« Rangez ces ouvrages compliqués, les livres comptables feront l'affaire. Ne soyez ni fier, ni spirituel, ni même à l'aise, vous risqueriez de paraître arrogant. Atténuez vos passions, elles font peur. Surtout, aucune bonne idée, la déchiqueteuse en est pleine. Ce regard perçant qui inquiète, dilatez-le, et décontractez vos lèvres – il faut penser mou et le montrer, parler de son moi en le réduisant à peu de chose : on doit pouvoir vous caser. Les temps ont changé [...] : les médiocres ont pris le pouvoir. » Alain Deneault, La médiocratie, Lux Éditeur, 2015, p.5.
Ces mots d’Alain Deneault, que nous recevions à notre colloque il y a quelques années, résonnent encore fortement aujourd’hui. Difficile ces jours-ci de ne pas sombrer dans le découragement devant les mouvements sociaux et politiques actuels qui nous déstabilisent et nous démoralisent sans cesse. Nous ne pouvons le nier : le monde actuel est en changement et ce changement est loin de n’être que positif. Les professeur-e-s que nous sommes sont en plus confronté-e-s à la présence de plus en plus intrusive de l’IA dans nos cours, situation qui nous fait parfois envisager sombrement l’avenir intellectuel devant nous.
Comment continuer à avancer et à enseigner avec confiance dans un tel contexte? Plusieurs décident justement de réagir avec un optimisme radical, nommant des clés de l’espoir, nous rappelant qu’il y a lieu d’espérer, de résister, de désobéir à la morosité ambiante et de trouver des moyens pédagogiques pour stimuler l’intellect de nos étudiants. Les humanistes que nous sommes doivent continuer à espérer que l’humain finira par trouver un nouvel équilibre, peut-être ancré dans l’ouverture à l’Autre.
Nous vous convions donc au colloque 2026 de l’APELC, intitulé L’optimisme radical : clés de l’espoir en littérature, les 1er et 2 juin prochains, à Granby.
« Maintenant n’espère plus que l’espoir / Là où tu vas les vents sont méchants » Richard Desjardins, « L’étoile du nord »
Dans un premier temps, le 1er juin en matinée, des réflexions sur l’espoir seront proposées. Impossible de passer sous silence l’essai du collègue Mathieu Bélisle, Une brève histoire de l’espoir, qui viendra réfléchir avec nous sur le sujet dans une conférence d’ouverture. Guidés par ces mots qui nous rappelleront qu’il y a encore raison d’espérer, des autrices et metteur en scène viendront ensuite nous parler de l’optimisme dans leurs œuvres.
« Elle m’inspire l’envie feutrée de croire qu’un jour je pourrais occuper mon corps sans fracture ni isolant, en un seul territoire unifié dans lequel mes pensées, mes émotions et mes sensations circuleraient librement, indistinctement, à feu doux. Et ainsi vers l’autre. » Sébastien Dulude, Amiante, La Peuplade, 2024, p.154.
Par la suite, une clé de l’espoir sera explorée le lundi après-midi : ne serait-ce pas par le dialogue avec l’Autre que viendrait la raison d’espérer, de se raccrocher au monde? L’œuvre littéraire n’est-elle pas a priori une volonté de dialoguer, de partager ses idées, de se lier à l’humanité avec un espoir d’être lu, compris, touché? Dans cette perspective, nous vous proposerons deux discussions entre écrivains qui se voudront une forme de mise en abyme ; ils dialogueront sur le dialogue comme moyen de croire encore en la beauté du monde.
« Ma joie est un choix. […] Ma joie n’est pas candide. Ma joie est une posture. Et elle est courageuse. Et intelligente. » Anaïs Barbeau-Lavalette et Steve Gagnon, Architectures de la joie, Éditions Marchand de feuilles, 2025, p.306.
Enfin, la joie ne serait-elle pas un pied de nez à la morosité des temps actuels, à la fois remède et résistance au désespoir? Sans tomber dans l’optimisme naïf, adapter son point de vue sur ce qui nous entoure peut peut-être servir de moteur pour continuer à avancer. De la joie comme désobéissance sera donc la dernière clé littéraire que nous explorerons. Philosophe, écrivain-e-s et dramaturge réfléchiront avec nous à une autre réaction devant l’état des choses.
Voilà donc ce qui nous a menés à ce sujet fécond et porteur : fonçons, devenons à notre tour des « bêtes féroces de l’espoir », dixit Gaston Miron.