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Le Vietnam devient un pays plus attractif et plus compétitif que la Chine.
Monsieur Li est un homme pressé. « Dans moins d'une heure, je veux avoir déchargé la marchandise de ce bateau. » Et de désigner une longue barge qui mouille au bord de la rivière Ka Long, frontière naturelle qui sépare les villes de Dongxing, en Chine, et Mong Cai, dans le nord du Vietnam. Ses ouvriers - pour la plupart employés à la journée - courent dans tous les sens. Ils tirent, portent et font rouler de lourds cartons remplis de vêtements et de chaussures. « Tout vient d'en face... du Viet nam »,explique l'homme d'affaires, originaire de Nanning, capitale de la province chinoise du Guangxi, à trois heures de route. En face, « tout est moins cher », reconnaît-il. Main d'oeuvre, terrains, fiscalité... Un « paradis » pour les nouveaux capitalistes de l'empire du Milieu.
Accord de libre-échange
« Avec la hausse des salaires, la Chine ne produit plus aussi bon marché qu'avant »,confirme un autre entrepreneur local. L'entrée en vigueur, l'an dernier, de l'accord de libre-échange Chine-ASEAN (Association des nations d'Asie du Sud-Est) a par ailleurs fait exploser les exportations du Vietnam vers la Chine (+ 49 % sur un an). Conséquence : le tigre d'Asie, toujours très dépendant des importations de son voisin - le déficit commercial avec Pékin est évalué à 8,7 milliards d'euros en 2010 -, se transforme en sous-traitant de « l'usine du monde ».
Ainsi chaque jour, des centaines de bateaux et de camions passent la Ka Long chargés à bloc de produitsMade in Vietnam. Rien ici ne rappelle qu'il y a trente-deux ans l'armée chinoise franchissait le même cours d'eau, pour tenter - en vain d'envahir la République socialiste du Vietnam, alors proche de l'URSS. « Ce sont de vieilles histoires, estime monsieur Li. Aujourd'hui, les deux pays sont membres de l'OMC » Dans les rues de Dongxing, de larges panneaux vantent désormais le commerce bilatéral et annoncent la fi n de la construction, à la lisière de la ville, du plus important marché transfrontalier de l'ASEAN (51 hectares, 200 millions d'euros dépensés). C'est certain, la deuxième puissance économique du globe entend miser sur le Vietnam (elle est son huitième investisseur étranger) pour y fabriquer tout ce que ses usines à Shenzhen ou ailleurs ne veulent plus produire. « La Chine veut gommer son image low cost », reconnaît un économiste shanghaien. Au Vietnam d'en hériter ? Depuis longtemps déjà, « le petit voisin », comme le surnomment de nombreux Chinois, est réputé pour ses très faibles coûts de production, qui ont entre autres séduit Nike.
Installation de multinationales
Il suffit d'aller à Bac Ninh, à 40 kilomètres au nord de Hanoi, pour se rendre compte de cette poussée vietnamienne. Sur ce qui n'était il y a quelques années qu'une vaste étendue de rizières se sont installées quantité de multinationales - accompagnées de leurs nombreux sous-traitants locaux. On y croise Samsung (9 600 employés, la plus grande usine au monde du coréen), Canon (8 500), mais aussi Foxconn (5 600), premier fabricant mondial de produits électroniques. « Le Vietnam est devenu un pays très compétitif »,assure le groupe depuis son siège de Taïwan. Pour lui, la raison est évidente : alors que les salaires ouvriers côté chinois augmentent fortement dans les zones de production et continueront de grimper, selon les prévisions, au rythme de 15 % l'an jusqu'en 2015, le Vietnam devient une option bis « intéressante » (graphique ci-contre).
La Chine, par ailleurs, commence à se doter d'un arsenal juridique en faveur de ses cols bleus (contrat de travail obligatoire, modification de la loi pénale en cas d'impayé...), jugé de plus en plus contraignant. A terme, de nombreuses industries bas de gamme (assemblage de motos, électroménager... ) jusqu'à présent dominées par la Chine « vont entièrement partir au Vietnam », selon le cabinet Baker & McKenzie à Hô Chi Minh-Ville.
L'appétit des investisseurs, qui ont longtemps misé sur la Chine, tient aussi à d'autres raisons, fiscales notamment. « Les Etats-Unis imposent une taxe de 37 % sur les bougies Made in China, contre 5 % sur les bougies vietnamiennes ; 6 % sur les LED chinoises, et aucune sur les LED vietnamiennes », explique le Français Sébastien Breteau, PDG d'AsiaInspection, spécialiste du contrôle qualité dans les deux pays.
Qualité identique
Voilà de quoi séduire les entreprises chinoises. Neo-Neon LED Lighting International, par exemple, qui recommande à ses clients de passer par son usine vietnamienne, à proximité de Hanoi, où la qualité est identique mais les coûts d'exportation sont de 15 % inférieurs ; ou encore Hazan Group, grand fabricant de chaussures de Wenzhou (dans le centre-est de la Chine) qui, avec ses unités de production installées dans la région de Dong Nai, dans le sud du Vietnam, y produit jusqu'à 15 000 paires par jour (80 % de ses revenus). Doucement mais sûrement, le géant chinois délocalise au Vietnam, et y renforce son empreinte économique. Il y a quelques mois, le pays obtenait des autorités centrales vietnamiennes l'autorisation de plusieurs centaines de micro-investissements (pour un montant de plus de 3 millions de dollars).
Beaucoup sur place se plaignent toutefois d'une sujétion croissante au puissant voisin - premier importateur du pays, grand pourvoyeur d'équipements industriels, électroniques, d'acier et de produits pétroliers. « Notre marché intérieur est inondé de produits manufacturés chinois », s'inquiétait en début d'année le quotidienVietnam News. Depuis, Hanoi a riposté en exigeant la baisse de l'importation de plusieurs milliers de produits étrangers. Parmi eux, les vins et les produits de luxe, ce qui pénalise les Français. Mais surtout, les produits de grande consommation, pour lesquels le Made in China est très clairement dans le collimateur.
La longue marche en avant des salaires chinois
Fini, « l'eldorado chinois » ? Si les constatations statistiques de l'OCDE surprennent, c'est surtout l'évolution programmée qui impressionne : le nouveau plan quinquennal prévoit de revaloriser le salaire des ouvriers de 15 % par an jusqu'en 2015 ! L'usine du monde n'est plus ce qu'elle était. Un ouvrier dans le Guangdong est aujourd'hui payé en moyenne 205 dollars par mois. Résultat : les zones côtières sont peu à peu délaissées au profit des régions moins prisées, où sont concentrés les salaires les moins élevés. C'est le cas du Henan (114 dollars par mois) et du Sichuan-Chongqing (125 dollars par mois), provinces les plus peuplées du pays (250 millions d'habitants). Foxconn a ainsi annoncé sa volonté de déplacer une partie de sa production (300 000 emplois à la clé) dans le Henan, dont sont d'ailleurs originaires une grande partie de ses ouvriers. Idem pour les unités de production de HP et d'Intel, installées pour l'instant au bord du fleuve Yangzi.
Pierre Tiessen.
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De notre envoyé spécial au Vietnam
20minutes.fr/economie
Surtout ne pas s’arrêter. A Ho Chi min Ville, le piéton doit avoir le cœur bien accroché pour traverser. Même s’il a la priorité. Il faut jouer des coudes parmi la nuée de scooters et de voitures, à l’image d’un banc de poissons, qui vous effleurent sans jamais vous toucher. Pas question pour les conducteurs de céder la priorité. Ici chaque seconde vaut de l’or.
Le travail avant tout
Depuis l’ouverture économique en 1991, le Dôi Moi (changer pour du neuf), la population, dont 60 % à moins de 30 ans, profitent des joies de la consommation de masse. Et pour cela, elle est prête à se sacrifier. «Les vietnamiens sont de gros bosseurs. 77 % pensent que le travail doit passer avant le reste», souligne Fabrice Carrasco le responsable du bureau d’études Kantar world panel. Résultat, ils travaillent en moyenne plus de 50 heures par semaine. Un argument de poids pour de nombreuses multinationales qui font du Vietnam un eldorado pour les délocalisations.
Ainsi Nokia, après avoir quitté son usine allemande de Bochum pour l’installer en Roumanie, a décidé en 2011 de fermer cette dernière. Direction la province Bac Ninh au nord du Vietnam. Un investissement de 200 millions d’euros où travailleront à terme 10.000 employés. Le finlandais n’est pas seul. Samsung y a sa plus grosse usine de production mondiale. Canon ou encore le taïwanais Foxconn qui fabrique les produits Apple emploient eux aussi près de 10.000 personnes. Nike en a même 200.000. A Ho Chi Minh Ville, Intel a mis un milliard de dollars sur la table pour ouvrir une usine de puces électroniques en 2010.
Main-d’œuvre bon marché
«Nous sommes agiles de nos doigts, intelligents et notre main-d’œuvre est moins chère que dans d’autres pays asiatiques», vante Vu Tien Loc, le président de la Chambre de commerce et d’industrie vietnamienne. Le salaire minimum mensuel est inférieur à 40 euros avec une durée du travail qui frôle les 50 heures par semaine.
Résultat, même les entreprises chinoises se mettent à délocaliser chez leur voisin. Un phénomène qui s’est amplifié depuis 2010 avec la signature d’un accord de libre-échange avec les pays du sud-est membres de l’Anase. En effet, les salaires dans la deuxième économie du monde grimpent de 15 % par an en raison de la baisse de la population active. «Le Vietnam est désormais le passage obligé pour faire les opérations les plus coûteuses en main-d’œuvre avant d’aller en Chine», décrypte Philippe Delalande, auteur de Vietnam, dragon en puissance. C’est la stratégie dite Chine +1.
Stratégie de montée en gamme
Mais la donne pourrait bien être modifiée. «Pour éviter de s’enfermer dans la trappe aux bas salaires, les autorités exigent de plus en plus des projets d’investissement qu’ils s’accompagnent d’une montée en gamme et refusent ceux ne cherchant qu’à exploiter les bas salaires» comme le textile et la chaussure, poursuit Philippe Delalande. Vu Tien Loc est néanmoins persuadé que son pays restera meilleur marché que ses voisins. «Regardez les investissements que font chez nous les Coréens ou les Japonais. Ne perdez pas votre temps. C’est un conseil que je vous donne», lance-t-il à l’adresse des patrons français dont une centaine étaient présents la semaine dernière à l’occasion du forum d’affaires France-Vietnam.
Peugeot fait son come-back
Reçu 5 sur 5 par Peugeot qui pour contourner les droits d’importations de 100 % pour les véhicules importés, a annoncé lundi un partenariat avec Thaco, le premier constructeur vietnamien, pour l’assemblage de la 408 (l’équivalent de la 308 allongé), déjà vendu en Chine. A terme, le groupe français qui fait son grand retour au Vietnam devrait fabriquer le modèle sur place, et aussi en vendre plusieurs autres fabriqués en France dont la 2008. La preuve pour le groupe que fabriquer à l’étranger n’est pas toujours mauvais signe pour l’emploi français.
De son côté, pour profiter de l’expansion du marché de la santé au Vietnam, Sanofi vient de mettre 75 millions de dollars sur la table pour la construction d’une nouvelle usine à Ho Chi Min, opérationnelle d’ici 2015. Elle servira aussi de plateforme d’exportation vers les pays membres de l’Anase.
Mathieu Bruckmüller (envoyé spécial au Vietnam)
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ECONOMIE & FINANCE
CONCURRENCE
PAR PIERRE TIESSEN MONG CAI (VIETNAM)
Les salaires s’envolent dans la 2e économie du monde. Samsung, Canon, et autres Foxconn déplacent leurs sites de production
La route qui relie Mong Cai (à la frontière vietnamienne) à Nanning, capitale de la province du Guangxi à l’extrême sud de la Chine, ne désemplit pas. Quantité de camions roulent à tombeau ouvert sur cette «tranchée» de 150 kilomètres refaite à neuf il y a quelques années. Ils viennent chargés à plein de vêtements, de chaussures, de fournitures bas de gamme qu’ils écoulent dans la région et jusque dans le Guangdong voisin.
Au Vietnam, «tout est meilleur marché, explique un entrepreneur local chinois. Ici, nos ouvriers coûtent de plus en plus cher». Là-bas, de l’autre côté de la frontière, «c’est encore rentable», avoue-t-il. A l’écouter, la Chine – désormais deuxième puissance économique du globe – n’est plus l’eldorado d’autrefois où les cols bleus trimaient en usine contre des salaires de misère. A Shenzhen par exemple (où des grèves d’ouvriers ont éclaté il y a tout juste un an aux portes d’usines étrangères) «les choses se sont améliorées», reconnaît quant à lui Qiang Li, représentant de l’ONG américaine China Labor Watch (CLW). Dans ces entreprises, «85% des ouvriers ont été augmentés» sur l’année écoulée. L’impact de la pression sur les salaires est «sensible» (141 dollars/mois minimum, +21% en moyenne en un an), explique-t-il même s’il estime que «les conditions de travail sont souvent inacceptables». Conséquence: de plus en plus de donneurs d’ordres chinois et internationaux se tournent vers les pays de l’Asean – le Vietnam en particulier où le salaire minimum dans les grandes zones de production n’excède pas 85 dollars par mois.
Il suffit d’aller à Bac Ninh, à 40 kilomètres au nord de Hanoi, pour se rendre compte de cette «poussée» vietnamienne. Là, sur ce qui n’était il y a quelques années que de vastes rizières, se sont installées quantité de multinationales – accompagnées de leurs nombreux sous-traitants locaux. On y croise Samsung (9600 employés, la plus grande usine au monde du fabricant coréen), Canon (8500 personnes) mais aussi le taïwanais Foxconn (5600 ouvriers), premier fabricant mondial de produits électroniques et plus gros employeur privé en Chine (420 000 emplois). «Le Vietnam est devenu un pays très compétitif», assure depuis le siège l’équipe communication du groupe, «et très dynamique». Depuis 10 ans, la croissance industrielle du pays (+14% en 2010) a connu en moyenne une progression supérieure de 6 points à celle du PIB. Impossible en revanche de connaître précisément le nombre d’acteurs chinois qui ont récemment délocalisé leur production sur place ou près de Ho Chi Minh-City au sud (la plus grande zone économique du pays). Une chose est sûre: «Les deux parties (Chine et Vietnam) ont commencé à ouvrir et à faciliter les investissements», confirme un expatrié européen qui effectue des contrôles qualité en usine dans la région de Hanoi. En janvier 2011, la Chine a investi plusieurs millions de dollars dans deux projets et est actuellement le 8e investisseur au Vietnam.»
Surtout, l’accord de libre-échange Chine-Asean, en application depuis début 2010, a boosté les exportations vietnamiennes vers l’Empire de 49% sur les douze derniers mois; même si le déficit commercial avec Pékin reste proche de 9 milliards d’euros en 2010.
Les premières à profiter de ce boom sont les PME vietnamiennes. A Dongxing, ville chinoise située juste en face de Mong Cai, de larges panneaux saluent l’accord et annoncent la fin de la construction – à la lisière de la ville – du plus important marché transfrontalier de la zone Asean (51 hectares, 200 millions d’euros dépensés). Sous peu, quantité d’exposants et de négociants vendront et/ou achèteront en direct tout ce que le Vietnam produit à bas prix.
En face, côté vietnamien, l’empreinte chinoise est de plus en plus visible. Le géant (public) du BTP, la compagnie CSGEC construit à Mong Cai d’importants complexes industriels. De nombreux intermédiaires du Guangdong y ont également leurs bureaux et surtout le yuan chinois y est devenu une monnaie de référence (alors que le dông vietnamien a subi en février une quatrième dévaluation en 15 mois). Beaucoup sur place se plaignent toutefois d’une sujétion croissante au dragon chinois – premier importateur du pays, grand pourvoyeur d’équipements industriels, électroniques, d’acier et de produits pétroliers.
«Notre marché intérieur est inondé de produits manufacturés chinois», s’inquiétait en début d’année le quotidien Vietnam News.
Hanoi décourage désormais 15 000 articles à l’importation, notamment les vins et des produits manufacturés (machines). Des observateurs sur place notent une hausse des droits de douane sur quelques produits. Enfin, le gouvernement vietnamien a lancé en début d’année une campagne de sensibilisation à l’achat de produits locaux.