Interview réalisée par Brynna Leahy,
Le 1er décembre 2025
Dans le premier jour de mon cours de biologie avancée, j'ai tout de suite compris que Mme King n'était pas une professeure comme les autres. Non, pas du tout. Au fil des semaines, dans le froid et l'obscurité du lycée, j'ai réalisé qu'elle était excentrique. Drôle, extravagante et imprévisible, elle n'hésite pas à se salir ses ongles de la main. Elle incarne le rêve de tant de petites filles : forte et indépendante, passionnée par la nature et animée d'une soif de découvrir le monde.
Lorsque je suis allée l'interviewer sur son parcours professionnel en biologie – un parcours qui reflète parfaitement sa personnalité riche et exubérante –, je me suis retrouvée face à une salle remplie d'élèves de terminale bruyants et affamés, qui tentaient de lui voler ses bonbons préférés. J'ai su à cet instant précis que cette interview (et même les quatre années à venir) promettaient d'être intéressantes.
Quels ont été vos premiers intérêts en biologie et qu'est-ce qui vous a initialement attiré vers cette carrière?
« Probablement au lycée. J'avais une prof de biologie géniale, et c'est elle qui a éveillé ma passion. Je n'imaginais pas faire des études de biologie avant bien plus tard. J'adore les plantes et les animaux, alors c'était passionnant d'avoir une carrière où je pouvais me concentrer sur ça. »
Qu’avez-vous trouvé de plus fascinant ou d’enrichissant dans vos recherches ou votre travail de terrain?
« J'avais le sentiment de contribuer concrètement à la recherche sur le climat, et cela me donnait l'impression d'avoir un impact plus important sur la situation climatique en général. Ce qui est fascinant, c'est l'ampleur du travail physique nécessaire à la collecte de données scientifiques, et le nombre impressionnant de méthodes différentes que l'on peut utiliser pour faire avancer la recherche. »
Y a-t-il un projet ou une découverte dont vous êtes particulièrement fier?
« Oui. J'ai travaillé sur un projet portant sur l'ADN environnemental dans le golfe du Maine et les bassins versants environnants. L'objectif de cette recherche était de mieux comprendre les cascades trophiques provoquées par la construction de nombreux barrages sur les rivières du Maine. Nous avons donc examiné les effets écologiques de l'impossibilité pour plusieurs espèces de poissons de migrer entre les sources d'eau douce et d'eau salée, et comment les barrages affectaient les populations clés de poissons, les homards, le plancton, les mammifères, les oiseaux, etc., et finalement, comment tout cela affectait et affecte encore l'économie du Maine. »
Quelles étaient les plus grandes idées fausses que les gens se faisaient de votre travail?
« Je pensais qu'il y aurait beaucoup plus de travail en laboratoire, de calculs, de rédaction scientifique et de littérature, mais c'est extrêmement physique. Dix fois plus physique que ce à quoi on pourrait s'attendre. »
Qu'est-ce qui vous a poussé à quitter ce domaine?
« J'étais épuisée et je travaillais beaucoup dans le nord du Maine. Je m'absentais de chez moi pendant plusieurs semaines d'affilée. Nous n'avions ni électricité ni eau courante, et des souris dans les murs laissaient tomber l'isolant sur moi pendant mon sommeil. J'étais que près a rentrer chez moi et retrouver ma famille. »
Quels défis avez-vous rencontrés pendant votre service?
« Il y avait parfois des échanges intéressants avec d'autres personnes. La plupart du temps, les gens soutenaient notre travail, mais il arrivait que certaines personnes soient vraiment contrariées. Généralement, on parvenait à régler le problème en leur expliquant ce que nous faisions, mais parfois, nous n'arrivions pas à les convaincre. Et puis, il y avait les difficultés physiques : je travaillais dans des tourbières, dans une eau croupie, et je marchais 22 kilomètres avec tout notre équipement. Sans compter la fatigue et l'épuisement liés à ces longues périodes d'absence. Mais en ce qui concerne la recherche en elle-même, la collecte des données n'a pas posé de problèmes majeurs. »
Quelles compétences avez-vous facilement pu transférer?
« L’aspect pédagogique. Une grande partie du travail comporte une dimension de vulgarisation scientifique; savoir expliquer des concepts scientifiques complexes à autrui s’est donc avéré très utile en tant que nouvelle enseignante. De plus, ma passion naturelle pour les sciences a facilité la communication autour de nos projets. »
Qu'est-ce qui vous manque? Qu'est-ce qui ne vous manque pas du tout?
« L’éloignement de la maison pendant une longue période ne me manque pas, mais le fait d’être tout le temps dehors et de travailler avec des animaux qui ne sont pas aussi insolents que des lycéens me manque beaucoup. »
Quels passe-temps ou passions vous ont aidé à vous y retrouver?
« J'aime observer les oiseaux, et je sais que c'est un peu ringard. J'aime aussi la randonnée et être dehors, ce qui m'a bien aidé pour transporter du matériel et réaliser des projets qui nécessitaient beaucoup de marche. J'aimais aussi faire du bateau; savoir naviguer et connaître les consignes de sécurité était donc un atout précieux lorsque nous étions en mer ou sur les lacs. »
Votre carrière a-t-elle influencé votre sentiment d'identité personnelle ou votre raison d'être ?
« Un peu, je suppose, mais j'essaie vraiment de séparer ma vie professionnelle de ma vie personnelle. Je dirais que je m'en sors plutôt bien pour maintenir un bon équilibre entre les deux. L'une des premières questions qu'on pose quand on rencontre quelqu'un, c'est souvent « que faites-vous dans la vie? », alors oui, cela a contribué à forger une partie de mon identité, mais je n'ai pas laissé cela dicter toute ma vie. »
Quel conseil donneriez-vous à quelqu'un qui se lance dans la biologie?
« Préparez-vous à la charge de travail, ayez de solides bases en mathématiques et en sciences, et une forte motivation pour approfondir constamment vos connaissances et votre formation. Acceptez de réaliser des projets qui ne vous passionnent pas forcément afin d'accéder à ceux qui vous passionnent. »
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