Vos questions :
Bonjour,
Est-ce vraiment comme à un journal intime que l'on s'adresse à vous ? Moi si je me confiais à un journal intime ce serait peut-être pour mettre mes idées au claires mais surtout ce serait pour ne rien en dire à personne. Un journal, ce n'est pas une personne. C'est un objet - il ne me demande rien, se fiche de ce que j'écris, ne m'en dit jamais rien, pas même un soupir, ni une respiration. Parler à quelqu'un, fût-il muet, c'est prendre un risque, celui d'être entendu, celui d'être écouté... ne me faites pas croire que vous ne pensez rien. Qu'en faites-vous de tous ces secrets, de toutes cette intimité que vous voulez que l'on vous livre ???
Réponses :
Bien chère Hélèna,
Je vous remercie de votre question qui est à plusieurs étages et soulève des points centraux de la psychanalyse.
« Est-ce vraiment comme à un journal intime que l'on s'adresse à vous ? »
J’aurais tendance à vous dire, d’une certaine façon oui, vous vous confiez sans vous préoccuper du jugement d’autrui, avec la même sincérité. Le « comme » que j’avais introduit sur ma page d’accueil et celui que vous réintroduisez dans votre commentaire, est une comparaison, à entendre donc comme métaphore. Et vous avez raison de le souligner, ce n’est pas la même chose de « parler » que d’écrire… La parole et l’écrit, ne sont pas du même registre, il y a une dimension qui les sépare. Mais je n’entrerai pas dans ce sujet pour l’instant. Gardons à l’esprit qu’il s’agit de se raconter avec sincérité.
« Moi si je me confiais à un journal intime ce serait peut-être pour mettre mes idées au claires mais surtout ce serait pour ne rien en dire à personne. »
Oui, lorsque « je parle » c’est assurément à quelqu’un, car cette parole a une adresse qui n’est pas moi-même comme effectivement dans un journal intime. Je m’adresse à un Autre neutre et bienveillant s’il s’agit d’un psychanalyste, ce qui est bien différent de l’ami, du confesseur ou d’un médecin qui m’écoutera compassionnellement. La neutralité de l’analyste permet au questionnant de ne pas se sentir jugé, de parler de sa souffrance avec liberté, de se détacher de la morale qu’il s’est construite au fil des ans et qui souvent peut concourir à l’enferrer, l’emprisonner, l’isoler… L’analyste fera discerner les contradictions, des dénis, repérer les répétitions comme celles par exemple trans-générationnelles, les jugements moraux… Il fera entendre autre chose dans ce qui est dit comme un double discours, celui de l’inconscient qui se trame derrière nos mots et nos actes et qui nous est invisible.
« Un journal, ce n'est pas une personne. C'est un objet - il ne me demande rien, se fiche de ce que j'écris, ne m'en dit jamais rien, pas même un soupir, ni une respiration. Parler à quelqu'un, fût-il muet, c'est prendre un risque, celui d'être entendu, celui d'être écouté... ne me faites pas croire que vous ne pensez rien. »
Parler, c’est prendre le risque de se dévoiler, mais c’est aussi sortir de sa caverne si je puis dire, d’un repli sur soi. D’où l’importance de la neutralité bienveillante de l’analyste sans quoi cette parole libre ne serait possible. Avec raison vous faites le distinguo entre « être écouté » et « être entendu ». Être entendu est ce que ne peut pas faire un ami, un confesseur… il peut, dans le meilleur des cas, vous écouter sans comprendre ce qui se trame au plus profond de vous. Le psychanalyste ne fait pas qu’écouter, il entend les mouvements souterrains, est habitué à ce dévoilement ne serait-ce par le fait d’avoir lui-même pratiqué au moins une psychanalyse et de plus il interprète. Je comprends bien que cela pourrait sembler être un problème vous avez raison, car ce que peut dévoiler la parole pourrait heurter votre propre morale comme aborder les choses secrètes de la sexualité, soulever des désirs inavoués et inavouables… oui cela peut être troublant mais aussi libérateur.
« Qu'en faites-vous de tous ces secrets, de toutes cette intimité que vous voulez que l'on vous livre ??? »
Vous posez là, dans votre questionnement la question du transfert et du contre-transfert, du désir de l’analyste… Pour cette dernière partie, je vous propose de prendre un peu plus de temps car cela nécessite que je vous parle d’abord de ce qui fait la particularité de la psychanalyse, par rapport aux thérapies et autres produits sur le marché, le transfert et son pendant le contre-transfert, si contre-transfert il y a.
Je reste à votre disposition afin d’apporter les précisions si vous le désirez. Très cordialement.
AM-Augustine Bourrelly