Monsieur le Président, Madame la Première Ministre,
Ces prochains mois seront discutés au Parlement un ensemble de lois relatives à la planification écologique : la loi Industrie verte, la loi d’orientation d’avenir agricole ou encore la loi de programmation énergie climat. Il est fondamental que cette entreprise législative de grande ampleur soit au service de l’urgence écologique de notre siècle : la régénération du vivant.
Il paraît crucial de rappeler cette urgence, alors qu’une autre proposition à l’échelle européenne, celle pour la restauration de la nature, peine à recueillir l’adhésion qu’elle mérite. Pourtant, cette proposition, soutenue par un grand nombre d’acteurs économiques de premier plan, met en lumière un principe phare de notre système économique : si nos activités économiques peuvent entraîner une dégradation du capital naturel, cette dernière affecte réciproquement le rendement des activités économiques. Ce principe de double matérialité nous rappelle donc qu’il est essentiel d’intégrer la nature dans l’ensemble de nos décisions.
Aujourd’hui, l’agriculture se trouve en première ligne de cette menace. Ainsi, d’après le GIEC, 8 % des terres agricoles actuelles deviendront climatiquement inadaptées d’ici 2100, et jusqu’à 30% selon le scénario le plus pessimiste[1]. Pour ne prendre qu’un exemple en France, les vignobles de Bourgogne et de Champagne frappés par le gel tardif intense de 2022 ont enregistré plus de deux milliards d'euros de pertes[2]. L’agriculture n’est que le chef de file de ce phénomène, et les autres secteurs de l’économie seront de plus en plus affectés par la perte de notre capital naturel.
Face à cette menace, nous lançons un appel ouvert à se tourner vers une économie régénérative !
La régénération est généralement utilisée comme synonyme de restauration, mais elle est légèrement différente car elle prend également en compte les approches conceptuelles et économiques.
L'origine du terme provient du monde scientifique et biologique, où le terme "régénération" est utilisé pour décrire la capacité de certains organismes à recréer certaines parties de leur corps après avoir été endommagés. Cette capacité est appelée "capacité de régénération".
Les efforts de conservation et de restauration, même s'ils sont cruciaux, ne suffisent pas. Pour enrayer et inverser la perte de biodiversité et d'habitat, nous devons transformer la manière dont nous produisons, utilisons et consommons les biens, les produits, les denrées alimentaires et les services.
Les activités économiques peuvent, et doivent, participer et contribuer activement à la restauration de la biodiversité. Les nouveaux modèles économiques, tels que l'économie circulaire, considèrent la régénération comme un pilier essentiel du processus économique et de la réussite. Les approches de régénération utilisent une pensée holistique pour créer des systèmes résilients, florissants et équitables qui répondent aux besoins de la société tout en respectant et en restaurant l'intégrité de la nature.
Cependant, cette grande marche vers une économie régénératrice ne se fera pas sans l’aide des pouvoirs publics, afin d’insuffler un changement à l’échelle de l’urgence. En effet, il semblerait qu’aujourd’hui notre système économique valorise trop peu la création d’externalités positives, bénéfiques à l’ensemble de la société.
Dès demain pour atteindre les objectifs de restauration des territoires, 200 milliards devront être investis chaque année. Cela peut paraître beaucoup mais le coût de l’inaction sera plus cher que celui de l’action. Si la transition vers un modèle régénératif peut parfois être coûteuse à court terme, il est indispensable que des outils tant réglementaires que financiers soient mobilisés afin d’inciter un maximum d’acteurs à régénérer notre capital naturel commun.
Nous appelons donc aujourd’hui à la formation d’un écosystème réunissant une diversité d’acteurs, scientifiques, économiques et politiques, pour travailler ensemble à la définition et à la mise en place d’un cadre propice à la régénération.
Les lois attendues à la rentrée sont l’opportunité rêvée pour transformer notre pays en grand laboratoire au service du vivant. L’opportunité de lancer le plus grand programme de recherche et développement jamais connu, où société civile et institutions regardent dans la même direction.
Notre objectif France 2030 : définir un cadre réglementaire et financier ambitieux prenant en compte des objectifs de régénération pour chaque secteur d’activité, à tous les échelons de la chaîne de valeur.
Répondez à l’appel. Vous aussi, faites de la régénération notre avenir !
[1] rapport du GIEC « Impacts, adaptation et vulnérabilité » de février 2022.
[2] Afp, G. A. (2022, 28 février). Impacts du réchauffement climatique : et la France dans tout ça ? Geo.fr