A lyon, aux alentours de l’IEP de Science Po, le 14 février, à la suite de heurts violents, entre militants anti-fascistes et nationalistes, un jeune homme de 23 ans décède : Quentin Deranque. Dès lors, il est affublé par les personnalités de droite de la palme du martyr, tandis que leurs homologues de gauche, satisfaits, l'assimilent plus ou moins à un Sturmabteilung.« Quand l’arbre tombe, tout le monde court aux branches ». Si bien que partout après ces heurts, il devient l’alibi d’afflictions politiques toujours plus audacieuses alors qu'à mesure que les saisons se succèdent, de nombreuses révélations infirment les interprétations.
Que disent-elles ?
Tout d’abord, on nous rappela les propos du défunt, éculés de railleries racistes, qui manifestent l’inanité des dialogues ayant lieu sur l’agora vétuste d’internet. Aucune analyse concrète à ce sujet, entre dénonciation et mutisme, nos fins analystes de la vie de la cité n'y voient pas là un embrigadement mortifère catalysé par les réseaux sociaux. Même à gauche, rares sont ceux qui ont produit une telle analyse. Certains invoquent la légitime défense tandis que les plus abjectes se réjouissent presque que cette terre compte désormais un “fasciste de moins”, on fait de l'idéologie de Quentin une assignation comme si cela n'était pas simplement le résultat d'une fascisation généralisée d'une partie de la jeunesse. Même Mélenchon a déclaré “Celui qui est perdu, pour ma part, j'aurais bien aimé le convaincre du contraire de ce à quoi il croyait”, se souvient-il de ses vieilles lectures de Marx qui enseigne que les idées des hommes ne sont pas les causes mais les conséquences du mouvement de la société ?
«Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience [...] ce phénomène découle de leur processus de vie historique, absolument comme le renversement des objets sur la rétine découle de son processus de vie directement physique.»1
Car contrairement à Quentin, le fascisme s'en sort fabuleusement bien, il progresse silencieusement et jubile d'avoir enfin trouvé un martyr qui constituera un argument solide pour faire sauter l'anathème causé par la mort de Clément Méric2.
Un partout, balle au centre.
Au vu du contexte, tout nous amène à penser que Quentin est un énième insatisfait, et quec'est “la passion collective”, ainsi nommée par Simone Weil, qui poussa Quentin dans le gouffre des groupuscules fascistes et de leurs idées moribondes, l’amenant à déclarer qu'il fallait “déterrer et fusiller” Gisèle Halimi notamment. Mais c'est cette même passion collective qui amena les militants anti-fascistes à rouer de coup un homme au sol, les éloignant radicalement de l'héritage révolutionnaire, oubliant que la commune de Paris se dressait contre l'exécution des otages. C'est cette même Simone Weil, notre bien aimée Simone Weil, qui dénonça l'exécution d'un phalangiste de 15 ans par Durruti alors qu'elle avait rejoint les révolutionnaires espagnols durant la guerre civile. “La révolution prolétarienne n'implique dans ses buts aucune terreur. elle hait et abhorre le meurtre. Elle n'a pas besoin de verser le sang, car elle ne s'attaque pas aux êtres humains, mais auxinstitutions et aux choses.” (Programme de la Ligue Spartacus)
Le parti, le groupe, l’association sont des machines à engendrer la passion collective, telle une eau mis en mouvement par un courant violent qui ne reflète plus d’objets, les luttes d’influences, « les passions collectives » agitent suffisamment fort le courant de nos pensées, exerçant une pression conséquente sur l’individu, pour troubler la réflexion de quoique ce soit concernant sa vie quotidienne.
Le représentant, — objet de la volonté singulière des individus — perpétue cette division sociale du travail qui lui permet la concentration et l’accumulation des moyens politiques expropriés de l’individu. N’ayant d’autre fin que son propre accroissement, le groupe politique est cette machine à sacrifier les désirs et les espoirs de chacun. Jusqu’à que parfois mort s’en suive. La suppression de tous partis, de toutes organisations politiques est une solution qu’implique la réalisation des espoirs de chacun3. Sinon quoi, le nihilisme actuel des individus désabusés continuera de s’exprimer par la fuite des urnes, dans l’inanité de toutes actions politiques. Comme toutes les divisions du travail social, celle-ci est aussi un organe de la domination de classe. La preuve manifeste en est l’appartenance de classe de la majorité des députés4.
Aussi, pourrions-nous ranger les organisations politiques parmi les moyens qui confère à la domination de classe ses propres fins. Entretenant, par exemple, l’aliénation extrême de la jeunesse-dépossédée, l’organisation politique ne lui permet pas de s’interroger sur sa dépossession, et lui accorde une fausse-valeur. En adoucissant son esprit critique, la jeunesse endort toutes prises de conscience dans l’obéissance aveugle. L’organisation accumule son capital et donc le prolétariat ; car le jeune comme prolétaire n’a plus aucun pouvoir sur l’emploi de sa vie. Le Collectif Nemesis figure parmi les expressions politiques les plus réactionnaires que la jeunesse investit. Tout compte fait, Némésis, n’est ni jeune, ni feministe, cela sert seulement à se rallier au mot d’ordre pontifical : Les étrangers sont des violeurs. Ce Collectif, formant les sujets d’une idéologie duquel Quentin fut également une sorte d’idiot utile comme d’autres, est fier de s’opposer à l’immigration, au noir, à l’arabe, à l’avortement pour ériger l’idéal du souchien dont on délire une autochtonie. L’immigré n’est en somme pas celui qui est étranger, mais celui qui est perçu et se perçoit différemment5
Comme l’antisémitisme n’a pas plus à voir avec les Juifs que le racisme n’a à voir avec l’immigré, comme ce féminisme n’a à voir avec les femmes. Le Collectif Nemesis, est cette machine idéologique dont les discours sont autonomes de la réalité historique, figurant que l’étranger est un violeur, il oblitère que 9 agresseurs sur 10 sont des proches de la victime6
En bref, il fait une formidable pépinière de flics en tout genre, véhiculant ce qui est déjà la norme de l’autorité actuelle. Mais comme toutes machines idéologiques elle est produite historiquement. Et c’est, toutefois, grâce au portefeuille de la classe dominante et à l’exploitation des prolétaires les plus réactionnaires de la société – suppliant une quête abjecte – , que Nemesis est alimenté par les rapports productifs actuels. Pierre-Edouard Stérin au front duquel aucun cheveux ne fait obstacle, est le représentant de la classe dominante qui finance Nemesis grâce à l’extorsion intermédiaire d’épargnants7. Non seulement, ses financements mais aussi ses opinions sont celles des intérêts de classes que le collectif défend, ce pourquoi la défiscalisation, le merchandising, la liberté de concurrence, et de monopole, pourraient figurer dans le bréviaire du Collectif, qui lui-même n’est qu’une véritable propriété privé, intervenant ici et là, à bon escient, en régulateur du système actuel. Inutile d’allonger ce panégyrique plus longtemps. La question qui nous intéresse se trouve ailleurs.
Disons simplement que le Collectif peut-être qualifié d’appareil idéologique, c’est-à-dire brièvement qu’il assure la production d’une représentation partielle du mondematériel, et contribue par cette représentation à la soumission de “sujets concrets” à l’idéologie dominante, en imprégnant le sujets de valeurs (ici la domination blanche, paternelle, financière etc...), permettant de reproduires les intérêts de la classe dominante, et continuellement les mêmes désirs agitent les individus. Alice Cordier, peut tout à fait être chroniqueuse, journaliste, et avoir les faveurs du ministre de l'Intérieur, dans la mesure ou la défiscalisation, les truismes sur l’immigration, épargne soigneusement la question centrale des rapports de classe et de la baisse tendancielle du taux de vie8. Zélés, que sont ces “militants”, ils tendent avec espoir au conflit avec l’autre. En suscitant la colère, le militant – méprisable en cela – jubile religieusement de tendre à la hâte ses deux joues, afin de montrer au plus vite les marques rouges qui prévaudraient l’actualité politique de sa valeur publicitaire. Le divertissement et sa consommation véhiculent cette passivité propre à la marchandise.
L’opinion publique, bête grégaire, consomme avec joie les actualités politiques que les militants s’évertuent d’alimenter, au risque de sacrifier en holocauste un martyr, c’est pourquoi le peu de femmes membres du Collectif, doivent sérvir d’appats auprès des prédateurs antifascistes.
“Mais à la fin les loups se présentèrent réellement.” (συνέβη τὸ τελευταῖον τῇ ἀληθείᾳ λύκους ἐπελθεῖν10)
Et Alice Cordier, en sainte nitouche, a sacrifié Quentin sur l’autel pour obtenir la dédiabolisation éternelle. La prolifération récente d’informations par BFM et Médiapart11 explicite le cœur de cette affaire ; les renseignements territoriaux étaient avertis du projet d’Happening de Nemesis à l’IEP, et ces mêmes renseignements surveillaient les groupes antifas, les voyant s’armer. Ces faits en apparence semblent compliqués, mais nous pouvons en conclure la chose suivante : L'Etat, loin d’être seulement la machine sécuritaire qui s'efforce de préserver le calme respect de la loi, paraît bien plutôt être ici l’organe de l’insécurité. Au motif de la “non-préparation” des agents, l’Etat n’a en réalité qu’un objectif ; la stratégie de tension. Bien plus, l’Etat, autoproclamé “monopole de la violence légitime” par ses théoriciens les plus antédiluviens, nous semble complaisant avec la violence illégitime, dans la mesure où il la tolère dans une certaine mesure.
De quelle façon ?
Le rapport de l’Etat à ces violences illégitimes est contradictoire, nous devons en dégager un effort dialectique pour les comprendre et les arracher au chahut médiatique et politique actuel. Comment l’Etat a pu ne pas prévoir, au regard de son dispositif de surveillance, que la rixe eut pu survenir ? Et à qui profite le crime ? Cui bono ?
Disons que l’Etat a nécessairement besoin de ces violences, car cela permet de faire le plein de sa “machine” de deux façons :
D’abord, par une « cimentation normative ». Les lois et les décrets arrivent à point, comme la redéfinition des termes d’une répression étatique prétendant à la légitimité. Condamnant les violences anti-étatiques, dissolvant, de part en part, tels groupes (des soulèvements de la terre12 à la “Jeune Garde”) , prétextant tel “narcotrafic”13 , sur ce dernier point, la détresse de la drogue paraît être la même détresse réelle que Marx associé à la religion, l’opium devenu « religion du peuple » est toujours ce « soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur ». Exiger mettre fin à la consommation toujours augmentée du haschisch14, « de la beuh », du « bedo » et opium en tout genre, c’est exiger de l’individu « qu'il renonce aux illusions sur sa situation, c'est exiger qu'il renonce à une situation qui a besoin d'illusions ». Or, il n’est pas dans l’intérêt de l’Etat, et de ses organes quotidiens de dénoncer la situation réelle des individus dont ils profitent la criminalité, sinon faute de sévir purement et simplement, ils auraient mis plus de soin à la compréhension effective de ce phénomène : « Dans les 629 pages du rapport sénatorial précité, le mot « médecin » ne figure qu’une fois, et seule une recommandation floue préconise d’« engager un véritable effort de communication publique contre le narcotrafic et [d’]améliorer la prise en charge des consommateurs ». (Le monde diplomatique, « Narcotrafic, un ennemi commode », par Laurent Bonelli)
Le dispositif de surveillance s’étend à mesure que l’appareil répressif, police, armée, prison, à de quoi faire. Tandis que Stérin peut jouir de son exode fiscal, sanctifié par l’immobilisme biblique d’Etat. Avec le soutien des appareils médiatiques, l’Etat peut tout à fait justifier ses interventions. Par exemple, le “CSA” a rapporté qu’une majorité de français justifiait l’intervention militaire dans les quartiers difficiles durant les émeutes de 202315, alors qu’à la même période une propagande alarmiste faisait tomber en discrédit les jacqueries banlieusardes sur nos plateaux télévisés. A Lorient la même année nous assistions à l’intervention directe de militaires en civils. L'État, immaculé, préserve partout son image rassurante et paternelle, se plaçant indéfiniment au-dessus de la mêlée, et seule la violence spontanée des masses paraît imprimée du cachet de la honte. Aussi dit-on : « Qui veut tuer son chien l’accuse d’avoir la rage. »
Bien sûr, la loi promulguée et les mesures prises doivent faire monter les enchères des discours les plus obséquieux qui justifient idéologiquement, le coup du maître. Chacun s’amasse, journaliste, éditorialiste, chroniqueur, pour chanter en chœur “l’agnus dei”16, des factieux sacrifiés.
La violence “illégitime” est le premier moteur de la société, ainsi décréter des lois, déployer ses armées, tracer des frontières, fonder des institutions de classes, ne nécessitent simplement que de délirer un énième bellum omnium contra omnes, que de rappeler l'éternelle survivance d’un état de chaos rendant nécessaire la toute puissance de l’Etat et de la Loi.
Cependant, comme dans le triomphe romain, les esclaves rappellent à l’Etat victorieux son memento mori. Ici et là, on fait la publicité de nos plus mièvres jérémiades, sur la gravité sans pareille des tensions, les banlieusards sont enragés, et nous sommes aux aboies, le péril menace l'entièreté de la société. En temps de crise, cette panique complice prétend administrer aux masses un paralysant. Toute cette supercherie démontre sans conteste que l'usage de la force ne prévaut pas nécessairement plus que l’obtention du consentement des individus représentés par l’opinion publique. C’est bien entendu par l’intermédiaire des organes quotidiens de l’idéologie dominante ; médias, journaux, radio etc. que l’opinion publique est assénée d’un long monologue en phase avec les intérêts répressifs de la machine d'État. “Les narcoracailles sont partout [...]”17 (Le Parisien, 1er novembre 2024)
Historiquement cette stratégie de tension eut principalement cours, en Italie, durant la guerre froide, sous l'appellation d’opération “Gladio”, révélée à posteriori par l’ancien premier ministre Italien Giulio Andreotti. Ce qui nous importe dans cette opération c’est que les services secrets italiens, et le réseau Gladio, participèrent à la publicité d’une certaine tension pour influencer l’opinion, dans le discrédit des partis d’oppositions. La démocratie chrétienne italienne comme aujourd’hui nos éternels centristes, adoptent ce visage rassurant. L’enjeu politique est absolu, il faut s’assurer du moindre mal à voter pour les partis de centre et de droite libérale. Le vote est d’ailleurs presque toujours affaire de moindre mal pour les votants. Ce qui confère, en revanche, le meilleur bien aux représentants élus.
En 1969 L’Attentat de la Piazza Fontana illustre parfaitement ce moment où les groupes anarchistes et autonomistes furent pointés du doigts (400 arrestations), il fallut attendre 2005 pour que la cour de cassation reconnaisse que ce fut là l'œuvre de néofascistes. C’est encore par la maîtrise de l’opinion, que l’appareil répressif d’Etat trouve une force de consentement pour mystifier ce qui n’est que consentement de la force. Les groupes fascistes et antifascistes, deviennent les éminents bouffons de ce village de Potemkine. En lieu et place de la subversion apparente des militants, il faut admettre que l’Etat profite toujours dans l’ombre comme l’auteur des faits dont il joue l’investigateurs.
De ce qui précède, il est ostensible que l’Etat, est une machine homogène, centralisatrice, Toute-Puissante ; un Etat-Nation, à la silhouette d’un léviathan — gigantesque lézard de mer —. Cependant, nous ne connaissons pas l'État sous ce point de vue, bien au contraire, nous pensons que l’Etat en tant qu’actuel détenant de certains pouvoirs politiques qui le représentent (gouvernants, représentants et élus, fonctionnaires...), de sphères économiques et financiers divers (APE ; d’Airbus à la Poste, en passant par ARTE, jusqu’à Renault, Orange, Dassault. France TV etc.), est un être hybride qui est composé d’un agrégats de groupes. Dans la continuité de la notion de polycratie approfondie par Johann Chapoutot dans Le monde nazi, et des contributions de Nicolas Werth dans la compréhension de l’histoire soviétique, il faut admettre comme ces fins éducateurs, le rôle considérable que joue les dissensions de groupes, les luttes intestines, et la pluralités des pouvoirs épars et sporadiquement intéressés, dans le renforcement du pouvoir décisionnel du groupe ou de l’individu à la tête de l’Etat. Le « totalitarisme » ; phraséologie clinquante inventée pour les amateurs de concepts purement politiques et autonomisés de la vie historique et sociale. Est ici dépassé, au profit d’une analyse mettant en scène les divisions qui cimentent la société. De même, les États bourgeois démocratique (à qui on dénie justement le stigmate de « totalitarisme ») héritèrent tous de ces précieuses stratégies qui mirent en branle l’Allemagne et l’Union soviétique dans les années 30. Le Japon a eu intérêt aux Yakuzas, l’Italie aux Brigades rouges, la France à aujourd’hui intérêt à qu’il y’est des luttes entre groupes fascistes et anti-fascistes. Parallèlement à ces luttes, la stratégie de tension contribue au renforcement de l’appareil idéologique et répressif d'État. Et le soutien de l’opinion est soigneusement ménagé par l'érection d’une image paternelle et rassurante affublé d’une redingote politicienne. L’Etat, pourtant, n’a pas cessé d’être cet aveu “que cette société s'empêtre dans une insoluble contradiction avec elle-même, s'étant scindée en oppositions inconciliables qu'elle est impuissante à conjurer18.” dont parlait déjà Engels, d’autant plus que “ce pouvoir, né de la société, mais qui se place au-dessus d'elle et lui devient de plus en plus étranger, c'est l'État.”19
Anonymes
1 Karl Marx, Friedrich Engels, L’idéologie Allemande
2 Clément Méric est un jeune militant anti-fasciste âgé de 19 ans lorsqu’il meurt abattu sous les coups de militants néonazis en 2013, deux parmi ces derniers derniers furent condamnés en 2021 à huit et cinq ans de prisons, tandis qu’un auteur présumé fut aquitté.
3 Weil, S., Bretón, A., & Alain. (2006). Note sur la suppression générale des partis politiques.
4 https://www2.assemblee-nationale.fr/deputes/liste/cat-sociopro
5 “Un individu qui aurait pu aisément se faire admettre dans le cercle des rapports sociaux ordinaires possède une caractéristique telle qu’elle peut s’imposer à l’attention de ceux d’entre nous qui le rencontrent, et nous détourner de lui, détruisant ainsi les droits qu’il à vis-à-vis de nous du fait de ses autres attributs. Il possède un stigmate, une différence fâcheuse d’avec ce à quoi nous nous attendions” (E.Goffman,Stigmate, Les usages sociaux des handicaps,Paris, Minuit, 1975 [1963], p15).
6 Rapport d'information déposé par la délégation de l'Assemblée nationale aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes sur le viol (Mme Sophie Auconie et Mme Marie-Pierre Rixain), n° 721
7https://www.liberation.fr/politique/financement-de-sterin-dons-defiscalises-et-merchandising-raciste-le-business-du-collectif-nemesis20260401_H5SYCENUJBB6BC2RSJONJL7O2Y/
10 Fables d’Ésope (trad. Chambry, 1927)/Le Berger mauvais plaisant (bilingue)
11https://www.bfmtv.com/police-justice/mort-de-quentin-deranque-pourquoi-les-agents-du-renseignement-qui-suivaient-les-affrontements-ne-sont-pas-intervenus_AN-202603270651.html
12 Pouvons-nous nous interroger, ainsi, sur la répression étatique des luttes pacifistes et l’insuccès relatif de ces dernières à obtenir gain de cause par des moyens plus conciliants.
13 Le narcotrafiquant est cet épouvantail qui devient l’équivalent du terroriste par le degré de sa répression. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051734851 ; La Loi du 15 Juin 2025
16 Le banlieusard comme le Christ sont des agneaux de Dieu qui lavent le corps social de sa passivité grégaire. Tout aussi altruiste que ces Juifs qui épargnèrent Barabas, combien de fois, sans doute, la foule n'a pas épargnée, dans sa cécité, des brigands tout aussi meurtriers ?
18 Engels, Friedrich. L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État. Éd. Tribord [diff. Belles lettres], 2012. Manifeste, M‐05.
19 Ibid.
Mickaël Labbé est un professeur agrégé et docteur en philosophie de l’art et de l’esthétique, notamment architectural. Reprendre place : contre l’architecture du mépris est l’un de ses derniers livres dans lequel il montre l’architecture anti-SDF, qui ouvre son implication militante au travers de la philosophie et de son sujet de prédilection : l’architecture. Depuis quelques années, il s’intéresse à l’éthique animale ; c’est pour cela que sa nouvelle œuvre, De la cage à l’abattoir : les conditions spatiales de l’exploitation animale, va ainsi exposer comment l’architecture influence notre rapport aux animaux dans notre société. Nous avons pu être présents lors de sa soirée de lancement à la librairie Kléber et nous vous proposons un petit résumé de ce qui a été dit.
Mickaël Labbé nous partage une anecdote pour expliquer d’où lui est venue l’idée de cet ouvrage. Il se baladait dans son village d’enfance en voiture et découvre un panneau de signalisation « abattoir proche ». Ce qui le mène à s’interroger puisqu’il ne savait pas qu’il existait. Et après quelques recherches, il a appris que cet abattoir situé derrière l’endroit où il avait l’habitude de jouer au foot étant enfant existait déjà à cette époque. Cette anecdote permet à l’auteur de présenter son livre en abordant le concept de dissonance spatiale avec l’exemple d’un projet de halle commerciale à Bruxelles. Il se trouve à proximité des abattoirs de Bruxelles, ce qui illustre parfaitement ce concept. Puisqu’en plus de cette proximité, des carcasses animales découpées seront vendues sur place. Et sur le toit, une piscine qui, avec l’énergie produite pour refroidir les carcasses, permettra de la chauffer.
Ainsi, ce projet vendu comme quelque chose d’écologique et de vertueux est surtout hypocrite puisqu’il est plein de contradictions. En d’autres termes, on ne peut pas prôner une idée écologique lorsqu’elle exploite et transporte des animaux. Ce projet veut juste se donner une image esthétique en faisant croire qu’il se soucie de l’écologie et des animaux, or il est juste déconnecté de la réalité. D’autant plus que selon M. Labbé, nous ne pouvons pas être écolos en mangeant de la viande industrielle, notamment ceux qui sont marchandises tels que les cochons ou les poulets qui sont modifiés.
Il y a donc une invisibilisation des animaux d’élevage qui peut créer une dissonance cognitive chez les consommateurs. En d’autres termes, on aime les animaux, et pourtant on les mange. Il souligne également que manger autant de viande est récent. Cela date des années 60 ou 70 que l’être humain en consomme à ce point et que cela profite aux lobbies industriels. Alors, dès lors que les personnes écolos défendent l’élevage du paysan pour justifier leur consommation de viande, ils se voilent la face. Notamment parce que l’on sait que 8 animaux sur 10 proviennent de l’élevage intensif. Ainsi, au vu du nombre que nous sommes actuellement sur terre, il faudrait que tout le monde ou presque arrête de consommer de la viande pour revenir à un élevage correct des animaux.
De ce fait, l’architecture a un rôle important dans cette exploitation. C’est cela qui gère et influence notre société, notre environnement et donc notre mode de vie. M. Labbé réfléchit dans cette œuvre aux types d’espaces, notamment avec l’exemple de la cage qui est toujours une contrainte car les animaux non humains résistent même si on ne le voit pas. Ils ne sont pas des objets passifs contrairement à ce que les abattoirs veulent nous faire croire. Il n’y a donc plus de milieux sauvages mais une organisation en fonction des besoins, au profit de l’usage humain. Donc, dans une société spéciste, les endroits sont hyperspécistes car ils sont créés uniquement pour faire souffrir les animaux. Rendant cette violence ordinaire et infinie. Comme avec le projet à Bruxelles où les animaux sont effacés et les traitements qu’ils subissent sont banalisés.
Selon M. Labbé, il est impossible de faire une théorie écologique sans prendre en compte le bien-être animal ; c’est pour cela que l’hyperspécisme est un symbole de l’incapacité de l’homme à habiter écologiquement l’endroit dans lequel il vit. Dès lors, les abattoirs sont un mode de prédation de nos sociétés contemporaines, faisant en sorte de négliger et d’invisibiliser les animaux de ferme en parlant trop ou plus des animaux sauvages. Pour l’auteur, il y a donc un lien entre la question de justice et le réchauffement climatique qui ont un intérêt égoïste de l’Homme pour maintenir ce système.
Enfin, dans le dernier chapitre de son livre, il prend une vision optimiste en reprenant l’idée de Zoopolis. Cette société serait ainsi fondée sur une relation épanouie et encadrée avec tous les animaux grâce à un aménagement des espaces. Elle viendrait briser la cage dans laquelle les humains ont forcé les animaux à entrer et la société ne serait plus uniquement faite pour satisfaire les besoins des Hommes, mais pour satisfaire tous les êtres. L’architecture étant la façon dont s’organisera cette société, elle a aussi un rôle primordial à jouer. Des initiatives allant dans cette direction existent d’ailleurs déjà (on peut citer Joyce Hwang qui, à travers sa société Ants of the Prairie, cherche à construire des projets visant à améliorer l’existence de l’ensemble du vivant. Par exemple, lors de la construction d’un nichoir à chauves-souris, il est nécessaire de prendre garde à ne pas détruire l’environnement d’un autre animal).
Pour conclure, dans ce nouveau livre, De la cage à l’abattoir : les conditions spatiales de l’exploitation animale de Mickaël Labbé, il compare souvent l’abattoir à l’usine de Simone Weil en cherchant la question de justice pour les animaux non humains, comme Weil le faisait pour les ouvriers. Il convoque donc une émotion morale car en expliquant que nous n’avons plus besoin de mettre les animaux à mort puisque maintenant nous avons des moyens pour nous nourrir autrement. Et que continuer de tuer des animaux non humains de la sorte permet juste au lobby des abattoirs de faire du profit et de prendre plaisir à les tuer et à les dominer.
Pauline Perolla & Jules Mathis
Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris
- Job 1,6-22
"Vere, tu es Deus absconditus Deus salvator1", cette expression tirée de la Vulgate à fait chemin; on la connais chez Pascal, elle est devenue un leitmotiv en peinture...
Mais qu'est ce que réellement ce Deus absconditus ? Que signifie-t-il ? Que porte-t-il en son sein ? Ce sont les questions auxquelles nous tenterons de lancer quelques suggestions et propositions de réponses.
À ce sujet, dans son célèbre livre Das Heilige, Rudolf Otto suggère que la nature du divin est radicalement autre, de sorte qu'elle n'est pas une idée morale ou rationnelle, est-elle seulement une idée ? si bien qu'on ne peut la saisir que dans sa partie, par les catégories logiques de l'homme.
Le divin est le tout Autre :
Unbegreifbar ist der wirklich ‚mysteriöse‘ Gegenstand nicht nur deswegen, weil mein Erkennen in Bezug auf ihn gewisse unaufhebbare Schranken hat, sondern weil ich hier auf ein überhaupt ‚Ganz Anderes‘ stoße, das durch Art und Wesen meinem Wesen inkommensurabel ist und vor dem ich deshalb in erstarrendem Staunen zurückpralle2 (Das Heilige, Breslau, 1917, p.29)
Ainsi donc le mystère du divin, qui n'est qu'un ersatz de qualité que l'on tente de saisir du Deus Absconditus, suscite une sorte d'extase mystique, mais pourtant, dans la mesure de son incommensurabilité, terrifiante.
C'est donc du côté de la mystique que nous chercherons, plus particulièrement chez Maitre Eckhart qui a, selon nous, fait l'usage le plus explicite et puissant du Deus Absconditus dans sa théologie apophatique.
La théologie négative d'Eckhart se manifeste d'abord par le refus de nommer Dieu, ou plutôt de lui attribuer un substantif en soi; Dieu est ineffable. Tantôt indicible (unsprechlich) car au delà de tous les noms (über alle namen), tantôt la négation même de tous les noms (ain logenung aller namen3) de sorte que nommer Dieu serait soit le rabaisser, sinon manquer totalement son essence. Or, ne serait-ce que désigner Dieu comme ineffable, c'est déjà le nommer, il semble y avoir une aporie4.
Nullement, aux yeux d'Eckhart. Si l'on peut dire de Dieu qu'il est une essence, c'est précisément parce qu'en tant qu'Être, il est le Deus Absconditus. De plus, reprenant les enseignements de Saint Augustin selon lesquels que, comme nous procédons de Dieu, il ne nous est pas extérieur mais bien plutôt intérieur : « ne va point au dehors, rentre en toi-même; dans l'homme intérieur habite Dieu5»
En tant qu'essence, Dieu demeure bien ineffable, mais il ne nous est pas étranger si nous cherchons en nous même le mystère de l'essence divine. Ainsi, parfois, Eckhart utilise l'expression de Nomen innominabile qu'il tire de sa lecture des Noms divins du Pseudo-Denys où il s'exprime en ces termes : τό θαυμαστόν ὂνομα, τό ΰπερ παν ὂνομα, τό άνώνυμον6 Denys, analysant la Bible, conclut à une polynomie (πολυώνυμον) de Dieu; il est écrit de lui : « Je suis Celui qui suis », « la Vie », « la Lumière »... On le nomme aussi par ce qu'il produit, ce dont il est la cause : le Bon, le Sage, Dieux des dieux...bref, pour le pseudo-Denys, Dieu peut-être appelé «Πάντα τά ὂντα καί ούδέν τών ὂντων7»
En réalité, polynomie et anonymat de Dieu, bien loin d'être des opposés, sont, dans l'interprétation du Meister, complémentaires : là où l'anonymat de Dieu représente le mystère de son essence, du Deus Absconditus, la polynomie est interprétée par Eckhart comme nécessairement liée aux manifestations de Dieu dans ses vertus (δυνάμεις). Dieu est cause en tant qu'il est Bon, Tout-puissant, Seigneur, Créateur....ainsi le nom de Dieu est, plus que le nom de Dieu en soi, le nom de la modalité sous laquelle il se révèle à nous, mais l'Être demeure toujours ineffable. Lorsque nous nommons Dieu par ses attributs, nous désignons une modalité de Dieu qui est dans une mesure saisissable par nos catégories : c'est à dire, la manifestation du divin dans le monde phénoménale, telle que cette manifestation nous semble logiquement procéder de la modalité du divin que nous engageons. Néanmoins, rappelons que pour Eckhart, et en réalité la grande majorité des théologiens chrétiens, nous n'accédons pas au divin par l'en dehors, par les phénomènes8, mais bien par la pratique mystique, l'exercice spirituel9, de sorte que les noms divins sont au moins approximatifs sinon trompeurs en ce qui concerne l'essence divine.
Pourtant, Eckhart admet bien Dieu comme à la fois anonyme et polynyme selon qu'on le considère per se ou comme cause universelle par sa manifestation phénoménale10 car le nom au dessus de tous les noms, ajoute Eckhart, n'est pas innommable, mais plutôt comprend tous les noms que l'on attribut au divin : « non est innominabile, sed omninominabile11» Ainsi donc ce nom au dessus de tout noms, est la source de tous les noms que l'on peut attribuer au divin comme cause première à partir de ses effets, parce qu'il est un nom unique. Le nom qui désigne le divin dans toutes ses modalités doit lui attribuer tout ce que Dieu peut produire et plus encore; signaler la transcendance du divin comme cause première par rapport à ses effets. Ce nom unique est la démarcation entre le Deus Absconditus, l'essence du divin en soi, et la polyomie de Dieu, c'est à dire ses modalités actives qui se font saisir et nommer par l'Homme à travers le prisme des phénomènes causales. Maitre Eckhart se place donc dans la perspective de trouver un nom unique contenant tous les autres noms.
Ce nom suprême, ajoute Eckhart, le nom au dessus de tout nom, est celui de l'Un12. L'Un, le nom donc au dessus de tous les noms divin qui les rassemble tous dans un Être unifié, où tous les noms ne se distinguent plus mutuellement et s'identifient avec l'essence divine dans l'Un.
De ce fait donc, pour Eckhart, que l'Un est bien plus que le nom suprême du divin, il est le principe premier13 de la productibilité de la déité (Gottheit). De par ce fait donc, Eckhart réunit l'ensemble des modes du divin et les actes de création, de mise en mouvement, de mise en repos, de génération et de corruption dans une action antérieur de Dieu en refusant la séparation et la distinction entre l'émanation des modalités du divin et les créations du premier moteur. Et bien que cela apparait comme distinct du point de vue de l'en dehors de l'Un, tout ceci demeure bien identique en Dieu puisque le nom au dessus de tout nom est l'Un, ce dernier doit contenir une action unique produisant à la fois les modes du divin (Père, Fils, Saint-Esprit...) aussi bien que les effets crées.
Finalement, l'Être divin d'Eckhart est ineffable parce qu'indistinct, indécomposable, insaisissable à travers les catégories logiques et l'organon humain qui nécessitent des limitations et une mesure à l'Être pour le considérer et produire sur lui une gnose. En situant l'Un après l'Être innommable, le Meister lui a prêté un sens original; l'Un est devenu le premier nom du divin, principe premier et unique de tous les noms, de toutes les expressions de l'Inexprimable, et, en somme, du Deus Absconditus.
Le divin comme Dieu caché n'est pas une chose bien évidente, mais laisse des signes suffisants pour celui qui veut et sait chercher en soi; c'est là l'enseignement à la base de toute mystique. Par celle-ci, Eckhart nous donne un nom du divin comme le signe, comme l'Erscheinung si l'on veut, de Dieu, c'est de l'Un que tout procède et par quoi tout procède en dernière instance. Point de chance dans la législation du monde; « Il n'y a pas de hasard, parce que le hasard est la Providence des imbéciles, et la Justice veut que les imbéciles soient sans Providence14 » Si donc, la pratique mystique est le seul chemin d'accès au divin-Un, qu'advient-il des las, des forçats, des vagabonds et autres hérésiarques ? Probablement, dirait le catéchumène mystique, ce sont les voluptés des vices qui attendent ses pauvres hères, si l'on ne sait et peut connaitre par quel Être unique procèdent et en quels buts existent les choses terrestres. C'est le risque de prendre sa volonté comme existante en soi et pour soi puis agir selon celle-ci jusqu'à se rendre en état de péché mortel.
L'Orgueil et sa bâtarde, la Colère, se laissent brouter par leurs flatteurs; la pacifique Envie lèche l'intérieur des pieds puants de l'Avarice, qui trouve cela très bon et qui lui donne des bénédictions hypothéquées avec la manière de s'en servir; l'Ivrognerie est un Sphinx toujours pénétré, qui s'en console en allant se soûler avec ses Œdipes; la Luxure, au ventre de miel et aux entrailles d'airain, danse, la tête en bas, devant les Hérodes, pour qu'on lui serve les décapités dont elle a besoin, et la Paresse, enfin, qui lui sort du vagin comme une filandre, s'enroule avec une indifférence visqueuse à tous les pilastres de la vieille cité humaine. (Le désespéré, Léon Bloy)
Ce qui créer, en réalité, la vocation mystique, c'est la douleur. Non pas tant, car elle serait une épreuve, mais plutôt parce qu'elle creuse l'âme, elle l'a dépouille du superflu des passions humaines, selon Ernest Hello, de sorte à y laisser la place pour Dieu, pour permettre aux malheureux de faire l'expérience intérieur15 du divin : « L'homme a dans son pauvre cœur des endroits qui n'existent pas encore, et où la douleur entre afin qu'Il soit16». Puis par la suite, les malheureux retrouvant en eux la trace du divin, ceux-ci se rassurent : dans l'Un et par l'Un, tout est Providence. En ce sens, nous voyons comment la mystique, au départ métaphysique, glisse et devient une éthique eschatologique.
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Tout ce qui arrive est Adorable, si l'on songe que rien n'arrive sans la permission de Dieu17.
Hugo Fuchs
1 Es 45,15; « Véritablement, tu es un Dieu caché, un Dieu sauveur »
2 « L'objet effectivement "mystérieux" est incompréhensible non seulement car ma connaissance de celui-ci a quelques limites insurmontables, mais aussi parce que je suis ici confronté à quelque chose de "totalement Autre" qui, par sa nature et son essence, est incommensurable à mon être et donc devant lequel je recule après la stupéfaction »
3 Die deutschen und lateinischen Werke (DW), Herausgegeben im Auftrage der Deutschen Forschungsgemeinschaft, p. 253
4 C'est ce que soutiendra Saint Augustin
5 Saint Augustin, De la vraie religion, Les Belles Lettres
6 « le nom merveilleux, le nom suprême, l'anonymat », cité par V. Lossky dans son livre Théologie négative et connaissance de Dieu chez Maitre Eckhart, p.18
7 « tout ce qui est et rien de ce qui est »
8 Le mot allemand désignant, en général, le phénomène est Erscheinung, c'est à dire le se-montre-dans-la-lumière en un sens très littéral, traduit mieux l'implicite du mot grec φαινόμενον qui vient de φαίνειν, c'est à dire le fait de mettre en lumière (φώς) donc l'Erscheinung est ce qui se montre lui même en lumière par lui même; das Sich-an-him-selbst-zeigende dirait Heidegger, dont les analyses linguistiques ne sont certes pas toujours heureuses, mais qui fait une distinction essentielle pour nous. Selon lui, l'usage de Kant de l'Erscheinung est trompeur car il le confond avec le Phänomen : c'est à dire une apparition en soi et pour soi qui se vaut pour lui même sans lien avec les Dinge an Sich. Or, précisément pour Heidegger, l'Erscheinung est trompeur, il se montre certes pour soi mais pas en soi; il est le signe et le symptôme d'un Être plus profond qui est Esse Absconditus. Le divin donc, en tant qu'Erscheinung, se fait en réalité bien plus absconditus que revelatus pour nos catégories humaines, d'où la recherche mystique du divin en son for intérieur que préconisent Augustin et Eckhart.
9 Dans les Exercices Spirituels d'Ignace de Loyola : « on entend toute manière d’examiner sa conscience, de méditer, de contempler, de prier vocalement et mentalement, et d’autres opérations spirituelles, comme il sera dit plus loin. De même, en effet, que se promener, marcher et courir sont des exercices corporels, de même appelle-t-on exercices spirituels toute manière de préparer et de disposer l’âme pour écarter de soi toutes les affections désordonnées et, après les avoir écartées, pour chercher et trouver la volonté divine dans la disposition de sa vie en vue du salut de son âme » (Première annotation)
10 Dans son Commentaire de l'Exode : « Sequitur secundo videre quod dicitur omnipotens esse nomen eius. Licet autem de nominibus dei notaverim in deversis locis, - prius super genesim capitulo 13°, secundo super illo : Oriens nomen eius, Zacharie et philippens 2°, super illo : donavil illi nomen quod est super omne nomen - quia tamen thomas, parte 1a, questione 13a, materiam de nominibus dei, utrum deus sit nominabilis, fundat super isto verbo, Omnipotens nomen eius, placet hic notare ad presens quatuor [...] Non assumas nomen Dei tui in vanum [...] Ego sum qui sum [...] Notavi de hoc plenius in libro questionum, ubi agitur de nominibus dei » c'est à dire « Il s'ensuit en second lieu d'examiner ce qu'on dit lorsque l'on affirme " Le Tout-puissant est son nom" bien que j'ai déjà fait des remarques sur les noms de Dieu en divers endroits : d'abord dans mon Commentaire de la Genèse, chapitre 13, ensuite sur le passage de Zacharie et Philipiens 2 "Il lui a donné le nom qui est au dessus de tout nom" mais cependant puisque [Saint] Thomas, dans la première partie, question 13, fonde la discussion sur les noms de Dieu, c'est à dire la question de savoir si Dieu peut être nommé, sur cette parole "le Tout-puissant est son nom", il convient de noter pour le moment quatre points [...] tu ne prendras pas le nom de ton Dieu en vain [...] Je suis celui qui suis [...] J'ai traité cette question plus en détail dans mon livre des Questions, où il s'agit des noms de Dieu »
11 Toujours dans son Commentaire de l'Exode, C., f. 43vb, II. 25-40
12 Ibid, C., f. 10va, II. 33-30 : « 4° notandum quod hoc modo omnis creatura ab externo benedicit domino, et benedicit omni nomine, quia nomine quod est super omne nomen, et per consequens prehabet omne nomen ; prehabet, inquam, omne, utpote unum ; prehabet omne nomen, inquantum est super nomen"» c'est à dire « Quatrièmement, il faut noter que de cette manière toute créature qui bénit le Seigneur ab externo et le bénit par tout nom. Parce que [Dieu possède] le nom au dessus de tout nom et par conséquent il contient d'avance tout nom, il possède, dis-je, tous les noms comme étant un seul; il possède tout nom en tant qu'il est au dessus de tout nom »
13 άρχή, Eckhart à une dette incommensurable vis-à-vis des lectures d'Aristote d'Averroès et Avicenne.
14 Léon Bloy, Le mendiant ingrat, le 7 mars 1894
15 « les états d'extase, de ravissement, au moins d'émotions méditatives [...] C'est jouer l'homme ivre, titubant, qui souffle sa bougie et se prend pour la nuit » - Georges Bataille dans l'Expérience intérieur
16 Léon Bloy, La Femme pauvre
17 Léon Bloy, Le salut par les Juifs
Aurai-je dû parler d'autres choses ? Quel personnage peut intéresser en dehors de lui ? De qui et de quoi peut-il être question, après un pareil homme ?
François-René de Chateaubriand - Les Mémoires d'outre-tombe
À l'évocation du nom de Sade l'on rougit encore, encore beaucoup trop se crispent en évoquant l'idée du vieux marquis. Mais il faut les comprendre; toute cette pantomime, ça fait leurs affaires à certains, ça fait tourner leurs boutiques et ça mets du beurre dans les épinards. On en distingue deux, au moins, des boutiquiers du sadisme : le premier nous fait déjà le cabri sur sa chaise, avec ses grands airs et ses trémolos dans la voix :
- Avez-vous lu Sade, savez-vous ce qu'il écrit ?
- Certainement...
- Eh quoi alors ! vous tolérez la vermine, le phallocrate, cette abomination de la désolation ?
- Aucunement, mais...
- Alors loin, très loin de moi, le glaireux marquis !
Celui-là se fait une nouvelle vertu en réprouvant ce qui est déjà réprouvé. Le second est différent. Celui-ci a écouté religieusement le premier, il l'écoute souvent même parce que ses paroles l'exaltent. Il aime écouter ceux qui vomissent Sade, ceux qui l'indexent parce que lui, le second, il lit Sade, pis encore ! il aime Sade et il l'aime d'autant plus que Sade est conspué.Il prend Sade pour un auteur radical, un auteur qui sent le soufre, un "si Céline et Brasillach avait fait un gosse". Alors, en catimini dans la nuit, il parcourt son volume in-12 des Œuvres du marquis dans sa belle édition de la Pléiade, il tourne soigneusement les pages en papier bible et exulte de par cette entreprise scélérate. Ah ! qu'est ce qu'il est rebelle notre second...Ah, que ces deux là nous apparaissent comme de tristes sires...
Alors traitons Sade comme il devra être traité demain; comme n'importe quel autre philosophe. Car philosophe, Sade l'est avant tout, et cela de son propre aveu : "je suis philosophe, tous ceux qui me connaissent ne doutent pas que j'en fasse gloire et profession"i
Ce que nous nous proposons ici d'aborder est la signification et la valeur de l'expérience sadique, c'est à dire la logique même des actes excessifs tels que représentés dans l'œuvre du marquis de Sade. Nous pouvons déjà noter que les actes excessifs chez Sade sont présents sous un double caractère : 1) en tant que représentation sensible; c'est à dire l'acte en lui même 2) sa représentation décrite en tant qu'elle participe au mouvement de l'excèsii Dans son œuvre, la représentation décrite des actes préfigures les actes en eux mêmes de sorte que cette écriture même ne soit pas simplement descriptive mais aussi interprétative : l'acte excessif et sadique se trouve comme engendré par la nature sensible des hommes et leurs raisons. C'est en cela que l'acte sadique n'est pas l'œuvre d'un "fou" ou d'un "déviant" mais bien celle d'une personne tout à fait raisonnable. De sorte que, les actes excessifs, qui sont essentiellement actes de destruction, sont des actes naturels chez Sade, c'est à dire des actes qui se trouvent déterminés par les penchants a priori de tout homme. Sade va plus loin encore; il justifie ces actes comme organisés légalement par la nature, les actes sadiques relèvent d'une législation de la nature elle-même. :
"Il n'est point d'action, si bizarre qu'on la suppose, qui ne soit dans la nature"iii
"La destruction est une des premières lois de la nature"iv
Néanmoins, chose étonnante, Sade ne chercha pas à formuler positivement et conceptuellement l'acte excessif. Nous pouvons croire qu'il fit cela comme pour maintenir le motif de la transgression; motif central et condition sine qua non de l'acte sadique. Formellement,dans ses écrits, Sade demeure dans le cadre de la raison normative pour deux raisons : premièrement, car il reste dans la sphère d'un langage logiquement structuré mais surtout car l'acte sadique pour pouvoir exister dépend d'un cadre normatif antérieur et rationnel duquel l'acte sadique, pour rester transgressif, prend l'apparence de l'irrationalité. Néanmoins, l'acte sadique, comme acte rationnel, ne saurait être un acte de destruction total de la normativité sinon le sadisme serait face à un paradoxe; une fois la transgression effectuée, la norme détruite, que reste-t-il alors de l'acte excessif, de l'aberration ? Précisément rien.
Donc l'acte sadique n'est pas, pris dans sa logique, un acte de destruction (cela, il ne l'est qu'en apparence). Il est au contraire un acte de conservation de la normativité car la jouissance se trouve dans le sadisme, dans l'excès d'outrepasser la normativité d'une telle violence que ces actes semblent en dehors du règne de la rationalité. Le personnage sadique existe et agit en rapport à une normativité qu'il subsume à son action. Néanmoins, cette action se détermine par rapport à une idéev ; l'idée du mal. Pourtant, si l'idée du mal est la mesure de la pratique sadique, ce que peut offrir la nature au sadique est toujours en deçà des aspirations de celui-ci; le personnage sadique ne peut se remettre de sa déception du fait que le crime absolu est, dans la pratique, impossible, il n'est qu'une idée. Ainsi, dans les Journées, le libertin Curval ne se satisfait pas des objets qui lui sont présents mais demeure à la recherche de celui qui n'est pas là; "l'idée du mal". Ainsi, les personnages sadiques enragent sans cesse de la bagatelle que leur procurent leurs crimes par rapport à la si haute idée qu'ils ne peuvent atteindre que par la raison purevi
Sade, le grand Autre
La rationalité prend dans la logique sadique une place fondamentale. En ce sens, Sade est un enfant de son siècle. Or, si pour les Lumières la raison était la promesse du progrès humain (elle est principe de connaissance, principe de l'autonomie, source de la morale...) Sade nous l'a montre tout autre. Chez Sade, la raison est source de violence ou plus précisément le raisonnement est en lui-même violence. Néanmoins, ce raisonnement ne tend pas à l'universalité ; Sade ne cherche pas à se justifier ou à convaincre; donc le raisonnement ne cherche pas à être partagé par autrui. Dans l'acte sadique, l'intérêt se trouve dans la subversion de la rationalité normative en rationalité extra-normativevii. Nous l'avons dit, le personnage sadique est fondamentalement conservateur; il a besoin de la normativité qui lui est antérieure, il a besoin d'instituions, il pense par rapport à la catégorie de propriété. Encore une fois, Sade est l'enfant de son siècle mais cette fois d'une manière plus particulière.
Toute la pratique sadique consiste, selon l'expression de Pierre Klossowski, en une "prostitution universelle des êtres"viii. L'être humain sur lequel se projette le dévolu sadique se réifie; il devient objet et perd ce qui lui valait de facto le respect; son humanité. Par la réification donc, l'humain devient objet, pire, il devient propriété en acte, sinon toujours en puissance, du sadique. Le sadique entretient un rapport de propriétaire avec le genre humain ; il peut en user, en abuser, le faire fructifier de sorte que tout ce qui plaît au sadique lui apparaît comme permis : "Les hommes sont des choses : on peut en disposer à son gré, les user et les briser comme on brise un vase trop fragile"ix Si donc l'avènement de la propriété bourgeoise marque au fer la logique sadique, celle-ci n'est pas a proprement parlé totalement bourgeoise en elle-même car comme le note Klossowski, la "prostitution universelle des êtres" ne se comprend qu'en rapport avec la "propriété morale du corps individuel". Ainsi, c'est encore le féodalisme, dont Sade est issus de par sa famille, qui permet à la conception de la propriété sadique d'émerger. En effet, le droit qu'exerce le sadique sur autrui, c'est un droit de naissance, de nature ; c'est le plus apte (ou tout autre qualité que l'on voudra pourvu qu'il s'agisse d'une personne en qualité de dominant) qui se fait propriétaire sur autrui, cela en va de l'ordre des choses : "Né à Paris dans le sein du luxe et de l'abondance, je crus, dès que je pus raisonner, que la nature et la fortune se réunissaient pour me combler de leurs dons; je le crus parce qu'on avait la sottise de me le dire, et ce préjugé ridicule me rendit hautain, despote et colère"x. En de nombreux points,donc, Sade c'est ce grand Autre du siècle des Lumières.
Ainsi, ce qui nous intéresse chez Sade ce ne sont pas tant les écrits scandaleux mais très brouillons, passe encore qu'il eut du style. Non, ce qui est intéressant c'est plutôt ce qu'il a à nous dire, ce grand Autre, sur l'arrogance que l'on a eut en considérant la raison comme promesse et comme moyen du salut universel. Sade nous donne le signe du sadisme comme le signe de la raison dominante, de la rationalité comme violence envers autrui, de la rationalité comme grand mouvement de réification du monde. L'on a déjà écrit à ce sujet mais bien trop peu encore, encore trop peu l'on se prête à considérer, du point de vue de sa logique, donc de son essence, la rationalité normative comme accoucheuse de violence, de contrainte et d'âpreté. L'on se résigne : Sade à encore beaucoup à nous dire, on a encore beaucoup à faire dire à Sade; il faut prendre son œuvre à bras-le-corps et certes, l'on y patauge dans la boue des coeurs...mais il ne faut pas hésiter...la maltraiter...lui donner la roue et le bâton jusqu'à ce qu'elle expurge. Sade était un homme des Lumières, eux qui, pourtant en semblent si éloignés; il y a de vilains plis aux manchettes de leurs vertus. Aux Lumières de se débrouiller avec lui. Et certes, l'on a redécouvert Sade au siècle précédent, l'on a dit beaucoup de choses depuis les années 60, beaucoup de bagatelles et si peu de choses éclairantes; de quoi se composer un torcheculatif. En ce qui nous concerne aujourd'hui, et demain, nous tacherons faire de Sade ce dont il aurait dû être fait depuis longtemps.
Du fond de ta tombe francilienne, Sade, tu ne dors pas encore.
Hugo Fuchs
i Oeuvre complète du marquis de Sade, ed. Gilbert Lely, vol. XV, p.27
ii Nous traiterons plus loin de la téléologie de l'acte sadique
iii Les 120 journées de Sodome, ed. Michel Delon, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Oeuvres, t.1
iv La Philosophie dans le boudoir dans Français, encore un effort si vous voulez être républicains, ed. Michel Delon, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Oeuvres, t.3
v En ce sens, le personnage sadique est idéaliste, ce n'est pas nécessairement la cas pour le sadisme en général
vi Sade n'a très probablement jamais eut connaissance des écrits de Kant. Néanmoins, nous ne pouvons que constater qu'une partie conséquente de la logique sadique fait écho aux critiques kantiennes
vii La rationalité sadique ne cherche pas sa propre normativité du fait que son essence même réside dans l'acte excessif. Si le sadisme devenait, par la force des choses, une normativité, il s'abolirait lui même; peut-être est-ce là la plus grande contradiction du sadisme.
viii Sade mon prochain, Points
ix Justine ou les Malheurs de la vertu, ed. Michel Delon, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Oeuvres, t.2
x Aline et Valcour, ed. Michel Delon, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Oeuvres, t.1
A l’occasion de mon arrivée à l’université de Strasbourg, la Revue de l’Amicale des Etudiants en Philosophie m’a fort aimablement ouvert ses colonnes en me laissant la plus complète liberté quant au propos que je souhaitais tenir. Aussi ai-je choisi de m’adresser prioritairement aux étudiants qui commencent leurs études de philosophie en me disant qu’il ne serait peut-être pas inintéressant pour eux d’apprendre comment l’un de leurs professeurs était lui-même venu à la philosophie. Je ne donnerai donc ici que peu d’éléments biographiques « objectifs » que vous trouverez sans mal sur internet, et je privilégierai une approche plus subjective et personnelle.
Je ne suis pas venu directement à la philosophie : dans les dernières années de la formation secondaire, disons de la classe de troisième à celle de première, l’histoire était ma discipline préférée et je me projetais alors vers des études dans cette discipline ou, à défaut, vers les sciences politiques. Je n’avais à l’époque strictement aucune idée du genre de métier que je pourrais faire mien à l’avenir : j’envisageais des études après le bac, en me disant que je verrai bien jusqu’où je les mènerai et où elles me mèneraient elles-mêmes… Des discussions avec un élève d’hypokhâgne, alors que j’étais moi-même encore en seconde, avaient éveillé ma curiosité pour les classes prépa : la pluridisciplinarité et le fait de retarder la spécialisation n’étaient pas pour me déplaire – sans penser au concours de l’école dont je me disais (jusqu’en khâgne) que les chances d’y réussir avoisinaient celles de gagner le gros lot au loto. Comme pour beaucoup d’entre vous certainement, c’est la rencontre d’un professeur de philosophie, M. Ricard, en classe terminale au lycée Condorcet à Paris, qui a été absolument décisive : dès les premières semaines d’un enseignement qui puisait directement à la source des oeuvres de Platon, Rousseau et Kant, j’ai très rapidement été convaincu que cette discipline serait celle à laquelle je consacrerai non seulement mes études, mais ma vie. L’engouement fut tel que la réussite scolaire suivit sans mal, jusqu’à l’agrégation de philo. et l’école qu’on dirait de Lyon aujourd’hui, en passant par les universités de Paris IV et Paris I où je rencontrai quelques grands professeurs : Jacques Rivelaygues, Jean-François Marquet, Bernard Bourgeois, qui ont décidé de mon orientation vers la philosophie allemande. Si je devais tirer un enseignement de ce parcours d’études, ce serait celui-ci : faites de la philosophie d’abord par plaisir et parce que cela vous paraît indispensable à la vie, et le reste suit.
Depuis l’âge de 15 ans, j’étais en quête de moyens de comprendre la société et la politique : si l’histoire m’avait d’abord intéressé, c’était parce que j’y reconnaissais un moyen indispensable à cette fin, mais il m’a paru très rapidement que la philosophie était aussi un tel moyen, plus efficace peut-être parce que plus directement lié aux possibilités propres aux pratiques humaines, ou parce qu’orientée autant vers ce qui devrait ou pourrait être que vers ce qui est ou a été, et parce qu’elle avait été depuis l’Antiquité le lieu même de l’investigation et de l’interrogation par les hommes du sens de leur vie collective, sociale et politique.
On peut venir à la philosophie et beaucoup viennent à elle en y voyant la mise en oeuvre d’un questionnement portant sur le vrai, le beau, la nature, la connaissance, dieu, l’esprit, l’être, etc. : pour moi, elle a d’emblée été le lieu d’un questionnement sur la pratique, l’activité, la vie sociale et politique, les autres questions (sur l’être, le sens, dieu, le vrai, etc.) venant s’inscrire ensuite dans ce cadre. Certainement est-ce là le legs de la première discipline qui m’avait paru fondamentale, l’histoire : j’ai toujours considéré et je considère toujours qu’un homme, y compris un philosophe et sans doute surtout lui, lorsqu’il s’interroge sur les fondements de la connaissance, sur le sens de la vie, sur l’existence d’un dieu, etc., le fait toujours en étant lui-même situé dans un contexte historique, social et politique. En ce sens, le questionnement philosophique, y compris lorsqu’il porte sur les objets les plus abstraits, les plus « purs » et les plus « nobles » (catégories elles-mêmes évidemment sociales), est toujours en même temps le moyen par lequel un moment historique et un certain état social disent quelque chose d’essentiel à propos d’eux-mêmes et expriment ce qui leur semble être leur sens le plus propre, ainsi que l’horizon vers lequel ils veulent aller. On peut comprendre, dans ces conditions, pourquoi l’oeuvre et la pensée de Hegel sont celles dans et par lesquelles je me suis initialement formé à la philosophie : y a-t-il eu, parmi les modernes, un philosophe plus conscient que Hegel du caractère foncièrement historique de la pensée philosophique, de son enracinement dans une vie sociale et collective et de sa portée fondamentalement politique ?
Mais, me direz-vous, si c’est la société qui m’intéressait, pourquoi ne pas avoir étudié directement la sociologie, plutôt que Hegel ou Marx ? Je répondrais que l’étude de la philosophie n’exclut évidemment pas celle de la sociologie, ni celle de toute autre science d’ailleurs, qu’elle soit « humaine » ou pas. J’ai donc fini par lire aussi beaucoup de sociologie, mais en ayant commencé par lire les philosophes et en continuant de les fréquenter prioritairement. Et il me paraît que celui qui lit de la sociologie, qui en nourrit sa réflexion, voire qui en fait, en ayant d’abord commencé par faire de la philosophie et en continuant d’en faire, est quelqu’un qui ne peut jamais négliger ni oublier que la tâche de comprendre la vie sociale des hommes telle qu’elle est engage également toujours une réflexion sur ce que la société pourrait être si les hommes parvenaient à en être les acteurs pleinement conscients, s’ils réussissaient à en faire le lieu d’évolutions collectivement assumées et démocratiquement choisies. Quand il s’agit de permettre aux acteurs de mieux comprendre le sens social de leur existence et d’en choisir les évolutions souhaitables de façon éclairée, je reste convaincu que la philosophie a un rôle actif à jouer, et donc qu’elle a bien elle-même une fonction sociale à assumer.
Franck Fischbach
Il est une question récurrente de la part des lycéens et des étudiants en sciences humaines, celle des débouchés. Bien que ce soit véritablement un sujet de débat dans nos universités, les filières de sciences humaines semblent trouver un nouvel essor. Nos universités se battent pour cela du fait qu'elles comprennent l'enjeu d'instruire des étudiants au risque qu'ils ne trouvent pas d'emploi directement associé à leur formation, et font pour cela un travail considérable. Mais, notons tout de même qu'en ces temps de crises, à la fois économiques, sociales, et culturelles, la société toute entière se tourne désormais vers ce qu'il reste de plus solide de sorte à trouver un échappatoire à cette situation qui a tout l'air d'être un cul-de-sac. C'est donc vers un questionnement plus général que se tourne la société, interrogeant de cette manière ce qui est de l'ordre de l'éthique. La connaissance de l'humaine condition et le rapport à l'autre ainsi qu'au monde sont devenus des aspects primordiaux, y compris dans le milieu de l'industrie. C'est ici que nous trouvons notre rôle.
Rassurez-vous, je ne vais pas tenter de faire ici le constat d'un monde en ruine. Concrètement, notre filière mène à davantage de choix d'orientation qu'on ne le conçoit communément. Le tout c'est de le savoir.
Faisons place dès à présent à une présentation des différentes orientations. Notez toutefois que le choix de l'orientation ainsi que de la professionnalisation ne se fait qu'à partir du Master. L'option de suivre un stage est un choix personnel et doit se soustraire à la maquette proposée par la faculté. Pour plus de précisions à ce propos veuillez vous référer à l'article posté sur le site de l'Amicale.
Une licence, et après ?
Hormis le choix de poursuivre un parcours classique menant au professorat (CAPES, Agrégation, Diplôme d'enseignement polyvalent du premier degré, poursuite en thèse,...), il existe notamment la possibilité de se présenter aux concours de la fonction publique (administration, médico-sociale, éducation-animation, police-sécurité-armée, technique-sciences, petite enfance).
Le niveau d'étude est différent selon la fonction visée, de même qu'il existe différentes catégories dans la fonction publiques (catégorie A (bac + 3 minimum), catégorie B (bac à bac+2) ou catégorie C (CAP-BEP maximum) ). Certaines écoles, comme Sciences Po, proposent des prépas spécifiques aux concours. Pour exemple, la prépa ENA. Ou bien même l'IPAG (Institut de Préparation à l'Administration Générale) de Strasbourg.
D'autres voies semblent malgré tout se dessiner pour les philosophes qui ne souhaitent pas se tourner vers ses fonctions. Il existe maintes spécialisations en Master, le plus souvent en M2. L'Ecole de Management (EM) de Strasbourg propose par exemple de suivre une spécialisation en ressources humaines en M2, que ce soit en formation initiale ou bien en alternance pour une professionnalisation performante. Il y notamment les diverses orientations possibles à Science Po Strasbourg (d'autres sont également possibles dans d'autres villes. J'invite le lecteur intéressé à consulter le site national de l'école). Deux exemples de formations en M2 : Politique et Gestion de la Culture, et Sciences Sociales du Politique. Ces formations, celle de l'EM incluse, permettent de mettre en pratique une connaissance théorique de l'action humaine. Mais ce ne sont que trois exemples parmi une multitude dont la liste serait bien trop fastidieuse à faire. Il y a d'autre part les métiers de l'information, du journalisme, de la communication, du conseil, etc... Il existe environ 500 Masters possibles à travers la France pour les philosophes, selon une étude menée par l'Université de Grenoble consultable à l'AEP. Sans compter notamment les différentes voies et mentions au sein des universités de philosophie de France qui mènent bien entendu à un choix plus large d'opportunités dans la vie active.
En somme, vous l'aurez compris, suivre des études de philosophie ne mène pas uniquement au professorat. Le choix est large, d'autant plus que certaines filières favori-sent l'insertion des étudiants en sciences humaines du fait de leurs connaissances uniques et certaines, de leur rigueur de pensée, ainsi que de leur ouverture.
Jean-Daniel Thumser
Bienvenue en première année à la Faculté de Philosophie de l’Université de Strasbourg (UDS) ! Durant cette année haute en couleurs, en nouveauté et en questionnements divers et variés, il est ici de ma mission de te proposer, jeune philosophe, une vision générale et précise des points importants, non négligeables auxquels tu seras confronté tout au long de l’épreuve qu’est la première an-née de licence. Voici, quelques généralités, mais aussi quelques difficultés pour lesquelles tu seras ici préparé ou encore quelques-uns des « pièges à éviter ».
Des difficultés et des « pièges » à éviter…
...en début d’année
Une des premières difficultés rencontrées sera de composer votre emploi du temps en début. Il te sera demander de choisir une option, qui n’est pas enseignée par la faculté de philosophie (grec ancien, sociologie…etc.). Choisis ton option selon tes goûts bien évidemment, mais aussi selon ton emploi du temps, car il peut arriver certains cours se chevauchent avec les options.
Il te sera aussi demandé de compléter une feuille pour faire ton inscription pédagogique. Ici, veille bien à ce que le total de tes cours du premier semestre soit effectivement égal à 30 crédits ECTS (cf. « jargon et lexique »). Car si tu n’obtiens pas ces 30 crédits à la fin du semestre, il te sera impossible de le valider.
Ne perd pas trop de temps à faire le choix de ton/tes options pour éviter de rater les débuts de cours, qui, généralement, posent les fondations de ce qui va être étudié. Aussi, parfois certains professeurs comptent les absences et te considérera comme « défaillants » au bout de trois : donc surtout ne pas louper le premiers cours qui risqueraient de t’empêcher de passer les examens de cette option en question.
… tout au long de l’année
Il peut paraître lourd de le rappeler mais une présence assidue aux différents cours de l’année est une nécessité pour obtenir son année. De plus, la Faculté de Philosophie expérimente la suppression des partiels de fin de semaine pour passer à un contrôle continu intégral, demandant ainsi de revoir et d’étudier régulièrement son cours.
Une bibliographie associée à chaque te sera donné dans le guide pédagogique : il est conseillé de lire au minimum les parties étudiées durant le cours. Rend-toi à la bibliothèque car toutes les oeuvres philosophiques y sont renfermées. Il faut bien sûr travailler régulièrement et sérieusement, mais ne pas négliger les moments de détente, surtout les soirées organisées par l’AEP…
Et surtout, il ne faut pas que tu t’isoles des étudiants qui font partie de ta promotion, qui permettent de partager les problèmes rencontrés mais aussi les solutions personnelles.
… au moment des examens
Il viendra le temps des examens. Il faut préférer venir à l’examen plutôt que de ne pas se présenter et d’être par la même occasion noté défaillant. En effet, il te sera difficile de rattraper tous les cours en dessous de la moyenne, si cela arrivait, bien évidemment.
Il peut être aussi être constructif de travailler, mais aussi de réviser à plusieurs, pour partager et compléter les cours, les blancs et les contre-sens possibles. Il est très constructif pour chacun de faire quelques groupes de lecture et de lire des extraits, des textes ensembles et de les commenter et les expliquer ensemble, d’en discuter, pour les assimiler et les éclaircir au mieux possible.
Jonathan Daudey
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Chers nouveaux camarades,
Si vous lisez cette phrase, c’est que vous êtes valeureux car vous avez, rien que par votre présence en cette faculté, mis à bas les préjugés qui blessent ce noble enseignement qu’est la philosophie.
Pour réussir vos études de philosophie, il faut être passionné. La passion s’acquiert par le respect le plus total et l’admiration des philosophes que vous apprendrez à connaitre mais surtout par l’absence de préjugés ou d’opinions fixes. Vous aurez le privilège d’avoir des professeurs passionnés, cultivés et célèbres qui sont chacun des professeurs de langues car chaque philosophe a sa propre langue. Ainsi, vous découvrirez le plaisir immense de comprendre aisément un ouvrage a priori compliqué, car la lecture des auteurs est la seule manière de briller en philosophie.
Pour moi, la philosophie est une pluralité de points de vue qui se confrontent dans le but de permettre à l’homme de conserver sa singularité tout en agissant pour le bien de l’humanité. Alors, faites la révolution à votre façon en faisant rayonner la philosophie autour de vous !
Cindy Spies, L2
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Quelques conseils et précisions qui me paraissent importants pour les petits nouveaux :
Quelques considérations générales :
- Que ceux qui viennent chercher dans nos murs les réponses aux grands mystères de l'univers ne se fassent pas trop d'illusions. La philosophie est une discipline de la question, ou pour parler plus scolairement : du problème. Ce qui importe, c'est la dynamique, la tension des inconciliables qu'il faut quand même synthétiser. C'est dans cette tâche, a priori impossible, que se cristallise toute sa noblesse, sa beauté et sa profondeur. Mais derrière ces beaux discours, il y a la pratique quotidienne et celle-ci peut rapidement se révéler décourageante, frustrante, voire aride. Voici qu'un système s'imprime en vous, que le monde s'ordonne miraculeusement sous les concepts d'un auteur, quand tout à coup : BADABOUM ! De nouvelles interrogations, un nouvel angle de réflexion et tout s'écroule. La philosophie a cela d’inconfortable qu'elle n'a de cesse de briser sans relâche l'écrin de paresse des certitudes. Toujours il lui faut se réinventer et c'est ce qui la rend si difficile à saisir et à apprécier. Toutefois, ce qu'elle vous offrira en échange de votre persévérance, c'est une acuité générale de l'esprit comme nulle autre discipline ne peut la produire. Que l'on soit ou non favorable à une culture de l'élitisme, il n’empêche que ce délicieux sentiment de puissance, celui d'appartenir à l'aristocratie de la pensée, qu'il soit revendiqué ou bien tu avec humilité, ne laisse personne indifférent.
- Avis aux littéraires : prenez garde, la philosophie fricote avec les sciences et la logique. Vous voilà prévenus.
D'un point de vue plus pratique :
- On vous a peut être assuré qu'aucune connaissance préalable n'était demandée. C'est vrai. Personne ne vous demande si vous savez ce qu'est la phénoménologie, tout est présupposé (en même temps, c'est tellement évident !). Enfin bref, ne tardez pas trop à vous faire une petite culture philosophique, sans quoi certains cours vous sembleront nébuleux. Plus vous serez à l'aise avec les bases du langage technique et les grandes lignes de réflexion des auteurs et plus vous aurez l'impression, d'une part de progresser et d'autre part de vous faire plaisir.
- Comme tout le monde ne cesse sans doute de vous le répéter, le plus grand avantage de la fac est aussi son plus gros inconvénient : vous voilà seul face à vous même et à votre travail. Le problème avec la liberté c'est qu'elle implique toujours de grandes responsabilités au niveau individuel (c'est sans doute pour ça que notre démocratie fonctionne si mal d'ailleurs). Oui c'est vrai, la flemme est une véritable maladie et qui plus est, contagieuse, (tout comme le poil dans la main) et oui, vous avez raison, tous les cours ne vous passionneront pas (certains vous ennuieront même prodigieusement). Mais si vous tenez à valider votre année (et les suivantes), la meilleure chose à faire est de vous efforcer d'être présents. Certains, tout juste sortis du lycée, riront peut-être de ce conseil aussi évident qu'avisé, et pourtant... Dans un monde où les absences aux cours n'ont aucune incidence sur les moyennes (sauf si, bien sûr vous séchez les jours de DS, de rendus ou de partiels, mais là vous êtes un cas désespéré, un vrai chenapan comme on en fait plus), où les heures de cours émergent timidement, perdues dans les méandres de votre temps libre, et où le travail à la maison n'est jamais qu'une suggestion, faire acte de présence n'aura sans doute jamais été aussi difficile pour vous. Aussi, si vous voulez résister à la tentation, il vous faudra être intransigeant envers vous-même et ne jamais vous autoriser à sécher ne serait-ce qu'un seule fois. Déroger à cette règle d'or, c'est s'engager sur une pente glissante, car sans aucun doute, une fois la résolution piétinée, vous recommencerez. Car c'est un cycle infernal : vous vous dispensez innocemment de trois heures de philosophie des sciences (toute ressemblance avec une situation vécue par de nombreuses personnes au second semestre de L1 de l'année scolaire 2012-2013 est absolument fortuite), bien entendu, vous ne rattrapez pas mais, mû par le remord, vous décidez d'assister au cours suivant. Malheureusement, vous ne comprenez rien (car vous avez trois heures de retard), du coup vous voici dégoûté et découragé, parfait état d'esprit pour ne pas venir à la prochaine séance et passer le reste du semestre au café du coin. Bref, venez en cours.
Jérémy M. L2
Il ne s’agit pas de la « pub » mais de la publicité selon le concept de Kant. On en trouve le développement principalement dans l’opuscule Qu’est-ce que les Lumières ? ainsi que dans le Conflit des facultés. Dans ces œuvres, Kant essaie de concilier la nécessité du respect de l’ordre établi avec la nécessité de pouvoir s’exprimer librement sur ce pouvoir et pourquoi pas d’éclairer le souverain sur ce qui devrait être réformé. Il prend plusieurs exemples, notamment celui du soldat. Le soldat ne peut pas discuter les ordres ni organiser de mutinerie mais cela ne veut pas dire que son avis est censuré : il a le droit de s’exprimer publiquement sur ses doutes quant aux motivations de son supérieur. La différence est cruciale, ce qui est défendu, c’est d’émettre des opinions pendant l’action et dans un cadre restreint. Kant défend d’aller dans la rue pour crier « mort au Roi » car cela ne peut que provoquer des émeutes. Là où la chose se complique est qu’il faut faire marcher la pensée, quand on porte son opinion sur la place publique. Quelle est la différence ? En écrivant ma critique de la société je sais que je vais être lu et plus particulièrement je sais que tout ce que j’écris sera attaché à ma personne car je devrai signer mon écrit. L’anonymat de la rue ne me protégera plus de la responsabilité de ce que je dis. Kant pense la publicité comme un concept régulateur dans le domaine politique. Il est la pierre de touche de la communication du jugement politique. En publiant mon jugement politique je suis obligé de me demander si ce que j’ai écrit est bien écrit, si finalement mon opinion est solide, car en signant cette publication je m’expose à l’humiliation. Cependant je m’expose surtout, si le principe régulateur a bien fait son travail, à ce que chacun se reconnaisse dans ce que j’ai écrit. On peut penser comme Hannah Arendt le jugement politique sur le modèle du jugement esthétique. En écrivant ma critique du régime en place, je pense que c’est ce que chacun à ma place devrait penser. Pourquoi parler de cela, au 21e siècle, le siècle de la communication, d’internet ? Il semble que, fidèle à lui-même, l’homme semble à la fois disposer de moyens importants et plus conséquents que jamais et en même temps il semble en faire l’usage le moins raisonnable possible. Le problème est que tout le monde peut dire n’importe quoi sur n’importe quel sujet, sans effort et avec une très grande visibilité. À première vue (mais très naïve) cela peut sembler être le cadre parfait de la « liberté d’expression ». Mais cette expression est devenue une excuse pour dire n’importe quoi et se défausser de la pensée.
Dans une société où les réseaux sociaux et autres sites communautaires sont à leur apogée, on pourrait croire en vain que l’heure est au « partage » de la pensée, mais je pense que ce mot de partage ne veut plus dire grand-chose. Dans cette pseudo-communauté du libre échange et de la libre parole, tout le monde peut dire ce qu’il veut. Cela pourrait ne pas être un problème, seulement avec internet, tout le monde peut par exemple dire avec une grande facilité et sans aucun souci de répercussion, que l’holocauste n’a jamais eu lieu. On peut déclencher des guerres, des révoltes, tout en étant tranquillement en train de boire son café, devant son écran, et en étant tout à fait à l’abri, derrière un « pseudonyme ». L’anonymat empêche toute responsabilité et sans responsabilité, il ne peut y avoir un usage public de la raison. On est tombé dans le scénario catastrophe où l’usage normalement privé de la raison a débordé dans la sphère publique, tout en conservant les avantages d’être privé, c'est-à-dire que l’identité de celui qui prend la parole reste privée tandis que son discours a pris une visibilité publique. Le problème est qu’il n’y a ni place privée ni place publique. On n’a plus de pudeur, « tout est public » et donc il n’y a plus de tri. Je prends l’exemple le plus flagrant et le plus fâcheux du « micro-trottoir » dont l’utilité m’a toujours échappée. Lors du débat sur le mariage pour tous, j’imagine que les journalistes ont pris un plaisir phénoménal en allant parcourir rues et manifestations pour recueillir des propos toujours plus haineux les uns que les autres. On prend les gens par surprise, on choisit le type de personne susceptible de dire quelque chose de polémique et on envoie le tout au journal de 20 h pour alimenter « le débat », et faire circuler le sang du peu de personnes ayant encore un semblant de sentiment moral dans ce monde. Ce type de procédé « journalistique » est je trouve dégradant pour l’humanité, c’est se complaire dans la stupidité. L’absence d’usage public de la raison dans les médias tient également dans le système judiciaire en place et son application. Aujourd’hui même en signant leurs bêtises, certaines personnes possédant des cartes « sortez-de-prison » sont toujours à l’abri des répercussions. On arrive alors à un asservissement collectif des uns sur les autres par la paresse de la pensée et la liberté de dire n’importe quoi. Ici les caricatures d’idées telles que la liberté d’expression masquent en réalité une volonté de se défausser des exigences de la pensée, dont la responsabilité. Ce qui manque est un principe régulateur de la parole publique, ce n’est pas un gros mot ni une censure. Il faut assumer ce besoin. Il en va de l’avenir de la pensée qui ne peut être uniquement isolée et solitaire, elle doit être dans la place publique.
REMI G
Licence 3
Arriver en Master, c’est comme franchir un cap. Tout à coup, on se sent « vieux », on regarde en arrière avec mélancolie. Les starking-blocks sont loin, la vie active approche. Désormais, impossible d’éviter la terrible question de l’étudiant : « mais au fait, où je vais ? ».
L’angoisse surgit, je perds pied. Qui n’a pas ressenti cette impression de vertige, en arrivant en Master ? Comble de malheur, j’éprouve le sentiment de ne rien savoir, ou d’en savoir toujours trop peu. J’ai à peine effleuré la surface de la philosophie… Vite, une pelle, je dois creuser en profondeur ! J’aurais dû commencer ce travail depuis ma première année.
Si je retournais en licence... je dévorerais des livres sur les distinctions conceptuelles. Mon manuel de terminale serait devenu ma bible. J’aurais listé tous les mouvements en « isme » , au risque d’une indigestion. J’aurais dépêché des enquêteurs sur la signification du mot « problématique ».
Si je retournais en licence… je voudrais qu’on me dise que les objets qui nous entourent ne sont pas des choses en soi. Que rationnel est différent de rationalisable. Que la plupart de nos connaissances ne sont que probables. Que…
Surtout, que le goût de la philosophie vient en philosophant. Car je n’ai jamais autant aimé m’aventurer sur les bancs de ma faculté. Je me meus désormais sur une terre familière, où je savoure chaque pelletée, qui découvre mon ignorance.
Et je me réjouis plus encore d’en savoir si peu. Car il me reste d’autant plus de choses à creuser : des montagnes d’idées, des vallées de questions, une source intarissable d’étonnement.
JULIE W
Master 1
Hier, j'ai rouvert un vieux livre qui traînait dans mon étagère. Avez-vous déjà fait cette expérience ? Vous achetez un livre, en lisez quelques pages, le mettez de côté et n'y pensez plus. Et un jour, une force d'attraction inexplicable vous pousse à retourner vers lui. Cette même sensation qui jadis vous avait poussé à l'acheter chez le libraire, sans trop savoir pourquoi. Et le livre, à nouveau, vous appelle : vous êtes prêt. Prêt pour ce grand voyage, en vous-même ou dans le monde, intellectuel ou sensuel, le genre de voyage que chaque œuvre, à sa manière, propose.
Alors vous ouvrez à nouveau le livre qui hurle de toute son encre pour vous faire venir à lui. Vous devenez son prisonnier. Il ne vous lâche plus, et cela dure jusqu'à la dernière page. Mais quelle belle prison, n'est-ce pas ? Et lorsque vous finissez la dernière ligne, vous comprenez : "Oui, j'étais prêt. Maintenant je sais. Et maintenant, à nouveau, tout change". Car chaque œuvre, lorsqu'on y est disposé, nous transforme, nous montre de nouvelles choses de nous-même, du monde, des possibilités qui s'offrent à nous. Le réel se traduit plus précisément, dans un langage plus percutant, comme façonné pour notre esprit.
C'est donc ce qui m'est arrivé hier, et j'ai rouvert un ouvrage magnifique : les Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke. Je ne saurai que trop vous conseiller ce recueil de dix lettres qui non seulement retrace une correspondance entre le poète allemand Rilke et un jeune homme de vingt ans, mais aussi propose une véritable réflexion sur l'écriture, l'expression poétique, et la création en général. Devant tant de clarté dans les mots de Rilke, une évidence m'apparaît et me fait réfléchir : beaucoup d'hommes semblent avoir en eux un désir doublé d'un véritable besoin, à savoir celui de créer.
Chez de nombreux hommes, on trouve un dialogue intérieur, un dialogue musclé, qui peut torturer l'être en lequel il a lieu. Il naît de choses diverses : de l'incompréhension du monde, de la peur souvent irrationnelle, de la tristesse que peut causer un amour blessé, de la frustration, etc. L'un des moyens de faire taire ce dialogue incessant, ou de le comprendre, d'apprendre à le gérer, passe par la création. Baudelaire lui-même ne tentait-il pas de cristalliser le mal dans ses poèmes afin de s'en défaire ? Mais voilà, l'envie ou le besoin de coucher des mots sur papier, d'écrire une poésie, de composer une musique, de donner vie à une toile, se heurte pourtant bien souvent à de violents - et j'insiste sur cet aspect violent - obstacles qui semblent annihiler cette pulsion créatrice, ou du moins la freine suffisamment pour que la création n'ait pas lieu.
Ces obstacles sont de toutes sortes. Pourtant, ma petite expérience m'a montré que la force qui s'oppose le plus férocement à cette pulsion créatrice nous est infligée par nous-même. Elle prend forme sous des questions d'aspects différents : " Suis-je assez bon ? Suis-je suffisamment légitime pour oser créer quoi que ce soit ? À quoi bon, cela n'intéresse personne. Ai-je réellement quelque chose à dire ? Etc."
Que faire alors ? C'est à ce moment-là qu'un ouvrage comme les Lettres à un jeune poète prend tout son sens. C'est pourquoi je le recommande à tous ceux qui se reconnaissent dans cette frustration.
En chaque homme, il y a une rose. Elle n'est souvent encore qu'une graine. Elle ne demande qu'à s'ouvrir, s'épanouir, laisser s'échapper son parfum. Il suffit alors de l'arroser. De lui donner la lumière qu'elle mérite. Et, avec un petit peu de temps, elle deviendra ce qu'elle doit être, à la place qu'elle mérite, à condition que l'homme en qui elle pousse admette lui-même qu'elle vaut cette place. Sans doute aussi s'écorchera-t-il avec ses épines. Mais avec patience et persévérance, et en passant à l'action (car c'est bien à ce moment que tout se joue), il finira par la manipuler avec précaution, et lui créer une place réelle et bonne dans le grand jardin qu'est notre monde.
OH, ET, VOYEZ CE QUE JE VIENS DE
TROUVER POUR VOUS :
"Je te vois, rose, livre entrebâillé,
qui contient tant de pages
de bonheur détaillé
qu'on ne lira jamais. Livre-mage,
qui s'ouvre au vent et qui peut être lu
les yeux fermés ...,
dont les papillons sortent confus
d'avoir eu les mêmes idées."
Rainer Maria Rilke
JISMY M
Licence 1
Il n'y a rien de pire pour eux en ce monde que la bêtise humaine et rien ne leur est plus insupportable que cette connerie humaine qui n'a pas eu la chance insigne d'être éveillée jusqu'aux tripes aux mystères suffocants de la lettre. Ils sont les élus de la culture : philosophie, littérature, musique, cinéma ; ils savent mieux que personne ce qui est bon et ce qui a de la valeur. Le bon goût est leur naturel : ils sont nés ainsi et ne peuvent rien y faire, obligés qu'ils sont par leur complexion sublime à montrer à tous les vauriens le bon chemin de l'érudition. Les dernières sorties des petites éditions franc-maçonnes, les derniers commentaires de commentaires, les meilleures traductions : tout ce petit savoir qui fait d'eux des êtres exceptionnels. Entendez-les se gaver de leur prudence détaillée, de leur pudeur devant les généralités grossières de ceux qui n'ont pas été initiés à la pusillanimité politiquement correcte de l'engagement résistantialiste. Ils n'ont que le mot humilité à la bouche, si éloquent qu'ils sont sur le sujet de la grande dignité humaine et du respect hyper-démocrate des populations du tiers-monde. A leurs fesses molles pend un grand sac fourre-tout sur lequel est écrit ''FASCISME' et dans lequel est jeté tout ce qui les coince. Ils sont de préférence insomniaques et leur fidélité est impossible à gager puisqu'évidemment ineffable. Ils aiment leurs réunions de bars débranchés où se déroulent leurs ''orgies intellectuelles'' fumeuses. Ils se regardent mutuellement comme des bouts de viande à agiter en interpénétration : ils savent mieux que personne et comprennent mieux que tout le monde ce qu'est l'amour car ils détestent leurs corps. Assurément, ils savent mieux que personne ce qu'est l'amour, prêts qu'ils sont à rédiger des doctorats sur cette question questionnante. Toutefois, ils sont poétiques au possible dans leur dégoût, comparant les replis desséchés de leurs chairs honteuses et bien élevées à des pommes de terre tout en omettant de stipuler que leur légume est si stérile qu'ils seraient incapables d'en même tirer l'enivrement de la vodka. Ainsi si on les croise sur une couche ils ne peuvent que se livrer à l'apitoiement pornographique auquel ils donnent le nom de ''rencontre'' et de ''promesse'', reprochant à tous les participants d'avoir manqué la perception de la singularité personnelle de leur orgueil obèse demandant en permanence à être réconforté par des preuves incessantes de dévouement et de gentillesse de préférence de la part des plus ingénus des citadins ; nourriture la plus exquise du fait du mensonge pervers de l'illusion de noblesse réussie. Leur condescendance est sans borne pour l'érotisme analphabète préférant la parade nuptiale à la séduction sophistique. Rien ne les horrifie plus que de penser le nazisme sans sentimentalisme sans doute car ils ne reculent devant rien que comme face au fait de devoir prouver ce qu'ils sont autrement qu'en faisant illusion. Pourtant comment s'imaginer autrement un geste d'affection provenant d'un être tenant son corps pour ordure sinon comme empoisonné et polluant ? Ils ne comprendront donc jamais, eux qui pourtant sont si soucieux de leur environnement, que le suicide est dans leur cas un geste écologique. Non, car la lettre éveille en eux la joie coloniale de l'être civilisé se penchant avec condescendance sur les enfants ignares que sont ceux qui osent leur avouer en face qu'ils aiment se salir les mains dans le cambouis, la glèbe ou les flots salés. L'Afrique est pour eux l'amant impossible, comme le sont les basses castes pour les princesses gâtées jusqu'à la lie, comme le sont pour les classes moyennes de bonne réputation les sauvages qui n'ont que leur corps pour exprimer ce qu'ils pensent et leur nudité pour être sincère. Ainsi l'amour des fascistes de la lettre se résume à leur culpabilité permanente de n'être pas assez intelligent pour éradiquer la vulgarité de leur monde. C'est pourquoi si vous rencontrez un amoureux de la lettre bienveillant, un être joyeux de tuer le temps par ses lectures fastidieuses, ne cherchez pas à lui ouvrir votre cœur mais instruisez vous de son échec et volez lui ses passions afin de les recycler pour vous. La nature nous apprend à juger un arbre à ses fruits, ce qui tombe avec les OGM, la culture à juger un homme à ses lettres, ce qui tombe avec nos fascistes, et moi je propose de juger les êtres à ce qu'ils sont lorsqu'ils ont trop bu, à ce qu'ils font lorsqu'on les regarde se masturber et à ce qu'ils expriment lorsqu'on leur met l'extrémité d'un canon entre les lèvres : c'est-à-dire toutes les fois où ils ne peuvent plus se cacher derrière leur prétendue nudité.
I.D.
Master 1
« Supprimer la contrainte voudrait dire se ramollir. Rendre l'homme capable de grandes choses, bien qu'il soit un porc, tel est le problème » - Musil.
Il y a un combat de l'homme contre lui-même qui n'a jamais de fin, et c'est la permanence de ce combat qui fait son humanité. Qu'est-ce qu'il faut combattre en soi, tous les jours ? C'est tout ce qui est animal en nous, tout ce qui nous rabaisse ; ce sont nos humeurs, nos pulsions, nos fatigues ; c'est tout ce qui détermine corporellement notre être au point de nous faire oublier quelquefois que nous avons une âme. L'âme n'est pas un mot qu'il faut supprimer de notre vocabulaire ; il est inclus dans le langage commun, et rien de ce qui est inclus dans le langage commun ne doit être supprimé. Nos réflexions doivent être soutenues par le beau langage : c'est un devoir oublié trop souvent des philosophes qui pensent que l'on reconnaît la qualité de la pensée à la nouveauté des termes employés, comme si pour dépasser la doxa il fallait nécessairement parler autrement qu'elle. Au contraire, il faut reprendre le langage de tout le monde, et montrer le sens fort des mots en s'appuyant sur la tradition populaire. "Aimer de toute son âme" ; "s'y adonner corps et âme" ; "trouver l'âme soeur " ; "avoir de la force d'âme" : ce sont de belles expressions employées même par les matérialistes. L'âme, c'est tout ce qui, en nous, refuse le corps ; c'est la partie noble de notre être ; c'est notre pensée, en tant qu'elle n'est pas seulement le résultat de connexions neuronales et de mélanges chimiques.
Il nous faut donc préserver notre âme, se souvenir que nous avons une âme, et que nous ne devons pas agir uniquement en fonction des vicissitudes de notre corps. L'homme est un porc, oui ; on peut le constater tous les jours ; mais pas seulement. Tous ceux qui le réduisent à cet état animal pêchent contre l'humanité ; ils refusent de voir que l'homme a une âme, qu'il est bien davantage qu'un sac de peau. Si nous n'avions qu'un corps, nous serions emportés dans une spontanéité animale nous privant de toute possibilité de perfectibilité ; et bien des fois, au quotidien, nous sentons en effet le poids de ce corps fragile, affaiblissant notre volonté lorsque nous sommes fatigués et malade, nous rappelant aux nécessités du boire, du manger et du sommeil au détriment de nos aspirations les plus hautes. On ne peut s'élever aux hauteurs de la pensée l'estomac vide, et c'est en quoi l'homme est un porc, non un ange.
La contrainte est un appel de l'âme à dépasser le corps. Dans tous les temps, dans toutes les civilisations, on trouve des rituels, des conventions, des traditions qui exigent de la discipline, des règles, des actions ordonnées : preuve de la présence de l'âme en l'homme, et qui fait sa supériorité sur les animaux. Robinson sur son île parvient à demeurer homme en lisant la Bible, en priant, en cultivant ; l'agriculture, si contraignante, le sauve de la chute. On chute lorsqu'on se laisse aller à son animal ; Robinson n'eut pas cette faiblesse ; il s'est relevé alors qu'il était dans les pires conditions de survie, et c'est pourquoi il est un héros. Les arts doivent d'abord se comprendre comme une contrainte qui élève l'homme : dans aucune autre activité proprement humaine on ne sent mieux les bienfaits de la discipline. Si des hommes parviennent à être sauvés par l'art, c'est grâce à cette discipline qui fortifie et qui évite le ramollissement. De battre mon cœur s'est arrêté est un bon film parce qu'il montre comment l'art peut sauver un homme, le rendre meilleur : il eût pu descendre la pente animale et être un porc ; mais la partition de Bach, si difficile, l'élève, le fait prendre conscience de sa force potentielle, le fait voir qu'il a une âme. Aussi ne faut-il jamais oublier de signaler les conséquences bénéfiques que peut avoir concrètement sur un individu l'exercice d'un art, quel qu'il soit. L'école, lieu de contraintes, élève l'homme pour la même raison. Rendons hommage à Beethoven, connu pour son humeur ombrageuse : sa musique dépasse infiniment ces petitesses animales ; il eût pu se contenter d'être un mélancolique râleur ; par l'art il s'éleva jusqu'à la grandeur de l'humanité, et tous nous pouvons nous élever avec lui, si nous le voulons, si nous ne nous contentons pas d'être des porcs.
FLORENT B
Master 1
NANINE CHARBONNEL : ROUSSEAU, LE GRAND MALENTENDU
Nanine Charbonnel est Docteur de philosophie et Professeur agrégé. Elle enseigne à l'Université de Strasbourg.
Paru à l’occasion du troisième centenaire de la naissance de Rousseau, ce petit livre sert d'Introduction à l’ouvrage Philosophie de Rousseau en trois volumes, publié en 2006.
Publié le 1 mai 2012, Aréopage
PIERRE DULAU : L’ARCHE DU TEMPS
Pierre Dulau est Docteur de Lettres et agrégé de philosophie. Il est professeur de philosophie au Lycée International de Strasbourg.
Auteur du livre Heidegger pas à pas, son nouveau livre vise à penser philosophiquement le temps.
Publié en décembre 2011, L’Harmattan
YANN-HERVE MARTIN : LA SAVEUR DE LA VIE OU LA GRACE D’EXISTER
Yann-Hervé Martin est Professeur agrégé de philosophie, et enseigne en classes préparatoires (lycées Kleber et Cassin) et à l’École de Management de Strasbourg.
Après avoir écrit deux romans (L’Ange au sourire (2008) et Meurtres sur échiquiers (2011), il publie son premier livre de philosophie.
Publié le 13 septembre 2012,Salvator
BERNARD BAAS : PROBLEMATIQUES PHILOSOPHIQUES
Bernard Baas est Docteur de philosophie et Professeur agrégé. Il enseigne en classes de Lettres supérieures et de Première supérieure au Lycée Fustel de Coulanges à Strasbourg.
Son livre présente quinze dissertations de philosophie à l'usage des étudiants des classes préparatoires et des universités.
Publié le 15 février 2013, H&K