✨Extrait du prologue : ✨
L’Histoire nous enseigne que chaque être, chaque civilisation, chaque système connaît un début, et une fin. Tout est cycle, tout est mouvement, et chaque chute prépare un renouveau. Il fut un temps où l’Homme était dominé par la Nature, soumis à ses caprices, à ses humeurs imprévisibles. Puis il a appris à la maîtriser, à la défier, à s’imposer comme son souverain. Il a cru, un instant, avoir gagné cette guerre silencieuse.
Mais la Nature n’a jamais été vaincue.
Elle a attendu. Elle nous a observés. Elle a mesuré chaque excès, chaque abus, chaque affront. Elle a étudié nos stratégies, nos défenses, notre arrogance. Et puis elle a décidé de reprendre ce qui lui revenait de droit.
L’année 2095 marque son retour. Un cycle nouveau s’est enclenché. La Nature s’est réveillée. Elle ne combat plus, elle reprend. Elle ne menace plus, elle agit. Et cette fois, l’Homme n’aura ni le temps ni les moyens de reconstruire son royaume.
Il doit affronter ce qu’il a semé.
Elle paraissait fragile, épuisée par des siècles d’exploitation et d’abus. Les études se succédaient, dressant un portrait sombre de son avenir, décrivant son agonie lente et irrémédiable. Certains préconisaient déjà l’abandon, incitant les Hommes à quitter cette Terre mourante, à tourner leur regard vers les étoiles, vers ces planètes lointaines que nous avions repérées dès le début du XXIᵉ siècle. L’idée d’une conquête spatiale s’était imposée comme une évidence, une échappatoire à nos erreurs, une fuite déguisée en triomphe.
Mais elle n’avait jamais été aussi impuissante qu’on le croyait.
Sans prévenir, sans laisser le moindre indice, elle a changé la donne. Elle a repris ce qui lui appartenait, récupérant pièce par pièce ce que nous lui avions arraché, ce que, dans notre arrogance, nous avions cru pouvoir lui extorquer sans conséquence. Elle n’a pas agi avec empressement, ni dans la colère aveugle. Son retour n’a pas été un chaos désordonné, mais une stratégie calculée, méticuleuse.
Nous avons tout corrompu. La Terre nécrosée reflétait nos propres corps affaiblis, rongés par une existence qui avait perdu toute harmonie. Même nos âmes semblaient atteindre un point de rupture, privées de l’essence fondamentale qui avait autrefois guidé notre évolution. Nous étions devenus les témoins de notre propre décadence.
Mais elle ne frapperait pas au hasard.
Son jugement n'était pas une sentence collective, mais une sélection. Ses choix étaient précis. Elle ciblerait ses victimes avec la même précision qu’elle désignerait ses survivants. Il ne s’agissait pas d’une extermination pure et simple, mais d’une régénération, d’une réorganisation profonde. Elle ne souhaitait pas effacer l’humanité, mais la réorienter, lui offrir une chance de cohabiter autrement avec elle, de reconstruire un équilibre oublié.
Ceux qui subsisteraient seraient différents. Ils porteraient en eux une sensibilité nouvelle, une connexion profonde avec ce qu’elle était, une compréhension instinctive de ses mécanismes et de son langage. Peut-être qu’à travers eux, elle trouverait enfin une forme d’apaisement. Leur nombre serait réduit, mais leur mission immense. Ils seraient les architectes d’un monde nouveau, reconstruisant lentement, mais mieux. Non dans la précipitation, mais dans la réflexion. Non dans l’exploitation, mais dans la symbiose.
Du moins, c’est ce qu’elle semblait avoir voulu.