L’ÉDITO DU PRÉSIDENT
Nous ne sommes pas une structure parmi d’autres : nous sommes les dépositaires d’une fidélité.
Et cette fidélité oblige.
Chers Compagnons,
Il est des heures où une association doit se redresser, regarder en face ce qui la fonde, ce qui l’élève, ce qui la dépasse. La nôtre n’est pas née d’un confort ni d’un hasard : elle s’est construite sur une exigence cardinale, celle d’honorer la mémoire, de servir la vérité des parcours, de maintenir vivante la fidélité due à ceux qui ont porté l’uniforme et assumer, sans détour, la part la plus haute du devoir.
Cette exigence n’est pas un slogan, encore moins une variable d’ajustement. Elle est notre colonne vertébrale, notre raison d’être, notre mandat moral. Elle commande notre manière d’agir, de parler, de commémorer. Elle devrait, de même, inspirer toute association qui prétend œuvrer dans le même ordre de mission : celui où l’on ne joue pas avec la mémoire, où l’on ne travestit pas le sacrifice, où l’on ne confond jamais l’essentiel avec l’accessoire.
Pourtant, il arrive que des tensions, des rivalités ou des mises en cause personnelles viennent troubler cette ligne. Ces dérives, si humaines soient-elles, n’ont pas leur place dans une communauté qui se réclame de l’esprit de corps. Elles affaiblissent la mission, détournent l’attention de l’essentiel et introduisent, là où devrait régner la cohésion, le bruit des passions basses.
Lorsque l’on appartient, ou que l’on a appartenu, à cette Arme qu’est la Gendarmerie, chacun sait ce que l’on attend de l’esprit de corps. On en connaît la rigueur, la tenue, la loyauté silencieuse. On en connaît aussi l’exigence : se tenir au-dessus des querelles, honorer la mission avant l’ego, préserver la cohésion avant toute considération personnelle. C’est pourquoi certaines attitudes surprennent, déçoivent, parfois blessent. Elles ne sont pas seulement contraires à la courtoisie ou au bon sens : elles sont en contradiction directe avec ce que signifie porter ou avoir porté l’uniforme, même une seule fois. L’esprit de corps n’est pas un réflexe que l’on invoque au besoin, ni un souvenir que l’on range après la retraite ; il est une fidélité qui demeure, une ligne intérieure qui ne s’efface pas.
Je veux le dire avec gravité : nous ne sommes pas là pour nourrir des querelles, mais pour porter une mémoire qui oblige. Nous ne sommes pas là pour opposer des personnes, mais pour servir une cause qui nous dépasse. Nous ne sommes pas là pour céder à l’humeur, mais pour demeurer fidèles à une verticalité qui protège la dignité de notre engagement.
À chacun de nous revient la responsabilité de préserver cette hauteur : en privilégiant le collectif sur l’ego, le devoir sur la susceptibilité, la mémoire sur les tensions passagères, la dignité sur les comportements indignes de notre héritage.
Les querelles s’éteignent. Les ressentiments se dissipent. Mais la mémoire demeure, et c’est à elle que nous devons, ensemble, continuer d’être fidèles, avec constance, avec dignité, avec cette gravité sereine qui honore ceux qui nous ont précédé.
Avec respect et détermination,
Bernard GAUDEL, sous-lieutenant honoraire de gendarmerie.