Gargantua
François Rabelais, 1534
François Rabelais, 1534
Dans cet ouvrage, le Toutes Tables figure dans les jeux de Gargantua.
Puis, tout lordement grignotant d’un transon de graces, se lavoit les mains de vin frais, s’escuroit les dens avec un pied de porc et devisoit joyeusement avec ses gens. Puis, le verd estendu, l’on desployoit force chartes, force dez, et renfort de tabliers. Là jouoyt :
Au flux, à la condemnade, à la prime, à la charte virade, à la vole, au maucontent, à la pille, au lansquenet, à la triumphe, au cocu, à la picardie, à qui a si parle, au cent, à pille, nade, jocque, fore, à l’espinay, a mariaige, à la malheureuse, au gay, au fourby, à l’opinion, à passe dix, à qui faict l’ung faict l’aultre, à trente et ung, à la sequence, à pair et sequence, au luettes, à troys cens, au tarau, au malheureux, à coquinbert, qui gaigne perd, au beliné, au pies, au torment, à la corne, à la ronfle, au beuf violé, au glic, à la cheveche, aux honneurs, à je te pinse sans rire, à la mourre, à picoter, aux eschetz, à deferrer l’asne, au renard, à laiau tru, au marelles, au bourry, bourryzou, au vasches, à je m’assis, à la blanche, à la barbe d’oribus, à la chance, à la bousquine, à trois dez, à tire la broche, au tables, à la boutte foyre, à la nicnocque, à compere, prestez moy vostre sac, au lourche, à la renette, à la couille de belier, au barignin, à boute hors, au trictrac, à figues de Marseille, à toutes tables, à la mousque, au tables rabatues, à l’archer tru, au reniguebieu, à escorcher le renard, au forcé, à la ramasse, au dames, au croc madame, à la babou, à vendre l’avoine, à primus secundus, à souffler le charbon, au pied du cousteau, au responsailles, au clefz, au juge vif et juge mort, au franc du carreau, à tirer les fers du four, à pair ou non, au fault villain, à croix ou pille, au cailleteaux, au martres, au bossu aulican, au pingres, à Sainct Trouvé, a la bille, à pinse morille, au savatier, au poirier, au hybou, à pimpompet, au dorelot du lievre, au triori, à la tirelitantaine, au cercle, à cochonnet va devant, a la truye, à ventre contre ventre, à Sainct Cosme, je te viens adorer, aux combes, à la vergette, à escharbot le brun, au palet, à je vous prens sans verd, au j’en suis, à bien et beau s’en va Quaresme, à Foucquet, au quilles, au chesne forchu, au rapeau, au chevau fondu, à la boulle plate, à la queue au loup, au vireton, à pet en gueulle, au picqu’à Rome, à Guillemin ballie my ma lance, à rouchemerde, à la brandelle, à Angenart, au treseau, à la courte boulle, au bouleau, à la griesche, à la mousche, à la recoquillette, à la migne, migne beuf, au cassepot, au propous, à mon talent, à neuf mains, à la pyrouète, au chapifou, au jonchées, au pontz cheuz, au court baston, à Colin bridé, au pyrevollet, à la grolle, à clinemuzete, au cocquantin, au picquet, à Colin Maillard, à la blancque, à myrelimofle, au furon, à mouschart, à la seguette, au crapault, au chastelet, à la crosse, à la rengée, au piston, à la foussette, au bille boucquet, au ronflart, au roynes, à la trompe, au mestiers, au moyne, à teste à teste bechevel, au tenebry, au pinot, à l’esbahy, à male mort, à la soulle, aux croquinolles, à la navette, à laver la coiffe Madame, à fessart, au belusteau, au ballay, à semer l’avoyne, à briffault, à la cutte cache, au molinet, à la maille, bourse en cul, à defendo, au nid de la bondrée, à la virevouste, au passavant, à la bacule, à.la figue, au laboureur, au petarrades, à la cheveche, à pille moustarde, au escoublettes enraigées, à cambos, à la beste morte, a la recheute, à monte, monte l’eschelette, au picandeau, au pourceau mory, à croqueteste, à cul sallé, à la grolle, au pigonnet, à la grue, au tiers, à taille coup, à la bourrée, au nazardes, au sault du buisson, aux allouettes, à croyzet, aux chinquenaudes.
Après avoir bien joué, sessé, passé et beluté temps, convenoit boire quelque peu, — c’estoient unze peguadz pour homme, — et, soubdain après bancqueter, c’estoit sus un beau banc ou en beau plein lict s’estendre et dormir deux ou troys heures, sans mal penser ny mal dire.
Luy esveillé, secouoit un peu les aureilles. Ce pendent estoit apporté vin frais ; là beuvoyt mieulx que jamais.
Ponocrates luy remonstroit que c’estoit mauvaise diete ainsi boyre apres dormir.
« C’est (respondist Gargantua) la vraye vie des Peres, car de ma nature je dors sallé, et le dormir m’a valu autant de jambon. »
Puis commençoit estudier quelque peu, et patenostres en avant, pour lesquelles mieulx en forme expedier montoit sus une vieille mulle, laquelle avoit servy neuf Roys. Ainsi marmotant de la bouche et dodelinant de la teste, alloit veoir prendre quelque connil aux filletz.
Au retour se transportoit en la cuysine pour sçavoir quel roust estoit en broche.
Et souppoit très bien, par ma conscience ! et voluntiers convioit quelques beuveurs de ses voisins, avec lesquelz, beuvant d’autant, comptoient des vieux jusques es nouveaulx. Entre aultres avoit pour domesticques les seigneurs du Fou, de Gourville, de Grignault et de Marigny.
Après soupper venoient en place les beaux Evangiles de boys, c’est à dire force tabliers, ou le beau flux. Un, deux, troys, ou à toutes restes pour abreger, ou bien alloient voit les garses d’entour, et petitz bancquetz parmy, collations et arriere collations. Puis dormoit sans desbrider jusques au lendemain huict heures.
Puis, tout en marmonnant lourdement quelques bribes de prières, il se lavait les mains avec du vin frais, se curait les dents avec un pied de porc et discutait joyeusement avec ses gens. Ensuite, une fois le tapis vert étendu, on déballait une foule de cartes, de dés et de plateaux de jeux. Là, il jouait :
Au flux, à la condamnade, à la prime, à la carte retournée, à la vole, au mécontent, à la pille, au lansquenet, à la triomphe, au cocu, à la picardie, à qui a si parle, au cent, à pille, nade, jocque, fore, à l’épinay, au mariage, à la malheureuse, au gai, au fourbi, à l’opinion, à passe-dix, à qui fait l’un fait l’autre, à trente et un, à la séquence, à pair et séquence, aux luettes, à trois cents, au tarot, au malheureux, à coquinbert, au qui gagne perd, au beliné, aux pieds, au tourment, à la corne, à la ronfle, au bœuf violé, au glic, à la chouette, aux honneurs, à je te pince sans rire, à la mourre, à picoter, aux échecs, à déferrer l’âne, au renard, à l’iau tru, aux marelles, au bourri-bourrizou, aux vaches, à je m’assis, à la blanche, à la barbe d’oribus, à la chance, à la bousquine, à trois dés, à tire la broche, aux tables, à la boute-foire, à la nicnocque, à compère-prêtez-moi-votre-sac, au lourche, à la rainette, à la couille de bélier, au barignin, à boute-hors, au trictrac, aux figues de Marseille, à toutes tables, à la mouche, aux tables rabattues, à l’archer tru, au renégat, à écorcher le renard, au forcé, à la ramasse, aux dames, au croc-madame, à la babou, à vendre l’avoine, à primus secundus, à souffler le charbon, au pied du couteau, aux fiançailles, aux clés, au juge vif et juge mort, au franc du carreau, à tirer les fers du four, à pair ou non, au faux vilain, à croix ou pile, aux cailleteaux, aux martres, au bossu aulican, aux pingres, à Saint-Trouvé, à la bille, à pince-morille, au savetier, au poirier, au hibou, à pimpompet, au dorelot du lièvre, au triori, à la tirelitantaine, au cercle, à cochonnet va devant, à la truie, à ventre contre ventre, à Saint-Cosme-je-viens-t’adorer, aux combes, à la baguette, à l'escarbot le brun, au palet, à je vous prends sans vert, au j’en suis, à bien et beau s’en va Carême, à Fouquet, aux quilles, au chêne fourchu, au rapeau, au cheval fondu, à la boule plate, à la queue au loup, au vireton, à pet en gueule, au pique-à-Rome, à Guillemin-baillet-moi-ma-lance, à rouchemerde, à la brandelle, à Angenart, au tréseau, à la courte boule, au bouleau, à la grièche, à la mouche, à la recoquillette, à la migne-migne bœuf, au casse-pot, aux propos, à ma guise, à neuf mains, à la pirouette, au chapifou, aux jonchées, aux ponts échus, au court bâton, à colin-bridé, au vire-volte, à la grolle, à colin-maillard, au coquantin, au piquet, à la blanque, à mirelimofle, au furet, au mouchard, à la sagette, au crapaud, au châtelet, à la crosse, à la rangée, au piston, à la fossette, au bilboquet, au ronflant, aux reines, à la trompe, aux métiers, au moine, à tête à tête bêchevel, au ténèbres, au pinot, à l’ébaudi, à malemort, à la soule, aux croquignoles, à la navette, à laver la coiffe de Madame, à fessard, au bluteau, au balai, à semer l’avoine, à briffaut, à la cache-cache, au moulinet, à la maille, bourse en cul, à defendo, au nid de la bondrée, à la virevouste, au passavant, à la bascule, à la figue, au laboureur, aux pétarades, à la chouette, à pille-moutarde, aux écoubles enragées, à cambos, à la bête morte, à la rechute, à monte-monte-l'échelle, au picandeau, au pourceau mory, à croque-tête, au cul salé, à la grolle, au pigeonnet, à la grue, au tiers, à taille-coup, à la bourrée, aux nazardes, au saut du buisson, aux alouettes, à croizet, aux chiquenaudes.
Après avoir bien joué, passé, criblé et tamisé le temps, il convenait de boire un peu — c’était onze pots par homme — et, aussitôt après le banquet, il allait s’étendre sur un beau banc ou dans un bon lit pour dormir deux ou trois heures, sans penser à mal ni dire de mal.
À son réveil, il se secouait un peu les oreilles. Pendant ce temps, on apportait du vin frais ; et là, il buvait mieux que jamais.
Ponocrates lui faisait remarquer que c'était un mauvais régime de boire ainsi après avoir dormi.
« C'est, répondit Gargantua, la vraie vie des Pères de l'Église ; car de nature, je dors "salé", et ce sommeil m'a autant profité qu'un jambon. »
Puis il commençait à étudier un peu, en récitant ses patenôtres ; pour les expédier plus rapidement, il montait sur une vieille mule qui avait servi neuf rois. Et ainsi, marmonnant de la bouche et hochant de la tête, il allait voir si l'on prenait quelques lapins au filet.
Au retour, il se rendait à la cuisine pour savoir quel rôti était à la broche.
Et il soupait fort bien, sur ma conscience ! Il invitait volontiers quelques buveurs de ses voisins, avec lesquels, en buvant d'autant, ils se racontaient des histoires, des plus vieilles aux plus récentes. Il avait entre autres pour familiers les seigneurs du Fou, de Gourville, de Grignault et de Marigny.
Après souper arrivaient les beaux « Évangiles de bois » (c’est-à-dire les jeux de table), ou bien le beau jeu de flux. On jouait un, deux, trois coups, ou bien on jouait « à toutes restes » (le tout pour le tout) pour abréger. Ou bien ils allaient voir les filles des environs, avec de petits banquets au milieu, des collations et des réveillons. Puis il dormait d'une traite jusqu'au lendemain à huit heures.