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REPERES BIOGRAPHIQUES



Elisée RECLUS voit le jour Le 15 mars 1830. Son père est un pasteur protestant à la foi rigoureuse et excessive. Sa mère crée une donnera école où elle enseigne, à Sainte-Foy-la-Grande puis à Orthez. Elle donne naissance à quatorze enfants, dont trois ne survivront pas.

On raconte que sa mère commença de perdre les eaux alors qu’elle venait de prendre place à bord d’un bac qui assurait la traversée de la Dordogne pour l’emmener au Fleix où sa famille l’attendait. Belle histoire pour celui qui écrira un jour une « Histoire d’un Ruisseau » et deviendra un des fondateurs de la géographie moderne.

Elisée Reclus vient donc au monde sous le signe de l’eau. Pas l’eau dormante ou le long fleuve tranquille, non sa vie sera plutôt torrent de montagne ou rivière en crue. Un cours d’eau pour lequel les circonstances de l’existence sont autant d’affluents.


LA JEUNESSE, LA NATURE, LES VOYAGES

La nature a été la première source d’éducation et de découverte du monde pour Reclus. Il vit une enfance libre à Sainte Foy la Grande, sur les bords de la Dordogne.

A l’age de 13 ans il effectue sa première traversée de la France pour aller étudier dans un collège protestant en Allemagne. En 1848, un second périple l’emmène vers la Prusse puis à Berlin où il étudie avec le géographe Karl Ritter. Au retour il rejoint son frère Elie à Strasbourg. Très démunis, les deux Reclus décident alors de regagner leur Sud ouest natal à la manière des cheminots, au gré des sentiers et des hébergements de fortune.

Quelle meilleure école que de parcourir les chemins à pied pour découvrir le monde et ses habitants ? Dès cette époque, Elisée prend beaucoup de notes, et récolte ainsi les informations qui fourniront une matière si vivante à ses nombreux guides et ouvrages de géographie.

Voyageur il l’est par goût, mais aussi par nécessité, puisque son engagement politique le conduit sur les routes de l’exil à trois reprises. A Londres puis aux Etats Unis tout d’abord, en Suisse, et enfin en Belgique. Si l’on fait un compte rapide, entre ses voyages de jeunesse (Allemagne, Angleterre, Irlande, Amériques), ses exils, et ses voyages d’étude (l’Europe du Nord et les deux rives de la Méditerranée, puis les Etats-unis), ce sont les deux tiers de sa vie que Elisée Reclus a passé à
l’étranger.


LES REVOLUTIONS, LES EXILS

Les deux frères Reclus étaient destinés par leur père pasteur protestant à lui succéder dans son ministère, d’où le besoin de les envoyer étudier en Allemagne. Au fil de leur découverte du monde, Elie et Elisée s’éloignent de la religion pour se laisser gagner par la fièvre révolutionnaire. En décembre 1851, Les deux frères Reclus se font remarquer pour leur opposition au coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte et doivent aller se réfugier à Londres. Elie et Elisée survivent mal en donnant des leçons. Ils y font l’expérience de la grande misère et des souffrances qu’elle engendre.

C’est pour Elisée le départ d’un périple de près de six années qui l’emmène de l’Angleterre vers l’Irlande, puis la Louisiane et les Etats-Unis où il débarque au printemps 1853. En décembre 1855 il poursuit jusque vers l’Amérique du Sud et l’actuelle Colombie où il tente de s’établir producteur de café sans grand succès.

Il regagne la France en 1857. Il n’a pas cessé d’être géographe pendant ses pérégrinations outre-atlantique, et très vite il met à profit la précieuse documentation accumulée pour rédiger des articles dans des revues spécialisées.

Elisée et son frère sont des acteurs convaincus de la cause révolutionnaire. C’est donc tout naturellement que Elisée participe à l’insurrection parisienne de 1871, et demande à être enrôlé dans la garde nationale. Il est rapidement arrêté par les versaillais. Emprisonné, puis condamné au bagne, il est finalement banni du territoire français pour dix ans.

En 1872, à la suite de sa condamnation, il s’exile en Suisse à Lugano. De retour à paris en 1890, il doit à nouveau s’en éloigner quatre années plus tard pour s’installer à Bruxelles où il décède le 04/07/1905.


LA GEOGRAPHIE


La géographie est le grand fleuve qui irrigue et donne sens à la vie de Elisée Reclus. L’observation géographique motive ses déambulations d’homme et lui fournit la matière de sa réflexion et de son engagement politique.

Géographe, il l’est bien évidemment par ses travaux et sa production. Il publie de nombreux ouvrages, dont « La Nouvelle Géographie Universelle » une somme de dix-neuf volumes. Mais il l’est tout d’abord par son expérience de voyageur, de marcheur et d’aventurier.

Sa conception du rôle que devait jouer la géographie liait indissolublement science et politique. La pensée révolutionnaire alimente ses travaux de géographes, et en retour la réalité observée le confirme dans le bien fondé de ses positions. Reclus n’est pas un géographe de cartes et de statistiques. Il avait les cartes en horreur et en interdisait dit-on, l’étude à ses élèves, au profit de l’observation de terrain. Il pose un regard sensible sur les groupes humains et les milieux dans lesquels ils évoluent. Le géographe Reclus est donc celui qui apprend à lire dans le paysage l’histoire de la terre et des hommes.


L’ANARCHIE



L’engagement politique et révolutionnaire est l’autre grande affaire de la vie de Elisée Reclus. Il est proche tour à tour de Bakounine et de Kropotkine, les deux grands théoriciens russes de cette pensée politique. Il assure la publication et rédige la préface de certains de leurs ouvrages (Dieu et l’Etat en 1882 pour Bakounine, et Paroles d’un Révolté en 1885 et la Conquête du Pain en 1892 pour Kropotkine). Il est lui même l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’anarchisme (L’Evolution, la Révolution et l’Idéal Anarchique en 1897) et collabore à de nombreuses revues (LeRévolté, L’insurgé, Le Cri du Peuple…).

Là encore les influences se croisent, et c’est bien les connaissances acquises lors de ses voyages et ses observations de géographe qui viennent étayer le bien fondé de ses options politiques. La vision de la misère dans les quartiers pauvres de Londres et des Etats-Unis, la découverte de l’esclavage en Louisiane lui imposent de lutter contre l’asservissement de l’homme par l’homme. La géographie lui apprend qu’il n’y a pas de frontière « naturelle » mais des frontières créées pour défendre le pouvoir de certains…

Il est donc bien anarchiste, même si cela n’en fait pas un poseur de bombe. Son engagement dans la Garde Nationale de La Commune de Paris prouve aussi qu’il n’était pas un simple révolutionnaire de bibliothèque. Pour Reclus, il faut favoriser l’intégrité de l’individu dans ses rapports sociaux, ses choix personnels et ses décisions politiques. L’individu est inaliénable. En accord avec ses principes, il est végétarien, prône l’union libre, souhaite davantage d’indépendance pour les femmes
et une éducation moins stricte pour les enfants.


L’ECRITURE, LES PUBLICATIONS

On l’a vu, l’oeuvre écrite de Elisée Reclus est considérable, monumentale pourrait-on dire à considérer le nombre de volumes publiés. On peut répartir cette production en quatre catégories :

• Ouvrages de Géographie et récits de voyage.

• Guides de voyage (notamment plusieurs « Guides Joanne » pour Hachette, l’ancêtre des guides bleus.

• Ouvrages et articles de théorie anarchiste pour de nombreux journaux et
revues.

Pour donner quelques chiffres, La Terre, Description des phénomènes de la vie du globe, en 1869, les dix neuf volumes de la Nouvelle Géographie Universelle de 1873 à 1895 et les six tomes de L’Homme et la Terre représentent plus de vingt mille pages. Et c’est sans compter les nombreux autres ouvrages et articles publiés sa vie durant. Cette somme établie les fondements de la géographie moderne et fait
d’Elisée Reclus un savant reconnu et honoré de son vivant en dépit d’un engagement politique radical.

Mais Reclus n’est pas qu’un géographe qui écrit beaucoup, c’est aussi un véritable écrivain. Car si nous continuons à lire avec bonheur « Histoire d’un Ruisseau » et tant d’autres ouvrages, c’est que nous y trouvons les textes dont l’écriture n’est pas sèche et descriptive, mais toujours lumineuse et évocatrice.

Voilà donc un géographe anarchiste qu’on qualifie parfois d’écologiste. Si Elisée Reclus est contemporain de la fondation de l’écologie par Ernst Haeckl en 1866, il ne s’y réfère jamais. Il refuse la sanctuarisation de la nature et prend acte de ce que les travaux des hommes et des peuples sont « devenus par la force de l’association, de véritable agents géologiques {qui} ont transformé de diverses manières la surface
des continents, changé l’économie des eaux courantes, modifié les climats eux_mêmes». Mais il écrit aussi « Les voies ferrées changent les attractions. l’Humanité s’affranchit des contraintes que la nature lui a longtemps imposées. Elle doit tirer parti de cette libération pour mieux -comprendre l’environnement et le protéger ». C’est ce qui fait la modernité de Reclus.


























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