Jean-Jacques Maurice OERLEMANS °1947 +2026 79ans
fils de JFER & MVH frère de ROB & SGO sa généalogie en ligne = geneanet.org/sylvaino
20240405 - Jean-Jacques se raconte
Jean-Jacques Maurice OERLEMANS °1947 +2026 79ans
fils de JFER & MVH frère de ROB & SGO sa généalogie en ligne = geneanet.org/sylvaino
20240405 - Jean-Jacques se raconte
Jean-Jacques se raconte. Texte écrit par Jean Jacques Oerlemans, obtenu de Micheline chez elle le 29oct2026.
Corine et moi -Sylvain- étions en visite à Lagord, après le décès accidentel de Jean-Jacques à Poitiers le 26 mai 2026. Né le 30avr1947, il venait d'avoir 79 ans.
JJ écrit ici à la demande de Margot, pour son 40ème anniversaire, soit pour le 5 mars 2024.
Impression papier photographiée sur smartphone G23, puis ocrisé et reporté ici; puis mis en page et corrigé des erreurs d'ocr
1
Mon histoire
Cette histoire a commencé par un anniversaire ; celui des 40 ans de Margot. Eh non, elle ne s’attendait pas a ce que je le lui souhaite, par des smileys via WhatsApp. Du coup, elle est revenue vers moi, et m’a proposé son projet, celui de constituer l'histoire de la famille, en demandant à tous les anciens de laisser libre cours a leur mémoire ; enfin tous ... on n’est pas si nombreux. Mais ça tombe bien, la mémoire de petits détails revient en prenant de l'âge ; et en écrivant aussi d’ailleurs. De mon c6té, j"ai quand méme bien l'impression que son projet, c’est moi qui vais l'écrire !
Cette histoire est mon histoire. C’est d’ailleurs plus une concaténation d’historiettes, de saynètes. Peut-étre que mises bout à bout, elles feront sens, comme on dit aujourd’hui ?
Les personnages
On commence par la présentation des personnages ? Ce sont essentiellement les membres de ma famille. Et parce que j’ai toujours trouvé les termes de papa et maman trés impersonnels, ma mère je l'appellerai par l'affectueux nom de grand-mère qu’on lui a choisi : Mady, contraction de Maman et de Madeleine ; il prenait en compte son statut de mère bien sûr, mais aussi son prénom, qui à mes yeux la caractérisait pour ce qu’elle était avant son mariage, et qu’elle est redevenue aprés son veuvage. Mes grands-parents seront Opa et Oma, c’est-a-dire grand-père et grand-mère en hollandais, et en allemand aussi d’ailleurs. Robert et Sylvain vont garder leurs prénoms : Gus est venu aprés. Quant a mon pére, ce sera mon père.
Opa et Oma, Vlaardingen, les vacances en Hollande
Le jour de ma naissance
Je suis né un 30 avril, le méme jour que Wilhelmine (Guillemette en français ?), reine de Hollande. L'ai-je entendu quand j’étais petit ! Mais quand on habitait en Hollande comme alors mes grands-parents, on fétait le jour anniversaire de la reine. Et d’ailleurs j’ai appris recemment qu’on féte toujours aujourd’hui l'anniversaire du roi, avec événements et manifestations, tous habillés en orange, comme pour préter allégeance a la famille régnante d’Orange. En Europe et vu par un citoyen d’une république, cela semble un peu suranné.
Opa
Lorsque j’allais les voir pendant les vacances, mes grands-parents habitaient Vlaardingen, une ville entre Rotterdam et la Mer du Nord. D’autres membres de la famille de Opa, qui était hollandais, y habitaient aussi, ou à coté a Maasluis. En particulier sa sceur, Tante Geertje (Gertrude en frangais), qui avait tenu un atelier de couture de mode dans lequel avait travaillé sa belle-sceur, Oma, comme couturiére. L'on m’a dit que c’était du fait d’'une mauvaise position acquise devant la machine a coudre a pédale que Oma portait un corset en permanence. Tante Geertje n’était pas mieux lotie : elle portait une jambe de bois aprés avoir vu, encore jeune, la sienne écrasée par un train, m'a-t-on dit. Leur mére s’appelait Opoux, mais je ne l'ai pas connue.
Robert s’était piqué de curiosité pour le fonctionnement d’'une machine a coudre de l'atelier, et c’est en essayant de comprendre l'entrainement de l'aiguille, qu’il s’était vraiment piqué : la surprise de tous en le voyant arriver avec une aiguille qui lui traversait le doigt ! Un frére de Opa avait ouvert a Vlaardingen une pétisserie ; et pour faire chic - car alors les Pays-Bas étaient beaucoup plus pauvres que la France, et aussi parce que la gastronomie et la mode étaient frangaises - il l'avait appelé Patisserie Parisienne. Mais hélas, je ne me souviens pas d’avoir gouté un seul de ses gateaux. C'était un monde d’artisans.
Oma
La famille du côté de Oma était flamande, de Gand. J'y suis allé, mais la distance aidant (160 km quand méme !) j'en ai rencontré les membres beaucoup moins souvent. Il y avait Julien qui dirigeait son atelier de mécanique, sa sceur Gérarda (Géraldine en français ?) que j'aimais beaucoup, et qui - c’est indépendant j’vous l'jure - a épousé le propriétaire d’une petite usine de fabrication de gâteaux. C’est sûrement pour cela que j'aime tant les spéculoos. Il y avait aussi Julien-dentiste, qui vivait dans une grosse demeure bourgeoise, ce qui m'était apparu comme du vrai luxe. Tout ce monde parlait parfaitement le français, en un temps ou la partie aisée et industrielle de la Belgique était la Wallonie. C’était un monde de bourgeoisie.
Opa et Oma
Lorsque Opa et Oma ont fété leurs 50 ans de mariage - j'avais alors xxxx ans - une féte a éte organisée à Gand, et une autre a Vlaardingen. J’ai en vague souvenir le coté un peu guindé de la féte à Gand. Et j’ai en souvenir le côté affectueux et chaleureux de la féte a Vlaardingen. Mais où est donc l'assiette-peinte en souvenir de cet événement, elle qui fut toujours accrocheée au mur chez mes parents depuis le décés de Oma ?
Le hollandais
Revenons un peu en arriére : javais 6 ans. Les vacances d’été en France duraient 2 mois et demi.
Alors nous allions en Hollande. Mais, là aussi, ¢’est long, et il faut occuper les enfants. Pendant tout le mois de juillet, je suis allé a l'école à Vlaardingen, ou les vacances ne duraient que le mois d’aoît. A cet âge, bien évidemment je ne savais pas encore lire ou écrire, et ma connaissance du français était orale. Eh bien, en un mois j’ai appris à parler hollandais.
Sûrement pas beaucoup de mots, mais je me débrouillais avec les enfants, pour faire les courses et, avec ma famille, j’en ai gardé de trés vagues notions, et aujourd’hui, quand je lis une phrase simple avec des mots basiques, je dois d’abord la phonétiser pour la comprendre, (*) c’est ma coquetterie d’ancien : je pratique les points-virgules.
Opa et Oma
Je ne sais pas comment Opa et Oma se sont rencontrés. Peut-être au bal, parce que c’est la que l'on faisait des rencontres. J’ai encore le carnet de bal de Oma. Il est tout petit, de façon a pouvoir le porter sur soi pendant la soirée. Je n’en ai plus la partie papier - et donc je ne connaitrai jamais le nom de ses prétendants - mais seulement sa couverture en argent ajouré, avec sa charniére et son petit crayon fixé a l'ensemble ; ce crayon était destiné a noter - dans l'ordre - les prénoms des garçons qui avaient demandé une danse. Il me semble bien que l'on ne fait plus comme ça aujourd’hui ; et si on le faisait, ce serait avec un smartphone.
Opa
De son céte, Opa avait en permanence sur lui un crayon dans la poche haute gauche de son gilet de costume, qu'il portait tous les jours a la maison, avec cravate bien sur. C’était peut-étre les restes d’une vieille habitude de charpentier, à avoir toujours un crayon sur soi. En tous cas, il li permettait de prendre des notes, et de faire ses mots croisés. C’était un petit crayon plat, toujours bien taillé, avec un capuchon, ce qui lui permettait de ne pas crayonner ses chemises.
Ily a quelques années, j’ai pris conscience que c’était en fait un crayon publicitaire d’un garage de Levallois. Je 'ai cherché puisqu’en plus du nom il y avait l'adresse, mais évidemment l'immeuble n’existait plus. Il me semble que l'on ne prend plus de notes avec un petit crayon aujourd’hui. Et si on le faisait, ce serait avec un smartphone.
2
Opa etOma
Opa et Oma sont nés tous les deux en 1889, année de I'Exposition Universelle a Paris. Ce qui fait qu'ils avaient tous les deux l'age de la Tour Eiffel ! lls se sont mariés en xxxx.
Opa
Dominicus Van Houte - Opa - est né a xxxx le xxx.1889. Il était le plus jeune d’une fratrie de xxx enfants. Eh oui, les familles nombreuses étaient de mise alors.
Opa est décédé en xxx. Il était gros fumeur de cigarillos, et a eu je crois 3 infarctus, plus quelques problèmes veineux dans les jambes ; les stents n'existaient pas encore, et l'on ne pratiquait guére les pontages.
Oma
Rachel Demeuleneere - Oma - est née & Gand le xx.xx.1889. Elle était fille unique. Oma est décédée en x» d'un cancer du foie et/ou du pancréas. Peu avant son décés, au pied de l'immeuble de mes parents, alors qu’elle arrivait et que je sortais, c’est là que Micheline l'a vue, la seule fois. Et elle m'a vu me plier en deux pour l'embrasser. Il est vrai qu’elle ne mesurait que 1,46 m, soit une bonne quarantaine de centimétres de moins que moi.
Madeleine
Madeleine Van Houte - Mady - est née a Vlaardingen le 2 juillet 1917. Elle avait un frère ainé, qui est mort très jeune. Agée de 2 ans, en 1919, elle a bien voulu accompagner ses parents en France. Opa avait trouvé un bon job de charpentier a Reims, ou il fallait reconstruire la ville après les bombardements allemands de septembre 1914 à la fin de 1915 qui avaient fait tant de dégâts. Oma, en Gantoise de bonne famille, devait certainement savoir parler le français, et Opa a toujours été « bon en langues », puisque plus tard, a la bibliothèque, il empruntait des livres en hollandais, en français, en anglais, et il aurait pu aussi en allemand, s’il en avait eu envie. Quant a Mady, elle parlait français a l'’école et hollandais a la maison.
Plus tard, lorsqu’ils ont obtenu la nationalité française, l'employée de mairie s’est trompée. Elle ne connaissait pas le patronyme Van Houte - qui veut dire littéralement Dubois - mais elle connaissait bien sûr comme tous les petits français le chocolat Van Houten. C’est ainsi que par une coquille administrative, ma famille maternelle a changé de nom.
Rapidement, ils sont arrivés a Paris, où ils ont habité rue Daru ; c’était pour la proximité avec la Salle Pleyel construite entre 1924 et 1927, ùu Opa était conducteur de travaux quand il a travaillé sur la charpente. Pour donner une idée de taille : la plus grande salle dispose de 3 000 fauteuils.
La maternelle
Je me suis surpris à me remémorer les noms d’un certain nombre de mes enseignants (bien sûr, les noms les plus anciens sont écrits phonétiquement).
Mme Laquiéze était du type grand-mère affectueuse chez les tout petits, a été la première de tous : la petite classe de l'école maternelle ; on dit aujourd’hui Petite section.
Mme Delourme, jeune femme dynamique chez les grands de maternelle, m’'a donné les rudiments de lecture et d’écriture qui m’ont fait ensuite sauter le CP ; on dit aujourd’hui Grande section.
M. Guitar : était-ce lui qui tenait la Moyenne section ? ou bien était-il dans la Grande Ecole ?
Il avait une voix grave et vibrante, mais surtout des yeux globuleux qui lui permettaient de faire si facilement les gros yeux, qui faisaient un peu peur.
Alors quel était le nom de l'instituteur qui, en tout début d’année, m’a fait venir - devant toute la classe - prés du grand tableau noir pour enlever un poinçon au petit tableau de bois? J'étais le premier à qui c’est arrivé, et j’ai donc été pris en exemple.
La honte !
En début d’année, on avait tous un crédit de 10 petits poinçons de bois enfichés en ligne en face de notre nom dans un petit tableau de bois percé de trous. Et le maitre venait de nous expliquer que si l'on ne se tenait pas bien, genre bavardage ou chahut, on devrait enlever un poinçon. Et notre note de discipline serait le nombre de poinçons restant.
Donc - pour quelle raison, je ne le sais plus - à son injonction, je me lève pour aller enlever un poinçon ; et puis je retourne piteusement à ma place en soupirant.
En soupirant ? retour au tableau, et hop un deuxième poinçon en moins.
Cette fois, on ne m’y reprendra pas ; et en retournant a ma place je me tiens super bien, un peu raide, en faisant attention a ne pas respirer trop fort, juste les yeux qui manifestent un peu leur mécontentement.
Les yeux au ciel ?retour au tableau, et hop un troisième poinçon en moins.
Et c’est complètement raide de peur et avec le rouge aux joues que je suis enfin retourné a ma place.
La honte, je vous dis. Si je n’ai pas retenu le nom de l'instit qui m’a fait passer sous les fourches caudines, c’est sans doute que j'ai voulu effacer de ma mémoire cet épisode marquant.
Mais la blessure était trop grande, alors je m’en souviens bien encore.
L’élémentaire
J'avais deux bons copains, ou plutôt un bon copain Jean-Frangois Labat et une bonne copine Bénédicte Lebossu.
Toujours tous les trois ensemble à la récré.
J’ai même souvenir qu'il nous est arrivé, a la récré en fin de maternelle, d’aller tous les trois soulever les jupes des filles ...
J'ai revu une fois Bénédicte lors d’une sortie familiale du dimanche aprés-midi a la Mer de Sable de Jean Richard a Ermenonville. C’était une belle adolescente. On s'est dit bonjour. C’est tout.
Il y avait des marronniers dans la cour de 'école. Les fleurs de marronniers, je me souviens que j'aimais bien, mais collectionner et lancer les marrons, c’était beaucoup plus drôle.
3
La zone
Les écoles maternelle et élémentaire étaient situées côte à côte, comme dans la majorité des villages frangais, rue des Cheminets, a cheval sur Paris XIXéme et le Pré-Saint-Gervais, a deux pas de chez Emilie aujourd’hui.
Mady nous accompagnait, Robert et moi, quatre fois par jour, en traversant ce que l'on appelait la zone.
Plus tard, quand Robert était en 6ème et 5ème, je rentrais tout seul. Et parfois je rentrais lentement, en jouant sur le chemin, dans la zone, avec mes deux copains de la Grande Ecole, Jean-Claude Carayol et Jean Chabredier.
La famille de Jean-Claude était protestante, et il ne venait méme pas au catéchisme avec Jean et moi.
Petit rappel d’histoire - la zone
Apres la bataille de Paris de 1814, pour protéger Paris des attaques allemandes puis anglaises, une enceinte a été imaginée dés 1830. L'enceinte dite de Thiers a finalement été construite sous Louis-Philippe en 1841-1844.
Elle était desservie par la rue Militaire (actuels boulevards des Maréchaux ; ici le bd Sérurier) et le chemin de fer de Petite Ceinture.
Elle comprenait des bastions, des portes, des barrieres, et était constituée d’'un mur d’enceinte, d'un fosseé, et d’un glacis de 200 a 400 métres de large. Ce glacis était la zone de tir des canons, et était donc une zone non aedificandi. Pour faire plus court, elle a ensuite tout naturellement pris le nom de zone.
Apres la défaite de 1870 et l'augmentation de la portée de tir des canons, la zone a été abandonnée par l'armée et a été remplacée par le plus grand bidonville de France, occupé par les zonards, nom encore utilisé aujourd’hui.
Les fortifs elles-mémes ont été détruites en 1919-1929 pour faire place progressivement a 40 000 logements sociaux HBM (ancétres des HLM), des ILN, des stades et méme un parc d’expositions à la porte de Versailles, une piscine a la Porte Molitor et un Musée des Colonies a la Porte Dorée.
Mais la zone n’a été que peu construite ; et c’était ¢a, la zone de ma premiére enfance.
Elle a ensuite totalement disparu en cédant la place au périphérique construit en 1958-1973,
Le bout du monde
Je ne comprenais pas bien ce qu’était Paris. Ce que je savais, c’est que c’était 'endroit ou l'on vivait.
Mady disait que l'on vivait au bord de Paris, à la limite de Paris. Et quand je regardais au-delà, je regardais vers la zone non construite (cf infra) : il n’y avait rien.
J’ai cru un moment que l'on vivait au bord du monde, et après ... plus rien.
C’était bizarre, et même un peu inquiétant.
L’appartement
Notre appartement, pardon, 'appartement de mes parents (car ce n’était pas l'appartement des enfants, mon pére me l'a assez dit), était au 6*™ étage du 6 bd d’Indochine. Il était situé audessus d’une boulangerie, dont le four se trouvait dans le sous-sol.
L'odeur du pain chaud, mmmbhh, je l'ai bien connue.
Le noir
Nous dinions tous les soirs dans la salle-a-manger.
Aprés le repas, débarrasser était le lot des enfants. Et comme j’étais le plus près de la cuisine, c’est généralement moi quiy allais en premier.
Mais voila, en hiver il faisait noir. Et le couloir vers la cuisine se prolongeait vers la salle de bains et les chambres. Oh qu’il était long ce couloir noir, tout noir !
Alors, les assiettes dans les mains, je longeais le mur en gardant un contact avec le dos, et j'arrivais tant bien que mal a côé de Uinterrupteur qui permettait d’éclairer tout le couloir.
Restait encore a pousser le bouton avec les assiettes dans les mains ...
Fastoche, avec un peu d’habitude.
Le coup de fourchette
La table de la salle a manger était rectangulaire.
Elle était toute l'année recouverte d’un épais tapis identique a ceux que 'on pose par terre en France ; mais posé sur la table, a la mode hollandaise, ou plutét des Indes néerlandaises. Un petit coté jouxtait les plantes de Mady, elles-mémes devant les deux fenétres. Ma place a table était sur l'autre petit coté. Mon pére et Mady se faisaient face, i était à ma gauche, et elle à ma droite. Entre mon pére et moi, une bouteille de vin et une carafe d’eau ; une espéce de - petite - barriére. A sa gauche, Robert, et a la droite de Mady, Sylvain : le plus jeune prés de sa maman ; tous les deux a côté des plantes.
Pourquoi cette disposition invariable ? Mady me l'a révélé une fois, c’était de son fait.
Auparavant, Robert était a la droite de mon pére, à ma place. Et pour qu’il se tienne bien à table, il lui donnait des coups de fourchettes sur la main.
Je n’en ai pas souvenir.
Mon pere étant droitier, c’était plus difficile pour lui quand Robert était placé a sa gauche, et il le voyait moins bien.
Le coup de poing
Une fois, mon pere a frappé Mady.
Je n’en connais pas les circonstances, mais je sais que c’était un coup de poing dans les cotes.
Donc côtes félées.
Mady me l’a raconté, et sans doute à Robert aussi, mais peut-étre pas a Sylvain, du fait de sa jeunesse.
Elle m’a dit aussi avoir vu notre médecin de famille, le dr Lacourie au 1* étage de notre immeuble. Elle lui avait dit que c’était un coup de poing (et non pas une chute par ex). En me racontant cela, elle était fiere d’avoir osé en parler et le raconter a quelqu’un en dehors de la famille ...
Elle m’en a reparlé une fois.
Mon pére essayait-il - trés - maladroitement de s’excuser, ou essayait-il de se justifier ?
Toujours est-il que mon pere lui a dit : qui aime bien châtie bien ! ...
4
Le baromètre
Robert était intéressé par la météo. Il était a lorigine du choix d'un cadeau pour notre pére, peut-étre pour la féte des péres, ou pour un anniversaire ; il fallait bien faire un cadeau.
C’était un baromeétre-thermometre, un genre d’objet en bois vernis d’'un métre de haut (peut-étre un peu moins) fixé au mur dans l'entrée.
Plus tard, j'ai constaté que Robert donnait souvent une petite pichenette sur le barométre. Il m’a expliqué que l'aiguille du baromeétre ne tournait pas bien d’elle-méme, et que cette pichenette l'aidait a bien se positionner. Mais surtout, cela permettait de voir le sens de la variation récente de la pression atmosphérique.
Pourquoi est-ce donc siimportant ?
Eh bien souvent les gens qui y sont sensibles deviennent irascibles en cas de basse pression.
Et voila. La lecture du niveau de pression et la connaissance de la derniére variation permettaient de conjecturer l'ambiance du diner, et donc de se tenir cois.
La colère
Un soir d'orage fort - c’est-a-dire de trés basse pression - je me suis opposé violemment a mon père.
Je ne sais plus pourquoi. Par contre, je me souviens tres bien étre sorti de nuit, pour aller dans le square de la Butte du Chapeau Rouge. Et sous une pluie d'orage, j'ai essayé de me laver de ma colére.
Le briquet
Mon pere fumait.
A l'occasion d’'une féte des péres ou d’un anniversaire, Mady et nous trois nous sommes cotisés pour lui offrir un briquet.
C'était un trés beau briquet, en forme de galet. Il semblait content.
Quelques jours aprés, un soir, il était en colére, sans doute après nous mais je ne sais pour quelle raison.
Alors il a jeté le briquet dans le vide-ordures de la cuisine.
Ce n'était vraiment pas juste. Alors, pour récupérer ce briquet, je suis allé de nuit - je crois avec Robert - fouiller la poubelle de limmeuble, jusqu’a le retrouver au milieu des détritus des diners des occupants des sept étages.
Par la suite, mon pére a accepté de le reprendre, et méme de s’en servir.
Le catéchisme et les louveteaux
Mon pére était catho, non pratiquant ;
Mady ne croyait pas en Dieu.
Donc j'ai été baptisé et j'allais au catéchisme.
Les enfants de mon âge étaient répartis selon leur lieu d’habitation auprés de deux abbés. Le mien, l'abbé Krempf était petit, sympathique, et avait une voix que je qualifierais aujourd’hui de baryton martin : ¢'était un vrai plaisir lorsqu’il officiait la messe, et j'attendais les parties chantées. L'autre, l'abbé Grizel était gras, rude, et sans voix particuliére. J'ai eu de la chance.
J'ai eu envie d'étre enfant de choeur comme mes copains, mais Mady s’y est opposée.
Par contre, j'ai été louveteau. pendant 3 ans.
Mon passe-temps favori était d'obtenir des badges qui sanctionnaient un savoir-faire : tisserand, secouriste, géomeétre (ou qqc comme ça : j'avais fait - aidé par Mady - le plan des Buttes Chaumont), campeur, etc.
J’ai dit en avoir une douzaine : j'avais la manche gauche pleine !
Je garde des louveteaux un bon souvenir, surtout des Grandes sorties du dimanche.
En grandissant, la suite naturelle était de passer aux scouts de France. Roberty était resté un an.
Puis Mady ne l'a pas fait continuer, estimant que la partie religieuse prenait alors trop de place dans ce genre de loisirs.
Robert. feu d’artifice
Robert. les piéces jaunes qd Mady s’était fait opérer, ou qd Sylvain est né
Robert. enfermé ds le placard avec des biscottes mouillées
JJ. départ de la maison. puis retour aprés avoir vu Mady
JJ le missel de mon pére