Evangéliaires carolingiens de Bretagne

Jean-Luc Deufic

L'exposition Trésors carolingiens présentée à la Bibliothèque nationale de France nous a suggéré ces quelques lignes sur les évangéliaires bretons :

On a souvent commenté et on continue à le faire, l'originalité des manuscrits bretons du haut Moyen Age, notamment leur décoration qui se démarque quelque peu du standard carolingien. On trouvera donc ci-après la description de plusieurs évangéliaires (liste non exhaustive ... ) dont certains considérés comme faisant partie de l'école du monastère cornouaillais de Saint-Guénolé de Landévennec. Les deux derniers (Oxford Bodleian, Auct D2 16, et New York, Public Library, MA 115) sont assurément issus de son scriptorium, qui semble avoir été assez actif jusqu'au milieu du XIe siècle, époque de la rédaction du cartulaire de l'abbaye (manuscrit Quimper, BM, 16).

Ces évangéliaires peuvent être classés dans deux groupes assez distincts. Le premier (avec les manuscrits d'Alençon et de Baltimore, auxquels on adjoindra ceux d'Oxford Bodleian, Laud Lat. 26 ; Tongres, Cathédrale; Vatican, San Pietri D. 154 ; Paris, Sainte Geneviève, 17, etc) procède vraisemblablement de modèles carolingiens tourangeaux adaptés localement. Les évangélistes y sont représentés sous forme humaine. A l'inverse, l'autre groupe, dont les manuscrits de Landévennec sont des témoins bien identifiés, nous offre des portraits sous une forme anthropozoomorphique, c'est-à-dire, un corps d'homme et une tête de l'animal symbolisant l'évangéliste. Une particularité concerne saint Marc. Dans certains manuscrits il porte une tête de cheval (au lieu du lion traditionnel). En effet, march signifie cheval en langue bretonne. Il faut associer à cette remarque la présence soutenue de ce terme dans la toponymie bretonne: Penmarc’h (avec penn, "tête", traduisant exactement le nom de la région, Cap Caval), Lostmarch en Crozon, Quimec’h (ancien Keinmerc’h, de kein, "dos", *merh, "chevaux") ... L'importance du cheval dans la légende populaire (le roi Marc de la mythologie arthurienne, par ex.), dans les sociétés anciennes en général, a été largement étudiée.

Pourquoi donc cette différence dans l'iconographie des évangélistes? Le premier groupe se trouve certainement dans l'ère de la métropole de Tours dont dépendaient les neuf diocèses de Bretagne (sans doute Dol, Alet, Rennes, Nantes ...) Le second provient d'une terre où l'influence carolingienne ne s'est pas encore complètement manifestée, c'est-à-dire les diocèses les plus éloignés à l'Ouest (Quimper, Léon, par ex.), qui jusqu'en 818, au moins, conservèrent leurs anciens usages hérités sans doute depuis l'arrivée sur le continent des premiers insulaires bretons (tonsure dite "celtique", règles (de saint Colomban? ...)

Biblio : Jonathan J. C. Alexander, "La résistance à la domination culturelle carolingienne dans l'art breton du IXe siècle: le témoignage de l'enluminure des manuscrits", dans Landévennec et le monachisme breton du haut Moyen Age, Actes du colloque du XVe centenaire de l'abbaye, 1985, p. 269-280.

© New York Public Library MA 115 - Digital scriptorium. f. 13 v. saint Marc (un cheval hénissant?)

Alençon, BM, ms. 84

Evangelia. IXe siècle. 131 f. 240 x 150 mm. Provenance: abbaye normande de Saint-Evroult. Un ancien catalogue (Paris BnF Lat. 10062, f. 80, n° 6) fait mention d'un Textus Evangelistarum qui pourrait bien être notre manuscrit. Le texte commence au f. 1: "[Eusebii] canones evangeliorum..." f. 1-5: table des canons. Ces derniers sont coloriés en ocre et jaune clair dans un décor qui rappelle celui des premiers manuscrits de Tours.

f. 6: Quatuor Evangelia, cum praefationibus s. Hieronymi. En tête de chacun des Evangiles se trouve un portrait de l'auteur. Mathieu a été coupé et de ce fait la préface de saint Jérôme à l'évangéliste manque. Inc.: Liber generationis IHV XPI filii David filii Abraham, Abraham aut[em] genuit Isaac... "

Explicit: Passio ihu et sepultura et resurrectio eius. Expliciunt capitula secundum Marcum. f. 43r. Inc f. 102. Initium sci evangeliis f. 124: Incipiunt capitula Evangeliorum anni circuli [secundum usum Romanum] . In natale Domini, ad sanctam Mariam Majorem... usque in novissimo die". Le mot Finis en caractères grecs. Reliure ancienne de peau blanche (XII/XIIIe s.) avec langue de protection cousue à l'intérieur.Joannes Fronto, Kalendarium Romanum nongentis annis antiquius, Paris, 1652, p. 1-165. Album Paléographique de la Société de l'Ecole des Chartes, 1886, pl. 31 (inventaire de Saint-Evroult). Catalogue général, 2, 1888, p. 514-515. Catalogue des manuscrits à peintures, 1954, p. 40 n° 92. Wormald & Alexander, 1977, p. 15 n. 1 et pl. XXXIIId, XXXVIc et d, XXXVIId. Bernhard Bischoff, Katalog I, 1998, 29.

© Institut de recherche et d'histoire des textes - CNRS - Alençon BM. f. 42v.
© Institut de recherche et d'histoire des textes - CNRS - Alençon BM ms 84, f. 101 v. Base Enluminures.

Evangelia. 245 x 180 mm.

Décoration : Initiale L (saint Matthieu) au f. 1 ; saint Marc, f. 38v-39 ; saint Luc, f. 77v-78 ; saint Jean, f. 124v-125. On remarquera ci-dessous, saint Jean, la similitude frappante avec le manuscrit de Boulogne.

Biblio: Micheli, L’enluminure, 1939, p. 99, n. 5. Wormald & Alexander, 1977, p. 15, n. 2. Bernhard Bischoff, Katalog I, 1998, 184.

147 f. 272 x 180 mm. Deuxième moitié du IXe siècle. 30 longues lignes à la page. Représentations anthropozoomorphiques des évangélistes (groupe de Landévennec). Nombreuses initiales ornées; essais de construction d'entrelacs en marge (encre ou pointe sèche): f. 58, 95, 102, … Provenance: abbaye de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire), les humanistes Pierre Daniel et Jacques Bongars.

Biblio: Micheli, L'enluminure, 1939, p. 97-98. R. CROZET, "Les représentations anthropozoomorphiques des évangélistes", dans Cahiers de Civilisation Médiévale, 1, 1958, p. 184-185. O. HOMBURGER, Die illustrierten Handschriften der Burgerbibliothek, 1962, p. 132-134. Wormald & Alexander, 1977, p. 11, n. 3 et 14, n. 1. Bernhard Bischoff, dans Mittelalterliche Studien, 1981, 3, p. 129. Marco MOSTERT, The Library of Fleury, 1989, bf 040. Bernhard Bischoff, Katalog I, 1998, 503.

© Berne Burgerbibliothek. Manuscrit 85. Saint Marc.

Boulogne, BM, ms. 8

Parchemin. 126 f. 270 x 195 mm. L'avant dernier quaternion a été relié à l'envers. Figures anthropozoomorphiques des évangélistes aux f. 8, 42, 62v, 95v.

Wormald & Alexander, p. 14 n. 2. Catalogue des manuscrits à peintures, p. 40 n° 93. Morey, dans Art Studies, p. 225. Micheli, L'enluminure, p. 97-98 et pl. 145.

© Institut de recherche et d'histoire des textes - CNRS - Boulogne BM. 8: saint Marc.
Boulogne, BM, ms. 8, f. 8. Saint Mathieu

Douai, BM, ms. 13

Evangelia. Au f. 135, l'explicit nous fait connaître les noms des deux copistes de ce manuscrit: Sunt autem et alia multa quae fecit ihs quae si feribantur per singula nec ipsum arbitror mundum capere qui scribendi sunt libros. Deo gratias Amen. Explicit euangelium secundum Iohannem.Luiesguethen istum coepit scribere librum sed tamen Lioscar consummavit istis vilibus grammis ; et ideo quicumque lectoris, inque : Lioscar Luiesguthen teneant fidem spem et caritatem, ut caelibem aeterni regis habeant mansionem. Amen.

Biblio: H. Guillotel, "Recherches", p. 30. E. Lesne, Histoire de la propriété ecclésiastique, p. 49.

© Institut de recherche et d'histoire des textes - CNRS - Douai, BM, manuscrit 13.
© Institut de recherche et d'histoire des textes - CNRS - Douai, BM, manuscrit 13.

Evangéliaire dit de Saint-Gildas de Ruys ( ?), daté de 909. Sur le premier feuillet :

IN VIto Cmo VIIIImo HOC EVANGELIV ANNO SCRIPT VM FVIT AB OR IGINE MVN DI INDICTIO NE XII IN I FR' FUER' KL' RV JAN. DCCCC VIIII ERA LATINOR' AB INCARNAT IONE XPI EPAT XXVI CONCR' VII ANN' COM' CYCL' XIIII.

f. 71r, note en onciales factices: H[a]e literule narrant quod dedit matian et digrenet coniux sua hos libros IIII or euangeliorum d[e]o pro animabus suis ecclesiae rosbeith et quicumque hoc euangelium uim forte duxerit ex ipsa ecclesia nisi disciplus scribere aut legere anathema sit . Am[en].Décoration: f. 1, Christ en Croix. A la base, inscription donnant la date de la rédaction du manuscrit.

f. 5v-10v, canons formés de simples colonnes ornées d'entrelacs.

f. 43v, saint Marc, corps d'homme et tête de cheval avec crinière.

f. 71v, représentation de saint Luc dans une mandorle à double trait incluse d'une teinture jaunâtre, presque éffacée. L' évangéliste nous est représenté avec un corps d'homme dans une robe jaune passée, affublé de deux paires d'ailes, l'une déployée, l'autre rabattue, et une tête de bœuf profilée à droite.

f. 108v, saint Jean, corps d'homme et tête d'aigle. Lettrines ornées en tête des Evangiles. Quelques dessins et entrelacs (essais …) aux f. 40v, 45r, 47r, 85v, 92r, 95r, 102r, 120r, 142r.

© Troyes, Médiathèque. Manuscrit 960, f. 108v, détail. Saint Jean.
© Troyes, Médiathèque. Manuscrit 960. Saint Luc.

La notation française, au f. 149 (Heli, Heli …) a été ajoutée au XIIe s. en Haute-Bourgogne. Le manuscrit paraît avoir séjourné à Besançon . Dom André Wilmart pense que l"évangéliaire de Troyes " se rattache à une tradition excellente mais il ne se classe pas tout à fait dans le groupe des témoins insulaires … il leur est supérieur ". Ce manuscrit serait une copie d'un archétype pouvant remonter au VII /VIII e s. à cause de l'archaisme de la note du f. 71. Parchemin. 151 f. 250 x 165 mm. 30 lignes à la page. A la fin, et formant deux feuillets, fragments de comptes en français où l'on remarque à plusieurs reprises la mention de " garçons envoiez a besencon " (f. 150-151, XVe s.) Provient du fonds Bouhier (ancienne cote D.58). Recueilli à Clairvaux quelques années avant la Révolution. Au f. 1r et 149v, restes d'une note de provenance rognée par le relieur. Feuille de garde : fragment de missel ? On trouvera sur le site de la médiathèque de Troyes, plusieurs images numérisées de ce manuscrit.

Biblio: [A. Harmand] Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques, 3, 1855 (4e série), p. 395. Léopold Delisle, dans BEC, 29, 1868, p. 219 et fac-similé. Dom A. Wilmart, "Note sur les Evangiles datés de Troyes n° 960", dans Revue Biblique, 21, 1924, p. 391-396. Lucien Morel-Payen, Les plus beaux manuscrits et les plus belles reliures de la bibliothèque de Troyes, Troyes, 1935, n° 119, p. 49-50, pl. II, fig. 3. Catalogue des manuscrits à peintures du VII au XIIe s., Paris, Bibliothèque Nationale, 1954, n° 94, p. 40. C. Samaran, R. Marichal, Catalogues des manuscrits en écriture latine portants des indications de date, de lieu ou de copiste, V (Est de la France), Paris, 1965, p. 489 et pl. IV. Scriptorium, 24, 1970, p. 29, n° 12.

Parchemin. 155 f. 299 x 195 mm. IX/Xe s. Au f. 55v, marque de provenance: Ego Balduinus .... sancte ecclesie Niuernensium et Herueo pontifici. Hervé, évêque de Nevers de 1099 à 1109. A partir du f. 144, partie du XIIIe s.

On trouvera sur le site Liber Floridus plusieurs images numérisées de qualité sur ce manuscrit. Site de la bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris.

© Institut de recherche et d'histoire des textes - BU - SDBD. Paris, Sainte-Geneviève, ms 17, f. 62v : saint Marc.
© Institut de recherche et d'histoire des textes - BU - SDBD. Paris, Sainte-Geneviève, ms 17, f. 4 : initiale ornée.

Oxford, Bodleian Library ms. Auct. D. 2. 16

Evangelia. Abbaye Saint-Guénolé de Landévennec. Parchemin. 204 f. 315 x 245 mm. 1e moitié du Xe s. Ancienne cote " Bodl. 828 ". Dans ce manuscrit les quatre évangiles sont précédés des préfaces de Jérôme et d'Eusèbe et de la liste des tituli . Entre celle de saint Matthieu et le texte de l'évangile viennent les dix canons d'Eusèbe avec une memoria technica préliminaire commençant De numero capituli et finissant quam in primo speciosa quadriga (f. 22v). Le texte des évangiles débute respectivement au f. 29, 73, 102 et 146v . L'écriture change au f. 102. Les sections ammoniennes d'Eusèbe sont transcrites dans les marges. Aux f. 28v, 71v, 101v sont des représentations en pleine page et couleur, dans un style original, des trois évangélistes, celle de saint Jean ayant été coupée. Aux f. 72v et 146, également en pleine page, figurent deux dessins beaucoup plus classiques, ajoutés vraisemblablement au XIe s. à Exeter. Signalons aussi les lettrines soignées des f. 16, 29, 30, 73, 102 et 146v.

Les trois fêtes liturgiques propres à Landévennec attestent de l’origine de cet évangéliaire (natale et translatio de saint Guénolé; dédicace de l'église) :

(3 mars) V NON. MAR. Natale sancti Uunualoi.Secundum mattheum, K. CCLXIII, Vigilate quia nescitis, usque Supra omnia bona sua constituet eum (f. 179).

(28 avril) IIII KAL. MAII. Translatio beati Uuinualoi confessoris. Secundum Lucam, K.CCXXVIII, Dixit Iesus discipulis suis parabolam hanc : Homo quidam nobilis abiit, usque Quia omni habenti dabitur et habundabit (f. 183v).

(13 mai) III ID. MAII. Dedicatio Basalice (sic) sancti Guingaloi confessoris. Secundam Lucam, K LX, Dixit Iesus sicipulis suis : Non est arbor bona que facit fructus malus, usque Fundata enim supra petram (f. 183v).

La graphie Guingualoi – diffèrente dans les deux premières notices (gu interne) –, utilisée pour la dédicace, détermine un point de comparaison pour la datation des autres livres liturgiques utilisés à Landévennec. En effet, la majorité des manuscrits donne la forme Uuinualoei (avec uu interne), plus ancienne que celle utilisée dans l'évangéliaire d’Oxford.

Parmi les autres fêtes, on remarque celle de Samson de Dol, saint « national » de la chrétienté bretonne, au 28 juillet (Natale sancti Samsonis episcopi), et celle de Corentin (au 1er mai : Et sancti Courentini episcopi), premier évêque de Cornouaille, diocèse où se situe Landévennec.

© Oxford, Bodleian Library ms. Auct D2 16. Saint Luc.

152 feuillets. Parchemin. 281 x 212 mm (200 x 128 mm). 29 longues lignes à la page, sauf le quaternion IV qui en comporte 28 (f . 22-29) et le quaternion XVI, 26 (f. 117-124). L'écriture est une caroline du IXe siècle. The Harkness Gospels, du nom de Edward Harkness, le donateur, lui même ayant obtenu ce manuscrit de la collection de Sir Thomas Phillips(1792-1872), célèbre collectionneur anglais, qui en fit l'acquisition lors de la dispersion de la White Knights Library de George Spencer, 5e duc de Malboorough, en 1819. Ce manuscrit est sans conteste le document le plus représentatif du scriptorium de Landévennec. De ce fait, cet évangéliaire est bien connu des spécialistes et a donné lieu à plusieurs études détaillées. Comme les autres livres liturgiques de l'abbaye de Landévennec, le manuscrit de la Public Library de New-York donne les trois fêtes caractéristiques : au 3 mars, Sancti Uuinualoei, au 28 avril, Translatio beati Uuinnualoei confessoris et au 11 mai, Dedicatio basilice sancti Uuinualoei confessoris. On y trouve les mêmes lectures que dans l'évangéliaire d'Oxford. Au reste, la décoration de ces deux manuscrits présente de grandes similitudes (évangéliste Marc avec tête de cheval, tracé des yeux, réglure…) L'histoire de cet évangéliaire reste complexe, mais il semble bien, d'après certaines additions particulières, d'une autre main, avoir séjourné en Angleterre dès le début du Xe siècle, peut-être même à Winchester dans l'entourage du roi anglo-saxon Aethelstan .

R. Morey montre que nous avons là un texte copié par un scribe qui n’est ni irlandais ni anglo-saxon, mais qui a devant lui un modèle insulaire, d'où certaines particularités graphiques (pasio, hoderunt). E. K. Rand énumère les abréviations employées : c’est l’habituelle rencontre au sein d’un même manuscrit de symboles continentaux et insulaires. L'enquête de C. H. Kraeling sur les textes eux-mêmes, la comparaison avec l’édition Wordsworth and White du Novum Testamentum latine (Oxford, 1889-1898) montrent, pour la lettre dédicace de Jérôme à Damase, une appartenance à la famille celtique de la Vulgate. Par contre, l’exposé sur l’utilisation des tables de Canons découle de la version alcuinienne établie sur le continent. Le prologue des quatre évangiles procède également de la tradition continentale, mais avec des graphies insulaires, tout comme les capitula de Mathieu. A l'inverse, les capitula des autres évangiles restent voisins de la version celtique.

Les additions du Xe s. intéressent Exeter. Elles montrent que l'évêque Léofric (mort le 10 février 1072) fut en possession du manuscrit. Comment ? Exeter conservait de nombreuses reliques bretonnes dont la plus grande partie avait été donnée par le roi Aethelstan, fondateur de cette église. Parmi ces restes précieux en figuraient plusieurs directement liés à l'abbaye de Landévennec : Reliquia Winuualoi confessoris (saint Guénolé), brachium Uuennali confessoris (saint Guénaël, successeur de Guénolé), de capite et de brachio Conocani confessoris (saint Conocan, cf. la charte 41 du Cartulaire de Landévennec), de corpore Withenoc confessoris (Guethenoc, frère de Guénolé). Cet évangéliaire a semble-t-il été donné par Aethelstan à l'église d'Exeter avec l'ensemble ou partie de ces mêmes reliques. Ce manuscrit a été numérisé dans son entier d'une façon remarquable et est accessible sur le site de la Bodleian Library d'Oxford. Voir également à ce lien (format pdf) Bibliographie importante sur le site de la Bodleian Library.

© Oxford, Bodleian Library. ms. Auct. D2 16. Détail saint Marc.
Neumes bretons

Au f. 48v, la mélodie de la plainte du Christ en croix, ci-dessus: Heli, Heli, lema Sabacthani, Deus meus, Deus meus, Ut quid me dereliquisti, est notée de neumes bretons.

Images visibles sur le site Digital scriptorium, avec bibliographie.

Biblio : R. Morey, "The Landevennec Gospels, a Breton Illuminated Manuscript of the ninth century", dans Bulletin of the New York Public Library, 33, 1929, p. 643-653. R. Morey, E. K. Rand, C. H. Kraeling, "The Gospel Book of Landevennec (The Harkness Gospels) in the New York Public Kibray", dans Art Studies, 8, 1931, p. 225-286. R. Morey, E. K. Rand, C. H. Kraeling, The Gospel Book of Landevennec (the Harkness Gospels) in the New York Public library, Cambridge, Harvard University Press, 1931. K. D. Hartzell, "The Early Provenance of the Harkness Gospels", dans Bulletin of Research in the Humanities, Spring 1981, p. 85-97. Michel Huglo, "Les Evangiles de Landévennec", dans Landevennec et le monachisme breton dans le haut Moyen Age, p. 245-252. Jean-Luc Deuffic, "Les manuscrits de Landévennec", p. 266 ; ibid., La production des scriptoria, n° 53.


© New York, Public Library., ms. MA 115 , Saint Luc, détail.

Autres évangéliaires bretons (assurés ou douteux):

* Angers, BM, ms. 24. IXe s.

* Cambridge, Fitzwilliam Museum, ms. 45-1980. IX/Xe s.

* London, British Library , ms. Additional 9381. Bodmin Gospels. IX/Xe s.

* London British Library. Additional 40000. Thorney Gospels. IX/Xe s.

* London, British Library, ms. Cotton B. IX.

* London, British Library, ms. Egerton 609. IXe s.

* London, British Library, ms. Harley 2823.

* London, British Library, ms. Royal 1. A. XVIII. Evangiles d’Aethelstan. IX/Xe s.

* Montpellier, Bibliothèque Ecole de médecine, ms. H 115

* Oxford, Bodleian Library, ms. Auct. D. 5. 3. IXe s.

* Oxford, Bodleian Library, ms. Laud Lat. 26. IXe s.

* Oxford, Saint-John’s College, ms. 194. IXe s.

* Paris, BnF, ms. Lat. 258. IXe s.

* Paris, BnF, ms. Lat. 264. IXe s.

* Paris, BnF, ms. Nlle acq. lat. 1587. Evangiles de Saint-Gatien. VIII/IXe s.

* Tongres, Trésor. Evangiles de Saint-Bern. IX/Xe s.

* Vatican, Bibliothèque Apostolique Vaticane, ms. Archivio San Pietro D 154

NOTES

Sur la figuration zoomorphe des évangélistes voir A. M. Friend Jr, "Portraits of the Evangelists in Greek and Latin Manuscripts", dans Art Studies, 5, 1927, p. 115-117 et 7, 1929, p. 3-32; Zophia Ameisenova, "Animal-Headed Gods, Evangelists, Saints and Righteous Men", dans Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, 12, 1949, p. 21-45. René Crozet, "Les premières représentations anthropozoomorphiques des évangélistes, VIe-IXe siècles", dans Etudes mérovingiennes, Poitiers, 1953, p. 53-63; "Les représentations anthropo-zoomorphiques des évangélistes dans l'enluminure et dans la peinture murale aux époques carolingiennes et romanes", dans Cahiers de civilisation médiévale, 1, 1958, p. 182-187.

En 924, Aethelstan succède à son père Edward à la tête du royaume anglo-saxon. Il fonde et dote plusieurs églises et abbayes (Exeter, Milton, Cantorbury…), accueille Mathuedoi, comte de Poher, son fils Alain (futur Barbetorte), et nombre de bretons (cum ingenti multitudine Britonum) fuyant les attaques des Normands (931-936). Ces derniers évènements sont un précieux témoignage pour les échanges de part et d'autre de la Manche. Voir entre autres Chronique de Quimperlé, dans Léon Maitre et Paul De Berthou, Cartulaire de Sainte-Croix de Quimperlé, Rennes, Paris, [s.d.], p. 101. R. Merlet, La Chronique de Nantes, Paris, 1896, p. 82-83, 88. W. De Malmesbury, Gesta Pontif., t. 2, p. 85 …. Aethelstan entre en relation avec certains monastères continentaux, s'y associe en prière. Ainsi son nom apparaît en addition dans un acte d'union spirituelle entre Saint-Germain-des-Prés (Paris) et Saint-Rémi de Reims (Cartulaire Général de Paris, t. 1, p. 53). Il adhère à la "fraternité de l'Eglise du grand saint Samson" de Dol, à la suite d'une requête du prévôt Rohbod qui le glorifie "roi très pieux et de tous les rois de la terre le plus illustre par sa glorieuse renommée …vous le miroir de votre royaume …". La lettre de Rohbod nous apprend l'attachement du personnage pour les reliques saintes : Patrologie Latine, 179, col. 1105-1106. A. De La Borderie, Histoire de Bretagne, t. 2, p. 367, 513-514. Max Förster, "Zur geschichte des Reliquienkultus in Altengland", dans Sitzungsgeschichte der Bayerischen Akademie, 8, 1943, p. 63-80). Laura H. Loomis, "The hely relics of Charlemagne and king Athelstan", dans Speculum, 25, 1950/4.S. M. Pearce, "The dating of some celtic dedications and hagiographical traditions in South Western Britains", dans Report and Transactions of the Devonshire Association, 105, 1973, pp. 95-120. Voir dans la vita Bertulfi l'histoire d'un breton, nommé Electus, volant les reliques des saints Bertoul et Gudwal pour les vendre à Aethelstan (édit. in MGH, Script., 15, 2, pp. 631-641).


Les manuscrits associés à Aethelstan : London BL Cotton Tiberius A.II, donné à Christ Church de Canterbury, exécuté par Otton le Grand à Liège ; Ibid. Roy. 1. A. XVIII, donné à Saint-Augustin de Canterbury, produit en Bretagne ; Ibid. Cotton Galba A. XVIII), voir F. Wormald, Le siècle de l'an Mil, Paris, 1973, p. 227 sq. A. J. Robertson, Anglo-Saxon Charters, Cambridge University Press, 1939, pièce n° 24 relative au Cotton Ottho B.9. disparu lors de l'incendie de la bibliothèque, évangéliaire donné par Aethelstan à Saint-Cuthbert. S. Keynes, "King Athelstan's books", dans M. Lapidge and H. Gneuss (edit.), Learning and Litterature in Anglo-Saxon, Studies presented to Peter Clemoes, Cambridge, 1985, p. 159-164. Caroline Brett, "A Breton in England in the reign of king Aethelstan: a letter in BL Ms Cotton Tiberius A. XV", dans France and Britain in the early Middle Ages, ed. David Dumville and G. J. Ondorf, Woodbridge, 1991. H. Gneuss, Handlist of Anglo-Saxon manuscripts : a list of manuscripts and manuscripts fragments written or owned in England up to 1100, Tempe, AZ, 2001. Sur Aethelstan voir David Dumville, "Between Alfred the Great and Edgar the Peaceable : Aethelstan, first king of England", dans Wessex and England from Alfred to Edgar, Woodbridge, 1992, p. 141-171. M. Wood, "The making of king Aethelstan's Empire : an English Charlemagne ?", dans Ideal and Reality in Frankish and Anglo-Saxon Society, Oxford, 1983, p. 250-272.

Des Bretons séjournant à la cour d'Aethelstan pourraient être à l'origine du culte des saints anglo-saxons en Bretagne continentale. Saint Jean de Beverley (Yorkshire) donne son nom à une paroisse du diocèse de Vannes, Saint-Jean-de-Brevelay. Sainte Etheldred est honorée à Tréflez. Augustin de Canterbury et Cuthbert de Lindisfarne figurent au calendrier de Landevennec ( Xe s.). Bregwin, archevêque de Canterbury († 765) patronne une paroisse de l'évêché de Nantes et une autre de Vannes.


Liens et bibliographie

The Birth of the Canon: from Scriptures to 'THE Scripture' in early Judaism and early Christianity (Robert A. Kraft, Religious Studies, University of Pennsylvania)

Bibliographie de Louis Lemoine, disparu récemment, spécialiste des manuscrits bretons :

"Note sur les Hisperica Famina et la Bretagne", dans Mélanges Hubert Guillotel, Rennes, PUR & Britannia Monastica, 13/14, 2010, p. 215-224.

"Paléographie et philologie médiévales : Existe-t-il des "symptômes armoricains" ?", dans A travers les îles celtiques. A-dreuz an inizi keltiek Per insulas scotticas. Mélanges à la mémoire de Gwénaël Le Duc, Rennes, PUR, CIRDoMoc ; Klask, 2008, p. 185-199.

"Réécriture de l'Écriture", dans Britannia monastica, 9, 2005, p. 13-22.

"Autour du scriptorium de Landévennec", dans Corona monastica : moines bretons de Landévennec: histoire et mémoire celtiques : mélanges offerts au père Marc Simon (ed. B. Merdrignac et L. Lemoine), Rennes, PUR, 2004, p. 155-164.

"La Borderie et l'évangéliaire de Tongres", dans Bulletin et mémoires de la Société Archéologique et Historique d'Ille-et-Vilaine, tom. 106, 2002, p. 49-64

"Contribution à la reconstitution des scriptoria bretons du haut Moyen Âge", dans Archivum latinitatis medii aevi, vol. 59, 2001, p. 261-268.

"Maniérisme et Hispérisme en Bretagne. Notes sur quelques colophons (VIIIe-Xe siècles)", dans Annales de Bretagne, vol. 102, 4, 1995, p. 7-16.

"Signes de construction syntaxique dans les manuscrits bretons du haut Moyen Âge", dans Archivum latinitatis medii aevi, vol. 52, 1994, p. 77-108.

"Notes paléographiques", dans Mélanges Léon Fleuriot, 1992, p. 141-147.

"Symptômes insulaires dans un manuscrit breton de l'Ars de verbo d'Eutychès", dans Etudes celtiques, vol. 26, 1989, p. 145-157.

"Scrutari "lire" et pingere "écrire". Note sur le colophon du Vatican Regina 296", dans Etudes celtiques, vol. 25, 1988, p. 233-236.

"Les méthodes d'enseignement dans la Bretagne du haut Moyen Âge d'après les manuscrits bretons : l'exemple du Paris, B.N., Lat. 10290", dans Landévennec et le monachisme breton dans le haut Moyen Âge, 1986, p. 45-63.

Voir les peintures murales de l'église paroissiale de Langast [ lien ]

Æthelstan dans un manuscrit généalogique du début du xive siècle (London, BL, MS Royal 14 B VI)
Peintures murales de l'église paroissiale de Langast