American merchants mariners memorial, Battery park, NY
Apocalypse managériale : une promenade à Manhattan de 1941 à 1946 puis au-delà a été publié aux Belles Lettres en février 2022. L'ouvrage s'insère dans un projet de recherche débuté par François-Xavier de Vaujany en 2017 avec une première phase de travail sur archives avant un sabbatique à l'Université de New York entre 2019 et 2020 centré essentiellement sur la rédaction et le traitement d'archives disponibles sur place.
Le livre analyse l'histoire du management en la mettant en perspective à la fois avec l'histoire américaine et la généalogie du digital. Sur les années de mobilisation industrielle aux États-Unis (de 1937 à 1945) et leurs prolongements avec la guerre froide, il montre en particulier en quoi le "management scientifique" a été reconfiguré et relégitimé au profit d'une nouvelle géopolitique, profondément américaine. Dans un contexte où le futur était en panne, cette recherche explique également ce que sont devenus les processus managériaux au cœur du capitalisme à partir des années 40, le glissement d'un capitalisme managérial de calcul à un capitalisme narratif fait de "machines désirantes". Le management, si on l'envisage comme un processus global, ne contribue plus seulement, avec d'autres, à dévoiler et révéler l'avenir. Aligné avec l'obsession très américaine du nouveau, il est le processus même de révélation et de dévoilement dont les managers comme les consommateurs deviennent les sujets croisés de désirs portés par les apocalypses managériales.
Afin d'explorer cette période de l'histoire américaine et les nouveaux processus apocalyptiques qu'elle produit, l'auteur a combiné un triple récit ancré dans trois types d'archives :
Une histoire intime de cette reconfiguration à partir des présences à New York de Saint-Exupéry (exilé à Manhattan lors de la rédaction du Petit prince entre 1941 et 1943), Norbert Wiener (un des pères de la cybernétique) et James Burnham (théoricien de la Révolution managériale). Les archives mobilisées dans les chapitres 1, 2 et 3 sont surtout des échanges épistolaires. Afin de pousser cette exploration à hauteur d'hommes et de femmes, une fiction est ensuite élaborée dans le chapitre 4. Elle consiste en une réunion entre ces trois personnes dont la rencontre, possible, n'a vraisemblablement jamais eu lieu ;
Une analyse du grand moment historique de la mobilisation industrielle. A partir d'archives industrielles (du Brooklyn Navy Yard, Journal de retail ainsi que des World Fairs américaines) et institutionnelles (des réseaux américains du management de l'AMA, AoM et SAM), les chapitres 5 et 6 détaillent le grand mouvement à l'oeuvre dans la reconfiguration du management scientifique en un management digital. Par bien des aspects, les années 40 sont le moment d'une grande rencontre entre management et digitalité ;
Une spéculation philosophique de la reconfiguration et de son lien avec l'histoire américaine (en particulier l'événement américain). Des philosophes et philosophies contemporaines à la mobilisation et ses prolongements des années 50 aux années 80 sont mobilisés dans les chapitres 7 à 11. Heidegger, Merleau-Ponty, Simondon, Ricoeur, Deleuze et d'autres sont invités à une conversation de l'intérieur même de l'événementialité au coeur des années de guerre et d'après-guerre. La réflexion s'achève par une conversation sur des futurs possibles à partir d'expérimentations menées avec un collectif liés aux sciences ouvertes (RGCS) et d'éléments d'une éthique du voyage.
Mots-clé : histoire du management ; mobilisation industrielle ; travail ; seconde guerre mondiale ; sémiose digitale ; monde postdigital ; représentationalisme ; rationalisme ; moment cybernétique ; géopolitique du management ; événement Américain ; événement incomplétant ; système d'interruptions ; capitalisme narratif ; apocalypses managériales ; non-événement ; ethnographie historico-philosophique.
Présentation de l'auteur : François-Xavier de Vaujany est professeur à l'université Paris Dauphine-PSL et chercheur au sein de DRM (UMR CNRS 7080). Agrégé d'économie, titulaire d'un DEA en stratégie, docteur dès sciences de gestion, HDR, il est également agrégé des Universités en sciences de gestion. Spécialiste d'histoire du management et des formes d'organisation du travail, il s'intéresse tout particulièrement à la question du nouveau dans notre capitalisme managérial. Il est co-rédacteur en chef du Journal of Openness, Commons & Organizing (JOCO), éditeur associé de Management Learning et membre de l'International Advisory Board d'O&S. Il a co-fondé et présidé plusieurs réseaux de sciences ouvertes (RGCS, DPW, OAP, IC2O...) dédiés à des questions de philosophie et d'expérimentation du management et des formes d'organisation du travail. Co-directeur du Master Business Consulting (MBC) de l'Université Paris Dauphine-PSL, co-directeur du Center for Organizational Methods, il dirige également l'Observatoire des Pratiques de Consulting.