Edito: Des préalables pour une collaboration universitaire nord-sud pérenne
Edito: Des préalables pour une collaboration universitaire nord-sud pérenne
Dans le cadre de la première édition du Forum de l’Éducation Tuniso-Canadienne organisé les 17, 21 et 22 Janvier 2023 par le réseau Tuniso-Canadien des Affaires (RTCA), avec l’appui de l’ambassade du Canada, a eu lieu un Webinaire intitulé« Innovation et recherche action comme levier de collaboration universitaire ».
L’objectif de cette rencontre virtuelle, organisée le 17 Janvier 2023 entre représentants d’établissements et d’organismes nationaux dans le domaine de l’enseignement supérieur de la Tunisie et du Canada était de préparer la composante présentielle et d’amorcer un dialogue institutionnel entre les établissements universitaires tunisiens et canadiens visant à renforcer les liens académiques et scientifiques entre eux et déceler les pistes de collaborations bilatérales possibles. La question suivante : « Au delà du dialogue institutionnel: quelles sont les étapes suivantes pour une collaboration universitaire tuniso-Canadienne pérenne?» a été posée à un panel de spécialistes dont la présidence de l’université de la Manouba faisait partie.
Cette question stimulante a été une occasion pour porter un regard critique et constructif sur les partenariats stratégiques nord-sud dans le domaine de l’enseignement supérieur et la recherche scientifique et de mettre en relief les facteurs clés de succès de ce type de partenariats et les conditions pour graver dans le marbre les accords institutionnels entre universités de pays différents et leur donner une dimension stratégique.
En se basant sur la littérature académique en la matière enrichie de l’expérience de l’université de la Manouba dans le domaine de la coopération internationale, quatre ingrédientsont été relevés comme déterminants.
Le premier ingrédient est l’existence d’un cadre de référence commun à partir duquel les universités peuvent « parler le même langage ». Si elles portent les mêmes valeurs et partagent une vision commune de la mission des universités dans un monde globalisé, les liens peuvent se construire et se maintenir dans la durée. L’agenda 2030 des nations unies et plus particulièrement le 17ème objectif de développement durable (ODD) « partenariat pour la réalisation des objectifs », peut constituer ce cadre harmonisateur à partir duquel les universités peuvent collaborer pour améliorer la qualité de l’éducation et soutenir les recherches scientifiques impactantes à travers la co-construction, l’échange d’expériences et le partage des ressources.
Le second ingrédient est l’existence d’engagements mutuels et un ancrage sur le terrain. Ainsi, l’efficacité des collaborations exige un engagement équitable des différents partenaires tout au long du process à commencer par la phase de la planification jusqu’à celle de la mise en œuvre. Ces engagements, qui peuvent être aussi bien matériels (ressources financières, ressources humaines..) qu’immatériels (temps, attention..) sont nécessaires pour une co-construction et un apprentissage mutuel. La durabilité de ces partenariats exige également qu’ils soient bâtis sur des connections personnelles et portées par des liens préexistants entre chercheurs pour permettre une appropriation par les différents acteurs et un ancrage dans la réalité des différentes institutions.
Le troisième ingrédient nécessaire pour maintenir dans la durée les partenariats est la confiance et le respect mutuels. Ces éléments sont construits dans le temps et prennent les deux ingrédients précédents comme préalable. Le langage commun, l’engagement mutuel et l’existence de connexions individuelles favorisent la confiance. Cette dernière nécessite une totale transparence concernant les rôles, les devoirs et les droits de chacun des partenaires et est maintenue est renforcée grâce à la communication.
Le quatrième ingrédient nécessaire pour renforcer les partenariats est la réalisation de bénéfices mutuels selon la formule consacrée du win-win. Pourque chaque partenaire puisse trouver un intérêt dans la poursuite du partenariat, des bénéfices concrets, rapides et documentés sont nécessaires voire indispensables pour maintenir l’engagement et l’inscrire dans la durée. Dans le domaine universitaire ces derniers peuvent concerner les co-tutelles de thèses, la mobilité des chercheurs et étudiants ou l’organisation d’événements. Et, le succès appelant le succès et la confiance renforçant la confiance, la réussite de ce type d’action peut ouvrir la route vers des projets plus ambitieux comme la co-construction des diplômes ou le montage et la soumission des projets de recherche communs.
Cette analyse montre que la durabilité des partenariats nord-sud suit un long processusdont le succès dépend de facteurs aussi bien organisationnels que personnels. Elle montre aussi que l’évaluation de ce process est cruciale et doit être menée régulièrement afin de mesurer l’efficacité du partenariat, analyser les écarts et procéder aux ajustements nécessaires dans une démarche d’amélioration continue. Mais la « juste mesure » n’est pas chose aiséeet la lecture de l’efficacité de la coopération internationale ne peut se focaliser sur une mesure du nombre de conventions signées….ce qui est malheureusement encore le cas aujourd’hui dans bien des démarches de gestion budgétaire par objectif (GBO). Faire évoluer les indicateurs dans le domaine de la coopération internationale et leur insuffler des éléments plus qualitatifs…voici, encore un défi à relever si nous voulons graver dans le marbre les accords institutionnels entre universités de pays du nord et du sud et leur donner une dimension stratégique!
Pr Jouhaina Ghérib