Cette croix est la réplique d’une croix érigée près de Ploërmel sur la route de Vannes, et toujours visible et honorée à l’emplacement ‘ La Gaudinais’ en bordure de la voie express. Elle rappelle un fait d’histoire cher aux frères.
En effet, dès 1837, à la demande des autorités françaises de l’époque soucieuses de préparer l’abolition de l’esclavage dans les « colonies françaises », des frères sont partis de Ploërmel pour les Antilles : la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, puis vers le Sénégal, St Pierre et Miquelon pour éduquer et catéchiser les populations de ces régions : les enfants et leurs parents, esclaves et mulâtres . Il fallait s’introduire dans les plantations , vaincre les réticences des ‘maîtres’ et s’adapter à la dureté du climat. Les frères étaient volontaires, ils faisaient totale confiance à leur fondateur, Jean-Marie de La Mennais ; ils savaient qu’ils ne reviendraient peut-être jamais, ils faisaient don de leur personne par fidélité à leur idéal de religieux éducateur. Cet élan missionnaire a été un véritable tournant dans l’oeuvre de fondation des frères de Ploërmel. La Congrégation avait à peine 20 ans d’existence et déjà, malgré les immenses besoins en Bretagne, le Père de La Mennais lui donnait une extraordinaire impulsion ; désormais, le frère était appelé à donner sa vie à Dieu pour les enfants, en Bretagne bien sûr, mais il était prêt à risquer l’aventure au-delà des mers. A la mort de La Mennais, la Congrégation comptait 854 frères dont 160 missionnaires : ceux-ci ont écrit, et continuent d’écrire un page magnifique au service de l’évangélisation et de l’éducation.
A chaque départ, toute la communauté les accompagnait sur les trois kilomètres qui les séparaient de la Maison-Mère. A partir du lieu-dit « la Gaudinais », à l’ombre d’un grand hêtre, on ne voyait plus le clocher de la chapelle de la Communauté : c’était le moment de faire les adieux ; instant toujours émouvant. Ensuite, le Père de La Mennais continuait la route avec les frères missionnaires en calèche jusqu’à Brest ou Nantes, port d’embarquement. Cette cérémonie,- dont la première eut lieu en 1837 pour l’envoi des quatre premiers missionnaires dont frère Antonin, qui venait de Plouër-sur-Rance et à qui était confiée la première communauté en partance vers la Guadeloupe, - se répétera année après année jusqu’à l’arrivée du chemin de fer et l’ouverture de la ligne Nantes-Brest.
Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale de 39-45, que l’on songea à placer un mémorial en cet endroit des adieux. Ce fut chose faite en janvier 1950, à l’initiative du frère Hipparque, responsable alors de la Maison-Mère . A l’issue d’une émouvante cérémonie, fut érigé et béni le calvaire mémorial à la Gaudinais avec la mention « En souvenir des adieux aux frères missionnaires ». Lieu de pèlerinage et de mémoire.
La croix posée sur ce calvaire était en réalité la croix qui ornait la tombe du frère Gilles d’Assise Delestre, inhumé au cimetière municipal de Ploërmel en 1906. Ce secteur du cimetière avait été bombardé lors de la Libération de Ploërmel par les Américains en 1944 et les frères ont souhaité d’une part relever la tombe et d’autre part récupérer cette croix. Coquetterie de l’histoire : frère Gilles d’Assise, originaire de Normandie, a été d’abord missionnaire à Tahiti et ensuite pendant trente ans directeur de l’école de Hillion jusqu’à la fermeture suite aux lois de laïcisation de 1903...
Ploërmel, en souvenir des adieux aux Frères Missionnaires.
Si, un jour, quittant Ploërmel, vous suivez la route de Vannes, vous verrez, à trois kilomètres environ, sur votre gauche et à l’entrée du chemin de la Gaudinais, une croix portant cette inscription : « En souvenir des adieux aux Frères Missionnaires. »
De l’autre côté de la route, il y avait autrefois un grand hêtre marquant l’endroit où s’arrêtaient les Frères qui avaient accompagné jusque-là ceux qui partaient pour les pays lointains : Martinique, Guadeloupe, Guyane, Sénégal, Saint-Pierre-et-Miquelon, Tahiti, Haïti. De ce point culminant, on apercevait encore le clocher de la Communauté. Les partants - ils étaient tous volontaires- jetaient un dernier regard sur la Maison-Mère, se disant que peut-être ils ne la reverraient jamais, et, donnant l’accolade fraternelle à ceux qui restaient, ils se recommandaient à leurs prières. Puis la voiture à deux chevaux de la Communauté les emmenait vers le port d’embarquement.
Quand la ligne de chemin de fer Nantes-Brest fut établie, ils prenaient le train à la gare de Questembert. Mais en 1881, la ligne de Ploërmel-Questembert fut inaugurée et nos frères missionnaires, comme les autres voyageurs, en profitèrent. Quelques années plus tard, la voie ferrée de la Brohinière mettait à leur disposition un autre moyen de quitter Ploërmel. Ainsi, avec les progrès modernes, prirent fin les adieux si touchants et pittoresques qui se faisaient à l’ombre du grand hêtre.
Plusieurs fois, en nous promenant de ce côté, nous avions émis l’idée d’ériger une croix à cette place pour rappeler le souvenir de nos premiers missionnaires. Une occasion favorable s’est présentée et le C.F. Hipparque (Kergal) en a profité pour exécuter ce projet. Le 2 octobre dernier, ( 1949), les restes mortels des CC. FF. Barthélémy-Marie (Mesléard), Irénée-Marie (Brillet) et Gilles d’Assise (Delestre) étaient transférés du cimetière communal à celui de la Communauté. La cérémonie fut présidée par M. le chanoine Racineux, curé de Derval qu’accompagnait une délégation d’anciens élèves des CC. FF. Barthélémy-Marie et Irénée-Marie, qui voulaient témoigner ainsi leur estime et leur reconnaissance à leurs maîtres vénérés. Quant au fr. Gilles d’Assise, décédé en 1906, son tombeau se trouvait dans le quartier du cimetière qui fut bombardé par les Américains ; la croix était séparée du socle. Le C.F. Hipparque fit repeindre la croix et chargea M. Kerbouet, entrepreneur de monuments commémoratifs, de placer ce modeste calvaire à l’entrée du chemin de la Gaudinais, face à l’emplacement du grand hêtre dont on a parlé plus haut. Ce travail fut exécuté le 15 décembre dernier.
A cet intéressant récit du R.F. Jean-Joseph, ajoutons le compte rendu de la bénédiction de cette croix-souvenir, d’après le journal Les Nouvelles. Elle eut lieu dans l’après-midi du dimanche 22 janvier. La communauté entière, il va sans dire, y assistait. La cérémonie fut présidée par M. Le chanoine Drouet, curé de Ploërmel, qui, dans une allocution touchante, laissa parler son coeur. Après avoir loué le zèle des courageux missionnaires dont cette croix rappellera le souvenir, il s’adressa aux jeunes en leur demandant d’être, dès maintenant, de vrais missionnaires par le don total d’eux-mêmes, et ainsi d’aider à ramener à la foi les cœurs endurcis. Pendant la bénédiction de la croix, la maitrise du scolasticat interpréta avec art le « Vive Jésus ! Vive sa croix ! » et un cantique de circonstance : « Ô noble Croix ! ».
La cérémonie terminée, M. L’abbé Nizan, aumônier, remercia M. le curé d’avoir bien voulu présider et bénir cette croix-souvenir, et récita avec toute l’assistance un Pater et un Ave pour tous ces vaillants Frères missionnaires.
Volontiers la Chronique fait sienne cette conclusion du journal Les Nouvelles : « Nous sommes heureux d’offrir nos plus chaleureux compliments au C.F. Hipparque pour sa belle initiative. Nous sommes persuadés que tous les croyants passant devant cette croix, auront un souvenir spécial pour tous ceux ces vaillants Frères qui, de leur plein gré, s’en allaient évangéliser et porter au loin le nom de Dieu. »