Erec et Enide
Chrétien de Troyes, 1170
Chrétien de Troyes, 1170
Erec va siuant tote voie
Le chevalier qui armez fu,
Et le nain qui l’avoit feru,
Tant qu’il vindrent a un chastel
Mout bien seant et fort et bel;
Parmi la porte antrent tot droit.
El chastel mout grant joie avoit
De chevaliers et de puceles;
Car mout an i avoit de beles.
Li un peissoient par les rues
Espreviers et faucons de mues,
Et li autre aportoient fors
Terciaus, ostors muëz et sors.
Li autre jeuent d’autre part
Ou a la mine ou a hasart,
Cil as eschas et cil as tables.
Érec s’en allait, suivant toujours
Le chevalier qui était armé,
Et le nain qui l’avait frappé,
Jusqu’à ce qu’ils arrivent à un château
Fort bien situé, puissant et beau ;
Ils franchissent la porte tout droit.
Dans le château, il y avait grande joie
De chevaliers et de demoiselles ;
Car il y en avait là de fort belles.
Les uns, par les rues, nourrissaient
Des éperviers et des faucons en mue,
Et les autres sortaient avec eux
Tiercelets, autours mués ou saur.
D'autres jouaient de leur côté,
Soit à la mine, soit au hasard,
Ceux-ci aux échecs, et ceux-là aux tables.
Cil ne doit pas estre obli
Ne Beduiers, li conestables,
Qui mout sot d’eschas et de tables,
Celui-là ne doit pas être oublié ;
Ni Bédoyère le connétable,
Qui s'y connaissait fort en échecs et aux tables,