour à Marseille le 25 mars 1829. Sur 80 hommes partis, 29 manquent à l'appel : 10 morts, 16 malades débarqués et 3 déserteurs. Mais l'expédition est un triomphe.
Parmi les découvertes notables figurent un dauphin inconnu en Nouvelle-Zélande, des cailles et des pluviers, de nombreux mollusques, une soixantaine de plantes nouvelles, des chauves-souris et des murènes à Tonga et Fidji, des perroquets et kangourous, des orchidées, ainsi qu'une araignée géante baptisée la mygale de Quoy. Son nom est désormais gravé dans la science.
Au total, Jean-René Constant Quoy laisse derrière lui un bilan scientifique exceptionnel : 6 500 croquis sur la faune et la flore, ainsi que 600 plantes découvertes et 400 espèces d'animaux découvertes. Un héritage scientifique colossal.
Le "Quoya", mollusque aux dents longues de Nouvelle-Guinée, porte son nom, ainsi qu'un genre de plante et une araignée. Son nom vit dans la nature qu'il a tant étudiée.
Après son retour de l'Astrolabe, son héritage est conséquent : Quoy est nommé membre correspondant de l'Académie des Sciences en mai 1830 et membre correspondant de l'Académie de Médecine. Il devient également officier de la Légion d'honneur puis commandeur en 1852. La reconnaissance de ses pairs est certainement méritée.
En 1835, Jean-René Quoy devient premier médecin en chef de l'hôpital maritime de Toulon, puis est transféré en 1838 à Brest où il sert pendant dix ans. En 1848, il est promu Inspecteur général du Service de Santé de la Marine.
Il occupe ses dernières années de carrière à moderniser le corps de santé de la Marine. Il crée un corps permanent d'infirmiers, institue des directeurs de santé dans chaque port, et fixe une limite d'âge à la fonction de médecin ou chirurgien de la Marine. Un réformateur, un bâtisseur. En 1858, il prend sa retraite.
Il se retire les dix dernières années de sa vie dans la commune de Saint-Jean-de-Liversay, près de La Rochelle, où il décède le 4 juillet 1869, habité d'une foi profonde, après avoir rédigé ses souvenirs. Il revient mourir là où il a grandi, dans ce village qui m'est si cher.
Sa tombe à Saint-Jean-de-Liversay, ornée d'une mappemonde, porte l'inscription : "Pro scientia, bis circum" (Pour la science, deux fois autour du monde). Je vais souvent me recueillir sur cette tombe quand je suis chez ma mère.
Un mollusque et une araignée portent le nom de Quoy. Un timbre a été émis à son effigie.
La statue du célèbre Dr Quoy qui trône dans la rue de chez ma mère, à Saint-Jean-de-Liversay, est aussi à l'adresse de gestion de notre association Berry-Mappemonde. Chaque fois que je passe devant cette statue, je sens son regard bienveillant m'encourager à poursuivre notre projet.
Son bateau s'appelait l'Astrolabe. Est-ce le futur nom du bateau de notre expédition Berry-Mappemonde ? Peut-être. Sans doute. L'Astrolabe II, en hommage à ce grand homme qui m'inspire tant.
Avec le Bichat Yacht Club, association de ma faculté de médecine, nous faisions une croisière entre Porquerolles, les calanques, Cassis et Marseille. Le site du BYC est disponible sur internet (https://bycbichat.weebly.com). A l'époque, il avait été réalisé par un vieil ami, Clément Dumont (http://le.byc.free.fr/croisiere_016.htm).
J'étais en retard pour la croisière car je suis tombé amoureux d'une fille à la gare ferroviaire de Cassis. J'ai raté le taxi qui aurait dû m'attendre et la croisière est partie sans moi. J'ai dû revenir en voiture avec la copine de l'époque d'un autre ami qui m'attendait aussi sur le bateau. Cette copine avait un mal de mer terrible et irrémédiable et suivait donc la croisière de son chéri skipper par la terre, en voiture.
Elle est venue me récupérer à la gare de Cassis et m'a emmené au bateau. Mais je me suis directement fait incendier par mes amis. S'en est suivi une engueulade et j'ai donc dû changer de bateau.
Je me suis retrouvé sur un autre bateau avec des étudiants plus jeunes que moi, dont la belle Shama, qui chantait des chansons sur l'air de « Des bisous » de Philippe Katerine. Mais nous, nous chantions « Des dauphins » à la place. C'était une sorte d'incantation pour implorer le ciel de voir ces animaux magiques. Et puis finalement nous les avons vus ! Toute une bande de dauphins ! Là, devant notre bateau en marche, juste au large de Porquerolles… Ce fut un instant d'une beauté rare.
La croisière s'est terminée. Je suis sérieusement tombé amoureux de Shama, mais à cette époque, je ne l'intéressais pas. Affaire à suivre…
Le lendemain de la fin de la croisière, nous apprenions par voie de presse (https://www.lefigaro.fr/environnement/2011/10/06/01029-20111006ARTFIG00631-trois-dauphins-retrouves-lestes-au-fond-d-une-calanque.php) que trois dauphins, très certainement une mère et ses petits, avaient été retrouvés morts, coulés, lestés par la queue et mutilés près de la calanque où nous avions séjourné avec la croisière un peu plus tôt. Une histoire horrible…
Bien entendu, l'enquête avait révélée que ça ne pouvait pas être quelqu'un de notre croisière qui avait fait ça. Elle a mis en évidence que les dauphins étaient morts depuis trop longtemps pour que ce soit quelqu'un de la croisière qui ait commis cet horrible crime. La pègre marseillaise et les bateaux de pêche illégaux avaient été dénoncés. C'est un fait divers qui m'aura marqué à jamais.
Mon père m'a inscrit à une semaine découverte de la voile et je me suis retrouvé en compagnie d'un équipage de deux jeunes Bretons qui s'adressaient exclusivement à moi en Breton. Au départ, je ne comprenais rien de ce qu'ils me disaient. Nous étions sur des Hobie Cat F1 et des Hobie Cat 16.
Vers le troisième jour du stage, le moniteur a décidé de sortir quand même alors qu'il y avait au moins vent force 4. À chaque virement de bord, à chaque empannage malheureux, le catamaran se retournait et nous devions le remettre droit par une mer formée avec une houle de 1 à 1,50 mètre. Les deux Bretons rigolaient bien, mais moi je n'en menais pas large. C'était mon premier stage intensif de voile.
À un moment donné, un empannage mal maîtrisé a fait que le catamaran s'est littéralement retourné sur lui-même et le haut du mât était au fond de l'eau. Mais pour le remettre droit, il fallait récupérer un bout - j'ai appris rapidement ce qu'était un "bout", parce que l'eau était glaciale - qui était accroché en haut du mât et qui avait coulé.
Les deux Bretons m'ont demandé de plonger pour récupérer le bout. J'ai cru que je n'y arriverais jamais, mais j'ai réussi ! J'ai ramené le bout en restant sain et sauf, je ne sais pas comment j'ai fait.
Le moniteur était en bateau à moteur et ne nous avait pas vus nous retourner. Quand il est arrivé, j'avais déjà le bout en main. La mer était trop formée, nous avons décidé d'abandonner. Nous avons remis le bateau à l'endroit sur ses deux coques, et nous avons commencé à ramener le catamaran comme nous pouvions, en remontant au près un vent par bourrasque de plus de 20 nœuds. Le catamaran a finalement été remis sur le rivage à l'aide du moniteur qui nous a tractés avec son Zodiac qui fendait la mer avec assurance.
À la fin du stage, le moniteur m'a demandé ce que j'allais dire à mes parents. Il m'a demandé de ne rien dire, et en échange, il me donnerait la voile violette, qui est le niveau juste avant celui de moniteur pour la Fédération Française de Voile à l'époque. C'est un deal que j'ai évidemment accepté ! Maintenant je peux le dire, à mon père et à la fédération, c'était il y a longtemps, il y a prescription.
Comme quoi, avec la mer, parfois prendre des risques peut être rentable, je suis presque moniteur de voile maintenant, et je parle et comprends le breton !
Louis, Adrien, Nicolas et moi-même avions décidé de partir avec le bateau de Nicolas pour rejoindre Mélissa, la petite copine d'Adrien qui travaillait sur l'Île des Pins à l'hôtel Le Méridien en tant que serveuse et responsable du spa, afin de célébrer leur union par PACS.
Nous avons décidé de traverser la mer en longeant la côte du Sud sauvage de la Calédonie depuis Nouméa pour rejoindre l'île en bateau, en faisant étape à l'île Ouen, pour y passer la nuit à bord. Tout s'est bien passé jusqu'à l'île Ouen. Tout à la voile. Nous avions même pêché un tazar et fait un barbecue sur le catamaran pour nous y restaurer.
Le lendemain, alors que nous avions repris la route depuis quelques heures, entre l'île Ouen et l'Île des Pins, le hauban bâbord attaché au mât s'est brisé, puis a virevolté dangereusement en l'air à cause du vent fort. Alors qu'Adrien était à la barre, j'ai décidé de prendre les commandes et de mettre le bateau en face au vent, pour que le hauban métallique cesse de nous menacer de vilaines lacérations indélébiles.
Nicolas tenait enfin le hauban dans ses mains, quand, assez doucement à la revoyure, le mât s'est mis à pencher vers tribord, un bruit de craquement sourd s'est fait entendre, et puis, in fine, le mât est tombé dans un vacarme fracassant. Sidération. Louis avait eu juste le temps de l'éviter en se glissant dans l'alcôve du chemin latéral droit sur le côté tribord du catamaran. Le bruit du froissement des voiles qui chutent, je m'en souviendrais toute ma vie.
Nous avons démâté. Le mât traînait dans l'eau et nous empêchait de continuer d'avancer, donc nous avons décidé de couper le mât. Après avoir fait les vérifications nécessaires, personne de blessé, pas de voie d'eau dans la coque, nous avons appelé le MRCC qui nous a directement demandé si nous avions besoin d'assistance, mais, après réflexion, nous avons alors décidé de continuer la route avec les moteurs jusqu'à l'Île des Pins, qui était déjà la terre la plus proche.
Arrivés enfin à l'Île des Pins, l'annexe ne marchait pas, et nous ne pouvions rejoindre la terre avec elle : le petit moteur avait serré, quelle impréparation ! Il a fallu rejoindre la plage à la rame. Louis a fait chavirer l'annexe, délestée de son moteur usagé, dans laquelle nous étions tous deux pour me faire tomber à l'eau, et, j'ai ragé, mais nous avons bien rigolé.
Ensuite, nous avons cherché de l'essence pour assurer le retour qui devait se faire grâce aux deux petits moteurs tout neufs du catamaran de Nicolas. Mais c'était la pénurie sur l'Île des Pins. Les gens se moquaient de nous. Ils disaient qu'on était venus en décapotable, en prototype de catamaran futuriste. Les vendeuses et vendeurs qui sont posés là baie de Kuto à côté du quai qui accueille le Betico nous offrait double dégustations d'escargots pour nous consoler.
En bon capitaine de navire, Nicolas nous a emmenés faire la coutume avec le chef de la baie de Kanuméra. C'est un homme d'une stature imposante, avec une parole affirmée et une écoute sincère. Il n'avait pas plus d'informations quant à la disponibilité de l'essence. Par contre, il nous a informés que, s'il nous restait autant d'essence que nous le pensions, nous pourrions retourner facilement et sans aucun problème sur Nouméa avec les moteurs. Ce serait long, mais globalement suffisant pour rentrer avec ce que nous avions comme essence.
Nous avons donc ensuite profité du moment. Nous avions prévu un repas avec Louis et Nicolas pour fêter le PACS de Mélissa et Adrien.
Le lendemain, nous sommes rentrés à Nouméa avec les deux moteurs de 9,9 chevaux du catamaran de Nicolas, tout neufs, qu'il avait achetés parce qu'on lui avait volé ses anciens lors une effraction sur son chantier de Numbo. C'était long, c'était pénible, de nuit, avec le bruit du moteur, et des quarts de nuit pour chacun des membres de l'équipage.
Pour l'anniversaire de Joséphine, nous sommes retournés avec Mélissa sur l'Île des Pins récemment. Mélissa avait prévenu un ami qui s'appelle Carlos sur l'île et elle avait organisé grâce à lui une sortie avec un repas constitué de langoustes et de manioc prévu à midi, sur une plage abandonnée.
Nous avons pris le bateau avec Carlos après l'avoir rejoint en taxi. C'était un Stabicraft d'environ 6 mètres, un magnifique bateau d'une incroyable stabilité, franchisseur inégalé, en aluminium, de conception néo-zélandaise, à partir de brevets américain, appelé bien communément le 4x4 de la mer.
Nous avons traversé la baie de Saint-Joseph, son moteur Mercury puissant de 200 chevaux ne faisait pas trop de bruit, puis nous sommes arrivés sur la plage abandonnée. C'est là que nous avons passé un petit moment avant de pouvoir manger les langoustes et le manioc. Carlos était en train de préparer le repas, et nous étions en train de nous reposer sur la plage. Les enfants de Carlos jouaient avec les déchets plastiques que le courant avait déposés par-ci par-là, et ça me faisait rager. Des bouteilles de gel douches et autres emballages soi-disant jetables… Carlos à emmené ses enfants pour chercher quelques moules sauvages accrochées aux récifs au bout de la plage.
Le repas était excellent. Une sauce secrète venait sublimer la chair des langoustes. Les frites de manioc et les achards de légumes venaient accompagner ce plat magnifique que nous avons partagé entre copains.
Puis, on a commencé à parler de techniques de pêche durables avec Carlos. Il m'a parlé de ses poissons préférés : le vivano, et l'espadon énorme qu'il avait pêché récemment avec son fils.
J'ai très vite réalisé que Carlos avait un problème avec son sondeur sur son bateau. Je me suis approché du matériel. J'ai réalisé qu'il s'agissait d'un sondeur dernier cri avec GPS intégré de marque Lowrance. Apparemment très performant. Carlos ne semblait pas très bien savoir s'en servir, mais je pensais qu'on pouvait retrouver le manuel sur internet.
Mais il n'y a pas de réseau là où le bateau était ancré, dans le sable, au bord de cette plage solitaire et isolée, donnant une vue imprenable sur la barrière qui délimite le lagon, là où les vagues se brisent, avec le bruit régulier et assoupissant idéal pour la digestion.
Alors j'ai décidé de passer une petite heure à savoir comment s'en servir, pendant que Carlos préparait et servait le café des îles. Mais comment donc se servir de ce fichu sondeur, très très difficile à paramétrer? J'ai enfin réussi à le programmer avec les fonctionnalités de base. Beaucoup trop d'options et de modes possibles, il a fallu déchiffrer les instructions techniques intégrées dans l'appareil et qui s'affichaient en anglais.
Lorsque nous avons amorcé le retour, nous nous sommes arrêtés sur le banc de sable où l'émission Koh-Lanta a été tournée, exactement là où ils avaient planté les fameux poteaux de l'épreuve. Il paraît qu'un certain Mohamed s'était fait viré pour une histoire de chèvre… Je ne regarde pas la télé, mais ma grand-mère est une fan de Denis Brognard, je lui raconterais.
Puis, en passant au-dessus d'une patate, nous avons enfin vu les poissons au sondeur, là, juste là, à 5 mètres de profondeur.
Le sondeur est tellement performant qu'il arrive à reconnaître les artefacts des ondes et désigne par des icônes poisson, ce qui lui semble être réellement du poisson. J'ai l'impression que l'option permet même au sondeur de détecter quel type de poisson il y a en dessous du bateau? J'ai même l'impression que le pilote automatique du bateau est relié au sondeur et permet de suivre les bancs? C'est une technologie incroyable !
J'ai pensé que c'est un équipement largement surdimensionné pour l'usage que Carlos doit en faire, mais je ne lui ai rien dit, par politesse et par respect pour lui et pour son métier. Il s'est émerveillé lorsqu'il a vu le banc de poissons apparaître sur l'écran tactile du sondeur. Aie-je compris que pour lui, ce matériel pouvait être essentiel pour l'exercice de son emploi?
La prochaine fois que je retourne sur l'Île des Pins, comme je lui ai réglé son sondeur et qu'il a vu les poissons, il a décidé de m'inviter chez lui pour le gîte et de m'inviter à la pêche pour le couvert. J'ai eu ce que je voulais, et bien plus que je ne le désirais en réalité. Carlos est quelqu'un de très accueillant, excellent cuisinier, il est très sympa et a du matériel professionnel de qualité irréprochable. Je trouverai le manuel du Lowrance et je saurai m'en servir la prochaine fois que je vais sur l'Île des Pins.