Récit par Denis
Enfin nous voila partis. Depuis notre retour en France début juin, l’été a été actif : nous avons réalisés le déménagement d’Edith qui habite désormais avec moi au quai des Indes à Lorient, nous avons préparé le bateau pour notre projet de navigation vers le Brésil, et nous avons fait appel à des spécialistes pour réparer les pannes électriques d’Harmonie. Elles ont souvent pollué nos navigations. Les mois de juillet et août n’ont pas ressemblé à des vacances.
Heureusement le festival Inter Celtique de Lorient nous a offert quelques bons moments avec son cabaret littéraire qui programme des musiciens de qualité, notamment le trio de jazz d’Ahmed Guilbay que nous avons écouté souvent tard le soir en buvant des Guinness.
Par ailleurs quelques WE de voile avec des amis aux Îles de Glénan, à Belle Île et sur le Golfe du Morbihan nous ont rappelé la beauté de la Bretagne quand elle daigne offrir son soleil, sa mer étale, ses lumières éclatantes. Mais voici l’automne qui arrive et il est temps de quitter Lorient, son temps maussade, son ciel gris, son crachin pour repartir vers le soleil, vers le sud.
Nous sommes le 27 août 2009 et la fenêtre météo est correcte. Le vent est portant sur le trajet qui sépare Lorient de la Corogne. Nous décidons de larguer les amarres. Le groupe électrogène nous pose encore des soucis mais nous ne pouvons pas attendre indéfiniment que tout fonctionne parfaitement sur le bateau avant de prendre la mer sinon nous ne serons jamais prêts pour le rendez-vous avec le Rallye des îles du soleil début octobre à Madère.
Après des au revoir émouvants avec la famille d’Edith et nos amis que nous quittons sur le quai du port de Lorient centre, Harmonie descend la rade pour faire une première escale rapide à Kernevel, le temps de faire le plein de gasoil et de nettoyer le pont avant d’affronter la haute mer. En début d’après midi nous passons les Pierres noires pour faire cap vers Groix que nous laissons à tribord.
Les premières heures de navigation sont tranquilles. Nous ne naviguons pas sur la route directe de La Corogne car le vent de sud ouest nous fait dévier vers Belle Ile mais je sais qu’il va passer au nord ouest et nous emmener rapidement vers l’Espagne.
En fin de journée le vent de nord ouest s’établit comme prévu et nous progressons à plus de 6 nœuds au vent de travers vers le cap Finisterre. La houle d’ouest est bien entendu présente et malmène nos corps qui ne sont pas encore amarinés. Nous ne sommes bien que dans nos couchettes pendant qu’Harmonie nous emmène en toute tranquillité sous pilote automatique en surveillant notre sécurité avec ses systèmes d’alarme anticollision : radar et AIS.
Coup de gueule
Les bulletins météo qui tombent sur le Navtex confirment les prévisions du départ : vent poussant tout le long du trajet avec renforcement à l’arrivée des côtes espagnoles. Le premier jour de navigation se déroule sereinement. La première nuit aussi jusqu’à l’arrivée d’un chalutier qui vient me casser les pieds au milieu de l’Atlantique. Quand j’en rencontre un en mer il est rare que le croisement se passe normalement. Le pécheur s’arrange toujours pour me créer des difficultés. Celui-ci change soudainement de cap pour venir sur moi. Je suis obligé de réenclencher le moteur et de virer de bord pour l’éviter. D’accord il est en pêche mais ce n’est pas une raison pour ne pas respecter les règles de sécurité en mer. La mer n’appartient pas exclusivement aux pécheurs. D’ailleurs, compte tenu de la façon dont ils l’exploitent on peut dire que leur métier n’a plus rien à voir avec le noble métier de pécheur du passé. Rien à voir avec la vie difficile, au siècle passé, des Terre Neuvas de Fécamp ou Paimpol montrés par le film « Entre Terre et mer » Ils partaient 6 mois sur des goélettes pour pécher la morue à la ligne sur les grands bancs à bord de Doris. Aujourd’hui les pécheurs raclent tout ce qui traîne. Les poissons nobles sont consommés et les autres finissent en farine pour nourrir les poissons d’élevage.
Voila c’était mon billet d’humeur. Et tant que j’y suis, si des éleveurs bretons de cochons me lisent, qu’ils sachent que je les mets dans le même sac que les pécheurs avec leurs nitrates qui polluent nos plages. On vit dans le siècle de l'écologie non mais!!! Encore que les verts sont bien énervants!!! Bon j'arrête.
La deuxième journée de mer sous deux ris et trinquette se déroule à toute vitesse. Pas encore vraiment amarinés nous passons la plupart du temps dans les deux couchettes antiroulis établies dans le carré. Elles permettent d’accéder rapidement aux commandes du bateau. Nous n’utilisons le grand lit de la cabine avant qu’aux escales.
L’arrivée à la Corogne
Le renforcement des vents sur l’Espagne se confirme, tous les bulletins indiquent du vent de nord-est force 9 sur le cap Finisterre. Cela veut dire des vagues pouvant dépasser 10 mètres et des lames déferlantes grosses à énormes. Je n’ai pas du tout envie de nous mettre dans une telle galère. Un moment je songe à obliquer ma route vers les rias qui se trouvent à l’Est du cap Ortegal, mais un dernier bulletin de Météo France qui prévoit des vents plus raisonnables de 5 à 7 Beaufort tombe sur le Navtex. Je décide de continuer sur la route directe.
Le renforcement du vent arrive comme prévu à l’approche du cap Ortegal. Il atteint force 7. J’enroule la trinquette et reste sous grand voile à 2 ris, allure portante. Les vagues autour de nous sont impressionnantes. La mer bouillonne. Nous filons à 8 nœuds jusqu’au cap Prior situé à 25 milles plus au sud. Harmonie se comporte parfaitement. Nous nous sentons en sécurité au milieu du bordel ambiant. La mer se calme ensuite, protégée du vent par la côte. Nous larguons un ris et déroulons la trinquette. Edith est remarquable dans les manœuvres. Elle est de plus en plus autonome et n’hésite pas devant les gestes à faire. Elle prend les ris toute seule pendant que je barre.
Il ne reste que quelques milles avant d’arriver à La Corogne. Nous y sommes avant la tombée du jour. Un petit apéro, un petit repas, une petite douche, une grande nuit nous requinquent. Les 324 milles parcourus depuis Lorient ont été avalés en 55 heures à la vitesse moyenne de 5,89 nœuds. Tous comptes faits ce n’est pas une moyenne extraordinaire, la vitesse affichée au loch tout au long du trajet avoisinait plutôt les 7 ou 8 nœuds. La différence vient des zigs zags et de la route qui n pas toujours suivie en ligne droite. Les milles en trop ne sont pas enregistrés par le GPS. Je suis un peu déçu mais content du comportement d’Harmonie et aussi de mon équipière bien sûr.
La Corogne
Après deux jours de repos à La Corogne nous reprenons notre chemin vers le sud pour mouiller au cap Finisterre puis à Baiona la Real.
En chemin nous rencontrons un sous marin en panne au cap Finisterre.
Edith : Je me lance dans l'apprentissage du diatonique en suivant les conseils de ma copine Annaïg
Baiona les remparts: