Automne 2024
Après une sécheresse qui a duré bien plus longtemps que celles des années précédentes, des pluies torrentielles et persistantes se sont abattues sur le Niger et les autres pays du Sahel. Avec comme conséquence la destruction de nombreuses maisons en boue séchée, des décès dans ces effondrements ou par noyade et la mort d'innombrables têtes de bétail : zébus, chèvres, moutons, ânes, dromadaires, emportés par les flots.
La rentrée scolaire, qui intervient habituellement le premier lundi d'octobre, a donc été repoussée au 28, car beaucoup de bâtiments scolaires servent d'abris pour les sinistrés.
Été 2024
La situation nutritionnelle d'une grande partie de la population du Niger est très préoccupante. Les familles membres d'AOURINDE ne sont pas épargnées. Certains ménages restent des semaines sans manger, avec des conséquences dramatiques sur les enfants et les personnes âgées. Et la prochaine récolte n'est attendue qu'en septembre !
Notre association essaie de soulager tant que faire se peut une telle détresse.
Aourindé : Situation au Niger à fin 2023
Compte-rendu d’Ousmane lors de l’AG du 29 novembre 2023, corroboré par un texte manuscrit du directeur de l’école, du chef de village de Tagayet et du comité de gestion de l’école. (texte photographié et envoyé via WhatsApp le 29 novembre également)
Situation globale
Suite au coup d’État des militaires le 26 juillet 2023, le pays est sous le coup de sanctions de la CEDAO (Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest). Les frontières au Sud sont fermées avec le Nigéria, privant le Niger d’électricité et de céréales, et avec le Bénin et son grand port, Cotonou.
Il en résulte un gros déficit d’approvisionnement en céréales et autres denrées alimentaires de base, entraînant une fois de plus une flambée des prix et une pauvreté aggravée pour les populations les plus vulnérables.
Parallèlement, le prix du bétail de boucherie a chuté et il n’y a de toute façon quasi plus d’acheteurs. Les épiciers, eux, profitent de cette situation : contre une tête de bétail, ils ne donnent qu’un sac de mil de 100kg (Base de l’alimentation pour une petite famille durant 1 mois. Valeur : environ 44,20 CHF).
Avec ce nouveau gouvernement cependant, tout n’est pas négatif. Il y a un grand espoir de voir diminuer la corruption, alors que les précédentes équipes dirigeantes ponctionnaient discrètement partout où c’était possible. Le pétrole nigérien sera désormais raffiné dans le pays et le gaz géré par les Nigériens.
Par ailleurs, les putschistes ont réduit la pléthore de postes ministériels et promis une plus grande transparence.
Pour le moment, le gros problème de l’insécurité n’a pas encore été résolu. En décembre, Bamwo m’a rapporté la tragédie vécue par un village peul situé non loin de Tagayet où, en l’absence des hommes, un commando terroriste a massacré les femmes, les enfants, les ados et les anciens.
Situation agro-pastorale
En 2023, la saison des pluies s’est fait attendre. Par conséquent, la difficile période de « la soudure » a duré quatre mois -voire localement quatre mois et demi- au lieu des seuls mois de mai et juin. La répartition et la force des averses ont été très inégales, avec des zones bien arrosées sans dégâts, des zones victimes d’inondations détruisant les récoltes des ethnies sédentaires et noyant le petit bétail des éleveurs Peuls et des zones où les précipitations ont été insuffisantes.
Il y a eu à nouveau des feux de brousse, anéantissant les pâturages à la périphérie d’Abalak et de Tahoua.
A Tchinbaradéné, les conditions particulièrement favorables ont provoqué un afflux massif d’éleveurs avec leurs troupeaux. La pâture a été rapidement épuisée et on déplore la mort de nombreux bovins et de petit bétail.
À ce stade-là, on ne peut pas parler réellement de famine, mais les populations traversent une phase difficile financièrement et les plus vulnérables souffrent de carences alimentaires.
Situation sanitaire
Sur le front des épidémies de malaria ou de méningite, 2023 a été relativement calme.
Mais Tagayet aurait tant besoin d’un centre de santé !
Actuellement, les personnes nécessitant des soins sont transportées à dos d’âne ou en charrette à Abouhéya (une demi-journée de trajat) ou à Abalak (une journée entière sur les pistes).
Situation à l’école primaire de Tagayet
Pour l’année scolaire en cours, l’école accueille 171 élèves, depuis la « passerelle » (notre maternelle) jusqu’à la fin du cycle primaire, avec une majorité de 95 filles.
La nouvelle équipe enseignante est très jeune. Le nouveau directeur, Tahirou Moussa, n’a que trente et un ans et les trois autres instituteurs ont sensiblement le même âge.
Les bâtiments, quant à eux, datent de 2004-2005 et sont construits en banco (mélange de terre argileuse et de paille hachée). Au bout de ces presque vingt ans, les plafonds sont dans un état inquiétant et plusieurs degrés ne peuvent plus occuper leurs salles de classe pour raisons de sécurité et suivent donc les cours à l’extérieur des bâtiments, protégés seulement par des bâches.
L’école manque également cruellement de pupitres et de chaises ; les latrines sont hors service et les enseignants de la brousse, négligés par l’État, auraient besoin d’un appui financier pour pouvoir suivre des formations continues.
(N.B. Notre association planche sur une soirée de soutien à Charmey à la fin du printemps afin de récolter ces fonds supplémentaires.)
Autre requête du Comité au Niger
Onze élèves du Collège (le Cycle d’Orientation, dans le canton de Fribourg) doivent loger sur place, à Abalak, durant les périodes scolaires. Jusqu’à présent, c’était l’association franco-suisse «LézArts Humanitaire » qui prenait en charge les frais d’hébergement de de nourriture de ces dix filles et un garçon, car leurs familles n’en ont pas les moyens. Quatre des filles sont du reste orphelines.
Pas de chance : « LézArts Humanitaire » n’a plus non plus la capacité financière nécessaire et ces onze jeunes risquaient le décrochage scolaire dès la rentrée de janvier.
Grâce à plusieurs « gros » dons, aussi inattendus que providentiels, notre association a non seulement pu augmenter sa contribution à la cantine scolaire de Tagayet lors du versement pour le deuxième trimestre, mais a aussi été en mesure de financer ces frais, à hauteur de 800 Euros, afin que les collégiens puissent poursuivre leur cursus.
Gratitude
Beaucoup de reconnaissance et de remerciements d’Ousmane et de tous les bénéficiaires à Tagayet, élèves et parents, enseignants, comité de gestion de l’école, autorités villageoises et comité de l’ONG AOURINDE.
Ceux qui ont rédigé la compte-rendu manuscrit ont eu cette jolie formule qui vous est destinée, chers donatrices et donateurs :
« Vos actions, combien salutaires, marquent ainsi à jamais vos noms en lettres d’or au niveau de notre village. »