EDEN a été crée dans le but de s'orienter vers le secteur rural, en particulier l'agriculture et l'élevage au Nord du Bénin. Diverses raisons sont à l'origine de sa création, mais en particulier les difficultés rencontrées par les paysans africains dans leur vie quotidienne. Pour mieux comprendre l'environnement du projet, quelques indications sur la situation au Bénin.
La condition des paysans au Nord-Bénin
Le Nord du Bénin est une région à majorité agricole. La plupart des gens possèdent un ou plusieurs champs dans lesquels ils cultivent du manioc, du sorgho, de l'arachide, de l'igname. Une partie des productions agricoles servira aux besoins personnels, alors que la majeure partie de la récolte est destinée à la vente.
Si elle se révèle très bénéfique comme revenu d'appoint ou pour l'auto-consommation, lorsqu'elle constitue la seule source de revenu, l'agriculture est un travail pénible, et la condition de paysan est difficile, de nombreux obstacles et aléas se dressent :
Travail pénible:
Au Bénin, le travail se fait encore en grande partie à la main, les machines agricoles tel les tracteurs sont relativement rares. Parfois les paysans d'un village ont la possibilité de se mettre en commun pour en louer un, mais cela reste occasionnel. La plupart du temps, les paysans travaillent à la houe, et le travail est très dur : position pénible, travail
difficile, risques de blessures (tétanos, problèmes dorsaux, morsures de serpents, scorpions et mygales etc.), de plus pour un paysan plus âgé, il n’y a pas de possibilités de travail moins pénible et il est obligé de compter sur le soutien de sa famille.
Aléas métrologiques : Les cultures sont bien entendu tributaires des conditions climatiques, en particulier la pluie, la sécheresse, les inondations, la régularité des saisons.Aucune assurance ne couvre lespertes liées à de mauvaises récoltes, les paysans n'ont aucune garantie de revenu minimal. L'accès à l'eau en période sèche et les crues en saison pluvieuse constituent des difficultés particulières auxquelles ils doivent faire face régulièrement.
Animaux dangereux: Les serpents et scorpions se tiennent à l'affût dans les campagnes. Les serpents sont tués à coup de bâton et certaines espèces sont parfois mangés. Diverses espèces venimeuses vivent au Bénin, dont le cobra cracheur, diverses vipères. Les moustiques transmettant la malaria sont également à craindre. Avec le temps, les habitants acquièrent une certaine immunité contre la maladie, toutefois, tous sont sujet à des crises plus ou moins graves de paludisme. Diverses plantes médicinales sont utilisées pour soigner les crises, qui peuvent être mortelles.
Engrais: Ils sont à la fois une aide et un danger en permettant un meilleur rendement des cultures, toutefois ils sont souvent chers à l'achat, polluent et sont dangereux pour la santé. Les produits utilisés ne correspondent pas toujours aux normes sanitaires, de plus leur utilisation abusive ou les erreurs de dosage peuvent conduire à des problèmes de santé à long terme ou avoir des effets très nocifs sur l'environnement. Ils appauvrissent la terre, obligeant à en utiliser de plus en plus.
Conflits : Des disputes entre éleveurs et agriculteurs, notamment au sujet de l'eau sont sources de problèmes et peuvent parfois dégénérer en violences interethniques entre les éleveurs Peuhls souvent nomades et les agriculteurs sédentaires d'autres ethnies. Toutefois, en temps habituels les relations entre différentes ethnies sont paisibles, les Peuhls gardant le bétail d'autres personnes vivant en ville.
Besoins financiers : Les importantes dépenses lors de fêtes et d'occasions spéciales (mariage, enterrement, festivités religieuses) grèvent lourdement le budget de familles modestes. En cas de maladie ou d'accident, les frais médicaux entièrement à charge du patient, ainsi que l'obligation de fournir un garde-malade chargé de veiller sur le patient hospitalisé se révèlent très coûteux. Dans un pays sans assurance-maladie, pas d'argent, pas de soin.
Ce ne sont qu'une partie des contraintes et risques auxquels la population doit faire face. En cas de coup dur, il n'y a parfois que la vente des terrains familiaux et l'exode rural qui semble être une solution. Pourtant, si passagèrement l'idée peut sembler alléchante, il faut rapidement déchanter à l'arrivée en ville.
Sur la page L'agriculture au Nord Bénin, vous trouverez d'autres informations et images!
Avantages de la diversification des activités
Au vu de la situation précaire des paysans, travaillant dur et sans grandes possibilités d’améliorer ses conditions de vie, avoir la possibilité d’exercer l’élevage en parallèle aux travaux champêtres présente de nombreux avantages : une bête peut être vendue en attendant le produit de la récolte, le travail est moins pénible qu’aux champs, la vente des œufs, lait et autres permet de se constituer un petit revenu. Une plus grande sécurité est possible, notamment durant la saison sèche, et un agriculteur peut ainsi avoir une petite activité qu’il pourra poursuivre même s’il perd des forces en raison de l’âge ou la maladie. Par ailleurs, pour un agriculteur, le fait de posséder des bœufs est également un grand avantage pour le travail de la terre, qui autrement se fait encore à la houe.
Effets indésirables des aides à disposition
Ce sont très souvent les personnes qui ont fait des études et qui bénéficient d’un grand réseau de contact et de relations qui bénéficient des programmes d’aide du gouvernement ou des ONG. Ceux ayant déjà touché de nombreuses aides sont ceux qui parviennent à nouveau à se faire aider car ils savent comment s’y prendre et à qui s’adresser. Ainsi des programmes à la base en faveur de villageois ou de paysans sont finalement récupérés par des intellectuels qui ne connaissent rien aux travaux champêtres, mais qui ont su comment rédiger la demande de financement. Alors que les personnes qui auraient du en profiter n’ont pas eu les informations nécessaires, ne savaient pas où s’adresser, étaient incapables de rédiger une demande écrite ou ignoraient l’existence même du projet.
Personnes ciblées
Au vu de ces divers éléments, les concepteurs du projet on souhaité pouvoir toucher des personnes motivées à travailler, mais n’ayant pas accès aux autres filières de financement (villageois isolés, illettrés, personnes sans garanties etc.). L’élevage n’est qu’une option, beaucoup d’autres opportunités commerciales existent (petit commerce, vente de gâteaux ou repas, acquisition d’outils plus performants, services en tous genres). Les possibilités et les idées ne manquent pas, souvent ce qui décourage c’est le manque de moyens pour se lancer, et c’est ce que nous désirons changer.
Photo de feu Pasteur Ouorou Madougou, qui a traduit la Bible en Lokpa, fait de nombreux messages audio pour la radio et qui a oeuvré pour l'alphabétisation en langue locale. Son dernier livre est un dictionnaire français-lokpa. La population lui rend hommage, et son oeuvre survivra.
Vous pouvez acheter la bible en lokpa, par exemple sur amazone: https://www.amazon.com/Language-PIIPILI-Langue-Kabiye-language/dp/B00CPEK6A8
ou la télécharger sous forme d'application
Voici ce que Madougou a déclaré au sujet de l'analphabétisme, en particulier chez le peuple Lokpa:
"L’analphabétisme, une gangrène qui étouffe la société Béninoise et plus encore les Eglises. Le septentrion en générale et le peuple Lokpa en particulier n’est pas épargné de la déscolarisation. La majorité de sa population en souffre. En ma qualité de pasteur évangéliste, traducteur et paysan, nous avons élaboré un sondage et une analyse technique qui nous amènent à expliquer que la plupart des paysans sont analphabètes, quelles que soient leurs croyances. Ceci se remarque non seulement à travers nos Eglises où les fidèles n’arrivent pas à lire la Bible ni en français ni en langue maternelle mais aussi au niveau des paysans en général qui n’ont ni technique agricole appropriée, ni calendrier annuel agricole, ni agenda quotidien de tâches. Ceci du au fait qu’ils ne savent ni lire ni écrire. A ce jour du XXI ème siècle, l’instruction n’est pas un luxe, mais plutôt une nécessité. L’enseignement reste la base du développement, un peuple analphabète ne connaîtra pas la civilisation et le véritable développement et l’autonomie.